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Septembre 2020

Éditorial - Rien ne va plus

Le numéro Septembre 2020 paraîtra le 24.

La légitimité du français au Québec ne va plus de soi. Tout au plus a-t-elle reçu quelques tièdes acquiescements quand une force politique avait entrepris d’en faire un enjeu d’État et pas seulement une affaire d’épanchements existentiels. La force aura été vacillante au point de devenir évanescente, plombée par la lutte acharnée menée contre notre peuple par l’État canadian et ceux qui le servaient et continuent de s’en réclamer, certes, mais surtout effarée de ce que l’expression de la volonté de puissance lui laissait entrevoir. Ottawa a bien saisi la menace. Les démissionnaires s’en sont fait un matériau.

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Derniers numéros parus - Juin 2020

Hervé Fischer
La divergence du futur, VLB éditeur, 2015, 237 pages

Dans le paysage souvent étiolé des intellectuels québécois, Hervé Fischer est un personnage hors du commun et un créateur original. Avec La divergence du futur, il publie chez VLB un essai percutant qui a le grand et rare mérite de donner de quoi penser.

Hervé Fischer fait partie des philosophes qui ont le bel avantage d’éclairer les bouleversements sociaux et culturels que nous vivons aujourd’hui et de nous dessiner un avenir possible. Depuis ses débuts, l’humanité réalise des progrès et des gains, par sauts qualitatifs et révolutions néguentropiques, entre deux reculs ou catastrophes. Alors que nous pourrions être tentés par un pessimisme largement répandu, Hervé Fischer aborde ce qu’il appelle le « choc du numérique » comme une crise majeure, mais positive, qui nous oblige à choisir entre le pire et le meilleur. Le temps présent est celui de l’écartèlement entre les risques de l’aliénation finale et les chances de libération à saisir, après les avoir analysées, en avoir débattu et les avoir traduites en saines politiques de développement collectif. Le monde change, à haute vitesse, et nous pourrions y trouver les occasions d’y mieux vivre et d’y mieux être :

Le passage de l’âge du feu à l’âge du numérique demeure ambivalent, en ce sens que le progrès qu’il nous fait espérer dépendra de l’usage que nous ferons de sa présence.

Entre la fin du monde annoncée et le commencement d’un nouveau monde à faire, Hervé Fischer nous conjure de choisir la voie des changements urgents et nécessaires pour survivre et renaître, d’une génération aux suivantes. Notre vaillant philosophe n’hésite pas à nous concevoir au futur comme des dieux ayant accompli une mutation aussi décisive que nécessaire : nous serons enfin passés des passions primitives des dieux de la Grèce antique, animés par des instincts de base, Eros et Thanatos, bien sûr, auxquels Fischer ajoute Prométhée, aux dieux accomplis et enfin parachevés qui honoreront la nature et la justice. Cette chance renouvelée n’est pas automatique; elle est ici pensée comme une perspective éthique globale. Le monde à venir d’Hervé Fischer est présenté et proposé comme un projet, sans cesse fait et à refaire, d’une divergence à l’autre, à discerner. Ce qui est ici esquissé relève du libre pari et de nos volontés collectives bien orientées vers les traitements collectifs adéquats.

Hervé Fischer se pose en philosophe essayiste qui documente et argumente, démontre et fait penser, et témoigne activement pour que la raison ait raison. Mais, il est aussi un artiste créateur et son livre est un levier majeur pour réveiller notre propre créativité, une invitation pressante et enjouée à l’innovation à la fois mentale et poétique. Ce n’est pas un hasard si sa thèse de sociologie traitait des couleurs : Hervé Fischer est un impressionniste qu’il faut prendre au sérieux.

Nous appelons couramment prophètes ces sorciers populaires qui anticipent et prédisent les temps à venir; alors qu’ils sont plutôt des agents sociaux critiques qui parlent au nom des opprimés pour les remettre à l’avant de l’histoire, vers une justice à conquérir de haute lutte et une éthique à reconstruire, non à restaurer, mais à inventer. J’ose dire que la lecture attentive et fidèle des œuvres de Fischer, plus quelques entrevues mémorables en radio ou en studio, m’ont convaincu que nous avons ici affaire avec un prophète de la postmodernité heureuse. À lire, absolument.

Jean Carette
Professeur retraité de l’UQAM

 

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