Lise Payette. Le sens du Devoir

Lise Payette
Le sens du Devoir, Montréal, Éditions Québec Amérique, 2016, 326 pages

Lise Payette a fait paraître Le sens du devoir aux Éditions Québec Amérique. Cet ouvrage recueille cent chroniques publiées dans Le Devoir au cours des neuf dernières années. Cette parution n’est toutefois pas anodine. Elle est issue d’une réaction de la part de l’auteure au refus de la part du Devoir de faire paraître sa chronique « Docteur, êtes-vous malade ? » en avril 2016 qui s’est suivi de la fin de la collaboration entre ces deux parties. Chronique qui, on va se le dire, ne faisait qu’énoncer tout haut ce que plusieurs pensent tout bas sur les méthodes de gouvernance de notre coloré ministre de la Santé.

Est-ce que ce livre est un incontournable de 2016 ? Absolument pas !

La volonté de vouloir publier cette chronique inédite est valable. Des chroniqueurs, des animateurs et certaines personnes diffusant allègrement leur opinion sur les ondes radio de Québec font quotidiennement bien pire. Par contre, un mot a guidé ma lecture du début à la fin : pourquoi ? Pourquoi est-ce qu’un lectorat souhaiterait relire en rafale cette série de chroniques ?

Certes, il peut-être distrayant, à travers leur lecture, de se rappeler les nombreux événements qui ont occupé l’espace public depuis les dernières années. Les sujets sont nombreux : le cynisme envers le PQ de 2011, Occupons Montréal, la demande d’une Commission d’enquête dans l’industrie de la construction, l’insatisfaction à l’égard du gouvernement Charest, la Dame de fer, la commission Charbonneau, la crise étudiante, l’élection de la première Première ministre du Québec, la commission Charbonneau, la course à la chefferie des libéraux fédéraux, les premières commissions parlementaires de Mourir dans la dignité, l’entrée en scène de Denis Coderre en tant que maire de Montréal, la commission Charbonneau, la charte, l’épisode de Fatima Houda-Pépin, la défaite électorale du PQ de 2014, le référendum écossais, le décès de Jacques Parizeau, le départ, le retour et le départ de Gilles Duceppe, le déversement dans le St-Laurent, la campagne fédérale interminable de 2015 et j’en passe ! Ah oui, et la commission Charbonneau.

Vous êtes essoufflés ? Je l’étais aussi !

De chronique en chronique, je cherchais le fil conducteur.

Oui, la place des femmes en politique, l’égalité des femmes et des hommes et la volonté de cette femme de léguer une société prometteuse aux générations futures étaient omniprésentes du début à la fin, mais il manquait quelque chose. Il manquait l’intérêt qu’un auteur peut susciter chez ses lecteurs, puisque je ne vous cacherai pas que j’aurais abandonné ce livre pour un autre n’eût été la volonté d’en faire une recension.

Aucun contenu recherché. Elle passe d’anecdote à anecdote avec une critique qui manque parfois de fondement. Je ne donnerai qu’un exemple qui reflète parfois ce à quoi l’on fait face : « Philippe Couillard n’a pas été un grand exemple de générosité face au drame de Lac-Mégantic. Ses études en médecine auraient peut-être pu être plus utiles sur le terrain pendant ces jours si difficiles pour des gens si malheureux. C’est sûr qu’il a le droit de se sentir trop qualifié pour ce type de travail ». Certaines analogies sont faciles et frisent l’absurde. Pour défendre une idée, il faut parfois se doter d’argumentation solide pour ne pas être ridiculisé par l’adversaire.

Certes, tout au long des chroniques, on ne peut nier les convictions profondes et appréciables de Lise Payette envers la patrie. Sa riche expérience politique et sa pensée doivent continuer d’être exposées dans les médias québécois.

Toutefois, le livre ne répond pas à son propre projet puisque l’amalgame de chroniques proposé n’enrichit en rien la bibliothèque d’un lecteur. Un travail de l’éditeur aurait été nécessaire afin d’amener l’auteure à peaufiner son contenu pour donner un sens à l’ouvrage ou même au titre. Le sens du devoir ? Mis à part un jeu de mots lié à la querelle à la source de ce livre et son utilisation à quelques reprises dans certaines chroniques, ce titre ne reflète pas ce qu’il contient.

J’en aurais voulu plus. Ne serait-ce que pour trouver une utilité à la publication de ce livre et aux quelques heures passées sur la lecture de cet ouvrage. Minimalement, j’aurais voulu un préambule qui annonçait la trajectoire plus que particulière qu’a parcourue le Québec au cours des dernières années. J’aurais voulu une critique en guise de conclusion, une appréciation de ce qui se déroule sous ses yeux dans notre société et dans le pire des cas, des conseils sur ce qui s’en vient. Rien. Le livre se termine sur les mots de la chronique inédite que Le Devoir a refusé de publier. Chronique qui, je l’ai dit, n’a rien de révélateur ou qui se distingue particulièrement des quatre-vingt-dix-neuf autres.

Ma critique ne concerne que ce livre. Je tiens à le préciser. C’est la forme de l’ouvrage qui laisse sur sa faim. On ne peut qu’avoir une admiration pour cette femme, femme qui a tracé le chemin vers les hautes sphères politiques pour de nombreuses femmes qui y sont aujourd’hui et qui y seront demain, mais si j’avais à conseiller une lecture à une jeune femme pour laquelle débute un brin d’intérêt pour le monde politique qui l’entoure, ce ne serait certainement pas celui-là.

Bianca Bourdeau

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