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Éditorial - Regarder la réalité en face

2016janvier250De cinq à sept en réveillons, entre les petits fours et les tourtières, la colère ne disparaissait pas. Les Québécois ont vraiment l’impression d’avoir été les dindons de la farce. La rigueur de Renaud Lachance aura donné des crampes à bien du monde.

À coups de dizaines de millions pour nourrir le cynisme et provoquer le décrochage civique, le Québec de la complaisance n’aura pas connu l’austérité. Après Gomery, après Bastarache, après les juges « post-it », un autre rapport qui tourne les coins ronds et se contente de pêcher les menés, c’est tout même fort de café !

Tout n’est pas mauvais dans le rapport de la commission, loin de là, mais rien ne s’y trouve qui aurait dû nous conduire à regarder les choses à la bonne hauteur. C’est facile et de bon ton à l’ère de la « bonne gouvernance » et des discours moralisateurs enveloppés dans la rhétorique gestionnaire de recommander le resserrement des normes, de prôner les vertus de la transparence et de faire les professions de foi sur les processus. C’est surtout utile pour faire le lit des alibis, pour ne pas poser les questions qui importent.

Planifiées ou pas, malveillantes ou pas, la dissidence de Renaud Lachance et sa superbe défense de lui-même auront produit un effet que même les plus vils manipulateurs n’auraient pas imaginer pouvoir obtenir à si bas prix. Le rapport de la commission a beau s’inquiéter de l’ampleur de la corruption, de l’étendue des systèmes qu’elle a mis en place, son regard reste tourné vers le bas. Les caïds de banlieue, les barons de la construction, les porteurs de valise auront fait de la bonne télévision et fourni une matière assez riche pour que plusieurs puissent prétendre que le problème a été pris à bras-le-corps. Mais c’est vers le haut qu’il fallait regarder.

Nombre de commentateurs l’ont souligné avec exaspération, la commission n’a fait qu’effleurer les partis politiques. Les reproches sont nombreux : pourquoi pas Jean Charest ? Pourquoi pas Marc Bibeau ? Pourquoi ce traitement mielleux de Nathalie Normandeau ? La liste pourrait s’allonger et l’on serait même prêt à concéder que Mario Dumont, François Legault et Pauline Marois auraient dû comparaître. Mais foin de précautions bien-pensantes, toutes les nuances rhétoriques ne suffiront pas à dissiper les odeurs nauséabondes qui émanent de la filière libérale. C’est elle qui est au pouvoir depuis 2003.

Braquer les projecteurs sur les coulisses du pouvoir certes, mais pas seulement et pas d’abord pour y coincer les voyous qui s’y engraissent. Ce que la commission n’a pas fait, ce que les commentateurs ont été trop peu nombreux à faire, c’est de se questionner sur la fonction politique de la corruption. Les magouilles qui s’y trament ne servent pas qu’à alimenter les comptes suisses, les banques de Jersey ou les constructeurs de grosses cabanes. Un gouvernement du Québec corrompu est nécessairement plus qu’un repère d’écumeurs encravatés, c’est une force de pourrissement du bien commun, une puissance de détournement de l’intérêt national.

Dans le contexte de dépendance qui est le nôtre, la fonction politique de la corruption est intimement liée à la zone de risque définie par la légitimation de toute forme de consentement à l’érosion des pouvoirs du gouvernement du Québec. Gangrené ou se faisant coller la réputation de l’être, relégué au rang d’agence de livraison de services pour le compte du « vrai » gouvernement, notre demi-État vivote sous la menace permanente de la condescendance, sinon du discrédit. Le sournois procès de légitimité que le régime lui mène est toujours enrichi par les scandales. Puisque c’est le statut même de gouvernement national qui est mis en cause par le régime canadian, c’est nécessairement toujours à lui que profite le crime.

L’État canadian mène une lutte de tous les instants pour dépouiller notre semi-État de sa capacité d’orienter le développement et de servir l’intérêt de la nation. Depuis le Plan B et les manœuvres d’asphyxie financière, depuis les commandites et la guerre psychologique, le rapport du Canada au Québec se définit sur un axe stratégique fondamental : briser la cohésion nationale, saper les possibilités de réponse et de comportement définis sur l’intérêt national. Le pourrissement des institutions ne peut que servir l’objectif. Les moyens conventionnels et légaux de le faire sont déjà mis en œuvre. Le reste est affaire de circonstances.

Parti d’affairistes depuis toujours, le Parti libéral est un allié extrêmement fiable puisqu’il est un inconditionnel du Canada, un agent actif de dénationalisation. Gouverné par les libéraux depuis quinze ans, le Québec est poussé tout droit dans les logiques d’intégration qui vont le dissoudre comme nation. Le consentement à la minorisation charpente tout le programme politique provincial et crée des conditions éminemment propices au déploiement de toutes les stratégies de déloyauté nationale. Celles qui sont conduites à visière levée, comme le fait Jean-Marc Fournier en proposant la régression identitaire ; et les autres, toutes les autres, qui fixent les paramètres de la gestion de dépendance, c’est-à-dire de l’éradication de l’intérêt national comme vecteur de conduite de gouvernement et comme cadre normatif pour juger de ses choix et attitudes.

Dès lors que le pouvoir à Québec se définit structurellement comme un espace et un instrument d’intermédiaires, les frontières deviennent extrêmement poreuses. Ce n’est pas seulement une affaire de moralité douteuse, c’est une condition de régime. Les goinfres qui se paient dans le bien d’héritage ne sont pas seulement les voyous. Ce sont aussi des notables qui tirent gloriole de se faire les relais des décisions des autres, des intendants qui se contentent de ce que leur rapporte de se faire exécutants. Les inconditionnels canadian de bonne foi, pour leur part, sont condamnés à la tolérance des débordements puisque l’éternelle minimisation des pertes est la seule posture autorisée quand on refuse de définir un seuil de rupture. On comprend mieux ainsi les mines réjouies à la publication du rapport, les propos lénifiants sur les nuances à faire, sur le respect du droit, sur la valeur des commissions, sur tout ce qui sert, en fait, à ne pas aller au fond des choses.

La logique de clique est inhérente à la politique de provincialisation et de minorisation. Elle en définit les paramètres moraux et les règles de complaisance. Elle induit des dérives susceptibles d’en déporter plus d’un dans les zones où la politique de la terre brûlée peut trouver bien des justifications. C’est ce qui dresse les conditions spécifiques d’encastrement de la corruption dans les structures politiques et dans le tissu social. Évoquer l’ampleur du phénomène, comme l’a fait la commission Charbonneau, sans qu’on réfléchisse sur les conditions de son expansion, c’est passer à côté de l’essentiel. Le Québec tourne à vide, sans projet, mis en demeure de rétrécir ses horizons, de renoncer à ses ambitions par des élites démissionnaires qui trouvent dans la rhétorique gestionnaire et le fétichisme du marché les incantations qui leur permettent de s’accorder à l’air du temps. Et de tenir leur rang.

Un gouvernement qui n’a pas de projet national et qui souscrit à celui du régime qui érode les fondements de la nation ne peut pas avoir de projet de société. Pour être précis, il ne peut avoir que celui du régime qu’il sert. Il ne peut avoir d’ambition que celle de se laisser porter par les forces externes et les événements. Son univers ne peut être que celui de la politique politicienne et ses acteurs n’avoir de cesse de faire tout ce qu’il faut pour se maintenir dans l’intendance, pour se bricoler des manières de rester utile et demeurer dans les bonnes grâces, là où ça compte. Et se rendre coupables d’une complaisance malsaine conduisant fatalement à éroder les minces lignes qui séparent bien souvent le compromis de la compromission.

La politique provinciale n’a que faire du redressement moral. Elle vise d’abord à séparer le Québec de lui-même. À le faire en s’appliquant à occulter tout ce qui pourrait le ramener à ce que révèle la part d’ombre de l’impuissance dans laquelle elle voudrait le voir se tenir. Et cela procède par le brouillage des repères qui lui font confondre les exigences de la droiture et les conduites d’évitement. Cela n’aura pas été le moindre des paradoxes de la commission Charbonneau que d’avoir fourni une occasion de ne pas poser des questions essentielles en cherchant à vouloir faire la lumière. Gaston Miron avait une façon bien à lui de faire comprendre les ressorts de ce paradoxe en citant ce qu’il disait être un proverbe chinois : quand le sage pointe la lune, l’idiot regarde le doigt.

Ce que nous ne saurons pas de la corruption politique nous allons continuer de le subir. Il s’en trouvera toujours pour dire que c’est ainsi, que c’est le fait de l’imperfection du monde. Et surtout que cela n’a rien à voir avec le cadre politique réel dans lequel le banditisme, occasionnel dans le contexte d’un État normal, peut ici servir le délitement des institutions, la déliquescence de notre État national. En vérité, l’incrustation de la corruption dans le système politique constitue un moment clé du processus de folklorisation.

Historiquement, nous avons déjà connu de tels épisodes dont nous nous sommes provisoirement sorti au prix d’efforts gigantesques que seules les aspirations d’émancipation nationale ont rendu fructueux en raccordant la nation avec la volonté de construire son État. Les grands projets mobilisateurs sont de puissants remparts contre les logiques de régression induites par le régime canadian. Ils donnent sens et puissance pour échapper au rôle et à la place que nous assignent les dispositifs politiques et institutionnels du Canada qui ne se construit qu’en nous réduisant à l’état de matériau, en nous traitant, comme l’illustre le projet de pipeline, qu’en simple nuisance dans notre pays.

Le fatalisme devant la corruption est un procédé utile à quiconque mesure les institutions à l’aune de la soumission. La culture de la dépendance nous condamne à subir les choses au nom du réel pour n’avoir pas à regarder la réalité en face.

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Cahiers de lecture - Automne 2017

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Le numéro d'Automne 2017 des Cahiers de lecture se penche sur Montréal à l'occasion de son 375e anniversaire et cherche à comprendre les féminismes actuels. Aussi dans ce numéro, des recensions portant sur les juifs au Québec, sur la politique, sur le cinéma, bref, comme chaque fois, les Cahiers nous relancent dans la lecture de notre monde.

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