Articles de Septembre 2020

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Éditorial - Rien ne va plus

version PDF La légitimité du français au Québec ne va plus de soi. Tout au plus a-t-elle reçu quelques tièdes acquiescements quand une force politique avait entrepris d’en faire un enjeu d’État et pas seulement une affaire d’épanchements existentiels. La force aura été vacillante au point de devenir évanescente, plombée par la lutte acharnée menée contre notre peuple par l’État canadian et ceux qui le servaient et continuent de s’en réclamer, certes, mais surtout effarée de ce que l’expression de la volonté de puissance lui laissait entrevoir. Ottawa a bien saisi la menace. Les démissionnaires s’en sont fait un matériau. Lire la suite

Enseignement à distance : pas si nouveau que cela

Au mois de mai dernier, les étudiants québécois ont appris à contrecœur que la rentrée automnale dans les universités et les cégeps se déroulerait majoritairement à distance. En tant qu’étudiante, je me désole de voir que tout ce qu’il y a de plus humain, de plus formateur, de plus enrichissant dans un enseignement en présentiel entre un maître et son élève nous soit enlevé, sans autre forme de procès, au profit d’un apprentissage numérique, et par conséquent, froid, impersonnel et solitaire. Même si le remaniement des méthodes pédagogiques provoqué par la pandémie semble inédit pour la plupart des gens, il s’inscrit en vérité dans un continuum de mesures visant à moderniser l’enseignement traditionnel par l’intégration des nouvelles technologies. En effet, il se trouve que la « révolution numérique » de l’enseignement était déjà en marche avant l’avènement de la pandémie. Cette transition vers l’apprentissage en ligne – on ne peut plus vraiment parler... Lire la suite

L’idéologie intersectionnaliste et la question nationale

L’aspiration à l’indépendance exprimée dans divers secteurs de la population ou partis politiques est perçue, chez une partie de la gauche, tantôt avec indifférence, tantôt avec méfiance ou hostilité ouverte. L’un des paradoxes de cette gauche réside dans l’étiquette d’« identitaire » qu’elle inflige sans nuances aux indépendantistes tout en valorisant les multiples identités minoritaires. Lire la suite

Distanciation nationale

Les Québécois forment un drôle de peuple. À plusieurs reprises, on nous a dépeints comme étant habités de désirs contradictoires, et d’une incapacité à trancher. Nous voulons un Québec libre dans un Canada uni, comme disait l’autre. Ce trait d’ambiguïté révèle peut-être une forme d’immaturité collective et le signe d’une conscience nationale détournée, mais toujours tapie au fond de notre être. Notre intuition la plus haute, dans des moments fugitifs, sait ramener nos aspirations fondamentales à la conscience dans les temps d’adversité. La crise du coronavirus montre comment notre peuple est capable du meilleur comme du pire, mais aussi que son destin national n’est pas encore résolu. Entre le ti-counisme des ruées vers le papier hygiénique et la générosité spontanée des milliers de C.V. au réseau de la santé et de la mobilisation pour les des dons de sang, on dirait que le Québécois ne connaît pas de juste milieu. Lire la suite

Confinement et indépendance

Au tout début du tome 1 de Mes Mémoires (1878-1920), Lionel Groulx évoque l’enfance, qui fut la sienne, de façon merveilleuse. Élevé sur une petite ferme de la région de la Montérégie, celui qui deviendrait un jour l’intellectuel québécois le plus influent de la première moitié du XXe siècle se disait, dès son plus jeune âge, « prisonnier joyeux de son petit horizon ». Jusqu’à tout récemment, la formule empruntait à l’oxymore ses lettres de noblesse. Si elle prenait tout son sens au fil de la découverte de l’œuvre du chanoine, elle avait tout de même de quoi perturber le jeune lecteur de cette vaste composition. Puis, les temps ont changé. Lire la suite

Le localisme : quel modèle pour le Québec ?

La crise sanitaire actuelle a plongé le Québec dans une profonde réflexion sur la gestion de son économie. À gauche comme à droite, on s’interroge sur la meilleure façon de promouvoir l’économie locale, de réduire la dépendance internationale sur les biens et produits sensibles tout en continuant de favoriser le flux des échanges économiques transfrontaliers. À moins de fréquenter les gens à gauche de la gauche, on ne trouve plus personne pour militer pour des mesures protectionnistes traditionnelles comme les nationalisations, la réglementation accrue, la hausse des barrières tarifaires et la taxation du grand capital pour stimuler et protéger l’économie locale. Le localisme ou la promotion d’une économie de proximité devient alors beaucoup plus complexe à définir et à élaborer en une stratégie cohérente qui aura un effet structurant et directeur sur les politiques industrielles, le support aux entreprises, la fiscalité. Lire la suite

La question corse entre autonomie et indépendance

La Corse, île du Mare Nostrum de moins de 9000 km2 et d’environ 360 000 habitants, a adhéré très tôt à l’esprit de la République française (le 30 novembre 1789). Pourtant, pour la majorité des Français continentaux, l’île de Beauté est un territoire où règne l’anarchie sociale, la gabegie, la vendetta et le non-droit, le clientélisme, le banditisme et les violences des indépendantistes, auxquels vient se mêler paradoxalement en surimpression le tableau d’une région à la nature préservée, paradis du vacancier en quête de repos et d’authenticité. Influencée par ces images tirées de la littérature du XIXe siècle, une grande majorité de l’opinion nationale imagine l’ensemble des insulaires (originaires et habitants de l’île) comme étant une communauté fière et fruste aux mœurs souvent belliqueuses et archaïques. Étrange perception des insulaires, alors que ce n’est qu’à partir des années 1970 que l’idée qu’il existe une « question corse » dans l’ensemble national français a été popularisée et politisée... Lire la suite

La constitution du Québec et la monarchie

Dans une décision qui est passée inaperçue au cours de la pandémie, la Cour suprême a refusé d’entendre l’appel d’un jugement de la Cour d’appel qui a confirmé la validité d’une loi fédérale de 2013 sur la monarchie. Cette loi avait été contestée par deux professeurs de l’Université Laval, Geneviève Motard et Patrick Taillon, pour le motif que les modifications aux règles de désignation du chef de l’État canadien étaient soumises à la Constitution canadienne et au consentement de tous les États membres de la fédération, comme en Australie. Le rejet de cette position par les tribunaux a des conséquences constitutionnelles majeures : Lire la suite

Le Big Brother canadien : rapport Yale sur l’avenir des communications au Canada

Le 29 janvier 2020, un groupe d’experts nommés en juin 2018 remettait aux ministres de l’Innovation et du Patrimoine du Canada, Navdeep Bains et Steven Gilbeault, un rapport visant à affirmer la souveraineté canadienne en matière de technologies numériques et à moderniser les lois régissant le secteur des communications au Canada. Avec la pandémie qui s’est imposée à l’ordre du jour dans les semaines qui ont suivi, ce rapport est passé sous le radar et n’a pas soulevé de débats. Il risque toutefois d’être lourd de conséquences puisqu’il touche un secteur névralgique pour le développement économique et culturel du Québec. Lire la suite

À chaud

Lancement Cégeps 101

2020septembre250Pour recevoir l'invitation à s'inscrire au lancement virtuel du numéro de septembre avec Robert Laplante et les auteurs du dossier Cégeps 101: Marc Chevrier, Frédéric Lacroix et Yannick Lacroix.

Pour être invité

Dossier Cégeps 101

Le confinement du français dans l’enseignement supérieur au Québec

Marc Chevrier - avatar Marc Chevrier

En cette période dite de « déconfinement » incertain, où l’apparent retour à la vie normale après plusieurs mois de réclusion abat une après l’autre les barrières érigées contre la pandémie de...

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Prévisions des effectifs au collégial. Un modèle trompeur

Frédéric Lacroix - avatar Frédéric Lacroix

Le ministère de l’Éducation et de l’Enseignement supérieur (MEES) utilise un modèle de prévision des effectifs au collégial pour guider le développement futur du réseau. Ce modèle, qui ne tient...

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La loi 101 au cégep. Une question de cohérence

Yannick Lacroix - avatar Yannick Lacroix

Professeur de philosophie au Cégep de Maisonneuve. Version remaniée d’un texte paru au mois de juin 2020 sur le site internet de la revue Argument. Au mois de juin dernier, la présidente...

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Abonnement/renouvellements Cahiers de lecture

2011octobre250 La métropole livrée au chaos, exposée aussi dangereusement à la médiocrité qu’à la mafia.

La métropole glissant dans le baragouin, rongée par l’anglicisation et la marginalisation de notre culture.

La métropole attendant l’asphyxie et l’effondrement des ponts.

La métropole et ses élites muettes, incapables de formuler ne serait-ce qu’une protestation.

La métropole soumise, tout entière suspendue au chantage odieux du gouvernement canadian qui joue du pont Champlain comme d’une trique pour mieux faire savoir qui décide quand ça compte.

Le Québec impavide devant le coup de Jarnac du bas Churchill.

Le Québec du refus de savoir ce que font les parvenus de sa Caisse de dépôt, de ses grandes institutions.

Le Québec de la grande braderie d’Anticosti et des manœuvres des affairistes.

Le Québec du Plan pour mieux perdre le Nord.

Le Québec du surfinancement des institutions anglophones pour mieux cautionner les injustices, éviter la chicane et financer sa propre folklorisation.

Le Québec de la médiocrité médiatique et de la convergence des résignés.

Le Québec des apatrides branchés, levant le nez sur tous nos mondes.

Le Québec assailli par le bavardage médiatique, sa parole oblique et ses récits qui font écran.

Le Québec des élites honteuses, exilées dans les lieux communs du management de la démission.

Le Québec et ses conduites politiques erratiques, incapable de se penser autrement que dans les moyens que le Canada nous laisse.

Le Québec qui ne se voit plus aller, repoussé dans l’espace privé pour se dire.

Le Québec de notre peuple exaspéré, de notre peuple mal accordé avec son génie propre.

Le Québec toujours prêt à se consoler dans toutes les ambivalences, les demi-mesures et les inachèvements.

Le Québec souffrant de ne trouver rien qui soit digne de la passion dont il brûle avec une discrétion malsaine, honteux de ce que son orgueil pourrait lui faire accomplir.

Le Québec souffrant, le Québec puissant mais incapable, notre Québec n’a pas à désespérer. Il fallait, il faut toujours que ces choses arrivent.

Le désarroi ne progresse qu’avec la conscience de plus en plus aiguë que le type de domination qui s’exerce sur nous produit des élites velléitaires. Tel est le lot des peuples annexés, des peuples livrés, vendus par des gérants qui s’engraissent. Des peuples dirigés par des bonasses qui cherchent toujours à minimiser les pertes. Des peuples pensés par des pseudopragmatiques pour qui rien ne sera jamais assez grave pour songer à rompre.

Et la certitude confuse de se sentir vivre malgré les frileux, les peureux, les raisonneurs de vraies affaires.

Et le désir de lever enfin le front du refus.

Et le ras-le-bol bougonneux qui n’a toujours pas trouvé la force de lever le ton.

Tout cela ne doit pas nous affoler. Il faut que ces choses arrivent. Nous les faisons ainsi depuis toujours. Nous avons la fibre minoritaire et la discrétion proverbiale. Nous avons grandi par effraction dans une Histoire où nous tentons d’entrer de la même manière. Nous sommes en train d’apprendre que ça ne marchera pas. Nous allons devoir séparer la fierté de la vantardise pour nous affranchir de l’existence par procuration. Et poser enfin notre regard sur le monde dans l’intransigeance de ce que nous voulons être.

Il faut persévérer gravement dans la certitude que nous pouvons accomplir ce que l’apparent désordre nous refuse. Faire confiance à l’hiver en sachant que la froidure brûle et que nous brûlerons.

Notre automne sera marquant. C’est toujours l’automne ici qui fait les grandes différences.

C’est la crise qui rougeoie dans l’octobre. Une crise à bas bruit. Il y aura une anxiété diffuse. Elle nourrit d’ores et déjà ce qui pourrait être confondu avec de la torpeur. Nous savons pourtant qu’il faut se méfier des eaux dormantes. Les choses se défont, les choses se consument. Et cela donne le vertige. La fin d’un monde donne toujours le vertige.

Il est fini le temps de l’innocence candide de la certitude que nous avions de pouvoir choisir notre avenir sans avoir à bûcher notre présent, sans avoir à nous colletailler avec les forces qui se dressent devant notre espérance. Le vertige minoritaire nous est revenu. Il pourrait bien nous être salutaire. Il pourrait bien empêcher les velléitaires de nous vendre l’exil intérieur comme un projet de société.

« À partir de maintenant, on va être obligé d’avoir le choix ». Le référendum est permanent et il porte sur notre existence. Ceux-là qui pensaient que la minorisation pourrait se faire sans douleur ne parviennent pas à se consoler dans le culte du divertissement. Ceux-là qui voudraient nous convaincre que c’est là la meilleure voie pour notre développement commencent à manquer de vocabulaire pour travestir le bris de loyauté en idéologie. Toute une cohorte se paie la traite dans le bien d’héritage et il faudrait faire comme si de rien n’était ? Notre peuple oscille encore entre la colère et l’écoeurement.

Et pourtant, elle viendra la colère. Elle est là qui couve. À tous les espérants de la cultiver. Nous n’avons pas tenu pendant quatre siècles pour finir englués dans un non-lieu. Le Québec est notre seul pays. Les signes d’hier sont en passe de devenir des évidences que même le Canada ne peut plus nier. Ses plus lucides s’inquiètent devant les écarts qui se creusent en toutes matières: de la carte électorale aux choix esthétiques, des formes de solidarité aux priorités politiques, il y a de moins en moins de points d’intersection dans l’espace canadian où nous sommes cantonnés. C’est une chose que le gouvernement Harper comprend avec une rigueur implacable.

À la différence des trudeauistes qui pratiquaient le mépris comme une vertu civique, ce gouvernement – en selle pour longtemps – pratique désormais le fait accompli avec une économie de mots. La force n’a pas besoin de se dire. C’est tout ce qui leur reste. Mais les conservateurs au pouvoir vont en user avec la froideur des exécuteurs. La question du Québec est réglée. Il ne leur reste qu’à gérer les débris, pensent-ils, conscrivant des natifs pour fouiller dans les décombres et bricoler des miroirs aux alouettes.

Nous devons désormais subir les vendeurs de soumission. Et réapprendre à vivre avec la honte rentrée tant que nous ne nous réconcilierons pas avec la rage froidement assumée. Il faut faire le deuil de notre propension à nous accommoder de l’échec pour mieux engourdir l’espérance. Ce deuil fait, nous pourrions bien nous surprendre nous-mêmes, nous faire prendre dans le détour que nous nous imposons, de nouveau. Pour la millième fois. Cela pourrait frapper subitement. Comme cela arrive parfois quand on cesse d’attendre que les choses se passent et que tout à coup elles finissent par advenir, aussi improbables que l’impensé dans lequel nous aurions pu être tentés de les laisser.

Nul ne sait combien de temps cela va durer. Nous baignerons encore dans notre « empois de mort » (Miron) à désespérer du quotidien, à nous languir de nous faire redire qu’il n’y a rien de mieux à faire que de se consoler de la vie dans un monde trop bas de plafond. Il faut que ces choses arrivent.

Cela  fera notre hiver. Et nous savons pour en avoir fait notre pays, que ce n’est pas la saison morte mais bien celle des latences incertaines. Les affaires de la province ne distrairont pas toujours la nation. C’est bien souvent dans l’adversité qu’elle s’éprouve.

C’est là que nous en sommes. Et nous n’en sortirons qu’en nous arrachant à la part d’ombre que nous jetons sur notre propre lumière.

Il faut prêter l’oreille à ce qui se murmure. Nous finirons par nous étonner de nos propres voix. Ce jour-là, nous rentrerons enfin dans nos terres.

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Mémoires 2019