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Vol. CIV, nos 4-5

La culture politique péquiste : les leçons d’un échec

La défaite du Parti québécois aux élections du 7 avril dernier revêt une dimension historique. Depuis 1867, aucun parti politique n’a gouverné si peu de temps entre deux gouvernements formés par ses adversaires. Par ailleurs, depuis 1976, péquistes et libéraux alternaient au pouvoir tous les neuf ans : 1976-1985 (PQ), 1985-1994 (PLQ), 1994-2003 (PQ), 2003-2012 (PLQ). Le cycle est désormais rompu. Mentionnons aussi que les gains fort modestes de Québec solidaire n’ont nullement compensé pour les pertes du PQ.

L’ampleur de cette défaite suscite de nombreuses remises en question. Des indépendantistes vont jusqu’à douter de la possibilité de voir leur rêve politique se concrétiser un jour, notamment en raison de la désaffection des jeunes à l’égard du projet de pays. Mais avant d’émettre le certificat de décès de l’idée d’indépendance, il convient de poser un regard critique sur ce que j’appelle la culture politique péquiste.

Dans les années 1960, le mouvement indépendantiste était marqué du sceau du pluralisme. De nombreuses organisations se réclamaient de l’indépendance ; le Rassemblement pour l’indépendance nationale (RIN), le Ralliement national (RN), le groupe d’intellectuels de Parti-Pris, le Front de libération du Québec (FLQ), l’aile minoritaire du Parti libéral du Québec qui allait fonder le Mouvement souveraineté-association (MSA) en 1967 puis le PQ en 1968, etc. Les programmes se répartissaient sur un large éventail, de l’extrême gauche à la droite radicale, et les stratégies pour atteindre le but allaient de l’élection dans le respect du parlementarisme britannique à la violence politique.

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Le PQ doit se recentrer sur sa raison d’être

Beaucoup d’observateurs ont été surpris par l’ampleur de la défaite du Parti québécois le 7 avril, alors que le gouvernement minoritaire de Pauline Marois partait favori dans les sondages au moment du déclenchement des élections. Plus encore, une grande partie des souverainistes s’interrogent sur ce que cela signifie pour l’avenir du PQ, mais aussi de leur mouvement.

Raisons conjoncturelles

Cette défaite ne peut certainement pas s’expliquer par un seul facteur. Il apparaît évident que le PQ a mené une très mauvaise campagne et que de nombreuses erreurs tactiques ont été commises, en commençant par le premier jour de la campagne et l’absence d’un message clair sur le mandat que le gouvernement sortant espérait obtenir. On peut ainsi noter que les gouvernements minoritaires qui ont réussi leur réélection au cours des dernières années, aussi bien Harper à Ottawa que Charest à Québec, étaient parvenus à effectuer des compromis constructifs avec l’opposition ou au moins un parti d’opposition. Le Parti québécois avait plusieurs projets de loi populaires, bien que controversés, en cours, qu’il aurait pu adopter avant de se lancer en élections. Le climat politique au Québec est d’ailleurs sévère, dans un contexte de crise de corruption du système politique, envers toute apparence d’opportunisme.

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Revoir la « doctrine » souverainiste

Il est encore trop tôt pour avoir une idée claire de ce qui s’est réellement passé le 7 avril dernier. Ce serait une erreur pour les souverainistes de se précipiter à la recherche de solutions toutes faites et commodes pour se relancer dès maintenant ; ce qui constituerait une voie facile pour éviter d’avoir à prendre la pleine mesure de la défaite. Dans le même sens, le Parti québécois (PQ) serait très mal avisé de se lancer hâtivement dans une course à la direction. Ce qui pourrait également servir de prétexte idéal pour occulter certains problèmes de fond à l’origine de cette débâcle électorale, problèmes pour lesquels la question de la direction ne saurait être tenue pour l’unique responsable. Rien ne sert de se dépêcher, puisque le prochain grand rendez-vous électoral est dans un peu plus de quatre ans. L’heure est au travail d’introspection et d’analyse et non à la fuite en avant.

Ce n’est pas le projet souverainiste qui a été battu le 7 avril dernier, mais une certaine idée de la souveraineté. C’est une certaine manière de concevoir et de défendre ce projet politique, notamment par le PQ, qui a été mise en échec. Le manque se trouve dans le sens même de ce projet politique, tel qu’actuellement défendu par le principal vaisseau amiral souverainiste.

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Les jeunes Québécois et le projet de pays

Le 7 avril dernier, le Parti québécois subissait une déconfiture magistrale au scrutin général qui devait pourtant lui garantir une majorité à l’Assemblée nationale. Rabroué à la case départ par les électeurs – n’obtenant que 25,38 % des suffrages, un résultat à peine plus élevé que celui de 1970, première élection à laquelle il participait –, le PQ se trouve aujourd’hui désormais à la croisée des chemins. D’un côté, certains soutiennent que l’article 1 du programme – celui faisant de l’indépendance du Québec la raison d’être du parti – doive être retiré dans le but de permettre au PQ d’accéder au pouvoir tant convoité. De l’autre côté, plusieurs défendent quant à eux bec et ongles le fameux article 1, soutenant au contraire son besoin d’être redoré afin de ressusciter enthousiasme et adhésion au projet de pays. Ce faisant, en octobre 2018 – date de la prochaine élection québécoise – le PQ devrait se faire élire avec le mandat de réaliser l’indépendance politique, non pas avec l’objectif d’une simple gouvernance provinciale.

Ces discussions seront sans aucun doute très vives au cours des prochaines semaines, voire des prochains mois au sein des instances du parti. J’ose cependant croire que c’est la seconde option qui se dégagera dans l’analyse finale. Après tout, pour les tenants de l’autonomisme nationaliste, ne sera-t-il pas plus simple de joindre les rangs de la Coalition avenir Québec, occupant déjà ce champ de l’échiquier politique québécois ? D’autant plus que la stratégie consistant à couvrir l’option indépendantiste a largement prouvé son échec, une fois de plus. Ne reste plus qu’à suivre la voie de l’indépendantisme décomplexé, quitte à subir un mandat libéral supplémentaire.

Il va sans dire, toutefois, que cette voie ne se tracera pas toute seule. Il faudra du travail, beaucoup de travail, pour que les Québécois acceptent de suivre les tenants du mouvement indépendantiste vers ce chemin toujours inconnu. Le premier défi relève de la jeunesse. Une jeunesse qu’on a vue mobilisée comme jamais au cours du conflit étudiant de 2012, mais qui, pourtant, se fait très discrète dans les grands débats animant la société québécoise où figure au premier rang, depuis la Révolution tranquille, la question nationale.

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Le chantier de la résistance

Ce n’est pas mourir, c’est fuir qui est la mort

– Anatole France

Face à l’état d’angoisse qui agite chacun de nos réveils depuis ce lundi noir du 7 avril 2014, il est difficile de ne pas prêter oreille aux chants des sirènes de la retraite. Où est donc passée cette fierté jadis retrouvée et gorgée de promesses ? Qu’est devenu ce mouvement de liberté politique qui enflamma les cœurs pendant plus de quatre décennies ? Ces défaites électorales en cascade auront-elles réussi à en percer irrémédiablement la carapace ? Les blessures sont-elles à ce point mortelles qu’il serait temps de baisser pavillon ?

1/ La passion du pays comme antidote au poison de l’échec

Avant que d’entamer le procès des auteurs de cette défaite catastrophe ou même d’improviser des scénarios insoutenables, rappelons-nous le proverbe de Victor Hugo : « Qui voit de haut voit loin, qui voit de loin voit juste ». Prenons le temps de jeter un regard lucide sur la situation. Nous y verrons sans doute que ce qui s’est produit était annoncé depuis un certain temps.

Au lendemain de sa victoire du 30 octobre 1995, bien que vainqueur, le camp du Non ne s’est pas dissous, bien au contraire. Il est résolument passé à une gigantesque contre-attaque qui ne laissera rien au hasard. Tout le contraire du camp souverainiste qui décida honteusement de faire relâche pour dix ans, puis finalement pour plus de vingt ans. Lors des quatre dernières élections, le PQ s’est systématiquement mis en position défensive, reportant de façon récurrente à plus tard toute initiative sur le fond même de son projet politique. Cinq élections référendaires mettant face à face, d’un côté un camp du Non déterminé, et de l’autre, un parti politique se limitant à débattre d’affaires courantes.

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Carnet d’un spectateur attentif

(En décembre 2012, notre collaborateur Paul-Émile Roy a été terrassé par un terrible ACV qui lui a enlevé toute capacité de lecture, mais qui, étrangement, a épargné sa faculté d’écriture. Depuis ce temps, il a écrit des centaines et des centaines de pages sur les sujets les plus divers. Nous publions ici quelques extraits de ces carnets.)

Ce qui caractérise peut-être ce qu’on appelle l’esprit postmoderne, c’est que tout se vaut, qu’il n’y a pas de transcendance, que le goût est quelque chose de très relatif.

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Le Québec vit au cœur d’un rejet de lui-même, de son identité, de son histoire. Il est mal à l’aise, mais il ne sait pas la cause de ce malaise. La grande majorité de nos intellectuels et de nos personnes politiques fonctionnent au cœur de ce malaise. Je ne vois pas comment nous pourrons sortir de cette impasse.

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Il me semble qu’il manque à nos hommes et à nos femmes politiques actuels un peu d’envergure, de grandeur d’esprit, de sens politique. On a l’impression qu’ils ne pensent qu’à leur petite carrière, qu’ils n’ont pas de conscience politique, qu’ils ne s’aperçoivent pas que nous sommes au vingt-et-unième siècle.

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Le démantèlement de la nation (chronique 1)

Pourquoi l’indépendance ?

Pour exister, une nation a besoin de se concevoir comme une réalité à la fois historique et promise à un avenir. Une nation, c’est une population qui partage une mémoire commune et la volonté de construire l’avenir ensemble. Pour qu’elle soit viable à long terme, il lui faut :

  • pouvoir affirmer clairement sa distinction par rapport aux nations environnantes et voir sa légitimité de le faire reconnue. C’est une des conditions incontournables pour que les immigrants désirent partager sa culture et que leurs descendants s’y assimilent. Sinon, particulièrement dans le cadre canadien, on aboutit à un communautarisme absolument délétère ;
  • disposer d’outils collectifs de cohésion et de développement, au premier rang desquels se trouve un État souverain, surtout dans le contexte de la mondialisation galopante, dont les instances régulatrices ont tendance à favoriser la centralisation des États fédéraux ;
  • pouvoir se soustraire sur son territoire et dans ses institutions à la vision concurrente et dominante de ceux qui ont intérêt à sa disparition.

Oui, une nation a besoin d’un État, d’un État qui travaille pour elle et non contre elle s’entend. Aujourd’hui plus que jamais. Or, sur tous les plans, la nation québécoise est attaquée de partout.

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  • FAIRE FACE

    Un numéro entièrement consacré à la situation politique pour les indépendantistes après le scrutin du 7 avril 2014
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