Éditorial - Hauteur de vue requise

Robert Laplante

Février 2019

La lune de miel est terminée. Les premières salves sont lancées : Trudeau qui rejette la proposition de la déclaration d’impôt unique, Leblanc qui finasse sur la question des seuils d’immigration. Trudeau, encore, qui persiffle sur la laïcité, Rodriguez qui laisse tomber son masque et les civilités pour nous servir le mépris du Québec français. Cela ira en s’accélérant et le signal en a été donné à la sortie du caucus de la CAQ : le tir groupé sur les déclarations de François Legault au sujet de cette chose aussi mal définie que l’islamophobie aura donné un avant-goût de ce qui l’attend lorsque son gouvernement déposera le projet de loi sur la laïcité. À Radio-Canada et dans de nombreuses officines du cartel médiatique, les chantres du multiculturalisme ont de plus en plus de mal à cacher leur jupon ; la nébuleuse diversitaire s’agite, publie, appelle à la censure, l’intolérance vertueuse s’affiche et se répand. La politique québécoise restera aussi fermement tenue coincée entre le consentement à la « normalisation » minoritaire et l’humiliation. C’est entre ces deux pôles – et entre eux seulement – que l’ordre canadian est déterminé à contenir le Québec.

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Ton histoire est une des pas pire

Michel Rioux

Février 2019

Paraîtrait qu’il ne faudrait pas parler d’évènements comme celui-là, histoire de ne pas nourrir un sentiment de défaitisme chez les Québécois, chez les jeunes surtout. Des pendaisons comme celles des Patriotes, c’est bien connu, ça ne fait pas danser dans les chaumières.

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Les sources du conflit entre la Catalogne et l’Espagne

Joan Fonollosa

Février 2019

* L'auteur est ingénieur industriel, professeur retraité de l’Université Polytechnique de Catalogne. Comment expliquer à des lecteurs étrangers ce qui se passe en Catalogne ? Pour faire comprendre au public québécois les événements qui se sont déroulés en Catalogne ces dernières années, je débuterai par une comparaison que l’ancien président de la Generalitat, Jordi Pujol, utilisait dans le passé. Il assimilait le rapport entre la Catalogne et l’Espagne aux relations entre la Lituanie et la Russie. Si je devais transposer cette relation à celle entre le Québec et le Canada, je devrais toutefois spécifier que l’Espagne a plus d’affinités avec la Russie qu’avec le Canada. L’Espagne est un État, c’est-à-dire, une structure de pouvoir, qui s’est constituée au Moyen Âge et qui n’a pas beaucoup évolué. Même si cela peut paraître étonnant on comprend mieux l’Espagne si on pense à un État féodal plutôt qu’à un État démocratique. Ce pays est dominé par des intérêts de castes incapables de créer de la richesse, mais qui ont un incessant besoin de ressources financières pour réaliser des dépenses somptuaires afin de soutenir un statut d’hidalgo, mot qui signifie : fils de quelqu’un. Cet argent a été extorqué successivement aux Arabes, aux Juifs et ensuite...

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BREXIT: Entre l’arbre et l’Écosse

X. Hubert Rioux

Février 2019

* Chercheur postdoctoral, ÉNAP. Cet article a été rédigé et soumis à la toute fin du mois de janvier 2019, alors que Theresa May repartait en négociations avec l’UE. Le 15 janvier dernier, les députés du Parlement britannique à Londres ont massivement rejeté l’Accord transitoire négocié avec Bruxelles par le gouvernement de Theresa May, plongeant le Royaume-Uni (R.-U.) encore un peu plus profondément dans la crise politique et constitutionnelle qui a jusqu’ici caractérisé le processus de sortie de l’Union européenne (UE), depuis le vote référendaire de juin 2016. À 432 voix contre 202 en défaveur de cet Accord, il s’agit de la plus grande défaite en Chambre de l’histoire britannique moderne, qui aura évidemment été suivie du dépôt immédiat (et, disons-le, passablement opportuniste et cynique) d’une motion de censure par l’opposition travailliste que dirige Jeremy Corbyn. Theresa May et son gouvernement, minoritaire, mais soutenu par une alliance avec les députés unionistes nord-irlandais, y ont survécu de justesse le 16 janvier, mais ces deux votes auront tour à tour confirmé la division qui règne à la fois au Parti conservateur britannique ainsi qu’au Parlement plus généralement.

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Éléments de réflexion pour une repolitisation du Canada français

François-Olivier Dorais et Jean-François Laniel

Février 2019

* François-Olivier Dorais est historien et professeur à Université du Québec à Chicoutimi, Jean-François Laniel est sociologue et professeur à Université Laval. Qui eut cru, il y a à peine quelques mois de cela, que l’Ontario français se trouverait propulsé au cœur de l’actualité politique et médiatique québécoise, que les coupes du gouvernement ontarien dans les institutions de l’Ontario français et la mobilisation de la communauté franco-ontarienne seraient suivies et commentées jour après jour, semaine après semaine, par La Presse comme par le Journal de Montréal, par le Parti libéral du Québec comme par Québec solidaire ? Que le premier ministre François Legault, à l’aube du premier mandat autonomiste caquiste à la tête de l’État québécois, semoncerait son vis-à-vis ontarien en lui rappelant que les Franco-Ontariens ne constituent pas une minorité ethnique et linguistique parmi les autres au Canada, à l’instar de la diaspora chinoise à qui le premier ministre Doug Ford les comparait, mais bien les membres de l’un des « peuples fondateurs » du pays ? Que l’Assemblée nationale du Québec, dans une rare unanimité dont elle a le secret, déciderait de hisser le drapeau vert et blanc de l’Ontario français à l’une de ses tours, et que cette motion à la mémoire...

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Réussir l’indépendance

David Leroux

Février 2019

Pour beaucoup d’entre nous, la dernière campagne électorale prit la forme d’une petite apocalypse politique. Jamais on n’avait si peu parlé du Québec et de ses intérêts les plus élevés en contexte d’élection, jamais on n’avait élevé avec tant d’ostentation l’Ontario comme ultime étalon auquel se mesurer. L’esprit du colonisé a refait surface comme jamais, et pas un seul instant le chef présumé des troupes souverainistes assis aux commandes du Parti québécois n’a offert au peuple d’ici de sortir de cette abominable et humiliante mascarade.

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La vassalisation du Québec

Jean Archambault

Février 2019

La question des rapports entre le gouvernement fédéral et le gouvernement québécois en ce qui concerne la juridiction en matière d’immigration est une problématique complexe, mais, globalement, selon la constitution canadienne ce champ relève d’abord du fédéral. Pourtant, le Québec, au cours des dernières décennies, est allé chercher de nouveaux pouvoirs. L’entente Canada-Québec (accord Gagnon-Tremblay–McDougall) signée en 1991 et qui prolonge l’accord Cullen-Couture de 1978, concède au Québec le droit, à l’étranger et au Canada, de choisir les immigrants réguliers qui veulent venir ici. Le Québec est aussi responsable de leur intégration linguistique et socio-économique. En outre, le Québec peut faire connaître au fédéral, ses intentions de plafonner ou d’augmenter le seuil annuel souhaitable d’immigration. Cependant, la question des demandeurs d’asile relève exclusivement du fédéral. L’arrivée massive de migrants clandestins n’a pas été l’occasion pour le gouvernement Couillard d’exiger une nouvelle répartition des pouvoirs entre le fédéral et le provincial dans la problématique des demandeurs d’asile. Au contraire, ce gouvernement s’est cantonné dans un rôle minimal en tant que simple province du Canada en oubliant volontairement qu’il représente une nation et qu’il a le devoir de la protéger. Les différentes actions du gouvernement Couillard, entre 2016 et 2018, nous éclairent sur...

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Québec solidaire, le 1er octobre. Un succès démérité?

Paul Lavoie

Février 2019

* Ph. D., cadre retraité de l’éducation, militant du Parti québécois J’habite la circonscription de Saint-François, dont les trois quarts des électeurs se retrouvent dans les limites de la ville de Sherbrooke. Lors des élections du 1er octobre 2018, la candidate du Parti québécois est arrivée quatrième (PQ, 16 %). Elle s’est retrouvée assez loin derrière la candidate de la Coalition avenir Québec (CAQ, 35 %), celui du Parti libéral du Québec (PLQ, 23 %) et celui de Québec solidaire (QS, 23%). Elle a été chanceuse d’avoir atteint le 15 % nécessaire au remboursement d’une partie de ses dépenses électorales. Si sa défaite a semblé si triste autant à ses partisans qu’à elle, ils ont pourtant des motifs de se réconforter. Le résultat n’aurait peut-être pas été le même si tous les partis avaient joué franc jeu durant cette campagne électorale. Or, il s’en trouve un parmi eux, Québec solidaire, qui ne l’a pas fait. Québec solidaire a fait le soir du 1er octobre une autre victime que le Parti québécois. Une victime collatérale ne s’y attendant pas, le Parti libéral du Québec ! Tant qu’il affaiblissait le Parti québécois, le Parti libéral a traité presque avec déférence Québec solidaire – il fallait entendre en...

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Réflexions en marge du début de la campagne électorale montréalaise

Faisant déjà face à un désintérêt pour la chose publique et à une indifférence de la part des citoyens-électeurs, le monde municipal québécois a été confronté, au cours des dernières années, à une crise politique sans précédent, crise qui a sérieusement miné les instances démocratiques locales et entaché la légitimité et la crédibilité des élus. S’il est quasi impossible de déterminer en ce début d’automne 2013 quels seront les modalités et l’échéancier de la sortie de crise, il n’en reste pas moins que plusieurs observateurs souhaitent que les résultats des élections municipales de novembre contribuent à un assainissement de la gouvernance et à une revalorisation de la classe politique. Dans les circonstances, à quoi peut-on s’attendre dans le cas de Montréal ?

Ces lignes ont été écrites au moment où débutait officiellement la campagne électorale montréalaise. Il coulera en conséquence beaucoup d’eau sous les ponts de l’île d’ici le 3 novembre prochain. Quant aux candidats à la mairie, ils ne manqueront pas de submerger les citoyens électeurs sous une pléthore d’engagements. Que peut-on, en la circonstance, dégager des événements des dernières semaines qui ait quelque pertinence en regard du scrutin municipal de novembre ?

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S’il est difficile de prédire combien d’inscrits se présenteront dans les isoloirs, il faut reconnaître que l’élection a suscité un intérêt certain du côté des aspirants maires, maires d’arrondissement et conseillers municipaux. Dix candidats à la mairie, dont quatre sont à la tête de regroupements divers, et quelques centaines d’aspirants aux postes de maire d’arrondissement, de conseillers de ville et de conseillers d’arrondissement se disputeront les 103 postes électifs à combler.

Cet engouement n’est toutefois pas d’emblée garant d’un renouveau que plusieurs analystes, commentateurs et citoyens appellent de leurs vœux. Si de nombreux candidats tâtent de la politique pour la première fois, bon nombre d’autres sont des vétérans aguerris, quelques-uns en étant par ailleurs à leur deuxième, voire à leur troisième formation politique sur l’échiquier local. Or, compte tenu des scandales qui ont entaché la vie municipale montréalaise au cours de la dernière décennie, invoquer l’expérience n’est pas nécessairement un atout. Il se pourrait même qu’au lendemain de l’élection de novembre, les injonctions à plus d’intégrité formulées tout au long de la campagne ne constituent rien de moins que des rappels à plus de vigilance pour ceux et celles qui auraient assisté passivement – pour ne pas dire béatement – à la dérive des dernières années.

Une campagne plus que jamais marquée par la conjoncture

La campagne de l’automne 2013 sera inévitablement marquée par la conjoncture. On voit mal en effet comment les candidats à la mairie et aux autres postes pourraient éviter certaines questions, dont au premier chef celle de l’intégrité. D’aucuns, à l’instar de Denis Coderre, devront même vraisemblablement défendre des stratégies de recrutement de candidats dont on pourrait soutenir qu’elles laissent planer des doutes sur la profondeur des engagements en la matière.

La congestion et le transport collectif, la remise en état des infrastructures et des équipements publics, la fuite des jeunes familles vers la banlieue et la gouvernance – en particulier les relations entre la ville-centre et les arrondissements – seront également incontournables dans la mesure où ces problématiques occupent le devant de la scène de manière récurrente et, notamment dans le cas du transport collectif et des infrastructures, grèvent les ressources financières de la municipalité. Déjà, les programmes des quatre « partis » en lice y font diversement allusion. Dans une large mesure, c’est donc moins par le fond que par la forme qu’on se distinguera.

Le ton aura été donné par les positions adoptées par Richard Bergeron, Denis Coderre et Marcel Côté dans l’édition du 23 septembre de la tribune inaugurée ce jour-là par La Presse et François Cardinal. Tous trois devaient se positionner sur le problème de la congestion. Alors que le chef de projet Montréal, Richard Bergeron, entendait adopter la position forte envers le gouvernement du Québec, le chef de l’Équipe Denis Coderre soutenait qu’il fallait intervenir sur tous les fronts – ce qui sous-tendait qu’il fallait ménager la chèvre et le chou – ; quant à Marcel Côté, chef de la Coalition Montréal, il défend une position proche du précédent, à la différence qu’il insiste sur une plus grande coordination des acteurs, dont, en particulier, les services municipaux. Maintenue à l’écart de cette tribune, la chef du Groupe Mélanie Joly avait déjà fait valoir qu’elle privilégiait le développement d’un transport de surface moins coûteux que le tramway et des axes de desserte est-ouest.

Rien ne permet de penser que les positions adoptées dans d’autres dossiers s’éloigneront des présentes, dans la mesure où tous quatre ont à plusieurs reprises fait valoir le style de gouvernance qu’ils espéraient mettre en place et que cette ligne de conduite a dicté cette première prise de position. De ce point de vue, s’il n’y a guère lieu de s’étonner du style 140 caractères de Denis Coderre, que ce soit en matière d’environnement – « Je tire la plogue de l’usine de compostage » – ou de transport – « Le tramway, on oublie ça. L’argent ne pousse pas dans les arbres » –, on est en droit de s’inquiéter quant à la manière dont seraient menés les réflexions et les débats dans les grands dossiers auxquels s’attaquerait une administration dirigée par ce dernier.

En raison de sa connaissance des instances et des rouages administratifs, de sa formation en urbanisme, de son intérêt pour les questions de mobilité et de transport et des réalisations portées au compte de son parti dans les arrondissements Le Plateau-Mont-Royal et Rosemont-La-Petite-Patrie, le chef de Projet Montréal possède certes une longueur d’avance sur ses adversaires lorsqu’il est question de substance. Les compétences « politiciennes » du chef de l’Équipe Denis Coderre en font toutefois un adversaire redoutable qui ne manquera pas d’exploiter le moindre faux pas du premier. Quant au chef de la Coalition Montréal, Marcel Côté, il tentera d’imposer la figure du sage, particulièrement à l’encontre du fougueux Bergeron, qui traîne toujours le boulet de ses déclarations intempestives passées contre l’automobile. Réduire un projet de ville, particulièrement quand il s’agit d’une métropole, à une gestion des affaires courantes en bon père de famille n’a toutefois rien de très emballant. Il faudra trouver mieux pour vaincre la morosité dans laquelle plusieurs ont sombré. Pour leur part, Mélanie Joly et son équipe font un apprentissage qui, s’il ne solde pas par des gains tangibles le 3 novembre prochain, pourrait s’avérer profitable en 2017, au moment où Montréal fêtera son 375e anniversaire de fondation.

Le gouvernement du Québec s’invite dans la campagne

Le gouvernement du Québec, qui fait la plupart du temps la sourde oreille aux demandes montréalaises, s’est invité dans la présente campagne, avant même qu’elle ne soit officiellement lancée. En effet, le 29 août dernier, le ministre du Développement durable, de l’Environnement, de la Faune et des Parcs, Yves-François Blanchet, a annoncé qu'il n'appuierait pas le projet du centre de compostage de Saint-Michel.

Puis, le 20 septembre, le ministre des Affaires municipales, des régions et de l’Occupation du territoire, ainsi que des Transports, Sylvain Gaudreault, annonçait la mise en place d'un bureau de projet qui aura le mandat d'évaluer les coûts, l’échéancier, ainsi que les modes de réalisation et de financement, du prolongement de la ligne de métro bleue en direction est. Quelques jours plus tard, le ministre, accompagné de quelques collègues, engageait, au nom de son gouvernement, 84 millions de dollars pour l’ajout de quelque 200 km de voies réservées aux autobus et destinées à décongestionner le réseau routier métropolitain.

Le gouvernement du Québec n’est évidemment pas seul à s’inviter dans la campagne électorale. Les acteurs de la culture, les organismes préoccupés par les problèmes sociaux et les policiers – à la faveur d’un sondage commandé par leur fraternité et portant notamment sur la perception de la sécurité dans la ville – ont également interpellé les candidats à la mairie. Il n’en reste pas moins qu’on est en droit de s’interroger sur le « timing » de ces interventions de Québec. Admettons que cela n’aurait rien à voir avec des élections québécoises prochaines ou avec le prolongement de l’autoroute A19 en direction de la couronne nord, prolongement dont on souhaiterait cacher l’incohérence en annonçant des investissements en transport collectif. On reste malgré tout indisposé par cette manifestation supplémentaire de cette culture de l’infantilisation du monde municipal dont on est incapable de se dépêtrer à Québec, alors même qu’on demande aux municipalités de faire preuve d’une plus grande responsabilité. On aurait voulu mettre fin au débat sur le tramway montréalais qu’on ne se s’y serait pas pris autrement, comme si les Montréalais – élus, acteurs de la société civile et citoyens confondus – étaient incapables de faire des choix éclairés.

On pourra certes invoquer l’implication financière de Québec ; il n’en reste pas moins que le moment choisi est intrigant. Pendant ce temps, en matière de gouvernance métropolitaine…

Maire de Montréal ou président de la Communauté métropolitaine ?

En entrevue à l'émission C'est pas trop tôt sur ICI Radio-Canada Première, le 23 septembre dernier, le chef de Projet Montréal, Richard Bergeron, s’est porté à la défense de Montréal face aux banlieues de la région métropolitaine. Ce faisant, il a révélé la situation paradoxale des élus de la Communauté métropolitaine qui, bien que redevables aux citoyens qui les ont élus, doivent siéger sur le conseil d’une instance qui échappe au contrôle direct des électeurs – notamment du point de vue de la fiscalité et des choix budgétaires – et dont les décisions pourraient aller à l’encontre des intérêts de leurs commettants. Il est donc difficile de reprocher au chef de Projet Montréal de donner la priorité à ses électeurs, d’autant que les autres élus des quelque 80 municipalités de la Communauté métropolitaine de Montréal en font tout autant, sans nécessairement le crier sur tous les toits.

Mais, venant d’un candidat à la mairie de Montréal, cette déclaration pose un problème particulier dans la mesure où s’il est élu, il accédera d’office au poste de président du conseil de la Communauté métropolitaine. On peut aisément imaginer le climat qui pourrait régner à la table de celui-ci advenant que ce scénario se concrétise.

L’antagonisme ville-centre/banlieues

En « antagonisant » la ville-centre et ses les banlieues, Richard Bergeron a révélé une autre caractéristique en apparence paradoxale de la dynamique des grandes régions métropolitaines.

En effet, alors que les métropoles occupent une place prépondérante dans l’organisation des établissements humains, elles semblent soumises à des processus internes de fragmentation difficiles à contrecarrer. Cela est attribuable pour une bonne part à la distribution géographique de la croissance démographique qui se déploie de plus en plus à distance du centre et au poids démographique relatif des banlieues, qui dépasse désormais, dans beaucoup de métropoles – c’est le cas à Montréal –, celui des villes-centres. Pas étonnant, dans les circonstances, qu’on entende davantage parler d’elles, d’autant qu’elles ont acquis un poids politique considérable lors des élections aux paliers supérieurs de gouvernement, comme c’est le cas depuis plusieurs années au Québec.

Mais cette fragmentation est aussi attribuable à l’autonomie croissante des banlieues, qui ne sont plus les dortoirs des premières décennies d’après-guerre. Il est désormais possible de naître, d’être scolarisé, de fréquenter cégep et université, de magasiner, d’être soigné, de travailler, d’élever ses enfants, de pratiquer un grand nombre d’activités sportives et culturelles et de prendre une douce retraite en banlieue. Il n’y a, pour s’en convaincre, qu’à considérer le nombre d’équipements scolaires, sportifs, culturels et commerciaux mis en place au cours des deux dernières décennies dans les couronnes métropolitaines.

Cette dynamique explique incidemment le grand nombre de villes-centres étatsuniennes qui connaissent un déclin démographique et économique inquiétant, Détroit en constituant la version la plus radicale. Certes, Montréal est dans une position plus enviable, ne serait-ce qu’en raison de la vitalité de la vocation résidentielle des quartiers centraux. Il n’en reste pas moins que certains acquis pourraient être fragilisés dans les prochaines années, comme le suggère l’évolution récente de la fréquentation de plusieurs équipements culturels de la ville-centre et l’essor que connaissent plusieurs destinations culturelles et commerciales de la banlieue.

La nécessité d’être attentif à ce qui se passe en banlieue

On peut facilement supposer qu’à la suite de cette prise de position du chef de Projet Montréal, une certaine prudence imposera une plus grande discrétion aux autres candidats à la mairie montréalaise. Il n’en reste pas moins que cette dynamique métropolitaine – y compris en ce qui concerne le rôle qu’aura à jouer le maire de Montréal – incite à être attentif à ce qui se passera à l’extérieur de Montréal, notamment à Laval, où s’est effondré un système qui aura permis au maire de cette ville d’en mener large dans sa baronnie tout autant qu’à l’échelle métropolitaine – on rappellera le dossier du prolongement du métro. Mais également à Terrebonne et à Mascouche – une autre ville affectée par des scandales politiques –, où les résultats des élections pourraient favoriser la relance du projet de fusion mis de l’avant il y a quelques années, fusion qui ferait passer cette ville du 10e au 6e rang (ex aequo avec Sherbrooke) des municipalités les plus populeuses du Québec. Ou encore à Sorel-Tracy, Saint-Hyacinthe ou Saint-Jean-sur-Richelieu, où des projets de trains de banlieue confirment une insertion fonctionnelle dans l’aire métropolitaine sans que ne soit envisagée une inclusion dans la Communauté métropolitaine, le précédent de Saint-Jérôme étant évoqué pour éviter un tel rattachement administratif. Ou, plus simplement, dans plusieurs municipalités du 450, dont les maires, à l’instar d’Hubert Meilleur, qui tirera sa révérence après plus de 25 ans à la mairie de Mirabel, défendent leurs villes comme si elles ne devaient rien à une appartenance métropolitaine.

Rêver Montréal

Les candidats à la mairie et aux autres postes électifs, qu’ils soient de Montréal ou des autres municipalités de la région, n’ont toutefois pas le monopole de la définition de l’avenir de la métropole. Il faut même reconnaître que les régions métropolitaines qui s’en tirent le mieux sont celles où se mobilisent les acteurs de la société civile et où les complicités se nouent entre les administrations publiques et ces acteurs. À cet égard, le livre de François Cardinal Rêver Montréal, opportunément lancé peu de temps avant le début officiel de la campagne électorale, montre à quel point les aspirations, les idées, les projets et les réalisations dont sont porteurs les Montréalais contrastent avec ce qui a été le pain et le beurre de la dernière administration municipale.

Mais, pour que le Montréal rêvé devienne réalité, il faut une direction éclairée qui ne saurait être réductible aux habiletés à épater la galerie, à resserrer les règles de gestion ou à imposer un point de vue sous prétexte qu’il est le seul recevable. Je dois avouer qu’au moment d’écrire ces lignes, je reste en ce domaine sur ma faim.

Par ailleurs, l’administration courante et le développement à moyen et à long termes d’une métropole ne sauraient se concevoir sans l’appui d’une fonction publique de qualité. Il importe donc de connaître la nature et les modalités du rapport entre élus et fonctionnaires qu’entendent favoriser les candidats à la mairie.

Quid des services professionnels municipaux ?

Au Québec comme un peu partout dans les pays développés, les dernières années ont été difficiles pour la fonction publique. Montréal n’y a pas échappé. D’autant que les réorganisations administratives réalisées dans le contexte du cafouillage des fusions-défusions ont plombé le fonctionnement de l’appareil municipal. Mauvaise définition du partage des responsabilités, restructurations successives et relégation de la mission de certains services – notamment l’urbanisme – au rôle de faire-valoir ont contribué à l’érosion de compétences indispensables à une saine administration.

À la lumière des révélations faites dans le cadre des travaux de la commission Charbonneau, on est en droit de s’étonner qu’on ait jusqu’à présent, dans la campagne électorale ou dans les programmes des partis, fait si peu de cas de cette érosion. Certes, il est question de révolution tranquille de la gestion municipale, de révolution numérique, de transparence totale de coordination interservices. Il faut toutefois reconnaître que tous ces engagements pourraient être remplis sans que ne soit formellement revalorisés la fonction publique en général et le travail des professionnels en particulier. Mais il est une autre menace qui plane sur l’avenir de ces services. C’est celle de l’explosion du coût des régimes de retraite.

Or il serait extrêmement déplorable que le débat inévitable sur les fonds de pension des employés de la ville de Montréal et de ses arrondissements – problème dont on a au demeurant évité de parler au moment d’écrire ces lignes – relègue aux calendes grecques le chantier de l’indispensable revalorisation des services professionnels municipaux. Il y a toutefois fort à craindre qu’on s’abstienne d’y voir un enjeu de premier plan, tellement la fonction publique a mauvaise presse.

Une campagne d’image ou de contenu ?

En politique municipale, il est de nos jours difficile d’échapper à la dictature de l’image, d’autant que le maire est élu au suffrage universel et doit donc courtiser en peu de temps l’ensemble de l’électorat. On doit ici se réjouir de ce que plusieurs tribunes aient été et soient offertes aux quatre principaux candidats afin qu’ils exposent les positions de leurs partis en regard de différents enjeux et défis. Tout se passe comme si les Montréalais souhaitent vraiment savoir de quoi il en retournera avant de faire un choix. Ou du moins comme si plusieurs acteurs de la société civile et responsables de médias entendaient ne pas laisser aux seuls aspirants maires la responsabilité de la fixation de l’ordre du jour de la campagne électorale.

Le danger est évidemment grand que l’exercice se traduise, à la faveur d’un opportunisme politique, en un clientélisme débridé, chacun trouvant au terme de l’exercice ce qu’il recherchait. D’où l’importance d’apporter une attention particulière aux programmes des partis et au positionnement de l’ensemble des candidats de chacun des arrondissements. Tout en n’oubliant pas que la ville de Montréal n’est pas réductible à la somme de ses arrondissements. Et que son maire reste un personnage clé, comme l’a malheureusement montré en n’étant pas la hauteur le précédent magistrat. 

 

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