Tania Longpré. Péril scolaire

Tania Longpré
Péril scolaire. Les dix maux de l’éducation au Québec, Montréal, 2015, Stanké, 160 pages

Après la parution d’un premier livre portant sur la francisation des immigrants en 2013, Tania Longpré, jeune auteure et enseignante en francisation des immigrants, récidive cette année avec un nouvel ouvrage portant sur les défaillances de l’éducation au Québec. Que la chose soit claire : ce livre n’en est pas un destiné à un public intellectuel restreint, ni n’a la prétention d’épuiser la question dont il traite. En fait, Tania Longpré fait le pari qu’il n’y a pas que les intellectuels et les technocrates du ministère de l’Éducation qui peuvent traiter de cette question complexe, et qu’il est possible de cerner les tenants et aboutissants de celle-ci par une expérience de terrain évidemment subjective. Dans le cas précis de l’éducation au Québec, l’auteure prouve via un tel ouvrage qu’une réflexion sur sa propre expérience d’enseignement est possible et souhaitable et, plus encore, qu’elle est nécessaire afin de bien saisir les virtualités d’une telle question là où elle se déploie pleinement : l’école au quotidien.

Car, pour Tania Longpré, l’enseignement doit d’abord être une vocation, où l’enseignant se voue, selon les dires de Fernand Dumont, à amener les enfants de la culture première à la culture seconde. À cette fin précise, il est nécessaire pour l’auteure et chroniqueuse du Journal de Montréal que les maîtres acquièrent une solide culture générale, ce qui, selon elle, fait gravement défaut à l’heure actuelle. Cela devrait être en outre assorti d’une formation pratique réaliste relative aux problèmes fréquemment vécus dans les écoles québécoises tels que l’intimidation et l’intégration des élèves en difficulté dans les classes ordinaires. Pour les raisons susmentionnées et pour bien d’autres, le cursus relatif à la formation des maîtres est à revoir en grande partie.

Pour Longpré, c’est le métier même d’enseignant au Québec qui fait l’objet d’une dévalorisation tenace. Pour contrer ce phénomène, rien de bien sorcier, il suffirait de laisser, de redonner au maître la place qui lui revient. En la matière, il faut « revenir à une certaine idée de l’éducation “conservatrice” » (p. 60) en ne participant surtout pas à la surenchère ambiante en matière d’outils technologiques, de tableaux blancs interactifs et de tablettes numériques. Par contre, avant de laisser au maître la place qui lui revient, il faudra aussi savoir l’épauler puisque sa charge de travail ne cesse de s’alourdir. Comme le spécifie l’auteure, « la réforme et le manque de financement ont comme résultat concret le délaissement de la profession par d’excellents enseignants qui n’en peuvent plus » (p. 71).

Cette réforme, bien connue sous le nom de renouveau pédagogique, privilégie la construction des savoirs chez l’apprenant via la pédagogie par projet, là où l’enseignant doit intervenir le moins possible dans cette construction. En cela, l’auteure croit que la pédagogie par projet est souhaitable, tout en croyant hautement douteux le retrait planifié de l’enseignant au sein de cette démarche. Elle spécifie néanmoins que l’éducation ne vise pas l’amusement des enfants, même si on doit évidemment miser sur le plaisir d’apprendre.

Puisque l’auteure est enseignante en francisation des immigrants, elle se penche aussi sur l’épineuse question de l’éducation aux immigrants à Montréal. En la matière, il est primordial de comprendre que l’objectif « n’est pas d’ignorer le Québec actuel et d’en bâtir un nouveau », mais bien d’encourager le « vivre-ensemble » au sein de la nation québécoise déjà existante. C’est pourquoi l’enseignant exerçant son métier dans la métropole montréalaise doit incarner une fonction de « passeur culturel » visant le partage de la culture québécoise. Mais cette fonction de « passeur culturel » ne saurait se déployer pleinement sans une école véritablement républicaine, soit une institution laïque « où on pourrait apprendre le véritable vivre-ensemble plutôt que de coexister tout simplement et de tolérer les différences » (p. 133). Il en va de même pour ceux qui souhaitent un enseignement intensif de l’anglais, puisque ce dernier viendrait vraisemblablement alourdir l’apprentissage parallèle du français chez les immigrants allophones en minant de fait leur capacité d’intégration à la société québécoise.

Au final, que penser de ce second ouvrage écrit sous la plume de Tania Longpré ? Bien sûr, ils seront nombreux à accuser l’auteure de ne pas aller à la racine du problème de l’éducation au Québec, et ils auront, dans une certaine mesure, probablement raison. Mais est-ce là une tare si monumentale qu’elle viendrait occulter les vertus intrinsèques et le caractère plutôt inédit de la démarche de l’auteure ? Bien entendu, on répondra évidemment par la négative à une telle missive, là où quelques fois un vin léger, mais fruité et rafraîchissant, sait être plus enivrant que le plus fort et le plus pénétrant des alambics.

Mathieu Pelletier
Candidat à la maîtrise en sociologie (UQAM)

Décembre 2017

Éditorial - Au seuil d’un autre commencement

2017decembre250Conférence prononcée à l’occasion du
Gala du centenaire de L’Action nationale
au cabaret Lion d’Or
27 octobre 2017
Version vidéo -

Je suis heureux de partager avec vous cette soirée, ce moment de célébration. C’est un privilège rare qui m’est donné et je vous en suis très reconnaissant. Je voudrais profiter de l’occasion pour revenir un tant soit peu, sur le chemin parcouru. Et pour tenter d’ouvrir quelques pistes pour le proche avenir, en sachant qu’il faudra revenir plus d’une fois sur le sujet.

Je vous invite à aborder les prochaines années avec confiance et détermination. Il faut penser notre combat dans le temps long. Et le faire en sachant que nous sommes redevables à tous ceux et celles qui, avant nous, ont mené les batailles qui ont permis à notre peuple de se rendre là où nous sommes. Encore et toujours au seuil de notre naissance, certes. Mais encore et toujours tenaces et opiniâtres, avec le même idéal chevillé au corps, le même goût de liberté, le dur désir de durer.

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La voie rapide du Programme de l’expérience québécoise

L'auteur a été conseiller au ministère de l’Immigration, de la Diversité et de l’Inclusion pendant 23 ans, à la retraite depuis deux ans. Le présent article est extrait d'un ouvrage en préparation chez L'Action nationale Éditeur.

Le Québec compte au sein de sa population des migrants étrangers qui y résident de façon temporaire, détenteurs d’un permis de séjour temporaire délivré par le gouvernement fédéral et d’un Certificat d’acceptation du Québec (CAQ). Il s’agit de travailleurs étrangers actifs sur le marché du travail québécois et d’étudiants étrangers inscrits dans nos institutions d’enseignement. Le ministère de l’Immigration, de la Diversité et de l’Inclusion (MIDI) souhaite en retenir le plus grand nombre possible au Québec afin qu’ils s’y établissent de façon durable. En tant que candidats éventuels à la sélection québécoise, ces personnes jouissent d’un avantage important par rapport aux candidats à l’immigration économique qui sont encore dans leur pays d’origine : ils vivent déjà au Québec depuis quelques années et participent à la vie québécoise. D’où l’intérêt pour le Québec de stimuler leur recrutement comme immigrants permanents. C’est dans cette perspective qu’a été mis sur pied en 2010 le Programme de l’expérience québécoise (PEQ).

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Le démantèlement de la nation (chronique 17)

La période couverte s’étend du 21 septembre au 29 novembre 2017.

Au référendum de 1995, le OUI a perdu par 27 145 voix, car l’écart entre le oui et le non fut de 54 288 voix seulement. Des études ont alors montré que si les milieux moins favorisés s’étaient rangés derrière le OUI, c’est parce que l’État québécois leur semblait mieux en mesure que celui d’Ottawa, qui avait déjà entrepris de vastes compressions dans ses programmes sociaux, de mener la lutte contre la pauvreté et d’offrir un filet social de qualité.

Mais après le référendum, balayant une telle analyse du revers de la main, le premier ministre Lucien Bouchard s’est employé à dissocier question nationale et engagement de l’État québécois dans la société. Il a fait sienne la lutte contre le déficit. Les compressions ont commencé en santé, en éducation, dans les programmes sociaux et ailleurs. Ce premier ministre prétendait qu’en atteignant le déficit zéro et la réduction de la dette, les Québécois seraient à l’avenir plus libres de leurs choix. C’était vraiment mal lire la réalité. Celle-ci, à l’époque, n’était plus l’insécurité économique ; c’était tout simplement que 60 % de OUI parmi les Québécois de langue française n’avaient pas suffi à l’emporter contre 95 % de NON parmi les non-francophones.

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Bilan de l’année du centenaire

Le conseil d’administration de la Ligue a voulu souligner avec éclat le centième anniversaire de la revue qui fut fondée en janvier 1917. L’objectif principal de cette année de commémoration était de faire connaître la revue afin d’élargir son lectorat. Nous avons voulu célébrer tous les artisans de la revue qui depuis un siècle, mois après mois, ont assuré la production et la diffusion d’analyses pertinentes et éclairantes de notre destin national.

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Chroniques catalanes

L'auteur remercie Consol Perarnau qui l’a guidé dans la connaissance de la Catalogne.

Ces chroniques portent sur le processus d’autodétermination du peuple catalan qui s’est concrétisé par la tenue d’un référendum le 1er octobre dernier. Je me suis rendu à Barcelone du 24 septembre au 2 octobre comme participant à la délégation québécoise organisée par le Réseau Québec-monde. J’avais aussi obtenu l’accréditation de la Generalitat pour agir comme observateur international et surveiller le déroulement du vote. Ces chroniques forment en quelque sorte un journal de bord de ce voyage où se mêlent récit de vie et analyse politique. Ce journal relate au jour le jour les rencontres avec les principaux acteurs du mouvement indépendantiste catalan. Il compare aussi à l’occasion l’évolution du mouvement indépendantiste québécois et celui du mouvement catalan. 

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