Les Musées de la civilisation : une institution publique ou un entrepôt numérique ?

Professeur d’histoire à l’Université Laval et président de l’Institut d’histoire de l’Amérique française. Cette lettre a été signée par plus de 600 autres chercheurs. 

Une institution muséale publique sans service de recherche et dont les archives sont inaccessibles aux chercheurs peut-elle encore se targuer d’être un musée ? Ne devient-elle pas un simple entrepôt avec des collections qui, bien que remarquables, auront tôt fait de tomber dans l’oubli, ne trouvant plus personne pour les interpréter et les mettre en valeur ?

Cette question se pose alors que les Musées de la civilisation de Québec (MCQ) ont procédé, le 1er avril, au démantèlement complet de leur service de la recherche et s’apprêtent, le 23 juin 2016, à fermer la salle de consultation de leurs archives. Dans ce dernier cas, les MCQ affirment que cette fermeture est provisoire, sans indiquer de date de réouverture éventuelle.

Un mandat clair et explicite

La Loi sur les Musées nationaux (LQ, c. M-44) est claire : elle accorde aux MCQ trois fonctions principales :

  • faire connaître l’histoire et les diverses composantes de notre civilisation […] ;
  • assurer la conservation et la mise en valeur de la collection ethnographique et des autres collections représentatives de notre civilisation ;
  • assurer une présence du Québec dans le réseau international des manifestations muséologiques par des acquisitions, des expositions et d’autres activités d’animation.

De plus, les MCQ précisent dans leurs politiques qu’ils « jouent un rôle actif dans le développement des connaissances muséales, dans le partage des compétences et dans la réalisation de programmes de collaboration ». Ce mandat fut rempli en grande partie par le service de la recherche, dont le personnel qualifié s’est investi dans plusieurs expositions permanentes qui ont fait le succès des MCQ. Songeons aux expositions de référence « C’est notre histoire » sur les Premières Nations, « Le Temps des Québécois » ou « Partir sur la route des francophones » qui sont autant de preuves convaincantes du rôle crucial de la recherche en milieu muséal.

Les archives des MCQ comportent quant à elles un caractère exceptionnel reconnu par l’UNESCO. Elles abritent la collection nationale composée notamment de la collection ethnographique du Québec, des collections des Premiers Peuples, celles du Séminaire de Québec ainsi que des livres rares et anciens. Le muséologue Yves Bergeron a souligné leur profonde pertinence sociale : en intégrant le Musée du Séminaire aux MCQ en 1995, il s’agissait de « constituer des collections au service du savoir et de l’éducation ». D’une grande richesse, ces collections comptent d’ailleurs 625 000 objets et documents.

Un appauvrissement majeur d’une institution publique

Institution publique, les MCQ voient leur mission remise en cause par les récentes décisions administratives. Il est difficile d’expliquer le démantèlement du service de recherche des MCQ et la mise à pied de six professionnels – dont deux conservateurs et un archiviste. Il sera désormais plus ardu pour les MCQ de contribuer au développement des connaissances muséales produites dans ses murs, de partager des compétences et de collaborer activement avec d’autres institutions dans le monde. Cette décision engendre un appauvrissement majeur de cette institution publique qui sera privée de compétences pour accomplir les fonctions qui lui sont dévolues par la Loi.

La fermeture provisoire de la salle de consultation des archives est préoccupante. Les MCQ se proposent de mettre en ligne leurs collections d’archives sans assurer les services de consultation physique, faute de financement. Certes, ce virage numérique est positif et pourra permettre aux MCQ de s’inscrire avec leur temps, de rejoindre de nouveaux publics. Toutefois, plusieurs questions sont soulevées par cette décision. Quand la numérisation sera-t-elle complétée ? Qu’est-ce qui sera numérisé ? Toute la collection ou un simple échantillon ? Pourquoi doit-on fermer en même temps la salle de consultation ? Autant d’inquiétudes évitables, alors que d’autres institutions ont su manœuvrer sur les deux fronts. Le British Museum, la Bibliothèque nationale de France et la Bibliothèque du Congrès, et même le Monastère des Augustines de Québec, ont mis des millions d’archives en ligne ces dernières années, tout en garantissant l’accès de leurs salles et la disponibilité de leurs archivistes aux chercheurs.

Qui plus est, cette décision menace la reconnaissance internationale et exceptionnelle de l’un des fleurons des MCQ. En effet, l’UNESCO a inscrit le Fonds d’archives du Séminaire de Québec (1623-1800) au registre Mémoire du Monde, en 2007. L’un des critères prédominants est celui de l’authenticité des documents consultés : la numérisation des archives ne peut garantir cette authenticité.

La pertinence de la mission

Les MCQ sont des musées remarquables. Ils tirent leur raison d’être de la mise en valeur de leurs connaissances, de ceux et celles qui les produisent, de leurs collections exceptionnelles qui appartiennent à l’ensemble de la société québécoise. Les récentes décisions administratives auront des impacts majeurs sur leur avenir. Aussi, nous exprimons notre vive préoccupation aux responsables des MCQ, au ministre de la Culture et des Communications au premier chef, devant cette situation qui menace la pertinence même de la mission des MCQ.

Collections numériques (1917-2013)

action couv 1933Bibliothèque et Archives nationales du Québec a numérisé tous les numéros de L'Action française et de L'Action nationale depuis 1917.

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