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Mélanie Joly. Changer les règles du jeu

Mélanie Joly
Changer les règles du jeu, Montréal, Éditions Québec Amérique, 2014, 224 pages

J’ai été l’adversaire de Mélanie Joly dans Ahuntsic-Cartierville lors des dernières élections fédérales et je dois dire que la nouvelle ministre du Patrimoine canadien fait preuve de beaucoup de déférence, voire de gentillesse, envers ses adversaires, allant jusqu’à vous dire après un débat tumultueux au collège Ahuntsic : « Alors Nicolas, nous, on se revoit bientôt ! » Comme si vous étiez les meilleurs amis du monde. Comme si elle vous invitait à prendre une bière avec elle. Vraiment autant de bonté au milieu de tant de dureté (les politiciens ne se font pas de cadeau) fait chaud au cœur et j’ai rapidement compris que l’arme secrète de Mélanie Joly, une arme qui désarçonne ses adversaires encore plus que sa beauté, résidait dans son apparente gentillesse.

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Yves Montenay et Damien Soupart. La langue française : une arme d’équilibre de la mondialisation

Yves Montenay et Damien Soupart
La langue française : une arme d’équilibre de la mondialisation, Paris, Les Belles Lettres, 352 pages

Bien avant la parution de La langue française : une arme d’équilibre de la mondialisation, l’observation circulait déjà. Reprise ici par Yves Montenay et Damien Soupart, qui y posent cette fois un regard depuis la France, elle confirme toute sa pertinence. Tant qu’une certaine élite claironnera que l’ouverture sur le monde ne passe que par la fenêtre étroite de l’anglais, ou par son pendant bien ancré au Québec, soit le reniement de l’identité nationale, il faudra y revenir : « défendre la langue française et la francophonie n’est pas un combat d’arrière-garde. C’est une nécessité absolue et un vrai sujet de notre temps ». Dans cet essai, Montenay et Soupart brossent un portrait rapide de la situation du français dans le monde et suggèrent qu’une stratégie soit enfin développée afin que tout son potentiel puisse être exploité. Compte rendu d’une contribution honnête.

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Des explications peu convaincantes

Thomas Déri et Francis Dupuis-Déri
L’anarchie expliquée à mon père, Montréal, Lux Éditeur, Collection Instinct de liberté, 2014, 244 pages

Démystifier et déconstruire : voilà deux termes chers à l’intelligentsia occidentale. Dans la foulée des adeptes américains de la French Theory et de ses dérivés que sont les Gender Studies et les Cultural Studies, nombre de penseurs de notre temps sentent une urgence de remettre en question l’ordre établi. Et si en effet, en tant que citoyens de notre époque, nous poser en continuité avec la tradition occidentale était une erreur ? Et si notre héritage était sombre et condamnable, et menait lentement notre civilisation et l’humanité tout entière à sa perte ?

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L’anglais, langue nationale du Québec et de la… France

Professeur de science politique, UQAM. Texte paru dans L’Encyclopédie de l’Agora, 23 mars 2016

Il arrive parfois que le très estimable représentant de Sa Majesté la Reine du Canada, le gouverneur général, fasse des déclarations qui plongent la classe politique dans l’embarras. Ainsi en est-il de David Johnston qui, lors du discours du Trône du 16 octobre 2013, a avancé que le Canada est « une fédération où nos deux langues nationales nous confèrent un avantage inégalable dans le monde1. » Peu de temps après, devant un comité de la Chambre des communes, le parti conservateur s’est enquis auprès du Commissaire aux langues officielles de la portée de l’expression « langue nationale », peu usitée au Canada, à laquelle on a préféré depuis la fin des années 1960 l’expression « langue officielle ». En mars 2014, la même question était posée devant divers comités du parlement. Bref, une curieuse créature refaisait surface.

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L’université franco-ontarienne : Des vœux pieux

Ancien journaliste et éditorialiste au journal Le Droit

La ville d’Ottawa avait connu un janvier chaud en 1916. Quatre ans plus tôt, le gouvernement conservateur provincial de Sir James Whitney avait adopté le « Règlement 17 », ayant pour effet d’interdire l’enseignement en français après la deuxième année du primaire dans les écoles franco-ontariennes, et la lutte entreprise par les collectivités canadiennes-françaises pour protéger leur langue et leur culture touchait à son paroxysme.

Dans la basse-ville largement francophone, un quartier ouvrier pris en étau entre la rivière Rideau et la colline parlementaire, l’école Guigues était devenue un foyer de résistance où les « demoiselles Desloges » (deux sœurs) persistaient à instruire leurs élèves en français. Menacées par les autorités scolaires, elles étaient protégées par des femmes qui tenaient la police à distance avec des épingles à chapeaux…

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L’enjeu du nationalisme identitaire

Secrétaire-trésorier de Génération nationale, candidat à la maîtrise en service social.

Le Parti québécois est souvent associé à un enjeu politique informellement interdit : la défense de l’identité québécoise. Cet enjeu est appelé avec dégoût nationalisme identitaire par de nombreux politiciens, blogueurs et chroniqueurs. Depuis sa défaite d’avril 2014, le PQ semble tenté d’éviter ce thème. Une frange du parti tente même de s’en dissocier complètement. Pensons notamment à Alexandre Cloutier, lors de la course à la chefferie péquiste de 2014-2015. Il qualifia péjorativement le projet de charte des valeurs de son parti de projet radical. Pensons aussi à un des principaux militants de Cloutier, qui codirigea un recueil1 qui cachait mal son mépris pour les nationalistes identitaires. Ceci, ainsi que les récentes déclarations du parti, semble dire que la formation politique tente de se distancer de l’étiquette identitaire.

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L’entrée en politique

Extrait de Denis Monière, Grandir pour servir : mémoires d’un enfant de la révolution tranquille, Montréal, Éditions Monière-Wollank, 2016, 145 p.

La politisation de la jeunesse fut l’un des traits caractéristiques de la Révolution tranquille. Ce phénomène n’était pas propre au Québec puisqu’il s’est manifesté dans la plupart des pays développés durant les années soixante, aussi bien en Amérique qu’en Europe. Cette irruption de la jeunesse, comme force politique, était unique à l’échelle historique. Il y a certes eu beaucoup de jeunes dans les mouvements révolutionnaires, mais ils étaient minoritaires dans la société et ces mouvements ne répondaient pas à des objectifs fixés par la jeune génération. À notre époque, ce phénomène résultait d’un effet démographique, l’arrivée massive à l’âge adulte des enfants nés après la Seconde Guerre mondiale. Cet effet a été baptisé le baby-boom.

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Éditorial - Délivré de soi-même

2016avril250Préposé à la bien-pensance dans les émissions d’infodivertissement, auteur célébré d’essais sentencieux et grand semeur de lieux communs, Paul St-Pierre Plamondon a l’intention de foncer dans l’avenir qu’il voit dans un rétroviseur. C’est du moins ce dont nous menace un article paru dans Le Devoir du 25 mars dernier (Marco Fortier, « Bouillonnement politique à Québec »). Le jeune avocat n’en peut plus d’affronter notre dilemme national. Entre l’impuissance consentie et la liberté à conquérir, le phare de la jeunesse éclairée propose de retourner dans les limbes du ni-ni.

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Le voyageur sans bagage

L’étrange exclusion du patrimoine historique dans la construction du projet identitaire québécois

Vice-président du Groupe d’initiatives et de recherches appliquées au milieu (GIRAM), ex-gestionnaire et conseiller socio-économique, gouvernement du Québec.

Le mouvement souverainiste québécois est dans une impasse manifeste. L’idée même de nation ne rythme plus les cœurs. Et ce qu’on appelle le « vouloir-vivre collectif », élément constitutif de la nation au même titre que le territoire, la langue et la culture, ne semble plus comme avant habiter le Québec. Le chemin qui est devant nous s’annonce périlleux. Saura-t-on y trouver un avenir ?

La mémoire est à la base du sentiment d’identité individuel et collectif. Dans sa célèbre pièce Le voyageur sans bagage (1937), Jean Anouilh nous raconte l’histoire de ce soldat devenu amnésique après son retour du front. L’individu est littéralement sans passé. Privé du soutien que procure un bagage de souvenirs, il peine à construire un destin autre que celui qui le confine à des tâches sans avenir. Dépourvu d’ancrage familial et social, il se verra finalement contraint d’accepter que son destin personnel soit pris en charge par des personnes qui se donneront pour mission de lui construire une identité. Pour rester dans une situation minimale d’équilibre personnel, il ira même jusqu’à se fabriquer un faux sentiment de liberté, histoire de traverser plus facilement la renonciation permanente qui caractérise sa personne.

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Alain Deneault. La médiocratie

Alain Deneault
La médiocratie, Montréal, Lux, 2015, 218 pages

Alain Deneault a sorti l’artillerie lourde pour en finir avec les médiocres qui domineraient notre monde. Dans un petit essai consacré à ce qu’il nomme la « médiocratie », il s’intéresse à une structure de pensée qui pousserait notre monde à prescrire une certaine manière d’être proscrivant tout à la fois l’intelligence et l’originalité. La société contemporaine serait fondamentalement médiocre : elle ferait de la médiocrité son logiciel. D’ailleurs, les médiocres, qui se reconnaissent entre eux et qui savent s’appuyer les uns les autres, s’emparent de tout : ils imposent leur règne. En fait, ils imposent même un nouveau régime idéologique et politique qui ne dit pas son nom, mais qu’il faut dévoiler : n’est-ce pas au sens propre la signification de la médiocratie ?

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