Actualité et éloquence de témoignages d’hier sur les Canadiens-Français

« Le lien du langage est peut-être le plus fort et le plus durable qui puisse unir les hommes » . Ne croirait-on pas entendre ou lire l’un des inspirateurs ou des animateurs contemporains de la Francophonie. C’est bien pourtant Alexis de Tocqueville qui s’exprimait ainsi en 1831, après avoir passé quelques mois parmi nous. Il estimait aussi que « les Français du Canada devaient reconquérir complètement leur nationalité », c’est-à-dire en clair dans le langage d’aujourd’hui, assumer complètement la maîtrise de leur destin.

 

Tocqueville avait observé ceci chez nous: « Les Anglais et les Français se fondent si peu que les seconds gardent exclusivement le nom de Canadiens, les autres continuant à s’appeler Anglais » (tome 1 des Voyages en Sicile et aux Etats-Unis). Il y disait encore : « Le plus grand et le plus irrémédiable malheur pour un peuple, c’est d’être conquis ». Ceci encore dans le tome 1 de La Démocratie en Amérique (son oeuvre la plus célèbre, un classique aujourd’hui encore) :

 

Je ne conviendrai jamais que des hommes forment une société par cela seul qu’ils reconnaissent le même chef et obéissent aux mêmes lois. Il n’y a de société que quand des hommes considèrent un grand nombre d’objets sous le même aspect ; lorsque sur un grand nombre de sujets, ils ont les mêmes opinions ; quand enfin les mêmes faits font naître en eux les mêmes impressions et aussi les mêmes pensées.

Comment ne pas reconnaître l’intérêt primordial de ces quelques propos, extraits de l’ouvrage Tocqueville au Bas-Canada, ouvrage présenté et préfacé par Jacques Vallée, aux Editions du Jour en 1973. Mais davantage, il faut lire et relire le livre capital de Guy Frégault, au tout premier rang de nos grands historiens : La civilisation de la Nouvelle-France 1713-1744 qui constitue sans doute la meilleure description de notre nation dans ces quelque trente années décisives à moult égards. Je suis persuadé que la grande majorité des nôtres, y compris les intellectuels et les universitaires, y compris de que l’on appelle « le grand public cultivé », découvriraient réellement, avec étonnement puis admiration, cette société active et diverse, ardente et créative, où déjà s’inscrivait la nation canadienne-française.

Frégault cite en particulier et longuement l’ouvrage capital du naturaliste suédois Pehr Kalm, qui est le récit de son long séjour en Nouvelle-Angleterre et en Nouvelle-France, le Québec principalement. Dans ce journal de route, traduit par Jacques Rousseau et Guy Béthune dans les années 1970, Kalm s’intéresse non seulement à la nature dans tous ses aspects mais aussi , en véritable humaniste, à la société elle-même, à l’instar de son maître Linné. Ainsi, par exemple, il décrit longuement les types et les formes des habitations et des fermes, les vêtements des diverses couches et des divers âges de la population ou encore diverses cérémonies religieuses dont la procession de la Fête de l’Assomption, alors très grande fête chez les peuples catholiques, le mode de vie des diverses classes sociales, le système scolaire, etc. Dans l’ensemble, Kalm souligne la relative prospérité de ce pays, la bonne humeur et le savoir-vivre dans tous les milieux, y compris la paysannerie, l’élégance et les distractions de la bourgeoisie et de la petite noblesse, etc. Les comparaisons qu’il est amené à faire, au moins implicitement, avec la Nouvelle-Angleterre, sous ces divers aspects, sont nettement favorables à la Nouvelle-France.

Voilà, parmi bien d’autres certes, des témoignages du plus vif intérêt sur la Nouvelle-France, le Québec et le Canada français, propres à entretenir la fierté des origines et la connaissance d’une période centrale de notre histoire. On ne saurait assez souhaiter la lecture, la relecture de pareils témoignages et, tout simplement le renforcement de la place de l’histoire nationale dans les programmes d’étude, aux niveaux primaire et secondaire mais aussi au collège. Peut-on supposer que la plupart des professeurs d’histoire nationale aux divers niveaux ont déjà lu et relu des témoignages comme ceux de Kalm et de Tocqueville, et surtout les oeuvres de Frégault, dont La civilisation de la Nouvelle-France. Je voudrais le croire... je n’en suis hélas pas réellement certain.

 

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