La force du nombre

Lanoraie, petit village de Lanaudière, a le privilège de posséder une tourbière couvrant le tiers de son territoire, un des plus vastes milieux humides des basses terres du Saint-Laurent. Une partie de celle-ci est classifiée réserve écologique ce qui lui permet de bénéficier d’un haut degré de protection. Les citoyens de Lanoraie s’activent depuis de nombreuses années afin de protéger ce précieux milieu humide. Un premier organisme citoyen, « La Bande à bonne eau », a été créé il y a plus de 30 ans afin d’éviter qu’une entreprise privée installe une grenouillère dans la tourbière. Cet organisme, devenu depuis la Société de conservation des terres humides, continue son travail de protection, de promotion et d’agrandissement de cette richesse écologique.

Quelle ne fut pas la surprise des citoyens de Lanoraie d’apprendre, le 8 juin 2013, que la compagnie TransCanada envisageait, dans le cadre de son projet Énergie Est, de faire passer un oléoduc de 42 pouces à travers notre village dont une partie en milieu tourbeux. Le soir même se tenait la réunion mensuelle du conseil municipal. En réponse à nos questions, les élus nous ont expliqué que l’oléoduc passerait bel et bien sur notre territoire et ont ajouté que nous n’y pouvons rien, car ce projet était exclusivement sous juridiction fédérale. D’ailleurs, le projet n’est pas encore déposé, nous n’en connaissons donc pas la teneur. Peu satisfaits de cette réponse, plusieurs citoyens décident d’y regarder de plus près.

Le 19 septembre 2013, TransCanada organise une soirée « portes ouvertes » à Saint-Ignace-de-Loyola, un village de la MRC de D’Autray qui n’est pas touché par le projet d’oléoduc. Non seulement le lieu choisi pour une telle réunion est pour le moins surprenant, mais en outre, pour connaître son existence, il faut avoir aperçu un petit encart à cet effet dans le journal local. Cela explique pourquoi nous n’étions pas nombreux à nous présenter.

Lors de cette rencontre, j’étais accompagné de Lyne Prud’homme, conseillère municipale de Lanoraie, qui n’était pas d’accord elle non plus avec le passage de l’oléoduc sur notre territoire. Nous avons vite réalisé que ces « portes ouvertes » n’étaient en fait qu’une opération de marketing, pour ne pas dire de propagande qui vantait les avantages et la sécurité du projet Énergie Est.

C’est avec beaucoup de difficultés que nous avons obtenu certaines réponses à nos interrogations, car aucune période de questions n’était à l’ordre du jour. Cependant, nous avons appris plusieurs choses. En premier lieu, que l’entreprise rencontrait individuellement les propriétaires terriens qui pourraient être touchés par le projet et leur promettait d’éventuels dédommagements. Or, pour ce faire, il faut d’abord que la municipalité donne son accord, ce qui était le cas, nous a-t-on dit. Pour la première fois, nous pouvions voir sur une carte le tracé projeté de l’oléoduc et réalisions qu’il passait bel et bien dans une partie de notre tourbière. Les représentants nous ont répondu que l’oléoduc ne passerait pas au travers de la réserve écologique proprement dite et que d’ailleurs, il s’agissait d’un deuxième tracé après discussions avec les représentants de la municipalité, autre fait que nous ignorions. Ces informations étaient d’autant plus incompréhensibles que Lyne Prud’homme, conseillère municipale, n’en avait jamais entendu parler. Nous avons alors commencé à comprendre que le jeu était plus complexe que prévu et qu’il ne serait pas aisé de bien comprendre la situation.

Cependant, cette soirée s’est avérée très fructueuse, car nous avons pu discuter de la situation avec des personnes engagées dans la défense de l’environnement, dont Jean-Pierre Gagnon, directeur de l’organisme du bassin versant Zone Bayonne, Louis Trudeau, du même organisme, Gaétan Bayeur, conseiller municipal de Sainte-Geneviève-de-Berthier, ainsi que Gilles Côté du Conseil régional de l’environnement de Lanaudière. Nous avons aussi rencontré Odette Sarrazin, une personne clé pour la suite des événements. Nous n’étions donc pas les seuls à nous préoccuper de ce projet !

Lors du conseil municipal d’octobre 2013, Lyne Prudhomme posa directement la question à la mairesse d’alors : « Est-il exact, comme l’affirme TransCanada, que la municipalité a donné son accord quant au passage de l’oléoduc sur notre territoire ? Est-il exact qu’elle a la permission de rencontrer les propriétaires terriens ? » La réponse donnée par le directeur général : « Il n’y pas eu de résolution en ce sens, » nous laissa perplexes.

Arrivèrent les élections municipales, le conseil fut légèrement modifié et un nouveau maire fut élu.

En janvier 2014, sous la pression citoyenne, la municipalité vota enfin une résolution s’opposant au passage de l’oléoduc. Étant à l’extérieur du pays, je n’en ai pris connaissance qu’à mon retour. Déception, cette résolution ne disait pas grand-chose sauf que TransCanada devait aviser la municipalité de tout changement de parcours et mettre en réserve une somme d’argent suffisante pour intervenir en cas de contamination. Il était hors de question de laisser cette résolution sans suite, car elle signifiait que la compagnie pouvait procéder en se limitant à ne respecter que ces deux conditions.

Lors de la séance du conseil municipal de février 2014, une nouvelle personne se présenta. Sylvie Ouimet, membre de la Société de conservation des terres humides, intervint vigoureusement, posa des questions précises en lien avec l’éventuel passage d’un oléoduc sur notre territoire et indiqua que son organisme avait voté une résolution s’opposant fermement au projet de TransCanada.

À cette nouvelle alliée qui partageait nos positions s’ajoutèrent de plus en plus de citoyens et ce petit groupe informel décida de rédiger un modèle de résolution destiné à être présenté au prochain conseil municipal. Nous avons utilisé tous les documents existants, incluant certaines pétitions qui circulaient et qui pouvaient appuyer notre point de vue. D’ailleurs, nous avons reçu une résolution de Zone Bayonne (organisme de bassin versant) ainsi qu’une résolution très complète votée par la municipalité de Saint-Sulpice. Nous nous sommes réjouis du fait que le mouvement prenait de l’ampleur et qu’il était loin de se limiter à Lanoraie.

Mars 2014, nouvelle réunion du conseil municipal. Nous avons imprimé des copies de notre projet de résolution et les avons distribuées aux citoyens présents dont le nombre augmentait d’une réunion à l’autre. Or, le conseil municipal en avait préparé une lui aussi. Après discussion lors de l’adoption de l’ordre du jour, nous réussissons à convaincre le conseil de prendre connaissance de notre résolution avant de faire voter la leur. Ils acceptèrent et, après l’avoir lue lors de la pause, décidèrent de convoquer une assemblée spéciale sur le sujet la semaine suivante. Nous réalisions que cette première victoire était le résultat de nos actions répétées, mais aussi du fait que de plus en plus de citoyens se joignaient à nous, assistaient aux séances du conseil et n’hésitaient pas à intervenir pour faire valoir leur point de vue.

L’assemblée spéciale eut lieu comme prévu et une résolution tout à fait conforme à nos attentes fut votée. Enfin, la municipalité de Lanoraie s’opposait fermement au passage de l’oléoduc sur son territoire, une autre victoire.

Cependant, Lanoraie ne constituait qu’un petit territoire touché par le projet de TransCanada. Il nous fallait élargir le mouvement et avons demandé l’appui d’autres municipalités à la résolution de Lanoraie. Les municipalités de Mandeville, Saint-Didace, Berthierville, Saint-Gabriel-de-Brandon, Saint-Norbert, La-Visitation-de-l’Île-Dupas et Saint-Barthélemy ont accepté. Il fallait aller encore plus loin et nous sommes intervenus auprès de la MRC de D’Autray, car sept municipalités de cette MRC sont directement touchées par le projet. Idéalement, une résolution ferme de la part de cette instance donnerait beaucoup plus de poids au mouvement d’opposition à l’oléoduc.

Toujours au cours de la première semaine de mars, nous nous sommes rendus, accompagnés de quelques citoyens, au Conseil des maires de D’Autray. Nous avons posé des questions quant à leurs positions sur le passage de l’oléoduc. Surprise, les maires, même s’ils avaient rencontré les gens de TransCanada à plusieurs reprises, n’avaient jamais discuté de la question et ne semblaient pas sensibilisés au problème, sauf le maire de Lanoraie qui se devait de défendre le point de vue de ses citoyens. Le conseil a accepté de préparer une résolution qui serait discutée lors d’une prochaine séance.

Sur ces entrefaites, une jeune fille nommée Alyssa m’a téléphoné. Elle planifiait un grand événement, la Marche des peuples pour la terre mère, une marche de 700 km, de Cacouna à Kanesatake, afin de signifier sa solidarité avec les communautés locales et autochtones traversées par l’oléoduc de TransCanada. Prévoyant traverser Lanoraie le 3 juin, elle me demanda s’il existait un endroit où une cinquantaine de personnes, surtout des jeunes, pourraient coucher et bénéficier d’un repas. Pas de problème pour préparer un repas, les bénévoles ne manquent pas à Lanoraie. Pour ce qui est du local, ils devront s’adresser à la municipalité qui acceptera de mettre à leur disposition une grande salle dans le Pavillon Jean-Bourdon, un bâtiment municipal.

En attendant, nous devons continuer à travailler, car la partie est très loin d’être gagnée. Jean-Pierre Gagnon nous met en contact avec Odette Sarrazin, une militante en environnement qui met sur pied des comités de vigilance contre l’exploitation des gaz de schiste dans la région. Nous la rencontrons en mai, avec une quinzaine de personnes, et décidons de créer un Comité Vigilance Hydrocarbures à Lanoraie qui sera membre d’une entité beaucoup plus large, le Regroupement Vigilance Hydrocarbures Québec (RHVQ).

Il faut maintenant préparer la visite des marcheurs et décidons de profiter de cette visite pour sensibiliser la population locale aux enjeux liés à l’oléoduc et aux hydrocarbures en général. Afin d’attirer le maximum de personnes, nous imprimons des tracts à cet effet et les membres du comité vont les distribuer de porte-à-porte.

Le jour J arrive enfin, les marcheurs sont à Lanoraie en début d’après-midi. L’accueil est chaleureux, ces jeunes sont beaux, ils chantent, ils dansent, tous très heureux d’être là et les plus âgés aussi. Voilà qui nous incite à nous battre encore plus fort, car c’est aussi pour les générations futures que nous le faisons.

Le souper est servi et notre anxiété monte d’un cran, la population sera-t-elle au rendez-vous ? Lorsque la soirée commence effectivement, nous sommes rassurés, car la salle est absolument comble, opération de sensibilisation réussie ! Nous avons aussi pu rassembler un panel des plus intéressants : M. Gilles Côté du Conseil en environnement de Lanaudière, Jean-Pierre Gagnon, directeur de Zone Bayonne, Odette Sarrazin du RHVQ, Vincent Brouillette, conseiller municipal de Lanoraie, Sylvie Ouimet de la Société de protection des terres humides ainsi que moi-même représentant le CVH de Lanoraie. Les citoyens présents sont attentifs et n’hésitent pas à poser des questions ou à donner leur point de vue. La soirée est une réussite totale.

Il faut battre le fer quand il est chaud et nous réalisons que les citoyens veulent en savoir plus. Nous organisons donc une autre rencontre, le 3 juillet cette fois, à laquelle participent des experts dont M. Richard Langelier, docteur en droit et en sociologie et M. Marc Brullemans biophysicien qui étudie l’impact de l’utilisation des hydrocarbures. La municipalité nous offre gratuitement la salle requise, paie les frais d’impression des documents nécessaires et va jusqu’à défrayer le transport de nos intervenants qui ne sont pas rémunérés. Encore une fois, nous avons fait salle comble et nous remercions les citoyens de Lanoraie de prendre part à la discussion. La municipalité, son maire en tête, est maintenant clairement de notre côté et la population soutient notre action. Voilà le résultat de plus d’un an de lutte, cela en valait la peine.

Du côté de la MRC de D’Autray, les choses traînent en longueur, malgré notre présence régulière au Conseil des maires. En août, on nous fait même comprendre à mots couverts que nous ne sommes pas très nombreux à défendre notre point de vue. Il est clair que la pression que nous exerçons n’est pas assez forte. Sylvie Ouimet et moi décidons que dorénavant nous ne serons plus seules.

Lors de la rencontre suivante, nous étions accompagnées par les représentants des comités de vigilance de Lavaltrie, Lanoraie, Sainte-Geneviève-de-Berthier, Berthierville, Saint-Cuthbert, Saint-Norbert, Saint-Barthélemy et Brandon, car il y avait maintenant huit comités de vigilance dans d’Autray, grâce à Odette Sarrazin, sa détermination et surtout sa sagesse.

Nous avions avisé la MRC que nous serions présents en grand nombre. Les maires furent tout de même surpris de se trouver devant plus de 80 personnes venues leur dire qu’une majorité de citoyens étaient opposés à ce projet et qu’à titre d’élus ils se devaient de défendre leurs intérêts.

Finalement, le Conseil des maires nous a avisés qu’il allait engager un consultant externe pour faire une évaluation de ce projet sur le territoire de la MRC. Nous n’étions pas très heureux de leur décision, car TransCanada devait, nous disait-on, déposer sous peu son projet définitif auprès de l’Office National de l’Énergie (ONE). Ces délais supplémentaires risquaient donc de rendre une décision de MRC trop tardive.

Le premier octobre, TransCanada organise des « portes ouvertes » à Lanoraie. Sachant qu’il s’agissait d’une opération de marketing, nous avons décidé d’organiser un événement en contrepartie. La municipalité nous a autorisés à utiliser l’espace de stationnement et même un local tout près de l’endroit où se déroulaient les portes ouvertes. Un agriculteur nous a prêté son tracteur et une charrette et nous y avons installé un gros tuyau de 42 pouces que nous avons fabriqué pour montrer aux gens à quoi ressemble un tuyau de cette ampleur. Nous avons déposé aussi des légumes et des citrouilles sur lesquelles nous avons fait couler de la mélasse pour montrer ce qui pourrait arriver à nos légumes locaux. Nous avons agrémenté le tout de pancartes portant le slogan « Coule pas chez nous ! ». À ceux qui se présentaient, nous remettions des dépliants qui expliquaient les enjeux environnementaux de ce projet, des documents portant sur la tourbière du delta de Lanoraie, ainsi qu’un document vantant les beautés de la MRC de D’Autray. Dans le local prêté par la municipalité, une vidéo portant sur la soi-disant sécurité des oléoducs est projetée en permanence.

Il semble que notre action ne faisait pas que des heureux puisqu’avant même l’ouverture des portes, j’ai reçu un appel de la Sûreté du Québec. On me demandait si j’avais l’intention de faire du grabuge à cette rencontre et si j’étais entrée en contact avec des « activistes ». Comment la SQ a-t-elle obtenu mon nom et mon numéro de cellulaire ? De quels activistes parle-t-on ? On refuse de répondre à ces questions. Pourquoi m’appelle-t-on ? Cette fois, j’obtiens une réponse surprenante : « Votre nom a été cité hier, à une autre journée portes ouvertes qui se tenait à La Plaine. Quelqu’un a porté plainte contre vous, nous nous devons donc de vérifier. » Qui a porté plainte ? On ne me le dira pas, mais la réponse semble assez évidente.

Tous les militants présents, une quinzaine de personnes, avions convenu d’entrer tous dans le local occupé par TransCanada à 18 heures, ce que nous avons fait. En regardant la carte du tracé, nous avons constaté qu’il avait changé. Des questions ont été adressées aux porte-paroles et nous avons eu de grandes difficultés à obtenir des réponses. Finalement, Louise Morand, militante très active et membre du CVH de l’Assomption, demanda si quelqu’un était disponible pour répondre à nos questions de façon à ce que toutes les personnes présentes puissent avoir la même réponse. Après un long silence, un monsieur l’invita à sortir. « Si je sors, demanda-t-elle, allez-vous répondre à nos questions ? » La réponse étant positive, la salle se vida. De 18 h 15 à 20 h, en plein air, nous avons posé nos questions, plus pertinentes les unes que les autres, et, malgré notre insistance, n’avons obtenu que des réponses floues ou douteuses.

À titre d’exemple, nous insistions pour savoir pourquoi le tracé devait absolument passer dans un milieu tourbeux. « Ce n’est pas une tourbière, prétendaient nos interlocuteurs, mais un milieu humide », ce qui ne change pas grand-chose. D’ailleurs, nous indiquons que, d’après un règlement adopté par le gouvernement du Québec, un terrain recouvert de plus de 18 pouces de terre noire est une tourbière. Cette discussion sémantique ne mènera nulle part et, à 20 h, nos vis-à-vis plieront bagage et s’en iront.

Le lendemain, une autre journée portes ouvertes a lieu à Saint-Sulpice. Odette Sarrazin et moi-même nous y rendons. On nous avertit immédiatement que si nous avons des questions à poser avec les mêmes buts que la veille, nous devrons le faire à l’extérieur. Voilà qui prouve que nous avons réussi à les déstabiliser quelque peu, une autre petite victoire. D’ailleurs, cette fois-ci, les représentants de TransCanada refusent l’entrée à toute personne qui n’est pas de Saint-Sulpice, une autre belle preuve d’absence d’ouverture qui démontre que notre mouvement prend de plus en plus de force.

En septembre, André Villeneuve, député de Berthier, organise une autre rencontre avec la population à Lanoraie même en compagnie des députés Bernard Drainville et Sylvain Gaudreault. Elle a lieu le 3 octobre et, une fois de plus, la salle est comble. Que de fierté nous ressentons, nous, du comité CVH, d’arriver encore à mobiliser la population après quatre rencontres en moins de 6 mois !

Nous continuons à assister aux réunions de La MRC de D’Autray chaque premier mercredi du mois, pour nous faire dire que le dossier suit son cours et que la décision du Conseil sera dévoilée lors de la rencontre de janvier et que par la suite nous aurons droit à une présentation du rapport des consultants engagés par la MRC.

Quelques jours avant la rencontre de janvier nous sommes avisés que la prise de décision sera retardée en février. Les CVH estiment que nous devrions rencontrer les consultants avant qu’une décision soit prise afin que nous puissions savoir de quoi il en retourne de façon à intervenir en toute connaissance de cause lors du prochain conseil. Les élus de la MRC acquiescent à notre demande et, le 27 janvier, nous pouvons rencontrer les consultants et prendre connaissance de leur rapport.

Le rapport en question est dévastateur, particulièrement pour Lanoraie. La sécurité du projet est fortement contestée et il y est spécifiquement stipulé qu’en cas de déversement en milieu tourbeux, il n’existe pratiquement aucun moyen d’effectuer une décontamination. Autrement dit, la contamination de certaines nappes phréatiques deviendrait chronique. Notre milieu humide et notre eau potable, deux des principales richesses de Lanoraie, seraient alors affectés pour une durée indéterminée. Dans un tel cas, TransCanada s’engage à fournir de l’eau, mais quelle eau, en quelle quantité et par quel moyen ?

Le jour fatidique arrive, le 4 février 2015, et nous allons enfin avoir une réponse des élus de la MRC de D’Autray. L’ordre du jour indique que c’est le dernier point, la soirée va être longue. M. Bruno Tremblay, directeur général adjoint de la MRC, nous fait lecture de la résolution, la liste des considérants est très longue et la tension est palpable dans la salle. Lorsqu’enfin la première phrase de la résolution proprement dite est lue et confirme que la MRC dit clairement « non » à l’oléoduc, c’est une explosion de joie parmi les 80 personnes et plus qui assistent à la séance. M. Tremblay reprend la lecture et la suite de la résolution indique que la MRC s’engage, de plus, à se présenter devant l’ONE afin de faire valoir notre point de vue. L’assistance applaudit à tout rompre et la résolution est adoptée à l’unanimité. Odette Sarrazin dans sa grande sagesse remercie les élus au nom de tous les citoyens.

Nous sommes heureux et comblés, mais la lutte doit continuer. Le 9 février, le Conseil municipal de Lanoraie, réuni ce soir-là, nous indique qu’il ne se présentera pas devant l’ONE puisque la MRC y sera. Nous ne sommes pas d’accord, car Lanoraie est un cas à part à cause de la présence de la tourbière. Après discussion, une résolution en ce sens est votée et acceptée. En outre, les municipalités de Lanoraie et de Lavaltrie vont faire valoir leur opposition au projet auprès de la Commission de protection du territoire agricole (CPTAQ).

Aucune avenue ne doit être négligée face à une entreprise qui dispose de moyens presque infinis.

La bataille est encore loin d’être gagnée, mais nous devrons rester vigilants et continuer le combat sans relâche, l’avenir de nos enfants en dépend. La force du nombre a su rallier les élus à notre cause, mais nous devons continuer à convaincre le plus de personnes possible de l’importance de notre lutte.

D’ailleurs, ce sont maintenant les agriculteurs qui se manifestent. Le 20 février, ils organisent une rencontre avec M. Harvey, le consultant engagé par la MRC de D’Autray et M. Alexandre Desjardins du Conseil québécois du droit en environnement. Nous souhaitons que tous les propriétaires terriens puissent être directement représentés à l’ONE, car tous ont le droit d’être entendus, mais le temps presse, car la date limite pour s’inscrire est le 3 mars. Tout dernièrement, des CVH ont décidé de demander au Conseil des maires de la MRC de L’Assomption de prendre position relativement à l’oléoduc de TransCanada, à suivre !

Cette expérience démontre que la population, si elle désire vraiment, peut changer le cours des choses. Cela nécessite des efforts soutenus pendant de longues périodes de temps, de la recherche d’informations, de l’imagination, mais ce qui importe le plus c’est de rallier le plus grand nombre de citoyens à la cause défendue. La force du nombre est incontournable. q

 
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