Mémoire de la Commission franco-québécoise sur les lieux de mémoire communs

Coprésident, CFQLMC
La version initiale de ce texte est le mémoire présenté au ministère de la Culture et des Communications en marge de la révision de la politique culturelle du Québec

Le renouvellement de la Politique culturelle du Québec est un bien vaste chantier. Nous en sommes conscients. Toutefois, cette initiative nous interpelle sur un aspect particulier soit l’absence d’une politique québécoise de commémoration.

La commémoration est un volet de la mission de la CFQLMC fondée en 1996 par les regrettés Marcel Masse et Henri Réthoré, grands acteurs de la relation franco-québécoise, s’il en fut. Elle est bicéphale en ce qu’elle a deux structures indépendantes, l’une au Québec et l’autre en France, mais qui collaborent dans la poursuite de sa mission. Celle-ci est d’être un acteur de la coopération franco-québécoise qui vise à mettre en valeur les lieux de mémoire qui témoignent d’une histoire commune et d’une culture partagée. L’action de la Commission se fonde donc sur deux pôles complémentaires, soit: - l’inventaire et la connaissance de ces lieux de mémoire; - leur mise en valeur et leur partage par le plus large public. L’approfondissement et le partage d’une mémoire commune prennent une signification renouvelée à l’heure de la mondialisation et des pressions vers l’uniformisation culturelle. La mémoire contribue à façonner l’identité et propose des ancrages culturels qui constituent autant d’atouts pour mieux s’inscrire dans la modernité. Qu’est-ce qu’un lieu de mémoire ? - Un lieu physique (ex.: La Rochelle); - Un personnage (ex. : Champlain); - Un évènement (ex.: arrivée des Filles du Roy); - Un élément de patrimoine immatériel (ex.: la chanson française).

Est-ce une mission tournée vers le passé, comme certains pourraient le penser ? Non, nous sommes d’avis qu’elle est fort moderne, car notre démarche procède de la maxime bien connue : pour savoir où l’on va, il faut savoir d’où l’on vient. La Commission est d’abord une table de concertation. Dans toutes ses réalisations, elle s’associe avec ses nombreux partenaires, principalement, mais non exclusivement, la Fédération Histoire-Québec et ses sociétés membres, la Fédération québécoise des sociétés de généalogie et ses sociétés membres et les Associations Québec-France et France-Québec. Elle est appuyée financièrement par le ministère des Relations internationales et de la Francophonie du Québec et accessoirement par le ministère de la Culture et des Communications du Québec et le ministère des Affaires étrangères de France. 

Les réalisations de la CFQLMC en matière de commémoration

Nos réalisations dans le domaine de la commémoration sont nombreuses : pour n’en citer que quatre, - 150e anniversaire du Consulat général de France à Québec (2009); - 50e anniversaire de la Délégation générale du Québec en France (2011); - 25e anniversaire du décès de Félix Leclerc (2014); intervention auprès du gouvernement fédéral pour souligner que le recensement de 2016 marque le 350e anniversaire du premier recensement tenu en Nouvelle-France en 1666. En 2017, nous soulignerons trois évènements : la visite du général de Gaulle, le 375e anniversaire de Montréal et le 400e de l’arrivée de Louis Hébert et Marie Rollet.

L’absence d’une politique de commémoration

Ce qui nous amène à discuter de la commémoration et surtout de l’absence d’une politique officielle au gouvernement du Québec. L’histoire a façonné chacun des États et les valeurs dont ils font la promotion. L’histoire n’est pas qu’une vision de l’esprit ou quelque chose d’abstrait. Elle est vivante et nous en voyons tous les jours des manifestations dans nos vies quotidiennes. Et l’État qui procède de la volonté du peuple, se doit de référer à cette histoire et surtout la faire connaître en commémorant les principaux évènements, personnages ou lieux qui ont marqué la vie commune.

Force est de constater qu’au Québec, pas plus qu’au Canada d’ailleurs, il n’existe aucune politique officielle de commémoration. Bien sûr, on célèbre le 150e anniversaire du Canada. Quant au 400e anniversaire de Québec, on ne peut pas dire que l’histoire y a eu une place importante et nous craignons qu’en 2017, les fêtes de Montréal aillent dans le même sens. Ainsi, ce n’est pas par des spectacles de Céline Dion ou de Paul McCartney, malgré le respect que nous pouvons avoir pour ces artistes ainsi que leur puissance pour attirer des foules, que nous célébrons notre histoire et nos valeurs communes. Non seulement tout est à refaire à chaque fois, mais nous devons convaincre l’État de l’importance de telle ou telle commémoration.

Nous ne prendrons que deux exemples. En 2013, nous avons célébré le 350e anniversaire de l’arrivée en Nouvelle-France de la première cohorte des Filles du Roy. Cet évènement avait son importance lorsque l’on sait que ces filles sont devenues les Mères d’une nation, la nôtre. Il en a fallu du temps au ministère de la Culture pour s’apercevoir de l’importance historique de l’évènement. La Commission et la Société d’histoire des Filles du Roy travaillaient depuis au moins 2010 à la préparation de la commémoration. Or, ce n’est qu’en février 2013, que le Ministère a confirmé son aide financière, ne laissant que quatre mois aux bénévoles pour préparer adéquatement l’évènement et forçant l’abandon de projets que nous n’avions plus le temps de réaliser. Tout cela donnait un petit air d’improvisation, qui est souvent caractéristique de l’attitude du gouvernement du Québec en ces matières.

Souhaitons que l’expérience ne se répète pas en 2017 avec la commémoration du 400e anniversaire de l’établissement en Nouvelle France de Louis Hébert, premier agriculteur canadien et apothicaire de profession, son épouse Marie Rollet, éducatrice, et leurs trois enfants. Cet évènement n’est pas banal. Il s’agit de la première famille française installée en Nouvelle-France à l’origine de nombreuses familles québécoises. Le couple mérite aussi notre admiration comme symbole d’amitié avec les peuples des Premières Nations. En 1917, on leur a érigé un monument et frappé une médaille. Cent ans plus tard, Louis Hébert et Marie Rollet sont inconnus au bataillon à l’ouest de l’Outaouais, notamment chez Postes Canada ou la Monnaie royale canadienne. Au Québec, la question n’intéresse même pas le ministère de la Culture. Ainsi, notre demande de désigner l’année 2017, Année Louis-Hébert et Marie-Rollet, n’a même pas reçu d’accusé de réception près de deux ans après notre lettre en ce sens. Quant à la Ville de Québec, elle nous assure que l’évènement ne sera pas oublié le 3 juillet 2017, lors de la Fête de la ville de Québec.

Aussi, à l’heure où ces lignes sont écrites, les activités de l’Année Louis-Hébert-Marie-Rollet seront le produit d’initiatives individuelles où l’État sera quasiment absent. Une honte ! Il est grand temps que le Québec se dote d’une politique officielle de commémoration, définissant les éléments à commémorer, la façon de le faire et de doter le tout des moyens matériels et financiers requis. D’autres pays, notamment la France, possèdent une telle politique. En sachant à l’avance les intentions de l’État, les nombreux bénévoles impliqués dans ces commémorations pourront se préparer adéquatement et les fêtes n’en auront que plus de lustre. Nous souhaitons donc la fin de l’improvisation en ces matières qui sont d’une grande importance pour un peuple qui désire se caractériser par sa différence sur le continent nord-américain. 

Québec, 8 août 2016.

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Décembre 2017

Éditorial - Au seuil d’un autre commencement

2017decembre250Conférence prononcée à l’occasion du
Gala du centenaire de L’Action nationale
au cabaret Lion d’Or
27 octobre 2017
Version vidéo -

Je suis heureux de partager avec vous cette soirée, ce moment de célébration. C’est un privilège rare qui m’est donné et je vous en suis très reconnaissant. Je voudrais profiter de l’occasion pour revenir un tant soit peu, sur le chemin parcouru. Et pour tenter d’ouvrir quelques pistes pour le proche avenir, en sachant qu’il faudra revenir plus d’une fois sur le sujet.

Je vous invite à aborder les prochaines années avec confiance et détermination. Il faut penser notre combat dans le temps long. Et le faire en sachant que nous sommes redevables à tous ceux et celles qui, avant nous, ont mené les batailles qui ont permis à notre peuple de se rendre là où nous sommes. Encore et toujours au seuil de notre naissance, certes. Mais encore et toujours tenaces et opiniâtres, avec le même idéal chevillé au corps, le même goût de liberté, le dur désir de durer.

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La voie rapide du Programme de l’expérience québécoise

L'auteur a été conseiller au ministère de l’Immigration, de la Diversité et de l’Inclusion pendant 23 ans, à la retraite depuis deux ans. Le présent article est extrait d'un ouvrage en préparation chez L'Action nationale Éditeur.

Le Québec compte au sein de sa population des migrants étrangers qui y résident de façon temporaire, détenteurs d’un permis de séjour temporaire délivré par le gouvernement fédéral et d’un Certificat d’acceptation du Québec (CAQ). Il s’agit de travailleurs étrangers actifs sur le marché du travail québécois et d’étudiants étrangers inscrits dans nos institutions d’enseignement. Le ministère de l’Immigration, de la Diversité et de l’Inclusion (MIDI) souhaite en retenir le plus grand nombre possible au Québec afin qu’ils s’y établissent de façon durable. En tant que candidats éventuels à la sélection québécoise, ces personnes jouissent d’un avantage important par rapport aux candidats à l’immigration économique qui sont encore dans leur pays d’origine : ils vivent déjà au Québec depuis quelques années et participent à la vie québécoise. D’où l’intérêt pour le Québec de stimuler leur recrutement comme immigrants permanents. C’est dans cette perspective qu’a été mis sur pied en 2010 le Programme de l’expérience québécoise (PEQ).

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Le démantèlement de la nation (chronique 17)

La période couverte s’étend du 21 septembre au 29 novembre 2017.

Au référendum de 1995, le OUI a perdu par 27 145 voix, car l’écart entre le oui et le non fut de 54 288 voix seulement. Des études ont alors montré que si les milieux moins favorisés s’étaient rangés derrière le OUI, c’est parce que l’État québécois leur semblait mieux en mesure que celui d’Ottawa, qui avait déjà entrepris de vastes compressions dans ses programmes sociaux, de mener la lutte contre la pauvreté et d’offrir un filet social de qualité.

Mais après le référendum, balayant une telle analyse du revers de la main, le premier ministre Lucien Bouchard s’est employé à dissocier question nationale et engagement de l’État québécois dans la société. Il a fait sienne la lutte contre le déficit. Les compressions ont commencé en santé, en éducation, dans les programmes sociaux et ailleurs. Ce premier ministre prétendait qu’en atteignant le déficit zéro et la réduction de la dette, les Québécois seraient à l’avenir plus libres de leurs choix. C’était vraiment mal lire la réalité. Celle-ci, à l’époque, n’était plus l’insécurité économique ; c’était tout simplement que 60 % de OUI parmi les Québécois de langue française n’avaient pas suffi à l’emporter contre 95 % de NON parmi les non-francophones.

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Bilan de l’année du centenaire

Le conseil d’administration de la Ligue a voulu souligner avec éclat le centième anniversaire de la revue qui fut fondée en janvier 1917. L’objectif principal de cette année de commémoration était de faire connaître la revue afin d’élargir son lectorat. Nous avons voulu célébrer tous les artisans de la revue qui depuis un siècle, mois après mois, ont assuré la production et la diffusion d’analyses pertinentes et éclairantes de notre destin national.

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Chroniques catalanes

L'auteur remercie Consol Perarnau qui l’a guidé dans la connaissance de la Catalogne.

Ces chroniques portent sur le processus d’autodétermination du peuple catalan qui s’est concrétisé par la tenue d’un référendum le 1er octobre dernier. Je me suis rendu à Barcelone du 24 septembre au 2 octobre comme participant à la délégation québécoise organisée par le Réseau Québec-monde. J’avais aussi obtenu l’accréditation de la Generalitat pour agir comme observateur international et surveiller le déroulement du vote. Ces chroniques forment en quelque sorte un journal de bord de ce voyage où se mêlent récit de vie et analyse politique. Ce journal relate au jour le jour les rencontres avec les principaux acteurs du mouvement indépendantiste catalan. Il compare aussi à l’occasion l’évolution du mouvement indépendantiste québécois et celui du mouvement catalan. 

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