destiNation: Converger doit devenir notre obsession

Ex-présidente de la Confédération des syndicats nationaux (CSN), poste qu’elle a occupé de 2002 à 2011. Allocution prononcée à l’occasion du rassemblement citoyen destiNation (20-21 septembre 2014)

Souverainiste convaincue, militante engagée dans diverses causes depuis des décennies, je souhaite partager avec vous le diagnostic que je pose sur l’impasse dans laquelle nous nous retrouvons collectivement.

J’ai mal au Québec qui se profile sous mes yeux. Un Québec qui ploie sous un fort vent de démolition. Un Québec qui n’aurait pas d’autres ambitions que de se fondre dans la moyenne canadienne. Un Québec qui n’aspirerait qu’à devenir le plus moyen des Canadiens. Tout cela m’est insupportable !

On est en train de laminer nos plus chères réalisations collectives, nos aspirations les plus profondes et nos valeurs communes. Le gouvernement Couillard s’attaque à tout ce qui dépasse : assurance parentale, services de garde, culture, vitalité de nos régions, protection du grand fleuve et de son habitat marin et humain, présence internationale, etc. Bref, nous reculons tant sur le front social que ce sur quoi repose aussi notre identité.

Comment diable en sommes-nous arrivés là ? Que faire surtout pour nous reprendre en main, pour se réapproprier ce que nous sommes, pour être réellement maîtres de nos choix ?

Les réponses à ces questions sont multiples. Toutefois, deux éléments sont incontournables pour poser le bon diagnostic et pour pouvoir mieux rebondir.

D’abord, il faut reconnaître que le projet d’indépendance est en panne. L’adhésion populaire est à son plus bas niveau. Elle connaît un creux historique. Un immense besoin de dépoussiérer le projet d’indépendance se fait aussi sentir. Une grande soif d’idées nouvelles, pour revitaliser le projet, tenaille de plus en plus les militants. Les indépendantistes écossais viennent d’ailleurs de nous servir une belle leçon à ce chapitre, malgré le Non crève-cœur qu’ils ont reçu.

Chez nous, nous aurons besoin de réhabiliter le mot LIBERTÉ qu’on s’est fait confisquer par la droite. Nous aurons besoin de nous redonner le goût de conquérir nos libertés collectives, pour faire des choix qui nous ressemblent, mais aussi qui nous rassemblent. Nous aurons besoin de retrouver le goût d’agir pour bâtir un avenir qui soit à la mesure de nos aspirations et de nos rêves.

Tout cela est bien beau. Tout cela peut faire vibrer. Mais tout cela surtout est impossible à réaliser, si on ne développe pas l’obsession de converger. Convergence et toujours convergence.

On vit dans une société plurielle, diversifiée, une société plus éduquée et plus critique. L’ère des majorités écrasantes et des « à droite ou à gauche toutes » est révolue. Par delà ce qui peut nous unir, les différences sont bien présentes et elles sont là pour rester. On ne peut pas gommer ces réalités, qui traversent toutes les sociétés modernes, avec une approche strictement volontariste et des slogans creux et vite perçus comme insultants ou irréalistes du type : « Rentre à la maison ».

Plus que jamais il faut pratiquer l’écoute, l’ouverture, la tolérance, le respect de l’autre. Il faut innover. Il faut évaluer correctement et avec beaucoup de réalisme le socle sur lequel on peut se rejoindre et construire. Il faut travailler à ce qui nous rassemble, entre souverainistes d’abord, mais aussi avec les Québécois de toutes origines et avec les nationalistes plus mous.

C’est pourquoi nous avons un énorme travail à faire en investissant massivement les structures non partisanes de la société civile. Je pense ici au Conseil de la souveraineté, qui tente de se restructurer pour mieux fédérer les indépendantistes et établir des ponts avec les partis politiques qui demeurent des acteurs incontournables. Ensemble, nous devons redéfinir le projet indépendantiste, un projet qui appartient d’abord au peuple québécois. Ensemble, nous devons travailler à le « départisaniser ».

Il faut surtout faire plus et réfléchir aussi sur le chemin qui mène à l’indépendance. Sur cette route, le référendum ne peut être que l’étape ultime. Entre temps, le projet d’une constituante peut nous faire avancer. D’autres voies méritent aussi d’être explorées. Il faut une fois de plus s’ouvrir et accepter de sortir des chapelles et de nos vieilles certitudes. Il faut convaincre, être contagieux, remobiliser et cesser d’agir comme repoussoir à cause de nos éternelles chicanes et divisions !

Voilà qui nous amène à ce deuxième élément tout aussi incontournable d’un vrai diagnostic. Le Québec est dans l’impasse et y restera malheureusement, tant et aussi longtemps, qu’il peinera à faire élire une majorité d’indépendantistes à l’Assemblée nationale.

Ce blocage interne n’est pas propre à la dernière élection. Il remonte à beaucoup plus loin dans le temps. Le vote en faveur d’une formation indépendantiste est en recul depuis plusieurs élections. Malgré la multiplication des partis indépendantistes, il faut voir là une tendance lourde, qui nous ramène à la fin des années 1990.

Les partis indépendantistes ne peuvent pas sortir gagnants de cette situation. Le citoyen reste le grand perdant. Il voit aujourd’hui son gouvernement remettre en question plusieurs de ses choix de société, sans même qu’il ne soit nécessaire de s’être fait élire par une majorité de l’électorat pour ce faire. En outre, nous nous éloignons du pays en acceptant d’être représentés par une proportion plus grande de fédéralistes qu’on n’en compte dans la population !

Les partis indépendantistes ne conviendront jamais d’une stratégie pour sortir de ce bourbier, s’ils cherchent individuellement une solution qui les avantage et leur permet de se démarquer les uns par rapport aux autres. Il faut que le gain recherché soit collectif. Il faut que tous les partis indépendantistes, tous les indépendantistes et globalement tous les citoyens, pris dans leur ensemble, y trouvent leur compte.

Les bonnes idées n’ont pas manqué ces dernières années pour tenter de nous sortir de l’impasse : entente électorale, primaire souverainiste, socle de revendications communes, réforme du mode de scrutin. Rien n’a, à ce jour, permis aux partis politiques de transcender leurs divisions. En fonction de l’élection de 2018, tout sera à nouveau sur la table. Espérons que, cette fois-là, le diagnostic sera clair. Le problème n’est pas conjoncturel, il est devenu structurel. Pour le résoudre, il faut penser convergence et convergence. Il ne peut pas y avoir de renouveau de l’approche indépendantiste qui soit digne de ce nom, sans que les partis politiques concernés n’accouchent d’une solution à ce problème qui désespère de plus en plus les militants et qui éloigne les citoyens qu’il reste à convaincre.

À plus long terme, il faudra se résoudre à comprendre qu’à tout problème structurel, il faut trouver une solution structurelle et structurante. La révision du mode de scrutin en fait partie. Le modèle uninominal à un tour s’accommode mal de la diversité. Et quand il la malmène, c’est la démocratie tout entière qui se dérègle. C’est aussi l’option souverainiste qui bat en brèche et qui n’arrive pas à prendre sa place.

En terminant, je nous invite à nous baigner dans ce qui doit devenir une obsession collective : converger et trouver des voies de passage. C’est le seul antidote que je connais au mal qui nous paralyse et qui dresse un solide barrage sur le chemin du pays.

 

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