Éditorial - La disgrâce n’est pas là où trop de gens l’ont cherchée

2014janvier250L’épisode Mourani a été disgracieux, mais il ne méritait pas l’importance qu’on lui a accordée. Il n’était pas utile de faire des procès d’intention, de soupeser la part de mauvaise foi dans l’opportunisme ou de mesurer le carriérisme à l’aune du redécoupage électoral. Il suffisait de resituer l’épisode dans l’agonie du bouchardisme qui avait fait du Bloc québécois un adversaire émasculé, plus soucieux de se faire tenir pour respectable que menaçant, plus obséquieux envers la grandeur canadian qu’intransigeant envers l’hypocrisie du régime. La collision frontale avec le multiculturalisme aura mis fin aux alibis : il n’est plus possible de faire semblant de partager le même univers de référence. La nation québécoise agissant de manière conséquente ne pouvait plus cohabiter avec la rhétorique de l’ouverture si chère au Bloc du temps qu’il se conduisait en loyale opposition.

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La Gaspésie ou l’avenir d’une sociologie du colonial

Implantées au centre, maisons de courtage, banques, sociétés d'assurance anglaises et américaines, poussent leurs ramifications jusqu'aux extrémités de la province, récupèrent de partout les petites économies, les canalisent, les rassemblent pour les déverser ensuite dans la caisse des grandes entreprises industrielles ou commerciales étrangères.

– Esdras Minville[1]

Pour la famille paternelle et ses souvenirs de Sayabec…

Qu’il nous soit d’abord permis de revenir sur la polémique entourant le film La maison du pêcheur d’Alain Chartrand. Dans son œuvre, le fils du célèbre syndicaliste invite à sonder les origines gaspésiennes de la crise d’octobre 1970 à travers l’épopée vécue par Francis Simard, Paul et Jacques Rose, et Bernard Lortie, qui deviendront célèbres pour le kidnapping et l’assassinat de Pierre Laporte[2]. Au moment de la première de La maison du pêcheur au Festival des films du monde, question d’élargir la perspective du long métrage gaspésien par-delà l’épisode de jeunesse des felquistes, Chartrand faisait la déclaration suivante : « il y a des trous dans notre histoire, de la manière dont elle est enseignée dans les écoles. Il faut redonner à nos enfants et nos petits-enfants le goût de l'histoire[3] ». Au sujet de ces « trous » de mémoire et de la place qui pourrait être dévolue à la Gaspésie dans notre histoire, Jean-François Nadeau, l’auteur et journaliste au Devoir, a cru bon de recueillir auprès d’une des sources de la petite histoire les impressions générales. Et Francis Simard n’a pas aimé. « On dirait un film de missionnaires, du prêchi-prêcha[4] », a-t-il déclaré au journaliste, avant d’ajouter :

Cette histoire-là n’a jamais existé telle qu’elle est racontée. Dommage, ça aurait été d’actualité pour ce que c’est : l’été de jeunes militants qui ouvrent un café, qui se font dire que ce n’est pas possible, que ça dérange le système [...]. Ça aurait rejoint le sens de la contestation des jeunes d’aujourd’hui, le ras-le-bol de tout le monde écœuré d’être dépossédé.

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La source primordiale de l’obstruction québécophobe

Afin que le Québec poursuive sa marche libératrice armé du puissant instrument d’une charte de la laïcité infrangible, il faut neutraliser la stratégie idéologique délétère de l’idolâtre Charles Taylor, ainsi que celle de son disciple Gérard Bouchard. Il est donc impératif de débusquer le mobile réel caché dans le multiculturalisme du premier, et le mobile inconscient incrusté dans l’interculturalisme du second[1].

Le multiculturalisme, un faux culte solaire

L’obscur objet de la reconnaissance

Charles Taylor présente une conception du multiculturalisme apparemment très large, qui comprend tant des groupes ethniques que des minorités politiques et culturelles, et surtout des communautés religieuses. Il préconise à leur endroit une politique de reconnaissance qui soit plus que du respect, et pas seulement de l’égalité. Cette politique prétend parer aux intrusions des majorités et s’opposer au caractère impersonnel de leurs institutions.

Avec la politique de la différence, ce que l’on nous demande de reconnaître, c’est l’identité unique de cet individu ou de ce groupe, ce qui le distingue de tous les autres. L’idée est que c’est précisément cette distinction qui a été ignorée, passée sous silence, assimilée à une identité dominante ou majoritaire. Et cette assimilation est le péché majeur contre l’idéal d’authenticité[2].

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Stephen Harper et la mutation de l'identité canadienne (1ère partie)

Le 19 octobre dernier, le gouvernement Harper a annoncé son intention de contester judiciairement la loi 99, qui avait été démocratiquement votée par l’Assemblée nationale en guise de réplique à la loi sur la clarté référendaire du gouvernement fédéral. Plusieurs ont été grandement étonnés par la « paix constitutionnelle » qui prévalait depuis la victoire des conservateurs en 2006. Pourtant, cela n’est nullement surprenant, ne serait-ce que pour des considérations stratégiques : il y a au Canada un marché pour le Quebec bashing, que seul le PCC sera en mesure d’occuper par son annonce, contraignant libéraux et néo-démocrates – qui tentent de séduire le Québec contrairement aux conservateurs qui n’ont rien à perdre et rien à gagner – à la tergiversation. La contestation semble peut-être trancher avec l’attitude générale des fédéralistes depuis le déploiement du Plan B, l’indifférence méprisante ayant plutôt fait office de politique. La minorité québécoise ne dérange plus, ne suscitant ni respect ni considération. Mais c’est précisément pour cette raison que l’élimination de la loi 99 tombait à point, alors que le présent contexte nous présente un gouvernement minoritaire péquiste qui a enfin repris le contrôle du calendrier politique avec une « Charte de la laïcité » qui pourrait certainement ébranler les bases de l’édifice identitaire canadien et de ses relais bien-pensants « québécois ». Les effets d’une suppression de la loi 99 seraient davantage symboliques qu’effectifs, mais ils n’en seraient pas moins imposants : le message en serait que la volonté québécoise d’établir ses propres règles quant à son avenir et son affirmation politique à l’Assemblée nationale est nulle et non avenue devant les prérogatives du Canada des juges.

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L'héritage musical du Québec

2014janvier250L'auteur est chercheur postdoctoral en musicologie CRILCQ-UQAM

L’histoire du Québec est un grand puzzle/
Dont les morceaux/
Ont été volontairement jetés dans l’oubli/
Par ceux qui nous ont exploités et menti/
Et qui n’ont pas intérêt/
À ce qu’on retrouve les morceaux./
Chaque morceau du puzzle est une mémoire/
Qui remet la vérité à sa place.

–Félix Leclerc, Rêve à vendre

Parler d’histoire de la musique du Québec équivaut dans l’esprit de tout un chacun à faire le parcours de la chanson depuis Madame Bolduc, incluant un préambule au sujet des airs de folklore comme « À la claire fontaine » et des reels de violoneux. À tort ou à raison, tout ce grand répertoire est considéré comme porteur d’une identité collective, particulièrement depuis Félix Leclerc et les chansonniers de la Révolution tranquille. Or, les Québécois n’imaginent généralement pas que leur coin de pays possède, comme l’Europe, un riche héritage de pratiques musicales classiques. Sans trop y réfléchir, cette culture savante est automatiquement rattachée à l’ailleurs, sinon à l’universel. On fait ainsi l’impasse sur un grand pan du patrimoine d’ici.

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Gabriel Nadeau-Dubois. Tenir tête

Gabriel Nadeau-Dubois
Tenir tête, Lux Éditeur, 2013, 224 pages

Gabriel Nadeau-Dubois me rappelle un peu le Steinbeck d’En un combat douteux ; certes, l’un est romancier et l’autre essayiste, mais tous deux affichent un style sec et rugueux, sans fioriture inutile, et ils partagent le même humanisme, le même respect envers la lutte obscure et désintéressée de ceux qui veulent rendre la société plus solidaire.

Bien sûr, l’ancien porte-parole de la CLASSE est maintenant devenu une vedette, mais il aurait pu ne pas l’être si la grève n’avait pas connu le succès que l’on sait. Tenir tête, son essai, débute d’ailleurs par le portrait du travail de fond – boulot peu glorieux s’il en est – effectué par les militants de la CLASSE. Tournée des cégeps et universités, plans de mobilisation, distribution de tracts, élaboration d’arguments, longues et houleuses assemblées et nuits d’insomnie sont le lot des militants de la CLASSE.

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Jacques Lanctôt. Yves Michaud. Un diable d’homme!

Jacques Lanctôt
Yves Michaud. Un diable d’homme! Préface de Pierre Karl Péladeau, VLB Éditeur, 2013, 285 pages

Yves Michaud est un homme de parole et d’écrit, maniant la langue française avec une passion et une aisance comme peu de gens en sont malheureusement capables aujourd’hui. C’est d’ailleurs pourquoi le récit intellectuel biographique de Michaud était jusqu’à maintenant disponible essentiellement à travers les différents recueils de ses articles, dont le plus récent et le plus costaud remonte à 2005 et était intitulé Les raisons de la colère. Est donc disponible en librairie, cet automne, la première biographie de Michaud au sens où on l’emploie traditionnellement.

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Stephen J. Harper. Un sport légendaire

Stephen J. Harper
Un sport légendaire: les Maple Leafs d’autrefois et l’essor du hockey professionnel, Montréal, Éditions de l’Homme, 2013, 411 pages

S’il faut lui reconnaître une seule qualité, c’est bien celle d’être un homme fidèle à ses convictions. Avec la parution d’Un sport légendaire : les Maple Leafs d’autrefois et l’essor du hockey professionnel, Stephen Harper (ou Stephen J. Harper, du nom qui apparaît sur la couverture) prêche par l’exemple. Il fait la promotion de l’effort personnel (lui qui conjugue l’écriture et l’emploi exigeant de premier ministre), il atteint son objectif sans subvention ou aide gouvernementale (sauf pour la traduction, l’édition et la publication) et il rappelle les valeurs de charité (tous les profits de la vente du livre sont versés aux Services de bien-être et moral des Forces canadiennes, à défaut d’être versés à la Fondation Tim Hortons pour les enfants). Mais là s’arrêtent les propos élogieux.

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Éditorial - Se faire de la couenne

2014fevrier250Ce n’est certes pas lui qui a lancé le bal, mais il s’est tout de même surpassé, le cheuf Couillard, avec ses déclarations sur la nécessité de se conformer aux standards continentaux. Ce n’était pas seulement une autre déclaration maladroite pour tenter de se dépatouiller dans le marasme de la position anti-charte. Le bon docteur a vraiment dit le fond de sa pensée. Une pensée de la soumission, un aveu sans fard. Celui qui veut signer la constitution illégitime pour fêter le cent cinquantième du Canada, l’homme qui ne jure que par la Charte du coup d’État de 1982 en a assez de faire semblant. Le parti qu’il dirige est celui du retour au bercail, de la succursalisation assumée. Canadian first and foremost !

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