Éditorial - Une exigence logique, un impératif catégorique

2014octobre250

Entre les manifestations de solidarité et les attitudes compensatoires d’une bataille livrée par procuration, la frontière était mince. Plusieurs l’auront franchie allègrement, ce qui aura donné beaucoup de babillage médiatique tout en provoquant néanmoins, des redites et rappels pathologiques dont les significations politiques n’ont pas toutes été tirées, tant s’en faut. Nous serons vite passés des Highlands aux bas-fonds de la politique canadian. Ainsi aurons-nous eu droit au retour du spectral Stéphane Dion, tout heureux de bomber le torse devant les caméras pour vanter sa camelote de Clarity Bill et pour poser au grand théoricien de la démocratie. Il était pathétique à voir, tout autant que ceux-là qui ont accepté de lui donner la réplique, s’enlisant encore et toujours dans une pensée étrangère et hostile à notre peuple et à son existence.

Il était patent, en effet, que ce que cet intermédiaire utile avait à dire n’avait rien de la recherche d’un dialogue fécond et tout de la menace voilée et des sous-entendus pernicieux. Il fallait l’entendre ergoter sur les périls que ferait subir à la démocratie un vote à 50 % plus une des voix pour un « choix aussi grave » que celui de l’indépendance alors que les difficiles négociations qui s’ensuivraient seraient susceptibles d’amener nombre de citoyens à regretter leurs votes et à vouloir revenir en arrière. Il a toujours la manière, l’homme qui a soutenu que la meilleure façon de faire reculer les appuis à l’indépendance reste celle de la force : faites-les souffrir a-t-il déjà soutenu, grisé par les applaudissements de l’establishment torontois trop heureux de voir que l’Indirect rule faisait toujours d’excellentes recrues.

Drapé dans la vertu, il nous aura refait le coup du videur sophistiqué. Sous de savantes élucubrations aux allures de carottes philosophico-politiques se profilait le bâton canadian. Le Canada ne fera pas dans la dentelle. Il nous tient dans un carcan et sa poigne restera ferme. Il faut vraiment faire semblant de découvrir des faits troublants pour accorder du sérieux aux Jean Lapierre et Chantal Hébert de ce monde qui nous font le coup du grand dévoilement avec du mémérage post-référendaire. La seule question que l’ouvrage devrait poser est celle de la nature d’un régime aussi fourbe et l’intérêt que notre peuple aurait encore à s’y laisser encarcaner.

Il ne s’est pas écoulé quarante-huit heures avant que les partis politiques anglais ne commencent à branler dans le manche et à laisser entendre que les promesses ne seraient peut-être pas tenues. Et un jour de plus pour que Salmond commence à interpréter le résultat comme une arnaque et s’interroge à voix haute sur le bien-fondé d’une stratégie politique – le référendum – qui laisse les indépendantistes dans une position d’extrême vulnérabilité devant les gigantesques moyens de propagande d’un État au surplus en mesure d’instrumentaliser la quasi-totalité du complexe médiatique. Et voilà le SNP engagé dans des débats qui ont épuisé le Parti québécois et dévoyé le combat pour l’indépendance…

En attendant que le cirque médiatique reparte à l’occasion du référendum que les Catalans tiendront contre Madrid et sans avoir droit de le nommer comme tel, les indépendantistes québécois auraient intérêt à retenir la leçon primordiale de leur campagne : une action militante visant la mobilisation de la société toute entière. Les indépendantistes catalans ont mis des années à investir tous les lieux où ils pouvaient gagner de l’influence pour faire progresser leur lecture de la situation, pour relever le niveau de compétence civique de leurs concitoyens et les outiller pour construire une conscience nationale forte. Ils n’ont pas seulement évoqué le goût de la liberté, ils se sont immiscés dans tous les interstices du pouvoir, grappillant centimètre par centimètre les zones d’influence où faire prévaloir la capacité de lecture et de promotion de l’intérêt national.

Voilà une leçon à retenir d’ores et déjà du proche rendez-vous catalan. Les indépendantistes doivent se faire présents partout : commissions scolaires, groupes de pression, conseils d’administration des universités, des cégeps, des hôpitaux, partout où se définit l’intérêt public. Ils doivent y œuvrer à découvert, faisant sans relâche le procès du régime et faisant valoir en quoi et comment l’existence institutionnelle dans le cadre provincial empêche de bien poser et de bien servir notre intérêt national. La gestion provinciale est toxique, elle contraint à fonctionner dans un univers de compromis bancal qui force à intérioriser les contraintes du régime, à vivre aux conditions que nous fixe le Canada.

Il ne sert à rien de se perdre en spéculations sur la pertinence ou pas de tenir un référendum ou sur la mécanique d’une éventuelle reprise de l’initiative politique par la formulation de divers scénarios de propositions de négociations avec le Canada. Il a réglé notre sort et n’entend guère revenir sur un dossier clos. Il utilisera certes des leurres et ne manquera pas de mobiliser des concierges pour vanter le bonne-ententisme et laisser miroiter l’ouverture au dialogue (patient, cela va de soi !), mais ce sera que pour faire diversion et manipuler les élites velléitaires d’un Québec frileux. Le travail que nous avons d’abord à faire est de reconquérir tous les espaces de la société civile pour débusquer toutes les représentations tordues que distille la pensée annexée, pur produit de la gestion provinciale. Il faut partout faire valoir une vision claire de ce que nous dicte notre intérêt national pour faire comprendre en quoi le consentement aux contraintes du régime nous éloigne de la construction de notre maison. Pour cela, il faut s’attaquer à la formulation d’une véritable doctrine à placer au fondement des actions à entreprendre et des débats à mener.

Bien fait, ce travail permettra de définir le contexte dans lequel un mandat électoral pourra être sollicité. Le projet d’indépendance est d’abord aspiration à la liberté. Pour en donner le goût il faut non seulement faire voir les chaînes et les entraves, il faut en débusquer les points d’ancrage. Quand ils apparaîtront pour ce qu’ils sont, les problèmes de la province ne seront plus vus dans l’espace de solution canadian. Un mandat de réaliser l’indépendance apparaîtra alors comme une exigence logique, un impératif catégorique.

 

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Décembre 2017

Éditorial - Au seuil d’un autre commencement

2017decembre250Conférence prononcée à l’occasion du
Gala du centenaire de L’Action nationale
au cabaret Lion d’Or
27 octobre 2017
Version vidéo -

Je suis heureux de partager avec vous cette soirée, ce moment de célébration. C’est un privilège rare qui m’est donné et je vous en suis très reconnaissant. Je voudrais profiter de l’occasion pour revenir un tant soit peu, sur le chemin parcouru. Et pour tenter d’ouvrir quelques pistes pour le proche avenir, en sachant qu’il faudra revenir plus d’une fois sur le sujet.

Je vous invite à aborder les prochaines années avec confiance et détermination. Il faut penser notre combat dans le temps long. Et le faire en sachant que nous sommes redevables à tous ceux et celles qui, avant nous, ont mené les batailles qui ont permis à notre peuple de se rendre là où nous sommes. Encore et toujours au seuil de notre naissance, certes. Mais encore et toujours tenaces et opiniâtres, avec le même idéal chevillé au corps, le même goût de liberté, le dur désir de durer.

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La voie rapide du Programme de l’expérience québécoise

L'auteur a été conseiller au ministère de l’Immigration, de la Diversité et de l’Inclusion pendant 23 ans, à la retraite depuis deux ans. Le présent article est extrait d'un ouvrage en préparation chez L'Action nationale Éditeur.

Le Québec compte au sein de sa population des migrants étrangers qui y résident de façon temporaire, détenteurs d’un permis de séjour temporaire délivré par le gouvernement fédéral et d’un Certificat d’acceptation du Québec (CAQ). Il s’agit de travailleurs étrangers actifs sur le marché du travail québécois et d’étudiants étrangers inscrits dans nos institutions d’enseignement. Le ministère de l’Immigration, de la Diversité et de l’Inclusion (MIDI) souhaite en retenir le plus grand nombre possible au Québec afin qu’ils s’y établissent de façon durable. En tant que candidats éventuels à la sélection québécoise, ces personnes jouissent d’un avantage important par rapport aux candidats à l’immigration économique qui sont encore dans leur pays d’origine : ils vivent déjà au Québec depuis quelques années et participent à la vie québécoise. D’où l’intérêt pour le Québec de stimuler leur recrutement comme immigrants permanents. C’est dans cette perspective qu’a été mis sur pied en 2010 le Programme de l’expérience québécoise (PEQ).

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Le démantèlement de la nation (chronique 17)

La période couverte s’étend du 21 septembre au 29 novembre 2017.

Au référendum de 1995, le OUI a perdu par 27 145 voix, car l’écart entre le oui et le non fut de 54 288 voix seulement. Des études ont alors montré que si les milieux moins favorisés s’étaient rangés derrière le OUI, c’est parce que l’État québécois leur semblait mieux en mesure que celui d’Ottawa, qui avait déjà entrepris de vastes compressions dans ses programmes sociaux, de mener la lutte contre la pauvreté et d’offrir un filet social de qualité.

Mais après le référendum, balayant une telle analyse du revers de la main, le premier ministre Lucien Bouchard s’est employé à dissocier question nationale et engagement de l’État québécois dans la société. Il a fait sienne la lutte contre le déficit. Les compressions ont commencé en santé, en éducation, dans les programmes sociaux et ailleurs. Ce premier ministre prétendait qu’en atteignant le déficit zéro et la réduction de la dette, les Québécois seraient à l’avenir plus libres de leurs choix. C’était vraiment mal lire la réalité. Celle-ci, à l’époque, n’était plus l’insécurité économique ; c’était tout simplement que 60 % de OUI parmi les Québécois de langue française n’avaient pas suffi à l’emporter contre 95 % de NON parmi les non-francophones.

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Bilan de l’année du centenaire

Le conseil d’administration de la Ligue a voulu souligner avec éclat le centième anniversaire de la revue qui fut fondée en janvier 1917. L’objectif principal de cette année de commémoration était de faire connaître la revue afin d’élargir son lectorat. Nous avons voulu célébrer tous les artisans de la revue qui depuis un siècle, mois après mois, ont assuré la production et la diffusion d’analyses pertinentes et éclairantes de notre destin national.

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Chroniques catalanes

L'auteur remercie Consol Perarnau qui l’a guidé dans la connaissance de la Catalogne.

Ces chroniques portent sur le processus d’autodétermination du peuple catalan qui s’est concrétisé par la tenue d’un référendum le 1er octobre dernier. Je me suis rendu à Barcelone du 24 septembre au 2 octobre comme participant à la délégation québécoise organisée par le Réseau Québec-monde. J’avais aussi obtenu l’accréditation de la Generalitat pour agir comme observateur international et surveiller le déroulement du vote. Ces chroniques forment en quelque sorte un journal de bord de ce voyage où se mêlent récit de vie et analyse politique. Ce journal relate au jour le jour les rencontres avec les principaux acteurs du mouvement indépendantiste catalan. Il compare aussi à l’occasion l’évolution du mouvement indépendantiste québécois et celui du mouvement catalan. 

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