Éditorial - L'arasement

2015avril250Les Québécois ne vivent plus dans le pays qu’ils pensent habiter. Des mercenaires cravatés, des faux frères aux doctrines funestes et toute une engeance de petits besogneux travaillent à les déporter d’eux-mêmes. Des manœuvres sournoises sapent les bases de ce qui a été construit au fil des générations. Le sentiment d’appartenance ne signifie plus rien à leurs yeux. Une élite démissionnaire s’emploie à éroder les bases de tous les arrangements institutionnels déployés pour soutenir notre existence singulière et notre volonté de durer dans ce que nous voulons être. Le néolibéralisme lui va comme un gant. La négation de l’existence nationale se dissout tellement bien dans le marché ! Toute une cohorte de parvenus s’active à détourner les héritages en se donnant des formules ronflantes pour mieux maquiller son refus de s’assumer, pour jouer à fond la comédie du pragmatisme, pour mieux consentir à se soumettre à la minorisation définitive qui chaque jour nous oblitère davantage.

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Le démantèlement de la nation (chronique 6)

La période couverte s’étend du 23 février au 7 avril 2015.
À moins d’indication contraire, toutes les dates réfèrent aux éditions papier du journal Le Devoir.

1. Affaiblir la capacité de l’État québécois de structurer le territoire, la société et la nation

1.1. L’action du gouvernement du Québec du libéral Philippe Couillard

Délégitimer l’action des organismes publics, notamment en les privant des moyens d’exercer leur mission. Par exemple, la Commission de l’administration publique, un organisme parlementaire non partisan, peine à surveiller les dépenses publiques (23 février[1]) ; autre exemple : les départs sont en hausse au bureau du Vérificateur général du Québec (25 mars). Tout ceci ne peut que faciliter l’utilisation des ressources publiques pour les amis libéraux. Or, il faut que nos institutions soient en mesure de continuer à dépister les scandales, tels que ce juteux contrat informatique gardé secret pendant trois ans au ministère de la Santé et des Services sociaux (10 mars).

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Comment expliquer l’aveuglement identitaire occidental ?

Il y avait quelque chose d’agaçant et de convenu à entendre une figure aussi importante que Laurent Fabius, le ministre français des Affaires étrangères, expliquer en janvier dernier qu’il ne fallait plus parler d’islamistes, mais de terroristes, pour évoquer les responsables de l’attentat contre Charlie Hebdo. Agaçant, parce qu’il semblait y avoir là un déni flagrant des faits et qu’on ne sait trop comment un débat public éclairé peut se mener lorsqu’on assiste à une censure aussi grossière du réel. Que se passe-t-il lorsque ceux qui nous gouvernent préfèrent s’en détourner plutôt que s’y confronter ? Convenu, pourtant, parce que pour de semblables raisons, Laurent Fabius avait déjà suggéré, il y a quelques mois, de ne plus parler d’État islamique, pour parler plutôt de Daesh. Il n’est pas le seul. Plus récemment, Barack Obama a pris la peine d’expliquer que l’Amérique n’était pas en guerre contre l’islam, ce qui va sans dire, mais contre la violence extrémiste en soi, en prenant bien soin de ne pas la lier explicitement à l’islam radical ou à l’islamisme, ce qui est beaucoup moins évident, pour le dire d’un euphémisme.

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Météo

Les pieds sur le pouf, les paupières tombantes, mais les yeux attentifs et comme en état d’hypnose, lové dans un Lazy Boy, le père regardait le téléjournal. Depuis qu’il était au monde, jamais le père n’avait manqué un téléjournal sauf à Noël, et encore… Il le regardait, semblait-il, depuis des temps immémoriaux. Après les nouvelles nationales et internationales, faites de drames, de scandales politiques, de tueries, de tragédies en tous genres et livrées par les journalistes sur un ton empreint de gravité, la chronique météo constituait une bulle de légèreté peut-être un peu superficielle, mais le père la jugeait essentielle. Sans elle, le téléjournal aurait été incomplet, un peu comme un repas sans dessert, et si l’on essayait de changer de poste pendant la chronique météo, il poussait les hauts cris.

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L’art de la question

2015avril250Le rôle du député en chambre est double : il doit voter les lois qui régiront la vie collective et il doit contrôler l’action du gouvernement. Pour exercer cette dernière fonction, le député dispose du droit imprescriptible de poser des questions en chambre soit oralement et sans préavis au cours de la période de questions prévue à chacune des séances de la chambre, soit en soumettant ses questions par écrit à la suite d’un avis de 48 heures. Elles sont alors inscrites au Feuilleton.

En vertu du paragraphe 30(5) du Règlement, la période des questions orales débute tous les jours à 14 h et à 11 h le vendredi et dure au plus 45 minutes. Ces questions doivent être adressées à un ministre ou à un porte-parole désigné du gouvernement. Les députés peuvent également poser des questions aux présidents des comités de la Chambre. Les députés peuvent tenter de clarifier la réponse à une question ou d’obtenir d’autres renseignements en posant des questions supplémentaires. Les questions supplémentaires doivent être précises et directes. Par cette pratique des questions, les députés obligent le gouvernement à rendre des comptes aux élus ; l’opposition peut ainsi critiquer le gouvernement et proposer des options. Elles sont à cet égard révélatrices des enjeux prioritaires des partis d’opposition d’où viennent la très grande majorité des questions[1]. Enfin, elles offrent la possibilité aux députés d’arrière-ban d’acquérir de l’expérience et de se faire connaître du public[2]. En effet, la période de questions jouit d’une grande visibilité puisque souvent elles sont reprises dans les informations télévisées. Elles constituent donc une tribune privilégiée pour un député qui veut montrer à ses électeurs comment il défend leurs intérêts.

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Jacques Keable. Québec-Presse : un journal libre et engagé

quebecpresse150Jacques Keable
Québec-Presse : un journal libre et engagé, Montréal, Écosociété, 2015, 170 pages

C’était au temps de tous les possibles. C’était au temps où rien n’arrêtait la progression des idées. C’était au temps où l’aventure avait ses lettres de noblesse.

C’est dans ce temps-là qu’est né Québec-Presse ! Une aventure, aujourd’hui impensable. Une aventure qui allait durer cinq ans.

Vaste programme, aurait dit de Gaulle à la lecture de la quatrième de couverture de cette aventure médiatique publiée sous la plume d’un de ses premiers artisans, Jacques Keable : « Faire cause commune avec les classes populaires et les syndicats, combattre le capitalisme, lutter pour l’indépendance du Québec ».

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Paul St-Pierre Plamondon. Les orphelins politiques

Paul St-Pierre Plamondon
Les orphelins politiques, Boréal, 2014, 252 pages

Devenu une figure relativement connue grâce à son ascension au sein de la bazzosphère et à la couverture médiatique entourant son groupe Génération d’idées, Paul St-Pierre Plamondon ne peut être ignoré, malgré le caractère inégal de ses interventions. Après un premier essai moins impressionnant, il nous revient avec un deuxième plus fouillé. Entre les deux, il semble que l’auteur ait pris de la maturité et que sa réflexion se soit approfondie.

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Patricia Smart. De Marie de l’Incarnation à Nelly Arcan

Patricia Smart
De Marie de l’Incarnation à Nelly Arcan. Se dire, se faire par l’écriture intime, Montréal, Boréal, 2014, 430 pages

Après s’être intéressée à la place des femmes dans la littérature québécoise dans Écrire dans la maison du père (Québec Amérique, 1988, Prix du Gouverneur général), la littéraire et professeure émérite de l’Université Carleton, Patricia Smart, se penche sur des femmes ayant écrit à partir de leur propre vie dans De Marie de l’Incarnation à Nelly Arcan. Se dire, se faire par l’écriture intime.

Témoignant de la difficulté d’être soi ressentie par les femmes « dans un monde qui ne reconnaît pas l’existence de la femme-sujet » (p. 397), cet ouvrage est divisé en quatre parties selon un ordre à la fois thématique (en fonction du type d’écrits) et chronologique.

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Isabelle Daunais. Le roman sans aventure

Isabelle Daunais
Le roman sans aventure, Boréal, 2015, 224 pages

Avec Le roman sans aventure, Isabelle Daunais décortique la production romanesque d’auteurs québécois d’origine canadienne-française. Puis en conclut qu’elle informe essentiellement de la vie en cours dans l’espace dont ces auteurs sont issus.

Daunais convainc. Sous sa plume, les romans de la vingtaine d’auteurs analysés se transforment en un miroir de vérité sur les Québécois de même origine. Un miroir qui met en scène des personnages qui s’agitent dans une idylle que Milan Kundera définit comme celle d’un « monde d’avant le premier conflit ; ou, en dehors des conflits ; ou, avec des conflits qui ne sont que malentendus, donc faux conflits » (L’art du roman, p. 720).

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Alexandre Faucher. De l’Or… et des putes ?

Alexandre Faucher
De l’Or… et des putes ?, Rouyn-Noranda, Éditions du Quartz, Collection Mémoire vive, 2014, 115 pages

Paru en 2014, le livre d’Alexandre Faucher, De l’Or… et des putes ?, est tiré d’un mémoire de maitrise produit à l’Université de Montréal et déposé à l’été 2013. L’ouvrage est publié dans la collection « Mémoire vive » aux Éditions du Quartz, une coopérative d’édition établie en Abitibi-Témiscamingue.

Cette monographie s’intéresse à un village de squatteurs affublé d’un terrible sobriquet « Putainville » qui en dit long sur sa réputation. Ce village, érigé en 1936, disparaît en 1943 par décret du gouvernement provincial qui veut mettre de l’ordre dans les agglomérations minières de l’Abitibi en éliminant les différents camps de squatteurs. L’objectif de recherche de Faucher est de comprendre les raisons qui ont poussé le gouvernement à détruire un village d’abord relativement toléré malgré une réputation peu enviable.

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Décembre 2017

Éditorial - Au seuil d’un autre commencement

2017decembre250Conférence prononcée à l’occasion du
Gala du centenaire de L’Action nationale
au cabaret Lion d’Or
27 octobre 2017
Version vidéo -

Je suis heureux de partager avec vous cette soirée, ce moment de célébration. C’est un privilège rare qui m’est donné et je vous en suis très reconnaissant. Je voudrais profiter de l’occasion pour revenir un tant soit peu, sur le chemin parcouru. Et pour tenter d’ouvrir quelques pistes pour le proche avenir, en sachant qu’il faudra revenir plus d’une fois sur le sujet.

Je vous invite à aborder les prochaines années avec confiance et détermination. Il faut penser notre combat dans le temps long. Et le faire en sachant que nous sommes redevables à tous ceux et celles qui, avant nous, ont mené les batailles qui ont permis à notre peuple de se rendre là où nous sommes. Encore et toujours au seuil de notre naissance, certes. Mais encore et toujours tenaces et opiniâtres, avec le même idéal chevillé au corps, le même goût de liberté, le dur désir de durer.

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La voie rapide du Programme de l’expérience québécoise

L'auteur a été conseiller au ministère de l’Immigration, de la Diversité et de l’Inclusion pendant 23 ans, à la retraite depuis deux ans. Le présent article est extrait d'un ouvrage en préparation chez L'Action nationale Éditeur.

Le Québec compte au sein de sa population des migrants étrangers qui y résident de façon temporaire, détenteurs d’un permis de séjour temporaire délivré par le gouvernement fédéral et d’un Certificat d’acceptation du Québec (CAQ). Il s’agit de travailleurs étrangers actifs sur le marché du travail québécois et d’étudiants étrangers inscrits dans nos institutions d’enseignement. Le ministère de l’Immigration, de la Diversité et de l’Inclusion (MIDI) souhaite en retenir le plus grand nombre possible au Québec afin qu’ils s’y établissent de façon durable. En tant que candidats éventuels à la sélection québécoise, ces personnes jouissent d’un avantage important par rapport aux candidats à l’immigration économique qui sont encore dans leur pays d’origine : ils vivent déjà au Québec depuis quelques années et participent à la vie québécoise. D’où l’intérêt pour le Québec de stimuler leur recrutement comme immigrants permanents. C’est dans cette perspective qu’a été mis sur pied en 2010 le Programme de l’expérience québécoise (PEQ).

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Le démantèlement de la nation (chronique 17)

La période couverte s’étend du 21 septembre au 29 novembre 2017.

Au référendum de 1995, le OUI a perdu par 27 145 voix, car l’écart entre le oui et le non fut de 54 288 voix seulement. Des études ont alors montré que si les milieux moins favorisés s’étaient rangés derrière le OUI, c’est parce que l’État québécois leur semblait mieux en mesure que celui d’Ottawa, qui avait déjà entrepris de vastes compressions dans ses programmes sociaux, de mener la lutte contre la pauvreté et d’offrir un filet social de qualité.

Mais après le référendum, balayant une telle analyse du revers de la main, le premier ministre Lucien Bouchard s’est employé à dissocier question nationale et engagement de l’État québécois dans la société. Il a fait sienne la lutte contre le déficit. Les compressions ont commencé en santé, en éducation, dans les programmes sociaux et ailleurs. Ce premier ministre prétendait qu’en atteignant le déficit zéro et la réduction de la dette, les Québécois seraient à l’avenir plus libres de leurs choix. C’était vraiment mal lire la réalité. Celle-ci, à l’époque, n’était plus l’insécurité économique ; c’était tout simplement que 60 % de OUI parmi les Québécois de langue française n’avaient pas suffi à l’emporter contre 95 % de NON parmi les non-francophones.

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Bilan de l’année du centenaire

Le conseil d’administration de la Ligue a voulu souligner avec éclat le centième anniversaire de la revue qui fut fondée en janvier 1917. L’objectif principal de cette année de commémoration était de faire connaître la revue afin d’élargir son lectorat. Nous avons voulu célébrer tous les artisans de la revue qui depuis un siècle, mois après mois, ont assuré la production et la diffusion d’analyses pertinentes et éclairantes de notre destin national.

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Chroniques catalanes

L'auteur remercie Consol Perarnau qui l’a guidé dans la connaissance de la Catalogne.

Ces chroniques portent sur le processus d’autodétermination du peuple catalan qui s’est concrétisé par la tenue d’un référendum le 1er octobre dernier. Je me suis rendu à Barcelone du 24 septembre au 2 octobre comme participant à la délégation québécoise organisée par le Réseau Québec-monde. J’avais aussi obtenu l’accréditation de la Generalitat pour agir comme observateur international et surveiller le déroulement du vote. Ces chroniques forment en quelque sorte un journal de bord de ce voyage où se mêlent récit de vie et analyse politique. Ce journal relate au jour le jour les rencontres avec les principaux acteurs du mouvement indépendantiste catalan. Il compare aussi à l’occasion l’évolution du mouvement indépendantiste québécois et celui du mouvement catalan. 

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