Éditorial - Se faire de la couenne

2014fevrier250Ce n’est certes pas lui qui a lancé le bal, mais il s’est tout de même surpassé, le cheuf Couillard, avec ses déclarations sur la nécessité de se conformer aux standards continentaux. Ce n’était pas seulement une autre déclaration maladroite pour tenter de se dépatouiller dans le marasme de la position anti-charte. Le bon docteur a vraiment dit le fond de sa pensée. Une pensée de la soumission, un aveu sans fard. Celui qui veut signer la constitution illégitime pour fêter le cent cinquantième du Canada, l’homme qui ne jure que par la Charte du coup d’État de 1982 en a assez de faire semblant. Le parti qu’il dirige est celui du retour au bercail, de la succursalisation assumée. Canadian first and foremost !

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Du Québec inc. au Quebec Capital

L’échec du référendum de 1995 a constitué un tournant important dans l’histoire des rapports entre la société québécoise et son élite économique. Cet échec a sonné le glas d’un compromis social qui durait depuis près de trente ans au Québec, un compromis qui visait à faire sortir l’économie québécoise des ornières de la dépendance à l’égard des métropoles étrangères. Pensée au début du XXe siècle par l’école des HEC, cette critique de la dépendance avait en effet constitué le ciment d’une économie politique proprement nationale, élaborée dès les années 1960, par laquelle le projet d’une prise en charge collective du destin économique du Québec devait se concrétiser. Ce projet ralliait aussi bien les nationalistes, qui dénonçaient les effets délétères de la sujétion politique du Québec au Canada, que les milieux libéraux, dont les intérêts étaient contrariés par des mécanismes maintenant durablement les Québécois dans une situation d’infériorité économique. Ce type de coalition, on le sait, était typique des communautés politiques cherchant à se défaire des structures de domination impériale au XXe siècle, structures qui étaient reconduites dans cette forme diminuée d’empire qu’a constitué le «Commonwealth» canadien depuis son origine.

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Élections Montréal 2013 (1) - Une démocratie dysfonctionnelle

Les élections du 3 novembre dernier ont-elles placé les Montréalais devant un choix étendu d’options politiques ou, au contraire, devant des choix restreints, avec quatre partis principaux ne répondant qu’à une seule et même clientèle ? Le système de partis montréalais n’a rien d’exemplaire puisqu’il possède de nombreuses caractéristiques antidémocratiques favorisant une représentation limitée et favorable aux forces conservatrices. C'est ce que nous verrons dans cette première partie de l'analyse des résultats des dernières élections municipales. Ce système mène à la constitution d’équipes de candidats au sein de partis aux caractéristiques fort semblables, un phénomène observé dans la deuxième partie qui sera publiée dans le prochain numéro de L'Action nationale. Nous verrons plus tard, dans la troisième partie, comment les élus accusent un caractère conservateur au fur et à mesure que l’on monte dans la hiérarchie du pouvoir.

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Forces et faiblesses de la proposition écossaise 

GOUVERNEMENT ÉCOSSAIS/Scottish National Party
Scotland’s Future : Your Guide to an Independent Scotland, Livre Blanc, Édimbourg, 2013, 650 pages

Quels que soient les résultats du référendum du 18 septembre prochain, on ne pourra certainement pas reprocher au gouvernement écossais du Scottish National Party (SNP) d’avoir manqué à ses devoirs. Le premier ministre et chef du SNP, Alexander Salmond, répète depuis des mois que la proportion des Écossais que les nationalistes pourront rallier à la cause de l’indépendance sera d’égale importance à celle des Écossais ayant été correctement informés des limites du cadre constitutionnel britannique et des opportunités offertes par la sécession. En d’autres termes, comme c’est souvent le cas en ce qui a trait aux grands choix politiques s’offrant aux citoyens des démocraties modernes, l’information – et à plus forte raison la désinformation – se révélera sans doute être le « nerf de la guerre ». Il s’agit d’une vérité incontournable, tant pour les promoteurs de l’indépendance que pour ses opposants. Le SNP semble l’avoir rapidement assimilée ; déjà en 2007, alors qu’à la surprise générale il arrivait à former un gouvernement minoritaire, une « Conversation nationale » – concept qui réveillera peut-être de mauvais souvenirs chez certains souverainistes bien de chez nous – avait été lancée et devait mener à la publication d’un premier livre blanc, Your Scotland, Your Voice, fin septembre 2009.

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Vers une politique de la convergence culturelle

2014fevrier250Alors que le multiculturalisme est une doctrine consacrée par une loi et par la Constitution canadienne de 1982, il n’existe aucun modèle alternatif ayant force légale au Québec. Certains proposent le modèle de l’interculturalisme, mais celui-ci est peu défini et s’avère en pratique très près du multiculturalisme. C’est pourquoi il importe de proposer un modèle vraiment différent: celui de la convergence culturelle.

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Que faire de Wolfe ?

Le débat sur le projet de loi 60 sur la laïcité a été centré sur la présence des symboles religieux dans la fonction publique et a, par ricochet, mis en relief la problématique de la représentation symbolique de l’histoire dans l’espace public. La présence du crucifix à l’Assemblée nationale illustrait l’incohérence d’un État qui se prétend neutre et laïc, mais qui se met sous la protection de Dieu pour prendre ses décisions. Ce paradoxe vient de haut pour ainsi dire puisque la Charte canadienne des droits est elle-même régie par la volonté divine comme l’atteste son préambule: «Attendu que le Canada est fondé sur des principes qui reconnaissent la suprématie de Dieu et la primauté du droit.» On retrouve aussi au Salon rouge l’évocation de Dieu inscrite sur le trône: «Honni soit qui mal y pense, Dieu et mon droit».

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Le jeu sournois des médias dominants et multiculturalistes

S’il y a un sujet qui a retenu l’attention médiatique pour les bonnes ou les mauvaises raisons depuis ces quatre derniers mois, c’est bien celui de la Charte de la laïcité du gouvernement Marois. Le débat a même donné l’impression par moments, en raison d’une couverture médiatique souvent biaisée, que cette « affaire » était devenue non pas le grand débat sociétal de l’heure, mais une source d’inquiétude terrible qui pouvait nous entraîner dans le meilleur des cas dans une dérive autoritaire digne de la Russie de Poutine, comme l’a d’ailleurs déclaré le philosophe Charles Taylor, et dans le pire des cas nous faire carrément revivre la machination démente du totalitarisme hitlérien, comme l’a suggéré le député libéral Jean-Marc Fournier en évoquant la fameuse « Nuit de Cristal » et en rappelant du même coup le rituel macabre contre les juifs perpétré par les Chemises brunes les 9 et 10 novembre 1938.

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Stephen Harper et la mutation de l'identité canadienne (2e partie)

La première partie de ce texte a paru dans le numéro de janvier 2014.

De Manning à Harper
Le nouveau Canada de Preston Manning

Le Reform Party est indissociable de la personnalité et des idéaux de son fondateur, Preston Manning. Il est généralement considéré comme allant de soi que Manning serait un conservateur intransigeant, en bonne partie à cause de la place prépondérante de sa foi chrétienne. Or, comme le souligne Tom Flanagan[1], si une obligation de classer Manning nous impose de le placer davantage à droite qu’à gauche, ses positions tiennent davantage à du populisme qu’à du conservatisme. Pour illustrer son point, Flanagan cite un certain nombre d’exemples des positions du chef fondateur. Sur des questions comme l’avortement ou le suicide assisté, Manning était certainement farouchement contre les deux, mais n’en avait pas moins comme position officielle de soumettre le premier à un référendum et de légaliser le second tout en y étant opposé à titre personnel et moral[2].

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Yvan Lamonde et Jonathan Livernois. Papineau, erreur sur la personne

Yvan Lamonde et Jonathan Livernois
Papineau, erreur sur la personne, Montréal, Boréal, 2012, 201 pages

La recherche de la continuité historique est au cœur du discours nationaliste, mais cette logique conduit parfois à des distorsions qui tentent de justifier les projets d’aujourd’hui en se servant de l’exemple du passé. Même si le passé est toujours sujet à l’interprétation et à la controverse, il y a parfois des exagérations qui doivent être corrigées ou nuancées, ce que se propose de faire le livre de Lamonde et Livernois qui remettent en question l’appropriation de la pensée de Papineau a des fins partisanes à la fois par les tenants du fédéralisme et de la souveraineté. À cet égard, à titre d’exemple, ils citent un discours de Jacques Parizeau qui, en 1995, faisait de Papineau l’ancêtre du projet de souveraineté-partenariat. Selon Parizeau, Papineau aurait réclamé le gouvernement responsable pour le Bas-Canada (l’équivalent de la souveraineté) et son maintien dans l’Empire britannique (le partenariat).

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Serge Cantin (dir.). L’éducation en péril

Serge Cantin (dir.)
L’éducation en péril. Pour mieux comprendre le « printemps érable », Les Cahiers Fernand Dumont. Pour l'avenir de la mémoire no. 2, Fides, 2013, 430 pages

La culture est donc moins que jamais la maison de l’homme. Malgré tout, elle reste son lieu, parce qu’elle est, à la différence de nos velléités individuelles, comme un objet inséré dans la vie des choses et du monde, un ensemble de rapports de la conscience envers son univers et que nous ne pouvons confondre ni avec les catégories fondamentales de l’esprit ni avec les intentionnalités transcendantes que cherchent à dégager les métaphysiques. La conscience se trouve prise dans les jeux de la culture, se découvrant dans la distance qu’elle instaure et dans la pressante nostalgie de la réconciliation qui l’anime par ailleurs.

Fernand Dumont, Le lieu de l’homme, 1968 (p. 27)

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Décembre 2017

Éditorial - Au seuil d’un autre commencement

2017decembre250Conférence prononcée à l’occasion du
Gala du centenaire de L’Action nationale
au cabaret Lion d’Or
27 octobre 2017
Version vidéo -

Je suis heureux de partager avec vous cette soirée, ce moment de célébration. C’est un privilège rare qui m’est donné et je vous en suis très reconnaissant. Je voudrais profiter de l’occasion pour revenir un tant soit peu, sur le chemin parcouru. Et pour tenter d’ouvrir quelques pistes pour le proche avenir, en sachant qu’il faudra revenir plus d’une fois sur le sujet.

Je vous invite à aborder les prochaines années avec confiance et détermination. Il faut penser notre combat dans le temps long. Et le faire en sachant que nous sommes redevables à tous ceux et celles qui, avant nous, ont mené les batailles qui ont permis à notre peuple de se rendre là où nous sommes. Encore et toujours au seuil de notre naissance, certes. Mais encore et toujours tenaces et opiniâtres, avec le même idéal chevillé au corps, le même goût de liberté, le dur désir de durer.

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La voie rapide du Programme de l’expérience québécoise

L'auteur a été conseiller au ministère de l’Immigration, de la Diversité et de l’Inclusion pendant 23 ans, à la retraite depuis deux ans. Le présent article est extrait d'un ouvrage en préparation chez L'Action nationale Éditeur.

Le Québec compte au sein de sa population des migrants étrangers qui y résident de façon temporaire, détenteurs d’un permis de séjour temporaire délivré par le gouvernement fédéral et d’un Certificat d’acceptation du Québec (CAQ). Il s’agit de travailleurs étrangers actifs sur le marché du travail québécois et d’étudiants étrangers inscrits dans nos institutions d’enseignement. Le ministère de l’Immigration, de la Diversité et de l’Inclusion (MIDI) souhaite en retenir le plus grand nombre possible au Québec afin qu’ils s’y établissent de façon durable. En tant que candidats éventuels à la sélection québécoise, ces personnes jouissent d’un avantage important par rapport aux candidats à l’immigration économique qui sont encore dans leur pays d’origine : ils vivent déjà au Québec depuis quelques années et participent à la vie québécoise. D’où l’intérêt pour le Québec de stimuler leur recrutement comme immigrants permanents. C’est dans cette perspective qu’a été mis sur pied en 2010 le Programme de l’expérience québécoise (PEQ).

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Le démantèlement de la nation (chronique 17)

La période couverte s’étend du 21 septembre au 29 novembre 2017.

Au référendum de 1995, le OUI a perdu par 27 145 voix, car l’écart entre le oui et le non fut de 54 288 voix seulement. Des études ont alors montré que si les milieux moins favorisés s’étaient rangés derrière le OUI, c’est parce que l’État québécois leur semblait mieux en mesure que celui d’Ottawa, qui avait déjà entrepris de vastes compressions dans ses programmes sociaux, de mener la lutte contre la pauvreté et d’offrir un filet social de qualité.

Mais après le référendum, balayant une telle analyse du revers de la main, le premier ministre Lucien Bouchard s’est employé à dissocier question nationale et engagement de l’État québécois dans la société. Il a fait sienne la lutte contre le déficit. Les compressions ont commencé en santé, en éducation, dans les programmes sociaux et ailleurs. Ce premier ministre prétendait qu’en atteignant le déficit zéro et la réduction de la dette, les Québécois seraient à l’avenir plus libres de leurs choix. C’était vraiment mal lire la réalité. Celle-ci, à l’époque, n’était plus l’insécurité économique ; c’était tout simplement que 60 % de OUI parmi les Québécois de langue française n’avaient pas suffi à l’emporter contre 95 % de NON parmi les non-francophones.

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Bilan de l’année du centenaire

Le conseil d’administration de la Ligue a voulu souligner avec éclat le centième anniversaire de la revue qui fut fondée en janvier 1917. L’objectif principal de cette année de commémoration était de faire connaître la revue afin d’élargir son lectorat. Nous avons voulu célébrer tous les artisans de la revue qui depuis un siècle, mois après mois, ont assuré la production et la diffusion d’analyses pertinentes et éclairantes de notre destin national.

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Chroniques catalanes

L'auteur remercie Consol Perarnau qui l’a guidé dans la connaissance de la Catalogne.

Ces chroniques portent sur le processus d’autodétermination du peuple catalan qui s’est concrétisé par la tenue d’un référendum le 1er octobre dernier. Je me suis rendu à Barcelone du 24 septembre au 2 octobre comme participant à la délégation québécoise organisée par le Réseau Québec-monde. J’avais aussi obtenu l’accréditation de la Generalitat pour agir comme observateur international et surveiller le déroulement du vote. Ces chroniques forment en quelque sorte un journal de bord de ce voyage où se mêlent récit de vie et analyse politique. Ce journal relate au jour le jour les rencontres avec les principaux acteurs du mouvement indépendantiste catalan. Il compare aussi à l’occasion l’évolution du mouvement indépendantiste québécois et celui du mouvement catalan. 

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