Éditorial - Hauteur de vue requise

Robert Laplante

Février 2019

La lune de miel est terminée. Les premières salves sont lancées : Trudeau qui rejette la proposition de la déclaration d’impôt unique, Leblanc qui finasse sur la question des seuils d’immigration. Trudeau, encore, qui persiffle sur la laïcité, Rodriguez qui laisse tomber son masque et les civilités pour nous servir le mépris du Québec français. Cela ira en s’accélérant et le signal en a été donné à la sortie du caucus de la CAQ : le tir groupé sur les déclarations de François Legault au sujet de cette chose aussi mal définie que l’islamophobie aura donné un avant-goût de ce qui l’attend lorsque son gouvernement déposera le projet de loi sur la laïcité. À Radio-Canada et dans de nombreuses officines du cartel médiatique, les chantres du multiculturalisme ont de plus en plus de mal à cacher leur jupon ; la nébuleuse diversitaire s’agite, publie, appelle à la censure, l’intolérance vertueuse s’affiche et se répand. La politique québécoise restera aussi fermement tenue coincée entre le consentement à la « normalisation » minoritaire et l’humiliation. C’est entre ces deux pôles – et entre eux seulement – que l’ordre canadian est déterminé à contenir le Québec.

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Ton histoire est une des pas pire

Michel Rioux

Février 2019

Paraîtrait qu’il ne faudrait pas parler d’évènements comme celui-là, histoire de ne pas nourrir un sentiment de défaitisme chez les Québécois, chez les jeunes surtout. Des pendaisons comme celles des Patriotes, c’est bien connu, ça ne fait pas danser dans les chaumières.

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Les sources du conflit entre la Catalogne et l’Espagne

Joan Fonollosa

Février 2019

* L'auteur est ingénieur industriel, professeur retraité de l’Université Polytechnique de Catalogne. Comment expliquer à des lecteurs étrangers ce qui se passe en Catalogne ? Pour faire comprendre au public québécois les événements qui se sont déroulés en Catalogne ces dernières années, je débuterai par une comparaison que l’ancien président de la Generalitat, Jordi Pujol, utilisait dans le passé. Il assimilait le rapport entre la Catalogne et l’Espagne aux relations entre la Lituanie et la Russie. Si je devais transposer cette relation à celle entre le Québec et le Canada, je devrais toutefois spécifier que l’Espagne a plus d’affinités avec la Russie qu’avec le Canada. L’Espagne est un État, c’est-à-dire, une structure de pouvoir, qui s’est constituée au Moyen Âge et qui n’a pas beaucoup évolué. Même si cela peut paraître étonnant on comprend mieux l’Espagne si on pense à un État féodal plutôt qu’à un État démocratique. Ce pays est dominé par des intérêts de castes incapables de créer de la richesse, mais qui ont un incessant besoin de ressources financières pour réaliser des dépenses somptuaires afin de soutenir un statut d’hidalgo, mot qui signifie : fils de quelqu’un. Cet argent a été extorqué successivement aux Arabes, aux Juifs et ensuite...

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BREXIT: Entre l’arbre et l’Écosse

X. Hubert Rioux

Février 2019

* Chercheur postdoctoral, ÉNAP. Cet article a été rédigé et soumis à la toute fin du mois de janvier 2019, alors que Theresa May repartait en négociations avec l’UE. Le 15 janvier dernier, les députés du Parlement britannique à Londres ont massivement rejeté l’Accord transitoire négocié avec Bruxelles par le gouvernement de Theresa May, plongeant le Royaume-Uni (R.-U.) encore un peu plus profondément dans la crise politique et constitutionnelle qui a jusqu’ici caractérisé le processus de sortie de l’Union européenne (UE), depuis le vote référendaire de juin 2016. À 432 voix contre 202 en défaveur de cet Accord, il s’agit de la plus grande défaite en Chambre de l’histoire britannique moderne, qui aura évidemment été suivie du dépôt immédiat (et, disons-le, passablement opportuniste et cynique) d’une motion de censure par l’opposition travailliste que dirige Jeremy Corbyn. Theresa May et son gouvernement, minoritaire, mais soutenu par une alliance avec les députés unionistes nord-irlandais, y ont survécu de justesse le 16 janvier, mais ces deux votes auront tour à tour confirmé la division qui règne à la fois au Parti conservateur britannique ainsi qu’au Parlement plus généralement.

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Éléments de réflexion pour une repolitisation du Canada français

François-Olivier Dorais et Jean-François Laniel

Février 2019

* François-Olivier Dorais est historien et professeur à Université du Québec à Chicoutimi, Jean-François Laniel est sociologue et professeur à Université Laval. Qui eut cru, il y a à peine quelques mois de cela, que l’Ontario français se trouverait propulsé au cœur de l’actualité politique et médiatique québécoise, que les coupes du gouvernement ontarien dans les institutions de l’Ontario français et la mobilisation de la communauté franco-ontarienne seraient suivies et commentées jour après jour, semaine après semaine, par La Presse comme par le Journal de Montréal, par le Parti libéral du Québec comme par Québec solidaire ? Que le premier ministre François Legault, à l’aube du premier mandat autonomiste caquiste à la tête de l’État québécois, semoncerait son vis-à-vis ontarien en lui rappelant que les Franco-Ontariens ne constituent pas une minorité ethnique et linguistique parmi les autres au Canada, à l’instar de la diaspora chinoise à qui le premier ministre Doug Ford les comparait, mais bien les membres de l’un des « peuples fondateurs » du pays ? Que l’Assemblée nationale du Québec, dans une rare unanimité dont elle a le secret, déciderait de hisser le drapeau vert et blanc de l’Ontario français à l’une de ses tours, et que cette motion à la mémoire...

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Réussir l’indépendance

David Leroux

Février 2019

Pour beaucoup d’entre nous, la dernière campagne électorale prit la forme d’une petite apocalypse politique. Jamais on n’avait si peu parlé du Québec et de ses intérêts les plus élevés en contexte d’élection, jamais on n’avait élevé avec tant d’ostentation l’Ontario comme ultime étalon auquel se mesurer. L’esprit du colonisé a refait surface comme jamais, et pas un seul instant le chef présumé des troupes souverainistes assis aux commandes du Parti québécois n’a offert au peuple d’ici de sortir de cette abominable et humiliante mascarade.

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La vassalisation du Québec

Jean Archambault

Février 2019

La question des rapports entre le gouvernement fédéral et le gouvernement québécois en ce qui concerne la juridiction en matière d’immigration est une problématique complexe, mais, globalement, selon la constitution canadienne ce champ relève d’abord du fédéral. Pourtant, le Québec, au cours des dernières décennies, est allé chercher de nouveaux pouvoirs. L’entente Canada-Québec (accord Gagnon-Tremblay–McDougall) signée en 1991 et qui prolonge l’accord Cullen-Couture de 1978, concède au Québec le droit, à l’étranger et au Canada, de choisir les immigrants réguliers qui veulent venir ici. Le Québec est aussi responsable de leur intégration linguistique et socio-économique. En outre, le Québec peut faire connaître au fédéral, ses intentions de plafonner ou d’augmenter le seuil annuel souhaitable d’immigration. Cependant, la question des demandeurs d’asile relève exclusivement du fédéral. L’arrivée massive de migrants clandestins n’a pas été l’occasion pour le gouvernement Couillard d’exiger une nouvelle répartition des pouvoirs entre le fédéral et le provincial dans la problématique des demandeurs d’asile. Au contraire, ce gouvernement s’est cantonné dans un rôle minimal en tant que simple province du Canada en oubliant volontairement qu’il représente une nation et qu’il a le devoir de la protéger. Les différentes actions du gouvernement Couillard, entre 2016 et 2018, nous éclairent sur...

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Québec solidaire, le 1er octobre. Un succès démérité?

Paul Lavoie

Février 2019

* Ph. D., cadre retraité de l’éducation, militant du Parti québécois J’habite la circonscription de Saint-François, dont les trois quarts des électeurs se retrouvent dans les limites de la ville de Sherbrooke. Lors des élections du 1er octobre 2018, la candidate du Parti québécois est arrivée quatrième (PQ, 16 %). Elle s’est retrouvée assez loin derrière la candidate de la Coalition avenir Québec (CAQ, 35 %), celui du Parti libéral du Québec (PLQ, 23 %) et celui de Québec solidaire (QS, 23%). Elle a été chanceuse d’avoir atteint le 15 % nécessaire au remboursement d’une partie de ses dépenses électorales. Si sa défaite a semblé si triste autant à ses partisans qu’à elle, ils ont pourtant des motifs de se réconforter. Le résultat n’aurait peut-être pas été le même si tous les partis avaient joué franc jeu durant cette campagne électorale. Or, il s’en trouve un parmi eux, Québec solidaire, qui ne l’a pas fait. Québec solidaire a fait le soir du 1er octobre une autre victime que le Parti québécois. Une victime collatérale ne s’y attendant pas, le Parti libéral du Québec ! Tant qu’il affaiblissait le Parti québécois, le Parti libéral a traité presque avec déférence Québec solidaire – il fallait entendre en...

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Le Québec doit-il remettre en question l’accueil des réfugiés syriens ?

Département des humanités et des sciences sociales, Collège militaire royal de Saint-Jean

Les attentats du 13 novembre à Paris nous ont tous touchés au cœur et les Québécois ont ressenti dans leur chair les attaques odieuses et insensées chez leurs cousins. Elles ont déclenché une vague de solidarité et de consternation à travers le monde, mais aussi de peur, en particulier en Occident. Les prises de position officielles aux États-Unis, de la part de dizaines de gouverneurs et d’autres, pour rejeter le nombre déjà petit de réfugiés que le président Obama avait proposé au pays, sont regrettables. Il faut le déplorer, car des milliers de réfugiés sont dans une situation critique et ont un réel besoin d’asile. C’est un manque de solidarité humaine avec des personnes vulnérables d’autant plus déplorable que les États-Unis ont quand même une responsabilité dans le développement de cette crise en Irak et en Syrie à cause de la guerre de 2003 et de leurs interventions entourant le printemps arabe. Les questions de sécurité sont pourtant légitimes ; c’est pourquoi le Congrès américain a finalement non pas mis un terme à l’accueil des réfugiés syriens, mais imposé un rehaussement des examens de sécurité (reste à savoir si les modalités choisies seront réalistes).

Le Canada et le Québec n’y échappent pas : aux élans de solidarité exprimés plus tôt au cours de l’année succèdent maintenant des interrogations répétées sur le nouveau plan fédéral en matière de réfugiés. Bien sûr, le gouvernement Trudeau devrait faire connaître au plus vite les détails de son plan ; c’est urgent pour restaurer une forme de calme, même si l’échéancier a été clarifié le 19 novembre1. Le flou que le gouvernement Trudeau a laissé planer est un cafouillage majeur. Si les libéraux critiquent l’atmosphère d’intolérance qui s’est développée, il leur faudrait admettre que ce cafouillage y aura contribué. Évidemment qu’il était impossible d’accueillir tous ces réfugiés de plus d’ici Noël dans la précipitation, et que c’était encore plus vrai maintenant que nul ne pouvait ignorer comment Daech avait mis à profit le chaos migratoire qui a exposé toutes les défaillances de l’Union européenne en matière de frontières.

Sur le fond, la question posée par la crise des réfugiés dans le contexte de la menace posée par Daech sur eux, mais aussi sur nos sociétés, dépasse le strict dossier des réfugiés. Ce sont d’abord nos processus d’accueil et d’intégration qui sont mis en question. En Europe, ce questionnement est tel que le système de Schengen, qui a lamentablement failli tant sur le contrôle du flux et sur la sécurité (échec aggravé par les décisions de l’Allemagne cet été) est désormais caduc. Ceux qui voulaient rendre tabou toute discussion sur les frontières en Europe et sur le contrôle du flot migratoire, car ces discussions auraient fait le jeu de l’extrême droite, devraient se regarder dans le miroir. En Amérique du Nord, nous avons le luxe de pouvoir y répondre un peu plus posément, même si la question est pressante. Ici aussi, cette crise soulève plusieurs questions graves que nous ne pouvons plus nous permettre d’ignorer plus longtemps, pour le bénéfice à la fois des réfugiés, des immigrants présents ou futurs et de nos États. Ici aussi, certains tabous « politiquement corrects » doivent être remis en question.

L’affaire du niqab et notre rapport à l’islamisme radical

Le problème est en effet plus vaste. L’affaire du niqab qui a fait la manchette au cours de la campagne électorale fédérale le reflète à sa manière. En effet, personne ou presque n’a posé la vraie question soulevée par cette affaire malgré les nombreux débats qu’elle a déclenchés. L’affaire a été fabriquée. Cela ne veut pas dire que la question de savoir si c’est une bonne chose de pouvoir prêter serment de citoyenneté à visage couvert n’est pas une vraie question, au contraire. Seulement, le gouvernement Harper avait choisi d’entretenir le feuilleton juridique plutôt que de légiférer en la matière. Ceux qui ont voulu y voir un faux enjeu n’avaient cependant pas raison : sur le plan symbolique, cette question est importante pour toute démocratie. Qui voulons-nous voir rejoindre notre communauté nationale et en fasse partie comme membre à part entière ? Largement passé sous silence, un article du Journal de Montréal (« La femme au niqab œuvre au sein d’une organisation radicale », 16/10/2015) soulevait pourtant d’importantes questions. Si Omar Khadr fut une victime en tant qu’enfant soldat, plusieurs reportages, notamment de la CBC, avaient montré combien le djihadisme de son père recevait l’appui de sa parenté immigrée à Toronto et naturalisée canadienne. La question est donc de savoir pourquoi le Canada et le Québec choisissent d’accueillir et de naturaliser des gens aux convictions intégristes intégristes et, en corollaire, de laisser des groupes propager un islam radical.

Contrairement à l’Europe, comme on l’a vu encore avec la crise des migrants cette année, le Canada et le Québec ont l’immense avantage de pouvoir réellement sélectionner leurs immigrants. En principe, cela devrait leur permettre aussi de recruter moins de partisans de l’islamisme. En pratique, cela n’est malheureusement pas le cas. Les experts ont dénoncé les agissements des sympathisants du djihad islamique au Canada qui ne sont pas moindres, en proportion de la population, qu’en Europe.

Malgré l’importance de la propagande par internet, cela est aussi dû à une carence de notre processus de sélection des immigrants, au Québec comme au Canada. Ce processus inclut des critères censément liés à la capacité d’intégration et pourtant semble aveugle aux opinions extrémistes portées par certains qui voudraient être des promoteurs de l’islamisme radical au Québec et au Canada. Quand on sait le nombre de candidats de partout dans le monde, mais aussi dans le monde musulman, qui sont au contraire attirés par les valeurs démocratiques et libérales, cela peut sembler inacceptable, voire inexplicable.

La nécessité de bien nommer les choses

Pour l’expliquer, il faut bien sûr prendre en compte la politique canadienne de multiculturalisme, qui explique les positions du NPD et du PLC. À cet égard, lors du débat sur une charte de laïcité en 2013, le gouvernement péquiste aurait sans doute dû présenter plus nettement l’opposition entre cette politique et la laïcité. C’est pourquoi dans ses récentes interventions Mme Fatima Houda-Pépin demande notamment à ce que le multiculturalisme canadien soit « balisé ». Plus globalement, le problème est lié à une certaine approche du phénomène religieux et de la diversité qui prévaut en Amérique du Nord. Ainsi, dans ses déboires avec Mme Houda-Pépin, justement, le premier ministre Couillard a-t-il donné le spectacle déplorable d’un leader politique incapable de discerner le danger posé par l’intégrisme islamiste.

Il y a une difficulté à nommer le mal : l’intégrisme religieux radical qui anime les djihadistes et dont plusieurs organismes font la promotion sous couvert de liberté de religion. Or, si on s’interdit de nommer le problème, on aura bien du mal à penser sa solution. En février, Thomas Mulcair avait accusé Stephen Harper de s’en prendre, avec l’affaire du niqab, aux musulmanes et de diaboliser une communauté de plus d’un milliard d’individus2. Une partie des défenseurs du multiculturalisme s’empressent trop souvent de donner aux intégristes le privilège de représenter l’ensemble d’une religion, ici une version intégriste de l’islam pour l’ensemble des musulmans qui souvent rejettent ce fanatisme. Plusieurs associations musulmanes ont d’ailleurs voulu se dissocier de la prise de position de cette dame, comme le Congrès musulman canadien.

Face à l’État islamique, le président Obama refuse de parler de terroristes islamistes : il préfère employer l’euphémique « extrémistes violents », malgré la multiplication des groupes islamistes terroristes (Al-Qaïda, le F.I.S. et le G.I.A. algériens, les Shebabs somaliens, l’A.Q.M.I., Boko Haram, les attentats commis au nom du régime islamique iranien, etc.). Lors des attaques de janvier à Paris, le président Obama avait même déclaré que de telles attaques étaient improbables aux États-Unis, où les musulmans n’avaient pas de mal à se sentir Américains3. La remarque est surprenante quand on songe aux attaques récentes de Fort Hood et de Boston. Dans un récent éditorial4, The Globe and Mail verse dans le même travers en insinuant que le Canada est supérieur à d’autres pays occidentaux, qu’il est « le » cauchemar des djihadistes grâce à son… multiculturalisme. En fait, cette politique de multiculturalisme facilite la tâche des radicaux. Au Canada aussi des attentats ont été commis ou déjoués, faut-il le rappeler, et des jeunes se radicalisent pour rejoindre l’État islamique en Syrie dans des proportions semblables, sinon plus grandes, qu’en Europe. Faut-il le rappeler encore, l’Ontario s’apprêtait aussi à reconnaître des tribunaux suivant la charia trois ans après le « 11 septembre 2001 »…

Le secrétaire d’État John Kerry a commis un nouveau couac en déclarant à Paris le 17 novembre qu’il voyait une différence entre les attaques du 13 novembre et celles de janvier : il y avait une « raison » (rationale) aux attaques de janvier selon lui5. Comment comprendre une telle déclaration ? Que les deux attaques visaient des mécréants et des ennemis des islamistes ? Le président Obama a du mal à reconnaître le lien entre l’islamisme et la violence djihadiste. Il n’est pas le seul parmi la gauche américaine comme on l’a vu avec l’affaire du PEN, où plusieurs membres de la branche américaine de l’association d’écrivains pour la liberté d’expression ont boycotté et dénoncé la remise du prix 2015 à Charlie Hebdo. Il y a donc ici comme un problème en miroir entre la droite républicaine qui souffle les braises de la peur des musulmans et de l’intolérance et la gauche démocrate qui verse dans l’aveuglement face à l’intégrisme. Le second travers ne peut que nourrir le premier.

L’opposition républicaine n’est certes pas exempte de ses propres – et immenses – contradictions et aberrations. Par exemple, beaucoup de gouverneurs républicains enclins à refuser tout réfugié musulman pour cause de sécurité refusent encore plus catégoriquement tout renforcement sécuritaire quant à la réglementation de la vente d’armes (plus extravagantes, les déclarations de Carson ou de Trump selon qui tout aurait été différent si le public avait été armé, lors de la tuerie en Oregon ou même de la montée d’Hitler pour le premier ou des attentats de Paris pour le second…).

Il faut dire que, pour l’administration Obama, les développements de 2015, voire depuis Benghazi, remettent en question ses stratégies de lutte au terrorisme et au Moyen-Orient. Ce qui explique la réaction d’Obama au 13 novembre et même face à « l’État islamique » : il est apparu las et irritable dans ses interventions. Mme Hilary Clinton a dû se tirer de l’embarras lors du débat démocrate du 14 novembre ; refusant elle aussi l’expression « islam radical », elle a néanmoins employé « djihadiste ». Le souci de ne pas amalgamer les musulmans est louable, mais Hilary Clinton semble, elle aussi, hésiter à employer « islamiste ». Pour réussir sa campagne présidentielle, elle n’aura toutefois pas le choix de proposer une alternative à la stratégie d’Obama, en même temps qu’aux propos débridés des principaux candidats républicains, comme elle commence à le faire6.

La nécessité d’une réponse globale, pas seulement militaire

Une semblable remise en question concerne toutefois l’ensemble de l’Occident. Les attaques de terrorisme islamiste qui se multiplient depuis 2012 (avec les attaques contre des personnes et des institutions juives en France) devraient amener l’Occident à réexaminer sa stratégie de lutte au terrorisme. La réponse à l’État islamique ne peut pas être uniquement militaire et sur ce plan, la stratégie aérienne préconisée par Obama doit être revue, comme le montre la toute récente lettre ouverte de quatre militaires américains remettant en cause les attaques de drones qu’ils ont pratiquée au Moyen-Orient : pour eux, celle-ci, en multipliant les victimes civiles, a surtout pour effet d’accroître la sympathie pour les djihadistes7. Or celles-ci se sont multipliées par neuf sous la présidence d’Obama8, prix Nobel de la paix, après moins d’une année en exercice par rapport aux années « W » Bush…

Évidemment, l’Occident est toujours critiqué, autant s’il intervient dans une crise que s’il n’intervient pas. Il faut faire la part des choses : une certaine justification existait à l’intervention de l’OTAN en Afghanistan en 2001, d’ailleurs avalisée par l’ONU, ce qui ne fut pas le cas de celle en Irak en 2003. La seconde a-t-elle nui au succès de la première ? En tout cas, elle n’a pas aidé à stabiliser la situation au Moyen-Orient et a créé des conditions favorables à l’irruption de l’État islamique. La France est intervenue au Mali contre l’AQMI et au cœur de l’Afrique contre Boko Haram. Si l’Occident n’aidait pas les pays concernés à lutter contre ce fléau, on le critiquerait, sans doute avec raison. La situation dans les pays arabes, dans la foulée du printemps arabe, est beaucoup plus complexe. L’héritage des interventions américaines, au moins depuis « W. » Bush, est particulièrement lourd. Néanmoins, maintenant que l’État islamique massacre et opprime une quantité de personnes et de minorités et pose un risque de sécurité grave pour l’Occident et le monde, il ne peut plus être toléré, ni même simplement « contenu », comme le président Obama semblait s’en féliciter quelques jours avant le 13 novembre. De ce côté, le président Hollande a su réagir en chef d’État et être à la hauteur de la situation. On ne peut en dire autant de Justin Trudeau.

Néanmoins la réponse militaire ne pourra jamais suffire – l’histoire récente le démontre assez – et pire encore, la réponse allégée, strictement aérienne, a semblé en partie contre-productive comme le montre l’exemple des frappes par drone. Pour venir à bout de l’État islamique et du djihadisme, il faut accepter de confronter l’intégrisme islamiste, sur le front intérieur aussi bien que sur la scène internationale. Il faut encourager les réformateurs et les modérés du monde musulman et dénoncer les foyers de l’islamisme et ses propagateurs. À l’interne, cela implique d’adopter une attitude différente face aux pressions des islamistes en matière de pratiques et de coutumes ainsi que dans les prêches et la propagande, ce qui implique aussi une remise en question de l’accueil offert aux intégristes extrémistes. Pourquoi, répétons-le, peuvent-ils être des candidats acceptés à l’immigration et à la naturalisation ?

À l’externe, cela devrait amener l’Occident à confronter ceux qui ont financé et nourri idéologiquement l’islamisme (et continuent de le faire) : outre le mouvement des Frères musulmans originaire d’Égypte, cela implique bien sûr le salafisme d’Arabie saoudite. D’ailleurs, ironiquement, face à la crise des réfugiés syriens, les pétromonarchies du golfe se manifestent surtout par leur absence. Sûrement par manque de moyens... Le HCR de l’ONU ne les interpelle pourtant pas comme l’Europe à ce sujet. La relation des États occidentaux avec l’Arabie saoudite est réellement pourrie. Ce n’est pas avec une attitude comme celle d’Obama que le problème pourra être confronté – pas plus que son prédécesseur W. Bush, bien sûr.

Le gouvernement Couillard mis devant ses inepties

Pour le Québec, la question de l’intégrisme reste entière après l’échec de la saga de la charte des valeurs suivi de celui du projet de loi de Mme Houda-Pépin pour lutter contre l’intégrisme. Depuis cet échec, on n’a pu qu’être spectateur de l’aggravation du problème avec le départ de jeunes pour rejoindre l’État islamique en Syrie. Le spectacle est proprement hallucinant de colporteurs de l’intégrisme à qui on permet d’avoir pignon dans les établissements d’éducation publics et qui demandent du financement public pour leurs projets « communautaires » alors qu’il en sort des jeunes sympathiques au djihadisme.

Ce ne sont pas les gouvernements des libéraux de Justin Trudeau ni de Philippe Couillard qui oseront faire face au problème de l’intégrisme. Le mouvement souverainiste devrait dresser une critique plus systématique des apories du multiculturalisme canadien en la matière ; depuis 1982, le nouvel ordre juridique canadien a été instrumentalisé par les intégristes. Il est impératif de faire la distinction entre islamistes et musulmans, alors que les multiculturalistes veulent, dangereusement, confondre tolérance des musulmans et des intégristes les plus radicaux. Cette censure « politiquement correcte » favorise l’amalgame. Le projet de loi de la ministre Vallée pour contrer la radicalisation a surtout fait l’unanimité contre lui, à l’exception de Québec solidaire qui, dans ce dossier, s’est surtout signalé par une motion contre « l’islamophobie ». Le gouvernement Couillard a un historique de cafouillages face à la question de l’extrémisme religieux : qu’on se rappelle le débat absurde entre « ténors » libéraux sur le caractère bienvenu du tchador dans la députation ou la fonction publique9

Le spectacle de cacophonie offert par le cabinet Couillard au sujet des réfugiés dans la foulée des attentats était pire encore. Ce qui a retenu l’attention et en a surpris plusieurs, ce fut aussi le ton bassement partisan 10 employé par le premier ministre en instrumentalisant les attentats du 13 novembre pour attaquer les partis d’opposition sur leur prétendue xénophobie 11. Il fut vite secondé par certains ministres, notamment Kathleen Weil qui a multiplié les déclarations idiotes dans un mélange nauséabond d’irénisme, d’agressivité et d’hypocrisie12.

Comment expliquer le faux pas du premier ministre, se sont demandé plusieurs ? Comment l’expliquer en effet, si ce n’est par le fait que tout sujet lié à l’intégrisme, en particulier les liens entre l’intégrisme musulman et la violence, le place sur la défensive et le met face à ses contradictions et aux turpitudes de son parti ? Sa réaction, à la mesure de son malaise et de son sentiment de faiblesse, est en revanche décalée et déplacée par rapport à ce qu’exigent les circonstances.

L’accueil des réfugiés est une bonne œuvre à laquelle le Québec devrait participer tout en exigeant le nécessaire en matière de sécurité ; ces personnes qui fuient la guerre civile ont besoin d’un asile. Dans le contexte international actuel, maintenir cet accueil, après renforcement des exigences de sécurité, est une bonne réponse à l’État islamique. Répondre au défi qui nous est posé par cette organisation qui peut frapper chez nous d’ores et déjà, comme l’attaque de Saint-Jean-sur-Richelieu l’a montré, exige aussi autre chose. Il faut rétablir le droit et le devoir de s’interroger sur les choix faits dans nos politiques d’immigration et d’intégration. L’approche multiculturaliste des élites rouges et orange peut nuire à l’intégration : l’exemple du maire de Montréal qui plaide actuellement pour une dérogation à la loi 101 pour les enfants des réfugiés est indécent. Cela exige une remise en cause nécessaire du laxisme face à l’intégrisme qui est trop prévalent au Canada et au Québec, avec la caution du nouvel ordre juridique canadien imposé au Québec depuis 1982. 

 

 


2 Le Devoir, 26 février 2015

3 Le Point, « Obama n’a toujours pas compris », 18 janvier 2015)

4 The Globe and Mail, 18 novembre 2015

6 « Clinton widens gap with Obama on Syria, calling for no-fly zone », Jerusalem Post, consulté le 19/11/2015:

http://www.jpost.com/Middle-East/Clinton-widens-gap-with-Obama-on-Syria-calling-for-no-fly-zone-434710

7 « Obama drone war a « recruitment tool » for ISIS, say US Air Force whistleblowers», The Guardian, 18/11/2015:

http://www.theguardian.com/world/2015/nov/18/obama-drone-war-isis-recruitment-tool-air-force-whistleblowers

9 « Tchador: oui pour les fonctionnaires, non au PLQ », Le Soleil, 11 juin 2015:

http://www.lapresse.ca/le-soleil/actualites/politique/201506/11/01-4877233-tchador-oui-pour-les-fonctionnaires-non-au-plq.php

10 « Couillard accusé de faire de la politique sur le dos des attentats de Paris », La Presse, 16 novembre 2015 :

http://www.lapresse.ca/actualites/politique/politique-quebecoise/201511/16/01-4921360-couillard-accuse-de-faire-de-la-politique-sur-le-dos-des-attentats-de-paris.php

11 Sauf QS, souvent l’allié objectif du PLQ (et aussi du PLC et du NPD) sur ces questions.

12 Particulièrement à l’émission 24/60 de RDI du 16 novembre 2015:

http://ici.radio-canada.ca/widgets/mediaconsole/medianet/7373242

* Département des humanités et des sciences sociales, Collège militaire royal de Saint-Jean

 

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