Jean Garon présenté par Andrée Ferretti

2013-10-25-Souper-conference-de-LAction-nationale-044Je vous redis bonsoir cher public, avec l’espoir que nos riches et délicieuses agapes n’aient pas trop ramolli vos ardeurs combattantes, qu’elles vous laissent toute la latitude d’esprit et de cœur pour apprécier à sa juste valeur la beauté et la force du militantisme de notre invité d’honneur.

 

J’ai choisi en effet de vous présenter ce soir, un homme qui fut non seulement un bon député et un excellent ministre, mais d’abord et avant tout un grand militant pour l’indépendance du Québec, même si à mon avis, qui n’est pas plus humble qu’infaillible, il a fait une erreur en substituant la proposition de souveraineté-association au projet d’indépendance. Je me permets d’exprimer cette opinion, puisque monsieur Garon aura, ce soir, le dernier mot

Pour tout vous dire, j’ai découvert Jean Garon, en lisant son Pour tout vous dire. Autobiographie qui m’a éblouie. Pourtant, ce n’était pas donné d’avance. Je n’avais pas oublié que nous nous étions rencontrés et confrontés dans les années de grande effervescence du mouvement indépendantiste. Nos conceptions respectives des stratégies de luttes à mettre en œuvre pour l’accession de notre nation à sa pleine autodétermination, étaient en principe aussi valables l’une que l’autre. En pratique, ni ses choix ni les miens ne nous ont donné jusqu’à maintenant le pays que nous appelons de tous nos vœux, de toutes nos forces, auquel chacun à sa manière a consacré le meilleur de lui-même.

Le rappeler est dire une vérité de La Palisse en parlant de Jean Garon.

Car il s’agit bien de cela. De manière incontestable et comme il le revendique fièrement, Jean Garon est avant tout un militant, Il l’a toujours été, et de la plus belle manière qui soit : avec authenticité. C’est ce que met en lumière son autobiographie. Nous y découvrons en effet la haute stature de l’homme qui repose toute entière sur l’authenticité de ses engagements dans l’ordre de la pensée aussi bien que de l’action, tous parfaitement intégrés dans sa vision complexe de la nécessité de ses choix.

Je dois bien sûr rappeler avec insistance son action déployée au ministère de l’Agriculture dont il a été le mémorable ministre de 1976 à 1985. René Lévesque qui voulait asseoir son nouveau pouvoir sur la collaboration de personnes intelligentes et solides, à la fois visionnaires et pragmatiques, animées par leur seul désir de servir les intérêts de la nation québécoise, l’y nomma dès le lendemain de son arrivée aux commandes de l’État.

Intellectuel d’envergure, professeur d’économie à l’Université Laval, n’ayant jamais vécu ni travaillé sur une terre, cette nomination était inattendue et elle étonna en premier lieu Jean Garon lui-même, bien qu’il reconnut avec monsieur Lévesque que tout l’y prédestinait : sa formation d’économiste, ses années de militantisme dans le Québec des régions, ses expériences dans l’entreprise privée, notamment à Ciment Québec, sa rare capacité d’écoute des gens, son aptitude à évaluer rigoureusement les situations et à décider. Il fut à la hauteur des attentes de son chef.

Il a en effet fait adopter de nombreuses Lois qui toutes ont modifié avantageusement l’activité agricole et celle des pêches et de l’alimentation. Pour un temps, comme il le reconnaît lui-même avec une certaine tristesse, un désenchantement certain.

Il me faut aussi rappeler, comme l’a souligné Denis Monière dans sa critique de Pour tout vous dire que contrairement au jugement, parfois à l’allure d’accusation, alors porté par de nombreux contemporains, Jean Garon, bien que conservateur, n’était pas, n’a jamais été un homme de droite, mais un exemplaire social-démocrate, attaché dès son enfance à la justice sociale, principe inculqué par son père, qu’il appliqua rigoureusement en tant que ministre de l’Agriculture et aussi de l’Éducation.

J’écrivais récemment ceci dans le magazine littéraire Nuit blanche : « Souligner la largeur de vue de Jean Garon, ses qualités de travailleur acharné, ses débats soutenus avec autant de modération que de passion, ses combats menés avec autant de ruse que de droiture, ses importantes réalisations, toutes motivées par un sens aigu de son devoir de servir l’intérêt public, son inébranlable conviction de la nécessité de l’indépendance, sa critique du manque d’audace de ses compatriotes, de leur peur de s’assumer comme peuple libre et souverain, est encore n’avoir rien dit de la complexité de la pensée et de l’action de l’homme politique le plus authentique de notre histoire récente. Authenticité qui tient à sa parole pleine, confiante d’être conforme à l’action accomplie, qui tient dans ses engagements qui ne s’écartent jamais des promesses faites, qui tient dans sa relation d’adhésion, voire d’adhérence aux tours et détours de la longue marche de sa nation vers l’indépendance ».

Comme vous pouvez le constater, même s’il a choisi le Parti de la souveraineté-association plutôt que le mouvement indépendantiste, comme voie d’accès à notre plein épanouissement national, j’admire le parcours de Jean Garon et lui suis infiniment reconnaissante de l’avoir tracé dans l’espoir qu’il conduirait ses compatriotes au seuil du pays désiré, un pays bien à eux, un pays qui leur ressemble et les rassemble.

Un compliment personnel pour terminer. En refermant Pout tout vous dire, j’ai pensé, monsieur Garon, que la vieillesse vous allait bien, comme un gant de qualité qu’on porte depuis longtemps, qui s’est si bien fait à notre main qu’elle accomplit presque d’elle-même, avec grâce et noblesse les tâches qu’on lui assigne. Comme il y a encore beaucoup de pain sur la planche, il est à prévoir vous saurez la tenir occupée.

Et dès maintenant, en nous adressant votre parole.

 

Décembre 2017

Éditorial - Au seuil d’un autre commencement

2017decembre250Conférence prononcée à l’occasion du
Gala du centenaire de L’Action nationale
au cabaret Lion d’Or
27 octobre 2017
Version vidéo -

Je suis heureux de partager avec vous cette soirée, ce moment de célébration. C’est un privilège rare qui m’est donné et je vous en suis très reconnaissant. Je voudrais profiter de l’occasion pour revenir un tant soit peu, sur le chemin parcouru. Et pour tenter d’ouvrir quelques pistes pour le proche avenir, en sachant qu’il faudra revenir plus d’une fois sur le sujet.

Je vous invite à aborder les prochaines années avec confiance et détermination. Il faut penser notre combat dans le temps long. Et le faire en sachant que nous sommes redevables à tous ceux et celles qui, avant nous, ont mené les batailles qui ont permis à notre peuple de se rendre là où nous sommes. Encore et toujours au seuil de notre naissance, certes. Mais encore et toujours tenaces et opiniâtres, avec le même idéal chevillé au corps, le même goût de liberté, le dur désir de durer.

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La voie rapide du Programme de l’expérience québécoise

L'auteur a été conseiller au ministère de l’Immigration, de la Diversité et de l’Inclusion pendant 23 ans, à la retraite depuis deux ans. Le présent article est extrait d'un ouvrage en préparation chez L'Action nationale Éditeur.

Le Québec compte au sein de sa population des migrants étrangers qui y résident de façon temporaire, détenteurs d’un permis de séjour temporaire délivré par le gouvernement fédéral et d’un Certificat d’acceptation du Québec (CAQ). Il s’agit de travailleurs étrangers actifs sur le marché du travail québécois et d’étudiants étrangers inscrits dans nos institutions d’enseignement. Le ministère de l’Immigration, de la Diversité et de l’Inclusion (MIDI) souhaite en retenir le plus grand nombre possible au Québec afin qu’ils s’y établissent de façon durable. En tant que candidats éventuels à la sélection québécoise, ces personnes jouissent d’un avantage important par rapport aux candidats à l’immigration économique qui sont encore dans leur pays d’origine : ils vivent déjà au Québec depuis quelques années et participent à la vie québécoise. D’où l’intérêt pour le Québec de stimuler leur recrutement comme immigrants permanents. C’est dans cette perspective qu’a été mis sur pied en 2010 le Programme de l’expérience québécoise (PEQ).

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Le démantèlement de la nation (chronique 17)

La période couverte s’étend du 21 septembre au 29 novembre 2017.

Au référendum de 1995, le OUI a perdu par 27 145 voix, car l’écart entre le oui et le non fut de 54 288 voix seulement. Des études ont alors montré que si les milieux moins favorisés s’étaient rangés derrière le OUI, c’est parce que l’État québécois leur semblait mieux en mesure que celui d’Ottawa, qui avait déjà entrepris de vastes compressions dans ses programmes sociaux, de mener la lutte contre la pauvreté et d’offrir un filet social de qualité.

Mais après le référendum, balayant une telle analyse du revers de la main, le premier ministre Lucien Bouchard s’est employé à dissocier question nationale et engagement de l’État québécois dans la société. Il a fait sienne la lutte contre le déficit. Les compressions ont commencé en santé, en éducation, dans les programmes sociaux et ailleurs. Ce premier ministre prétendait qu’en atteignant le déficit zéro et la réduction de la dette, les Québécois seraient à l’avenir plus libres de leurs choix. C’était vraiment mal lire la réalité. Celle-ci, à l’époque, n’était plus l’insécurité économique ; c’était tout simplement que 60 % de OUI parmi les Québécois de langue française n’avaient pas suffi à l’emporter contre 95 % de NON parmi les non-francophones.

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Bilan de l’année du centenaire

Le conseil d’administration de la Ligue a voulu souligner avec éclat le centième anniversaire de la revue qui fut fondée en janvier 1917. L’objectif principal de cette année de commémoration était de faire connaître la revue afin d’élargir son lectorat. Nous avons voulu célébrer tous les artisans de la revue qui depuis un siècle, mois après mois, ont assuré la production et la diffusion d’analyses pertinentes et éclairantes de notre destin national.

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Chroniques catalanes

L'auteur remercie Consol Perarnau qui l’a guidé dans la connaissance de la Catalogne.

Ces chroniques portent sur le processus d’autodétermination du peuple catalan qui s’est concrétisé par la tenue d’un référendum le 1er octobre dernier. Je me suis rendu à Barcelone du 24 septembre au 2 octobre comme participant à la délégation québécoise organisée par le Réseau Québec-monde. J’avais aussi obtenu l’accréditation de la Generalitat pour agir comme observateur international et surveiller le déroulement du vote. Ces chroniques forment en quelque sorte un journal de bord de ce voyage où se mêlent récit de vie et analyse politique. Ce journal relate au jour le jour les rencontres avec les principaux acteurs du mouvement indépendantiste catalan. Il compare aussi à l’occasion l’évolution du mouvement indépendantiste québécois et celui du mouvement catalan. 

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