Éditorial - La tristesse du ministre Couillard

La remise en cause du gigantesque gaspillage que constitue le projet de dédoublement des mégacentres hospitaliers universitaires déclenche des réactions qui ne font pas honneur à notre lucidité collective et à notre capacité de regarder froidement les choix à faire pour un usage optimal de nos ressources. Une telle décision aberrante mérite pourtant des explications claires. Personne n’a encore fait la démonstration que le bien commun serait mieux servi par la dispersion des ressources plutôt que par la création d’une seule institution à vocation nationale. On a plutôt l’impression, au contraire, que les autorités gouvernementales, les responsables universitaires et les porte-parole du corps médical font tout pour éviter les éclaircissements, pour ne pas expliciter les critères et les motifs qui les inspirent.

Une approche inclusive

Nous avons donc eu droit en réaction au lancement du rapport de la coalition unseulchu.org, à l’habituelle démagogie qui caractérise depuis le début l’attitude des promoteurs de cette dépense indécente. Comme il fallait malheureusement s’y attendre, la réaction la plus déplorable est venue du ministre lui-même. Au lieu de répondre sur le fond des choses et de s’en tenir aux données et résultats objectifs de cette étude, le ministre Couillard a tenté de faire dévier le débat en nous faisant le coup de la réaction émotive. Cela l’a rendu « triste » qu’on lui pose des questions précises et il a préféré esquiver en tentant de salir le messager.

Le ministre tristounet s’est pourtant approché, bien malgré lui, de la vérité. En déplorant qu’il s’en trouve parmi nous pour maintenir « des frontières entre nos deux communautés », (Cyberpresse. 13 octobre) Philippe Couillard ne pouvait pas mieux dire. C’est précisément ce que fait son projet. Nous proposons au contraire d’abolir ces frontières et de concevoir un projet de centre hospitalier qui reposera sur la collaboration et la cohabitation dans une même institution des deux facultés de médecine. Nous ne voulons pas du développement séparé. Nous pensons que l’avenir est à la concertation et à la coopération. Pourquoi n’est-ce pas possible de faire travailler ensemble dans une même institution nationale les facultés de médecine de McGill et de l’Université de Montréal ? C’est une question simple pour laquelle nous aimerions une réponse franche.

Il y aurait quelque chose de profondément indécent et d’irresponsable socialement à dépenser près de quatre milliards de fonds publics pour créer des chasses gardées et maintenir des barrières linguistiques. Ceux qui, comme le docteur Porter qui pilote le MUHC, ne veulent pas « affaiblir le système de santé québécois » ont le fardeau de la preuve. C’est à eux de nous démontrer l’impossibilité de faire travailler ensemble deux institutions qui sont financées par les mêmes contribuables.

La création d’un seul centre hospitalier universitaire, on le sait bien, nécessiterait que soit posé clairement le statut de la minorité linguistique et de ses institutions dans notre système national. Au lieu de s’attrister, le ministre serait mieux d’arrêter de fuir et de dire des faussetés. Personne dans la coalition n’a jamais remis en cause l’existence de la faculté de médecine de l’Université McGill. Questionner son financement en regard de sa contribution au contingent de médecins pratiquant au Québec ce n’est pas en menacer l’existence, c’est tout simplement se préoccuper de la saine gestion des fonds publics.

L’équilibre linguistique est un critère de gestion

Et à cet égard, il y a quelque chose de profondément irresponsable à ne pas examiner la répartition des fonds publics selon les critères d’une politique qui doit servir le fait fondamental que le Québec est une société française. Respecter la minorité anglophone est une chose. La privilégier en jouant de critères inéquitables en est une autre. Le ministre peut-il nous donner les critères objectifs qui justifient la répartition 50-50 d’une enveloppe budgétaire dans un Montréal métropolitain où les anglophones forment 12,1 % de la population ? .

L’Université de Montréal, qui forme quatre fois plus de médecins pratiquant au Québec, est systématiquement discriminée par ce mode de financement. Il est désolant que ses responsables acceptent ainsi de jouer les underdogs dans un projet qui devrait les mobiliser pour propulser la médecine francophone dans le prochain siècle. Leur silence cautionne la minorisation du fait français à Montréal, en plus de souscrire à la marginalisation de leur propre institution.

La coalition unseulchu.org ne veut pas jouer à ce jeu de dupe. On ne nous culpabilisera pas en nous faisant le coup de l’ouverture sur le monde que nous donnerait une Université McGill qui attire des candidats de partout dans le monde. Si elle le fait, c’est d’abord parce que les fonds publics le lui permettent. On ne voit pas pourquoi les fonds publics alloués à une institution unique n’auraient pas le même effet. À ce jeu comptable, il faut vraiment se demander à quel endroit le Québec français en aurait le plus pour son argent. Et cela sans se demander si le Québec a vraiment les moyens de subventionner tant de places pour étrangers.

La primauté de la recherche sur le béton

Le projet des deux mégahôpitaux est lamentable pour une autre raison, tout aussi fondamentale : nous allons faire primer le béton sur la recherche. Ce dédoublement va absorber des ressources faramineuses pour les bâtisses et pour financer les bureaucraties, détournant d’autant des sommes qui pourraient être consacrées à la recherche. En choisissant de ne pas toucher aux privilèges de McGill, nous commettons une faute contre l’intelligence.

On comprend bien que les firmes d’ingénierie et les vendeurs de béton exaltent la formidable poussée de croissance économique que donneront ces projets à la métropole. Mais c’est un leurre. Le développement économique, lui, dépendra de l’accroissement de la capacité de recherche et cela devrait passer par une augmentation des ressources disponibles pour les chercheurs. C’est là que les fonds publics doivent aller en priorité. Philippe Couillard ne devrait pas être triste, mais honteux. Il brade l’avenir pour couler des privilèges dans le béton.

 

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Décembre 2017

Éditorial - Au seuil d’un autre commencement

2017decembre250Conférence prononcée à l’occasion du
Gala du centenaire de L’Action nationale
au cabaret Lion d’Or
27 octobre 2017
Version vidéo -

Je suis heureux de partager avec vous cette soirée, ce moment de célébration. C’est un privilège rare qui m’est donné et je vous en suis très reconnaissant. Je voudrais profiter de l’occasion pour revenir un tant soit peu, sur le chemin parcouru. Et pour tenter d’ouvrir quelques pistes pour le proche avenir, en sachant qu’il faudra revenir plus d’une fois sur le sujet.

Je vous invite à aborder les prochaines années avec confiance et détermination. Il faut penser notre combat dans le temps long. Et le faire en sachant que nous sommes redevables à tous ceux et celles qui, avant nous, ont mené les batailles qui ont permis à notre peuple de se rendre là où nous sommes. Encore et toujours au seuil de notre naissance, certes. Mais encore et toujours tenaces et opiniâtres, avec le même idéal chevillé au corps, le même goût de liberté, le dur désir de durer.

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La voie rapide du Programme de l’expérience québécoise

L'auteur a été conseiller au ministère de l’Immigration, de la Diversité et de l’Inclusion pendant 23 ans, à la retraite depuis deux ans. Le présent article est extrait d'un ouvrage en préparation chez L'Action nationale Éditeur.

Le Québec compte au sein de sa population des migrants étrangers qui y résident de façon temporaire, détenteurs d’un permis de séjour temporaire délivré par le gouvernement fédéral et d’un Certificat d’acceptation du Québec (CAQ). Il s’agit de travailleurs étrangers actifs sur le marché du travail québécois et d’étudiants étrangers inscrits dans nos institutions d’enseignement. Le ministère de l’Immigration, de la Diversité et de l’Inclusion (MIDI) souhaite en retenir le plus grand nombre possible au Québec afin qu’ils s’y établissent de façon durable. En tant que candidats éventuels à la sélection québécoise, ces personnes jouissent d’un avantage important par rapport aux candidats à l’immigration économique qui sont encore dans leur pays d’origine : ils vivent déjà au Québec depuis quelques années et participent à la vie québécoise. D’où l’intérêt pour le Québec de stimuler leur recrutement comme immigrants permanents. C’est dans cette perspective qu’a été mis sur pied en 2010 le Programme de l’expérience québécoise (PEQ).

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Le démantèlement de la nation (chronique 17)

La période couverte s’étend du 21 septembre au 29 novembre 2017.

Au référendum de 1995, le OUI a perdu par 27 145 voix, car l’écart entre le oui et le non fut de 54 288 voix seulement. Des études ont alors montré que si les milieux moins favorisés s’étaient rangés derrière le OUI, c’est parce que l’État québécois leur semblait mieux en mesure que celui d’Ottawa, qui avait déjà entrepris de vastes compressions dans ses programmes sociaux, de mener la lutte contre la pauvreté et d’offrir un filet social de qualité.

Mais après le référendum, balayant une telle analyse du revers de la main, le premier ministre Lucien Bouchard s’est employé à dissocier question nationale et engagement de l’État québécois dans la société. Il a fait sienne la lutte contre le déficit. Les compressions ont commencé en santé, en éducation, dans les programmes sociaux et ailleurs. Ce premier ministre prétendait qu’en atteignant le déficit zéro et la réduction de la dette, les Québécois seraient à l’avenir plus libres de leurs choix. C’était vraiment mal lire la réalité. Celle-ci, à l’époque, n’était plus l’insécurité économique ; c’était tout simplement que 60 % de OUI parmi les Québécois de langue française n’avaient pas suffi à l’emporter contre 95 % de NON parmi les non-francophones.

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Bilan de l’année du centenaire

Le conseil d’administration de la Ligue a voulu souligner avec éclat le centième anniversaire de la revue qui fut fondée en janvier 1917. L’objectif principal de cette année de commémoration était de faire connaître la revue afin d’élargir son lectorat. Nous avons voulu célébrer tous les artisans de la revue qui depuis un siècle, mois après mois, ont assuré la production et la diffusion d’analyses pertinentes et éclairantes de notre destin national.

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Chroniques catalanes

L'auteur remercie Consol Perarnau qui l’a guidé dans la connaissance de la Catalogne.

Ces chroniques portent sur le processus d’autodétermination du peuple catalan qui s’est concrétisé par la tenue d’un référendum le 1er octobre dernier. Je me suis rendu à Barcelone du 24 septembre au 2 octobre comme participant à la délégation québécoise organisée par le Réseau Québec-monde. J’avais aussi obtenu l’accréditation de la Generalitat pour agir comme observateur international et surveiller le déroulement du vote. Ces chroniques forment en quelque sorte un journal de bord de ce voyage où se mêlent récit de vie et analyse politique. Ce journal relate au jour le jour les rencontres avec les principaux acteurs du mouvement indépendantiste catalan. Il compare aussi à l’occasion l’évolution du mouvement indépendantiste québécois et celui du mouvement catalan. 

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