André Leclerc. Fernand Daoust. Bâtisseur de la FTQ

André Leclerc
Fernand Daoust. Bâtisseur de la FTQ (1964-1993), Montréal, M Éditeur, 2016, 389 pages

Si Fernand Daoust fut le « bâtisseur de la FTQ », comme le titre André Leclerc dans le deuxième tome de la biographie qu’il consacre à ce grand Québécois, on peut dire qu’il se servit de celle-ci comme instrument pour promouvoir les nombreuses causes qui lui tenaient à cœur.

Parmi celles-ci, la défense de la langue française, particulièrement sur les lieux du travail, fut sans doute la plus importante pour celui qui fut un des compagnons de lutte de Camille Laurin, le père de la loi 101.

Fernand Daoust croyait en effet fermement que le bilinguisme mur à mur imposé aux francophones, mais pas aux anglophones, et le libre-choix de la langue d’enseignement jusqu’alors permis engendraient une assimilation irréversible des francophones, coincés dans une mer anglophone nord-américaine.

Lorsqu’en juin 2001, le premier ministre Bernard Landry lui remit l’insigne de Chevalier de l’Ordre du Québec, il affirma : « Il n’est pas excessif de parler de votre action dans ce domaine comme un véritable apostolat ».

Autre combat important : celui pour la social-démocratie. Tout d’abord au sein du Parti socialiste du Québec, qu’il aida à fonder puis au Parti québécois, dont il est un des plus farouches défenseurs. Pour Fernand Daoust, la souveraineté du Québec demeure un objectif qu’il espère bien voir arriver de son vivant et à laquelle il a toujours cru. Cela lui a d’ailleurs valu les reproches de Thérèse Casgrain et de son ami Robert Cliche, qui fut, un temps, chef du Nouveau parti démocratique au Québec.

Daoust a d’ailleurs engagé la FTQ à soutenir le « Oui » lors du référendum de 1980 et a combattu aux côtés de Lucien Bouchard lors de celui de 1995.

Lors de la Crise d’octobre, Daoust, qui ne partageait pas du tout l’action violente du Front de libération du Québec (FLQ) n’approuvait pas non plus la Loi des mesures de guerre réclamée par le maire de Montréal, Jean Drapeau, lequel cherchait à assimiler le Front d’action politique des salariés à Montréal (FRAP) et son leader Paul Cliche aux terroristes afin de réclamer l’intervention de l’armée.
Drapeau avait même affirmé que Fernand Daoust faisait partie d’un « groupe de personnalités qui s’apprêtait à se substituer au gouvernement Bourassa en formant un gouvernement provisoire. »

Qui étaient ces pseudos « putschistes » susceptibles de profiter de l’insurrection pour s’emparer du pouvoir ? Réunies autour du directeur du Devoir, Claude Ryan, il s’agissait selon Drapeau et le Globe and Mail des trois présidents de centrales, Louis Laberge, Marcel Pepin (CSN) et Yvon Charbonneau (CEQ) ainsi que Daoust, d’Alfred Rouleau, président du Mouvement Desjardins et des dirigeants du Parti québécois autour de René Lévesque. Heureusement, ces allégations ne furent pas prises au sérieux par grand monde.

Tous ces combats, Fernand les mena comme permanent syndical, puis directeur québécois du Syndicat de la fonction publique, ensuite secrétaire-général de la FTQ avant de succéder à son ami Louis Laberge, avec lequel il entretint toujours des relations amicales, mais souvent tumultueuses.

D’ailleurs, avant d’être finalement élu secrétaire-général, Daoust avait perdu une première fois aux mains de Gérard Rancourt.

Trois grandes raisons ont provoqué ma défaite, devait-il expliquer plus tard. D’abord ma position sur la question nationale. Je me suis identifié, depuis des années et des années, aux aspirations d’un Québec nouveau. On m’a accusé d’être séparatiste. Il y a aussi ma position à l’égard de la CSN. J’ai souvent parlé d’unité d’action avec la CSN. J’estime que c’est indispensable ; tôt ou tard, il faudra en arriver à une fusion organique avec la CSN. On m’a aussi reproché mes critiques, que j’ai toujours voulues constructives, à l’égard du syndicalisme nord-américain.

Finalement élu au congrès de 1969, il forma avec « le gros Louis » un curieux tandem : Laberge, l’homme des syndicats de métiers, l’anti-intellectuel si l’on peut dire, et Daoust, qui bien qu’étant fils d’ouvrier était considéré par tous comme l’intellectuel un peu perdu au sein de la FTQ qui en comptait bien peu.

Souvent d’ailleurs, Daoust a dû affronter son alter ego. Qui n’était pas facile à convaincre et s’opposa souvent, du moins au début, à plusieurs de ses revendications et combats.

Un des points les plus délicats qu’il eut à traiter avec Louis Laberge fut les relations que celui-ci entretenait avec André « Dédé » Desjardins, leader controversé de la FTQ-construction à l’époque de la commission Cliche qui enquêtait sur le banditisme dans l’industrie de la construction.

Desjardins prêtait en effet flanc à de multiples soupçons de liens avec le crime organisé. Tombé en disgrâce auprès de partenaires d’affaires des motards criminels, « Dédé » Desjardins fut d’ailleurs assassiné le 27 avril 2000.

Même si la commission Cliche avait sérieusement éclaboussé Desjardins et ses comparses, Louis Laberge avait dit à Desjardins que la FTQ continuerait de l’appuyer, Daoust l’encouragea à démissionner et fut nommé, par la suite, tuteur des syndicats de la construction jusqu’à leur épuration.

Mais il fut d’accord avec Laberge lorsque celui-ci rendit public le manifeste L’État rouage de notre exploitation.

Dans ce manifeste, on affirmait que :

[…] le système économique dans lequel nous vivons tend à nous écraser. Nous n’avons pas d’autre choix que de le détruire (?) pour ne pas être détruits. Nous devons viser à remplacer le système capitaliste libéral qui le soutient par une organisation sociale, politique et économique dont le fonctionnement sera basé sur la satisfaction des besoins collectifs par un pouvoir populaire qui remettra les appareils de l’État et les produits de l’économie aux mains de l’ensemble des citoyens.

C’est pourquoi Fernand Daoust s’est associé à l’expérience de cogestion de Tricofil des débuts jusqu’à la fin en 1982. André Leclerc ira jusqu’à écrire que de toutes les causes que Fernand Daoust a défendues au cours de sa carrière syndicale, Tricofil compte parmi celles qui lui ont le plus tenu à cœur.

Autre point important : Fernand Daoust, homme de conciliation, a toujours préféré les alliances, les « fronts communs » comme on les appelle aux luttes fratricides avec la CSN.

Dès 1965, devant le Club Richelieu-Ottawa, il déclarait :

La guerre à mort entre la CSN et la FTQ risque d’ériger un mur de haine entre les travailleurs, au moment où ils devraient faire cause commune pour enrayer la dictature du profit et l’exploitation capitaliste des classes laborieuses. Au lieu de s’arracher des adhérents et de se quereller en public, la FTQ et la CSN feraient bien de consacrer leurs efforts à recruter les non-syndiqués qui se chiffrent à 70 % des salariés du Québec.

Le Fonds de solidarité

Ce n’est pas d’hier que la FTQ et ses syndicats affiliés mettent la main à la pâte pour sauver des emplois. Dès les années 1970, avec l’aide de Jean-Guy Frenette, économiste de la centrale, différents modèles de participation ont été explorés.

Lors du Sommet socio-économique de Québec, Louis Laberge tente de convaincre René Lévesque d’investir dans la création d’un fonds d’investissement collectif. Le gouvernement ne bougeant pas, la FTQ décide de faire cavalier seul. Le 23 juin 1983, le Fonds de solidarité des travailleurs voit officiellement le jour. Louis Laberge en devient le premier président et Fernand Daoust, le premier secrétaire. Claude Blanchet, l’époux de Pauline Marois, en devient le premier directeur général.

Devenu président de la FTQ en 1991 à la suite de la retraite de Louis Laberge, Daoust deviendra, en février 1994, président du conseil d’administration du Fonds pour deux ans. En février 1996, une fois son mandat terminé, on lui donne le titre de vice-président aux affaires internationales. Daoust croyait fermement qu’il fallait faire connaître partout dans le monde ce Fonds de solidarité dont il était si fier, mais sans recevoir un refus catégorique, sa suggestion ne déclencha pas un très grand enthousiasme à la direction de la centrale.

Il est malheureux que même si son livre n’a été publié qu’en février 2016, André Leclerc passe entièrement sous silence le grenouillage et les irrégularités aux dépens du Fonds de solidarité commises par des dirigeants de la FTQ, le président Claude Mérineau, le président de la FTQ-construction et vice-président de la FTQ Jean Lavallée et sur la condamnation pour fraude du directeur-général de la dite FTQ-construction, Jocelyn Dupuis au début du XXIe siècle et mises à jour par la commission Charbonneau.

Il aurait été important de savoir comment réagit l’honnête homme qu’a toujours été Fernand Daoust aux actions de ces magouilleurs qui ont terni la crédibilité du Fonds.

Pierre Vennat
Journaliste-historien

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