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Élections Montréal 2013 (3) - La hiérarchie des élus montréalais

Dernière de trois parties.

Les deux premières ont été publiées dans les numéros de février (« Une démocratie dysfonctionnelle ») et de mars 2014 (« La nouvelle donne montréalaise »).

La comparaison des élus aux différents postes électifs

Cette troisième partie compare les caractéristiques des élus selon leur poste électif, partant du groupe le moins influent aux groupes les plus influents dans la hiérarchie du pouvoir. Il est vrai que le portrait le plus général est basé sur les 105 élus, mais ce portrait ne correspond à un groupe homogène puisque s’y trouvent confondus tous les postes de représentants. Pour aller des postes les moins aux plus influents, il faut donc partir des 40 CA (conseillers d’arrondissement) pour se rendre jusqu’à l’exécutif version restreinte à ses 13 membres.

Les 40 CA élus dans les arrondissements, parmi lesquels se trouvent les deux CA nommés dans l’arrondissement Ville-Marie par le nouveau maire de Montréal à même ses CV (conseillers de ville) élus ailleurs dans la ville, constituent donc le groupe d’élus le moins influent. Outre leur apport direct auprès de leurs électeurs, leur intérêt réside en ce qu’ils participent à la création des majorités dans les arrondissements et, partant, du contrôle politique des arrondissements et de la ville. Équipe Coderre ne détient que 40 % de ces postes. Pour bien faire, il aurait fallu dresser le portrait des équipes au pouvoir dans chacun des 19 arrondissements. Ce travail étant par trop considérable et au surplus fonction de très petits nombres d’élus, les portraits conjugués des CA, des CV et des MA (maires d’arrondissement) donneront la vue d’ensemble recherchée.

Plus importants sont les 65 membres du conseil municipal. Or, à ce niveau, Équipe Coderre ne détenait que 42 % des postes à l’issue du scrutin. Pour obtenir une majorité effective, il lui fallait élargir ses appuis. Parmi les unions possibles, Coalition Montréal offrait le nécessaire, sans ses dettes. Outre le fait que le chef Marcel Côté ait été recruté pour ses conseils au maire, et ce pour la somme symbolique d’un dollar par année, M. Coderre a pu recruter dans sa formation les ténors de Coalition Montréal, notamment les trois anciens députés provinciaux (Réal Ménard, Russell Copeman, Elsie Lefebvre). En avalant ainsi Coalition Montréal, M. Coderre éliminait un ennemi tout en se dotant d’une majorité de 51 % des votes au conseil municipal (33 élus sur 65). Si l’union ne donnait toujours pas de majorité dans les arrondissements, elle donnait néanmoins une majorité nouvelle chez les MA (aux 9/19 MA d’Équipe Coderre se sont joints les trois MA de Coalition Montréal, pour une majorité de 63 % des MA (12/19) relevant d’Équipe Coderre). Pour la modique somme de trois cooptés de Coalition Montréal sur les 21 de l’exécutif élargi et de deux cooptés sur les 13 de l’exécutif restreint, Équipe Coderre a pu avaler Coalition Montréal sans que cela ne paraisse dans ses livres de compte. Avantage des coalitions, Marcel Côté et surtout l’ex-Vison Montréal, auparavant dirigé par Louise Harel, ont donné à Équipe Coderre l’électorat plus francophone qui lui manquait ainsi que la majorité nécessaire pour faire adopter ses politiques dans l’ensemble de la ville.

Les 65 élus du conseil municipal se divisent entre CV et MA. De ces deux groupes, ce sont les seconds, les 19 MA élus à l’échelle de leur arrondissement, qui jouent le rôle le plus important dans la décision. Ce sont eux qui sont appelés à contrôler leur arrondissement et à asseoir le pouvoir du maire de la ville. Ils s’appuient à la fois sur les 46 CV et les 40 CA. Par ailleurs, les élections de 2013 ont montré que les MA peuvent avoir suffisamment de pouvoir dans leur arrondissement pour faire cavalier seul et faire élire toute une équipe indépendante. Seul problème, cette équipe est susceptible de demeurer en marge du pouvoir puisque le parti vainqueur ne lui doit rien et qu’il ne peut qu’en souhaiter la disparition à son avantage.

Les deux derniers groupes sont les plus importants. L’exécutif élargi, qui compte 21 membres, rassemble 13 membres de l’exécutif (dont le leader de la majorité au conseil municipal) et 8 conseillers associés (dont la conseillère associée au maire Coderre). Le rôle de ces derniers est d’assister les membres de l’exécutif dans des dossiers précis, mais ils n’ont pas de responsabilités comparables à celles qui échoient aux 13 membres de l’exécutif. Sous l’autorité directe du maire, ces derniers sont évidemment les acteurs clés du pouvoir municipal. Ce sont eux qui sont responsables de la bonne marche des différents dossiers au nom du maire et de la ville. Ces 13 membres de l’exécutif donnent un portrait global qui peut être comparé avec celui des 101 candidats d’Équipe Coderre présenté en deuxième partie (mars 2014).

La section qui suit se rapporte aux tableaux 7 à 11 – l’équivalent des tableaux 2 à 6 de la deuxième partie. On trouvera ces tableaux et les descriptions générales qui s’y rapportent sur le site de L’Action nationale, cela dans le but d’alléger le présent texte. En substance, le tableau 7 présente les données relatives à l’expérience, le tableau 8, les professions/occupations, le tableau 9, la scolarité, le tableau 10, les implications communautaires, et le tableau 11, les caractéristiques ethnoculturelles des élus. L’analyse des élus a toutefois été marquée par un imprévu : l’élection d’équipes et de candidats indépendants n’était pas attendue. En conséquence, les renseignements relatifs à ces élus ont été moins exhaustifs.


L’expérience partisane et les affiliations politiques, tableau 7.

Les mandats et l’expérience des partis politiques et des élus

Les 105 élus

Les 40 CA élus

Les 65 membres du conseil de ville élus

Les 46 CV élus

Les 19 MA élus

Les 13 membres de l’exécutif et les 8 conseillers associés

Les 13 membres de l’exécutif

Équipe Coderre (avec nominations de 2 CA dans arr. Ville-Marie)

42

15

27

18

9

18

11

Projet Montréal

28

8

20

18

2

0

0

Coalition Montréal

6

0

6

3

3

3

2

Équipe Joly

7

3

4

3

1

0

0

Équipe Barbe LaSalle

6

4

2

1

1

0

0

Équipe Miranda Anjou

5

3

2

1

1

0

0

Équipe Dauphin Lachine

5

3

2

1

1

0

0

Équipe Cinq-Mars Outremont

3

2

1

0

1

0

0

Équipe Bélanger L’Île-Perrot

1

1

0

0

0

0

0

Indépendants

2

1

1

1

0

0

0

Élus sortants d’Union Montréal

39

14

25

16

9

10

6

Élus sortants de Vision Montréal

5

0

5

1

4

3

2

Élus sortants de Projet Montréal

10

1

9

7

2

0

0

Total élus sortants (nombre sur total des élus)

51%

38%

60%

52%

79%

62%

62%

Attachés politiques de Projet Montréal

3

1

2

2

0

0

0

Nombre d’élus expérimentés au municipal

59

16

43

27

16

14

9

Moyenne élus expérimentés

56%

40%

66%

59%

84%

67%

69%

Total cumulatif de mandats municipaux obtenus par tous les candidats

155

46

109

65

44

27

14

Moyenne mandats par élu

1,5

1,2

1,7

1,4

2,3

1,3

1,1

Anciens députés PLQ/PLC/PC

4*

0

4*

0

4*

2**

2**

Anciens députés PQ/BQ

2***

0

2***

1****

1*****

2***

1*****

Attachés politiques PLQ/PLC/PC/NPD

5

2

3

2

1

1

1

Ancien élu ou attaché politique du Rassemblement des citoyens de Montréal (RCM)

1

0

1

1

0

0

0

La proportion des élus dotés d’une expérience partisane progresse depuis les 40 CA jusqu’aux 13 membres de l’exécutif restreint, avec une moyenne de mandats par élu de plus en plus accentuée. De tous les groupes d’élus, celui des MA était le plus expérimenté.


L’appartenance au sexe, les professions/occupations, tableau 8

Parti et chef de parti

Les 105 élus

Les 40 CA élus

Les 65 membres du conseil de ville élus

Les 46 CV élus

Les 19 MA élus

Les 13 membres de l’exécutif et les 8 conseillers associés

Les 13 membres de l’exécutif

Appartenance au sexe

Sexe masculin

56%

42,5%

65%

59%

79%

57%

71%

Sexe féminin

44%

57,5%

35%

41%

21%

43%

29%

Occupations et professions

Nb de candidats

105

40

65

46

19

21

14

Gens d’affaires

12%

10%

14%

13%

16%

5%

0%

Administrateurs – secteurs public, parapublic et péripublic

18%

20%

17%

17%

16%

24%

29%

Administrateurs – secteur privé

6%

5%

6%

7%

5%

10%

14%

Administrateurs – organismes sans but lucratif (OSBL)

9%

13%

6%

9%

0%

5%

7%

Personnel politique – UM

26%

20%

29%

28%

32%

33%

29%

Étudiants

1%

0%

2%

2%

0%

0%

0%

Avocats & Notaires

5%

3%

6%

7%

5%

5%

0%

Attachés politiques – tous partis

5%

5%

5%

4%

5%

0%

0%

Enseignants

3%

3%

3%

4%

0%

0%

0%

Personnel politique – VM

4%

0%

6%

2%

16%

14%

14%

Journalistes

2%

3%

2%

2%

0%

0%

0%

Agents immobiliers

3%

8%

0%

0%

0%

0%

0%

Vendeurs & Secrétaires & Coiffeurs & Esthéticiennes & Serveurs

3%

8%

0%

0%

0%

0%

0%

Personnel politique – PM

1%

0%

2%

2%

0%

0%

0%

Artistes

2%

5%

0%

0%

0%

0%

0%

Traducteurs

1%

0%

2%

2%

0%

0%

0%

Personnel politique - PLQ+PLC (D. Coderre)

1%

0%

2%

0%

5%

5%

7%

On trouve de deux à trois fois plus de femmes dans le bas de la hiérarchie du pouvoir (57,5 % chez les CA) par opposition au sommet de la hiérarchie du pouvoir, soit les 13 membres de l’exécutif restreint (29 %) et, surtout, chez les MA (21 %).

Sur le plan occupationnel, plus on monte dans la hiérarchie des élus, plus ceux-ci sont issus de défunts partis municipaux, l’UM de Gérald Tremblay (avec 30 %), VM de Louise Harel (avec 14 %). De même, les administrateurs tous secteurs confondus (surtout public) connaissent la même progression dans la hiérarchie du pouvoir. C’est parmi les postes les moins influents que se concentrent les gens d’affaires, les avocats des grands bureaux montréalais et les agents immobiliers (10 % à 15 %), le groupe étant à peu près absent des postes des exécutifs. Le groupe formé par l’élite sociale et intellectuelle (enseignants, étudiants, journalistes, artistes, traducteurs et métiers peu spécialisés) compte pour très peu dans l’ensemble des élus, et est virtuellement absent des exécutifs. Cette situation tranche singulièrement avec les scènes provinciale et fédérale. Cette nature partisane et technocratique du pouvoir municipal se reflète également dans la place occupée par les retraités : nombreux dans les postes inférieurs, se raréfiant dans les postes les plus élevés.


Le domaine de formation et le plus haut diplôme obtenu, tableau 9

Parti et chef de parti

Les 105 élus

Les 40 CA élus

Les 65 membres du conseil de ville élus

Les 46 CV élus

Les 19 MA élus

Les 13 membres de l’exécutif et les 8 conseillers associés

Les 13 membres de l’exécutif

Secteur de formation

Administration – Finances, Gestion

23%

19%

24%

28%

17%

22%

29%

Droit

16%

14%

17%

14%

25%

22%

14%

Sciences humaines – autres que sc. pol.

13%

19%

10%

10%

8%

0%

0%

Science politique

13%

10%

15%

10%

25%

33%

29%

Génie & Mathématiques (1 candidat)

8%

14%

5%

7%

0%

11%

14%

Économie

6%

5%

7%

10%

0%

0%

0%

Biologie & Environnement

5%

5%

5%

7%

0%

0%

0%

Éducation

5%

5%

5%

7%

0%

0%

0%

Comptabilité

3%

5%

2%

0%

8%

0%

0%

Infirmières & Formations techniques

3%

0%

5%

3%

8%

0%

0%

Formation générale

2%

0%

2%

3%

0%

11%

14%

Arts

3%

5%

2%

0%

8%

0%

0%

Total renseignements fournis

62

21

41

29

12

9

7

Renseignements non fournis

43

19

24

17

7

12

6

Plus haut diplôme obtenu

Secondaire

3%

0%

5%

4%

8%

0%

0%

Collégial (professionnel ou général)

7%

10%

5%

7%

0%

0%

0%

Baccalauréat

61%

71%

55%

54%

58%

67%

71%

Maîtrise

25%

14%

30%

32%

25%

33%

29%

Doctorat

5%

5%

5%

4%

8%

0%

0%

Renseignements fournis

61

21

40

28

7

9

7

Renseignements fournis sur candidats (en %)

58%

53%

62%

61%

37%

43%

54%

Renseignements non fournis par candidats

44

19

25

18

12

12

6

Renseignements non fournis sur candidats (en %)

42%

48%

38%

39%

63%

57%

46%

Par opposition aux élus subalternes, les élus des deux versions de l’exécutif comptaient presque deux fois plus d’élus formés en science politique et en administration (ce qui donne une nette majorité des élus, avec 57 %). En additionnant les élus formés en droit, environ les trois quarts des élus ont été formés dans ces trois domaines de formation. Ceux-ci, chez les groupes d’élus subalternes, ne représentent pas la moitié des élus, alors que les domaines de formation font plus de place aux formations du génie et des sciences humaines.

Disposer d’au moins un baccalauréat permet d’accéder aux groupes d’élus supérieurs. Il s’agit même d’un prérequis absolu pour être membre de l’un ou l’autre des exécutifs. De même, plus on monte dans la hiérarchie des élus, plus il est fréquent que ceux-ci disposent d’une maîtrise ou d’un doctorat (environ le tiers des CV, des MA et des membres des deux exécutifs.


Les implications individuelles, tableau 10

Parti et chef de parti

Les 105 élus

Les 40 CA élus

Les 65 membres du conseil de ville élus

Les 46 CV élus

Les 19 MA élus

Les 13 membres de l’exécutif et les 8 conseillers associés

Les 13 membres de l’exécutif

Secteur d’activités des associations

Affaires

22%

17%

24%

21%

33%

14%

13%

Social

32%

22%

36%

36%

33%

43%

50%

Culturel

7%

0%

10%

12%

11%

14%

13%

Ethnoculturelles

35%

56%

28%

31%

11%

29%

25%

Religieux

3%

6%

2%

0%

11%

0%

0%

Implications déclarées sur le total des candidats

22%

17%

24%

21%

33%

14%

13%

Les implications individuelles représentent le nombre brut de mentions au total des CV, ce qui fait qu’un élu peut en cumuler plus d’une à lui seul. Paradoxalement, les élus de proximité, les CA et les MA actifs dans les arrondissements, présentent nettement moins de mentions (respectivement 45 % et 47 %) que les élus travaillant également appelés à travailler dans les institutions centrales de la ville. Les 46 CV mentionnent deux fois plus souvent participer à la vie associative de divers organismes que les CA et les MA. Cette caractéristique est encore plus prononcée chez les membres des exécutifs.


Les caractéristiques ethnoculturelles des élus, tableau 11

Parti et chef de parti

Les 105 élus

Les 40 CA élus

Les 65 membres du conseil de ville élus

Les 46 CV élus

Les 19 MA élus

Les 13 membres de l’exécutif et les 8 conseillers associés

Les 13 membres de l’exécutif

Mentions des caractéristiques ethnoculturelles*

Anglophones et anglicisés**

12

4

8

6

2

3

3

Bilingues, trilingues ou plurilingues

11

4

7

6

1

3

3

Multiculturalistes***

10

3

7

6

1

4

3

Mention d’appartenances communautaires diverses

Italiens

3

1

2

2

0

0

0

Autres Européens****

6

3

3

1

2

1

1

Juifs (Ashkénazes, Sépharades, Hassidiques)

4

2

2

2

0

2

2

Latinos (Amérique du Sud)****

2

2

0

0

0

0

0

Haïtiens

1

1

0

0

0

0

0

Appartenances non précisées

4

1

3

3

0

1

0

TOTAL A = Anglophones/anglicisés, toutes appartenances communautaires, bilingues+, multiculturalistes

44

19

25

19

6

10

9

TOTAL A = % du total des candidats

42%

48%

38%

41%

32%

48%

69%

Études en anglais

Ayant étudié en anglais

17

4

13

9

4

4

3

Ayant étudié en français

22

9

13

10

3

3

2

% études en anglais sur réponses déclarées

44%

31%

50%

47%

57%

57%

60%

% ayant déclaré le lieu de leurs études/total des candidats

37%

33%

40%

41%

37%

33%

36%

Francophones ayant étudié en anglais

9

1

8

6

2

1

0

TOTAL B = TOTAL A + francophones ayant étudié en anglais

53

20

33

25

8

11

9

TOTAL B = % TOTAL A + francophones ayant étudié en anglais sur élus

50%

50%

51%

54%

42%

52%

69%

Autre personnel politique fédéraliste

22

9

13

9

4

5

2

TOTAL C = TOTAL B + personnel politique fédéraliste

75

29

46

34

12

16

11

TOTAL C = % TOTAL B + personnel politique fédéraliste sur total élus

71%

73%

71%

74%

63%

76%

85%

Parti et chef de parti

Les 105 élus

Les 40 CA élus

Les 65 membres du conseil de ville élus

Les 46 CV élus

Les 19 MA élus

Les 13 membres de l’exécutif et les 8 conseillers associés

Les 13 membres de l’exécutif

Implication dans les commissions scolaires anglaises

Présidents ou membres du CA ou implication parentale dans une commission scolaire anglaise

2

1

1

1

0

0

0

Présidents ou membres du CA ou implication parentale dans une commission scolaire française

6

0

6

6

0

2

0

Impliqués dans une CS anglaise sur total impliqués dans une CS

25%

100%

14%

14%

-

0%

-

Impliqués dans une CS sur total candidats

8%

3%

11%

15%

0%

10%

0%

Par rapport aux candidats des quatre principaux partis, chez les élus, les proportions d’anglophones et d’anglicisés étaient à peu près identiques, à une différence près : cette proportion était deux fois plus importante chez les élus de l’exécutif restreint. Par contre, la place occupée par les candidats ayant déclaré une appartenance ethnoculturelle (32 % en moyenne) fléchissait chez les 105 élus, en particulier chez les élus de proximité (CA et MA), mais également chez les autres groupes d’élus, comme si l’appartenance ethnoculturelle avait été un avantage notable pour décrocher une investiture, mais d’intérêt moindre lors des élections. À l’opposé, les proportions de personnes déclarant leur bilinguisme ou affirmant leur crédo multiculturaliste doublaient chez les membres de l’exécutif par rapport aux candidats des postes subalternes et des équipes de candidats en général.

En additionnant aux effectifs anglophones ou anglicisés les effectifs revendiquant bilinguisme ou multiculturalisme, ceux ayant mentionné une appartenance communautaire quelconque (TOTAL A), les effectifs francophones ayant mentionné avoir étudié en anglais (TOTAL B), les effectifs issus des partis municipaux, provinciaux ou fédéraux fédéralistes (TOTAL C), le contrôle des élus par la faction fédéraliste est on ne peut plus clair : près des trois quarts chez les CA, les CV et l’exécutif élargi, un peu moins chez les MA (63 %), mais davantage parmi les membres de l’exécutif restreint (85 %), le groupe le plus aligné sur la faction fédéraliste.

Les caractéristiques des différents groupes élus

La faiblesse des partis politiques municipaux fait en sorte que le maire de Montréal lie plutôt son sort aux élus sans trop accorder d’importance à l’appartenance partisane de chacun. Du coup, les caractéristiques des élus deviennent déterminantes dans l’ascension de chacun. Elles sont cependant très différentes de l’électorat en général. Si ce dernier, à Montréal, est constitué d’une légère majorité de francophones (54 %), il contient aussi ce qui forme le cœur de l’élite sociale, intellectuelle et ouvrière du Québec, tandis que sa population francophone s’est montrée la plus péquiste et la plus indépendantiste de tout le Québec depuis 1968.

Bien sûr, comme prévu, les différents groupes d’élus étaient de plus en plus expérimentés au fur et à mesure que l’on se rapprochait du pouvoir (des CA aux membres de l’exécutif, surtout les MA). Ils étaient d’ailleurs de plus en plus formés (les trois quarts) en science politique et en administration, puis en droit. Ils étaient minimalement universitaires, disposant souvent d’un diplôme de maîtrise ou de doctorat, à l’exception des MA, dont les assises différaient visiblement. Et malheureusement, de manière traditionnelle, les femmes étaient nettement plus concentrées dans les postes subalternes, au contraire des hommes – particulièrement nombreux chez les MA.

Ces caractéristiques ne sont pas totalement révélatrices de l’alignement politique des élus montréalais. Le profil occupationnel témoigne d’abord de l’emprise (pour trois quarts d’entre eux) des anciens élus (municipaux, provinciaux ou fédéraux), des administrateurs (tous secteurs confondus) et des gens d’affaires, des avocats et des agents immobiliers sur le personnel municipal élu. L’encadrement est encore plus clair dans l’examen des appartenances déclarées à des groupes particuliers. Si la part représentée par l’appartenance à des communautés ethnoculturelles reculait avec la progression dans l’échelle du pouvoir, elle profite par contre aux anglophones et aux anglicisés, aux bilingues et aux multiculturalistes. L’ajout des francophones ayant étudié en anglais et de l’appartenance au personnel politique fédéraliste (produisant le TOTAL C du tableau 11) fait en sorte que l’élite fédéraliste a pu compter sur près de 75 % des élus, proportion grimpant jusqu’à 85 % dans l’exécutif restreint (avec 63 %, les MA faisaient encore figure d’exception, dont les activités dans des associations d’affaires, ethnoculturelles ou religieuses étaient un peu plus fréquentes).

Conclusion : un système de partis marginalisant les francophones ?

Les quatre principaux partis ont présenté des équipes de candidats partageant certaines caractéristiques fondamentales communes. Dans le cas du clivage de classes, trois partis, Équipe Coderre, Coalition Montréal et Équipe Joly, se sont globalement opposés au quatrième, Projet Montréal. Certains avaient des traits plus forts que les autres :

Équipe Coderre était le parti de la continuité, un parti champignon centré autour du culte de la personnalité, d’hommes, composé d’anciens élus d’UM et autres élus et attachés politiques du camp fédéraliste, investi par l’establishment anglophone, composé notamment d’avocats de formation, dont une majorité des candidats ont été formés en anglais, de scolarité faible à moyenne.

Équipe Joly se présentait comme une copie conforme d’Équipe Coderre, à quelques détails près : le parti était plus proche des milieux d’affaires et des administrateurs du secteur privé, mais avec de faibles liens avec les partis et les élus antérieurs. Parti champignon, Équipe Joly a notamment attiré d’anciens élus des ex-villes de banlieue, mais aussi un grand nombre de candidats amateurs, armés de faibles connaissances en économie, en science politique, en droit et en communications. Ces défauts étaient compensés par une plus forte proximité auprès des associations ethnoculturelles, culturelles et religieuses. Ce portrait révèle un parti qui n’avait a priori aucune chance de l’emporter, qui était du coup plus ouvert aux faibles candidatures.

Projet Montréal a offert le portrait le plus opposé aux deux partis précédents sur le plan social. Il comptait davantage de femmes (mais pas une majorité), davantage de candidats formés ou travaillant dans des domaines sociaux et réformistes que de candidats économiques et traditionnels, plus souvent actifs dans des organisations de nature sociale. C’est cependant sur le plan ethnoculturel et idéologique que Projet Montréal rejoignait pleinement le pôle fédéraliste. À cet égard, le parti s’est situé plus proche d’Équipe Coderre et d’Équipe Joly que de Coalition Montréal. Les candidats de Projet Montréal étaient plus anglophones ou anglicisés, plus bilingues que les autres, plus impliqués dans une association ethnoculturelle ou adeptes du multiculturalisme. En ajoutant le plus fort contingent de francophones formés en anglais de tous les partis et le rare personnel fédéraliste complémentaire, l’emprise du pôle fédéraliste s’est élevée à près des deux tiers des candidats de Projet Montréal. Bref, un parti socialement plus à gauche, mais adepte du multiculturalisme et peu suspect de nationalisme.

Coalition Montréal était de loin le plus complexe des quatre partis. Bâti sur les ruines d’Union Montréal et de Vision Montréal, dirigé par un chef ouvertement fédéraliste ayant succédé à une ex-ministre péquiste, le parti présentait plusieurs indicateurs témoignant de sa double nature. Coalition Montréal comptait moins de hauts diplômés et des formations peu différenciées même si, globalement, les formations plus sociales ressortaient. En termes de professions également, les candidatures sont apparues peu différenciées. En additionnant les candidats d’origine ethnoculturelle diverse, les anglophones et anglicisés, les multiculturalistes et les bilingues, les francophones ayant étudié en anglais et les anciens élus des partis fédéralistes (TOTAL C), Coalition Montréal offrait le portrait du parti le moins imbriqué de tous dans le pôle fédéraliste. Néanmoins, M. Côté a réussi à recruter ou à inspirer suffisamment de nouveaux candidats du parti pour transformer le portrait global du parti en l’intégrant clairement au pôle fédéraliste.

Au final, le choix offert à l’électorat en matière de clivage social a été plus ouvert que le choix offert en regard au clivage national. On comptait deux partis franchement à droite, un plus à gauche, et un dont l’orientation était indéfinie. Cette euphorie du choix social doit être modérée à la lumière d’enjeux de classes majeurs : tous les partis ont d’une part présenté des engagements électoraux qui ont délibérément ignoré la nécessité des réformes démocratiques et, d’autre part, omis les problèmes de redistribution entre arrondissements. Par ailleurs, il est juste de dire qu’aucune alternative sur le plan national n’a été offerte aux Montréalais. Autant les quatre partis se sont clairement engagés en faveur du multiculturalisme, autant on peut les considérer comme des alliés des dirigeants du pôle fédéraliste au Québec. Qui plus est, tous les partis sont demeurés muets quant au rôle de creuset intégrateur de Montréal et au problème de répartition des ressources selon la langue. Aucun d’entre eux ne constituait une alternative pour l’électorat nationaliste. Le système de partis a grosso modo reproduit en quatre copies le même parti fédéraliste et conservateur politiquement.

Ce portrait s’est confirmé à tous les différents postes d’élus, allant même en s’accentuant en montant dans la hiérarchie du pouvoir :

les CA étaient les moins expérimentés de tous les groupes d’élus. Ils ont présenté plus de femmes que tous les autres groupes, ils étaient les moins scolarisés, et plus faiblement que les autres en science politique et en administration. Ils étaient moins souvent du personnel politique, ils étaient moins impliqués dans des associations quelconques, mais lorsqu’ils l’étaient, ils l’étaient plus fréquemment dans les associations ethnoculturelles, les associations des affaires et les associations religieuses. Globalement, les trois quarts d’entre eux étaient associés à l’élite fédéraliste (TOTAL C).

En comparaison, les CV étaient plus expérimentés que les CA, comptaient plus d’hommes, mais toujours de scolarité faible, moins souvent en science politique et en administration, tandis que leurs occupations présentaient de faibles composantes politiques et administratives. Ils avaient toutefois beaucoup d’implication sociale et dans les associations ethnoculturelles. Comme les CA, les trois quarts d’entre eux relevaient de l’élite fédéraliste (TOTAL C).

Les MA sont les élus qui ont présenté le profil le plus traditionnel et conservateur. Ils présentaient la plus faible proportion de femmes, une bonne proportion de peu scolarisés, tandis que leurs occupations rendaient compte de fortes composantes politique et administrative. En contrepartie, les MA avaient toujours peu d’implications, et celles-ci étaient d’abord réservées aux affaires, aux domaines social et religieux. Les MA étaient les élus les moins nombreux à faire partie de l’élite fédéraliste ou à être impliqués dans une association ethnoculturelle. Par contre, ils se sont identifiés plus fortement que les autres groupes comme anglophone ou anglicisé, ont revendiqué plus souvent leur bilinguisme ou leur multilinguisme, et ont compté de plus fortes proportions de francophones ayant étudié en anglais.

Les 21 membres de l’exécutif élargi n’étaient pas plus expérimentés que les CV. Ils comptaient très peu de femmes, et plus de neuf sur dix comptaient au moins un baccalauréat tandis qu’on y retrouvait de fortes proportions de maîtrises et doctorats. Une nette majorité était formée d’abord en science politique, puis en administration. Leurs occupations présentaient de fortes composantes politiques et administratives, ainsi que beaucoup d’implication dans les domaines sociaux et des associations ethnoculturelles. Au moins trois quarts d’entre eux appartenaient à l’élite fédéraliste; on note en particulier la présence d’un fort contingent de multiculturalistes.

Les 13 membres de l’exécutif restreint présentaient peu de différences avec l’exécutif élargi. Ils étaient aussi expérimentés, comptaient également très peu de femmes. Une des principales différences vient de ce que tous les membres de ce groupe avaient au moins un baccalauréat, cependant qu’on y retrouvait une proportion aussi élevée de maîtrises et de doctorats. Ils étaient aussi nombreux à être formés en science politique et en administration et leurs occupations tenaient aussi souvent de la science politique et de l’administration. Leurs implications tenaient aussi souvent du domaine social et des associations ethnoculturelles. L’autre différence majeure, par rapport à l’exécutif élargi, vient de ce que les membres de l’exécutif restreint étaient les plus associés de tous les groupes à l’élite fédéraliste; les multiculturalistes et les anglophones et anglicisés y sont encore plus pesants que dans l’exécutif élargi.

À tous les paliers du pouvoir, les élus se sont montrés différents du reste de la population comme des équipes de candidats des partis. Ils étaient plus expérimentés, plus instruits, plus formés dans des domaines pertinents (science politique et administration). Ils étaient plus souvent anglophones/anglicisés, valorisant à dessein leurs origines ethnoculturelles ou immigrées en référant à une appartenance ou une implication quelconque dans une association ethnoculturelle (juifs, italophones) financée par Patrimoine canadien. Ils étaient accompagnés qui, par des francophones énonçant leur attachement au multiculturalisme, qui, par les candidats qui valorisaient leur connaissance de l’anglais, qui, par des francophones ayant étudié en anglais, qui, par du personnel politique issu des partis fédéralistes. Au final, tous, CA, CV, MA, exécutifs élargi et restreint comptaient autour de 75 % de leurs membres issus de ces groupes liés au pôle fédéraliste, à une exception près, l’exécutif restreint, qui en compte même davantage, avec 85 % (63 % pour les MA). Chez les quatre principaux partis, ces proportions étaient équivalentes ou moindres : 71 % chez Équipe Coderre et 75 % chez Équipe Joly, mais seulement 58 % chez Coalition Montréal et 66 % chez Projet Montréal. Le profil local, conservateur et fédéraliste est apparu encore plus prononcé chez les 22 élus indépendants[1].

La prédominance de l’élite fédéraliste était donc indiscutable non seulement dans les quatre principaux partis, mais même davantage dans presque tous les groupes d’élus, et plus encore au cœur du pouvoir, dans l’exécutif restreint. Parmi tous les groupes d’élus, celui dont les caractéristiques le rapprochaient le plus du portrait de l’électeur moyen était constitué par les 40 CA, actifs seulement dans les conseils d’arrondissement, en lien avec les sujets les plus terre à terre des compétences municipales. Cependant, même chez les CA – des candidats moins expérimentés et plus dépendants du chef –, la domination de l’élite fédéraliste ne laissait aucun doute.

***

Le système politique montréalais a offert une vie à un grand nombre de partis fédéralistes, de droite comme de gauche. L’absence de parti représentant l’élite sociale et nationaliste à Montréal, pourtant là où se trouve concentrée l’élite qui, au provincial et au fédéral, a animé durant des décennies le PQ et le BQ, semble traduire les faibles perspectives d’élection et d’accès au pouvoir pour un parti municipal nationaliste. Cette absence tranche singulièrement avec la réalité montréalaise. VM avait pourtant occupé cette position sur l’échiquier politique, mais sa dernière chef, Louis Harel, n’a manifestement jamais cru qu’un tel parti pouvait avoir un rôle à jouer dans la défense des intérêts des francophones. Ministre responsable des fusions municipales, Mme Harel n’a d’ailleurs jamais testé différents scénarios de représentation utilisant les principales forces en présence, fédéralistes et nationalistes, gauche et droite.

Or le nouveau système de représentation mis en place à la suite des fusions municipales, en 2001, menaçait déjà dès sa conception d’exclure les francophones du pouvoir et d’en restreindre la représentation à des partis marginaux. Ce n’est que face à la réalité montréalaise, après avoir été confrontée à l’impossibilité d’accéder au pouvoir et même à une représentation suffisante pour influer, que Mme Harel a sabordé son parti en l’offrant au camp fédéraliste. Elle le fit alors dans l’espoir qu’un chef fédéraliste bienveillant pourrait éventuellement traiter les francophones comme une communauté minoritaire parmi d’autres – et d’autant plus minoritaire qu’elle a un très faible poids électoral sous le mode de scrutin actuel. Ce faisant, passaient à la trappe le rôle de creuset intégrateur de Montréal et l’idée de justice envers la communauté francophone (95 % de la population totale) en matière de partage des ressources. Au prix de quelques éléments symboliques, donc, ces batailles n’ont pas été et ne seront pas livrées, et c’est également en raison d’une sorte de conservatisme politique qu’aucune réforme démocratique n’a eu lieu et que se perpétuera un système de concentration des pouvoirs favorisant quelques intérêts particuliers, quand ce n’est pas une corruption généralisée. Tout n’est qu’une question de temps, quand il y a concentration complète du pouvoir.

 


 

[1] Ces 22 élus étaient plus souvent d’anciens élus (notamment d’UM dans 13 cas, comme l’étaient les quatre MA d’Anjou, d’Outremont, de Lachine et de LaSalle, et une indépendante). Ils étaient également plus expérimentés (2,3 mandats par élu) et leur profil socio-économique pouvait être qualifié de plus traditionnel, comptant plus d’hommes et plus de professionnels de la politique, offrant des compétences plus limitées (plus de gens d’affaires, d’avocats et d’agents immobilier), des domaines de formation plus éclatés (moins pertinents) et des degrés d’instruction plus faibles (dont les CV faisaient moins état que les autres candidats).

 

Cahiers de lecture - Automne 2017

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Le numéro d'Automne 2017 des Cahiers de lecture se penche sur Montréal à l'occasion de son 375e anniversaire et cherche à comprendre les féminismes actuels. Aussi dans ce numéro, des recensions portant sur les juifs au Québec, sur la politique, sur le cinéma, bref, comme chaque fois, les Cahiers nous relancent dans la lecture de notre monde.

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