Le miroir aux alouettes

L’analyse des campagnes électorales montre que les discours électoraux remplissent différentes fonctions et qu’ils varient au cours d’une campagne électorale parce qu’ils s’adressent à différents segments de l’électorat. En début de campagne, ils activent les ressorts de la mobilisation des militants pour qu’ils donnent temps et argent au parti alors qu’en fin de campagne ils auront tendance à activer la fonction de rassemblement pour attirer les indécis. Le contenu des discours varie en conséquence. Le discours de mobilisation fait appel à l’idéologie du parti alors qu’en fin de campagne le discours se veut plus rassembleur en s’éloignant de l’idéologie partisane et en se positionnant en fonction d’enjeux plus consensuels.

Cette dynamique de positionnement discursif est déployée par les stratèges du Parti québécois qui à chaque élection depuis une vingtaine d’années évoquent le thème de la souveraineté en début de campagne pour attirer le soutien de sa base militante et qui l’oublient ensuite pour le reste de la campagne, préférant axer le discours sur des enjeux provincialistes plus susceptibles d’attirer des électeurs non souverainistes.

L’essentiel du message consiste à dire que même si le but du parti est la souveraineté, celui-ci ne demande pas aux électeurs le mandat de la réaliser, que cet objectif n’est pas prioritaire et qu’une fois élu, il se limitera à la gestion de la province dans le cadre du régime fédéral. Ce parti refuse de faire de la souveraineté l’enjeu de l’élection et de modeler ses offres de politiques en conséquence. Ce faisant, il entretient la confusion des esprits en faisant croire que le statut de province peut suffire à défendre les intérêts de la nation. Au lieu de profiter des tribunes électorales pour convaincre les Québécois non souverainistes de la nécessité de faire l’indépendance, il tente de les rallier en leur offrant une politique autonomiste qui légitime le cadre institutionnel canadien. Ce discours agit comme un miroir aux alouettes parce qu’il entretient l’illusion que la promotion des intérêts du Québec est compatible avec le fédéralisme canadien.

Après l’astuce de la gouvernance souverainiste qui est toujours à l’ordre du jour, nous aurons droit cette année à une astuce supplémentaire : cette fois-ci on tente d’attirer les alouettes avec l’annonce d’un livre blanc sur l’avenir du Québec assorti d’une éventuelle consultation populaire. On dirait que le PQ se fait le champion de la tergiversation et de la procrastination. Encore une bonne dose de poudre aux yeux pour mener le bon peuple sur la route des éternels recommencements. On agite encore une fois les gris-gris de l’espoir en nous proposant un projet sans conséquence, inepte, qui sacralise notre impuissance.

On fait comme si on ne connaissait pas depuis des générations les effets délétères de notre statut provincial. Il y a des centaines d’études sur les effets du fédéralisme et sur les avantages d’être un pays souverain. On répétera indéfiniment les mêmes argumentaires. Ce qui manque aux Québécois ce ne sont pas des études, mais des positions claires et la possibilité de choisir leur avenir.

Cet engagement n’a qu’une fonction électorale, soit désengager de Parti québécois de la promotion de l’indépendance puisqu’on a pris bien soin d’affirmer qu’il ne s’agissait pas pour le gouvernement éventuel « d’imposer son option » dans le cadre de cet exercice ni de préparer le livre noir du fédéralisme. On reprend encore une fois l’antienne de l’angélisme en nous faisant croire qu’un gouvernement souverainiste ne peut pas se servir du pouvoir pour promouvoir son option alors que les partis fédéralistes ne se gênent pas pour mettre les ressources de l’État canadien ou québécois au service de l’unité nationale. Les ténors péquistes pourront faire de l’esbroufe en se targuant de remettre la souveraineté dans le débat public, mais en excluant d’en être eux-mêmes des promoteurs s’ils sont élus. Au lieu de prendre ses responsabilités politiques et d’être cohérent avec lui-même, ce parti préfère se défausser sous prétexte que la société civile doit faire le travail de conscientisation. Comme chacun devrait le savoir, un livre blanc n’engage à rien. Un gouvernement n’est pas obligé de légiférer ou de donner des suites à un livre blanc. C’est une autre astuce qui occupera les militants et les tiendra en laisse pendant que le gouvernement veillera au train-train quotidien de la gestion provinciale. Encore une fois, le Parti québécois ne veut pas prendre la responsabilité de défendre son option et laisse le champ libre aux fédéralistes qui continueront leur travail de démolition de la nation québécoise. q

 

Décembre 2017

Éditorial - Au seuil d’un autre commencement

2017decembre250Conférence prononcée à l’occasion du
Gala du centenaire de L’Action nationale
au cabaret Lion d’Or
27 octobre 2017
Version vidéo -

Je suis heureux de partager avec vous cette soirée, ce moment de célébration. C’est un privilège rare qui m’est donné et je vous en suis très reconnaissant. Je voudrais profiter de l’occasion pour revenir un tant soit peu, sur le chemin parcouru. Et pour tenter d’ouvrir quelques pistes pour le proche avenir, en sachant qu’il faudra revenir plus d’une fois sur le sujet.

Je vous invite à aborder les prochaines années avec confiance et détermination. Il faut penser notre combat dans le temps long. Et le faire en sachant que nous sommes redevables à tous ceux et celles qui, avant nous, ont mené les batailles qui ont permis à notre peuple de se rendre là où nous sommes. Encore et toujours au seuil de notre naissance, certes. Mais encore et toujours tenaces et opiniâtres, avec le même idéal chevillé au corps, le même goût de liberté, le dur désir de durer.

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La voie rapide du Programme de l’expérience québécoise

L'auteur a été conseiller au ministère de l’Immigration, de la Diversité et de l’Inclusion pendant 23 ans, à la retraite depuis deux ans. Le présent article est extrait d'un ouvrage en préparation chez L'Action nationale Éditeur.

Le Québec compte au sein de sa population des migrants étrangers qui y résident de façon temporaire, détenteurs d’un permis de séjour temporaire délivré par le gouvernement fédéral et d’un Certificat d’acceptation du Québec (CAQ). Il s’agit de travailleurs étrangers actifs sur le marché du travail québécois et d’étudiants étrangers inscrits dans nos institutions d’enseignement. Le ministère de l’Immigration, de la Diversité et de l’Inclusion (MIDI) souhaite en retenir le plus grand nombre possible au Québec afin qu’ils s’y établissent de façon durable. En tant que candidats éventuels à la sélection québécoise, ces personnes jouissent d’un avantage important par rapport aux candidats à l’immigration économique qui sont encore dans leur pays d’origine : ils vivent déjà au Québec depuis quelques années et participent à la vie québécoise. D’où l’intérêt pour le Québec de stimuler leur recrutement comme immigrants permanents. C’est dans cette perspective qu’a été mis sur pied en 2010 le Programme de l’expérience québécoise (PEQ).

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Le démantèlement de la nation (chronique 17)

La période couverte s’étend du 21 septembre au 29 novembre 2017.

Au référendum de 1995, le OUI a perdu par 27 145 voix, car l’écart entre le oui et le non fut de 54 288 voix seulement. Des études ont alors montré que si les milieux moins favorisés s’étaient rangés derrière le OUI, c’est parce que l’État québécois leur semblait mieux en mesure que celui d’Ottawa, qui avait déjà entrepris de vastes compressions dans ses programmes sociaux, de mener la lutte contre la pauvreté et d’offrir un filet social de qualité.

Mais après le référendum, balayant une telle analyse du revers de la main, le premier ministre Lucien Bouchard s’est employé à dissocier question nationale et engagement de l’État québécois dans la société. Il a fait sienne la lutte contre le déficit. Les compressions ont commencé en santé, en éducation, dans les programmes sociaux et ailleurs. Ce premier ministre prétendait qu’en atteignant le déficit zéro et la réduction de la dette, les Québécois seraient à l’avenir plus libres de leurs choix. C’était vraiment mal lire la réalité. Celle-ci, à l’époque, n’était plus l’insécurité économique ; c’était tout simplement que 60 % de OUI parmi les Québécois de langue française n’avaient pas suffi à l’emporter contre 95 % de NON parmi les non-francophones.

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Bilan de l’année du centenaire

Le conseil d’administration de la Ligue a voulu souligner avec éclat le centième anniversaire de la revue qui fut fondée en janvier 1917. L’objectif principal de cette année de commémoration était de faire connaître la revue afin d’élargir son lectorat. Nous avons voulu célébrer tous les artisans de la revue qui depuis un siècle, mois après mois, ont assuré la production et la diffusion d’analyses pertinentes et éclairantes de notre destin national.

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Chroniques catalanes

L'auteur remercie Consol Perarnau qui l’a guidé dans la connaissance de la Catalogne.

Ces chroniques portent sur le processus d’autodétermination du peuple catalan qui s’est concrétisé par la tenue d’un référendum le 1er octobre dernier. Je me suis rendu à Barcelone du 24 septembre au 2 octobre comme participant à la délégation québécoise organisée par le Réseau Québec-monde. J’avais aussi obtenu l’accréditation de la Generalitat pour agir comme observateur international et surveiller le déroulement du vote. Ces chroniques forment en quelque sorte un journal de bord de ce voyage où se mêlent récit de vie et analyse politique. Ce journal relate au jour le jour les rencontres avec les principaux acteurs du mouvement indépendantiste catalan. Il compare aussi à l’occasion l’évolution du mouvement indépendantiste québécois et celui du mouvement catalan. 

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