2018juinseptembreANNONCEWEB

Le Québec dans la politique internationale du général de Gaulle

L'auteur est professeur émérite à l’Université de Paris-Sorbonne

Le voyage du général de Gaulle au Québec en juillet 1967 doit d’abord se lire comme l’accomplissement d’un devoir de mémoire. Une dimension capitale quand on connaît le rôle de l’histoire comme ressort de sa pensée et de son action. Elle apparaît déjà le 5 octobre 1961 dans le toast à l’adresse de Jean Lesage, le premier ministre du Québec, visite qui marque l’amorce officielle de la relation privilégiée entre la France et le Québec. D’emblée, le Général y observe : « Il n’y a pas de temps écoulé qui ait pu effacer de l’esprit et du cœur de la France la pensée et la nostalgie de ceux de ses enfants qu’elle y avait laissés là-bas voici tantôt deux cents ans. » À fortiori cette dimension est-elle au cœur du voyage de juillet 1967. Le Général y suit de Québec à Montréal « le chemin du Roy », celui-là même que le roi de France aurait suivi s’il était venu dans la Nouvelle France. Ce chemin, c’est le général de Gaulle, le président de la République française, le monarque républicain, qui l’a remonté le 24 juillet 1967.

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De Gaulle en notre temps

Mon seul souci en venant chez vous était de vous rendre service… ce sera à vous, au peuple du Québec, de dire si j’y ai réussi, car la suite vous appartient.
- Charles de Gaulle, 25 juillet 19671

De Gaulle n’est pas arrivé dans notre histoire comme un cheveu dans la soupe, un beau soir d’été en juillet 1967. Et, pourtant, à écouter les commentaires des uns et les réminiscences des autres, c’est bien ce que pense le grand nombre. Et c’est pour briser cette impression que j’ai pensé faire avec vous aujourd’hui une petite excursion dans notre temps, que je ferai en deux étapes, une première en remontant autour de 1960, une deuxième plus haut encore, vers 1940.

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De la grandeur française en Amérique

Il nous avait compris, le vieux général.

Mieux que nous-mêmes, lui savait, voyait, entendait qu’il y avait ici de la grandeur à fabriquer. Refoulée par deux siècles d’anglitude, cette grandeur toute française qui, ayant épousé ce vaste continent, habite au creux de notre âme, cette grandeur était enfin appelée à éclore.

Il fallait tirer ce peuple des limbes de l’Histoire, en invitant par la même occasion ses habitants à déguédiner. Il fallait régler notre sort et rendre à la Francophonie ce qui lui appartient.

C’est bien ce que de Gaulle voulut faire, un certain mois de juillet 1967, lui qui sans détour, nous reconnut une faculté de liberté et d’envergure et plus encore ; une stature digne d’un authentique statut de Nation et d’État.

La plupart adorèrent.

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Collectif Faut qu'on se parle. Ne renonçons à rien

Jean-Martin Aussant, Claire Bolduc, Véronique Coté, Maïtée Labrecque-Saganash, Aurélie Lanctôt, Karel Mayrand, Gabriel Nadeau-Dubois, Will Prosper et Alain Vadeboncoeur
Ne renonçons à rien, Lux, 2017, 219 pages

Même si la tournée « Faut qu’on se parle » a eu beaucoup plus d’échos que le livre qui en est ressorti, Ne renonçons à rien, il vaut la peine de s’attarder à ce dernier en raison de l’attention accordée à cette tournée.

Le concept est simple : des personnalités plus ou moins connues, essentiellement issues de la gauche montréalaise, ont fait le tour des régions du Québec pour ensuite nous présenter des idées qu’elles auraient entendues au cours de cette tournée et qui, étrangement, ressemblent souvent aux idées qu’elles avaient avant d’entreprendre cette démarche. Cela donne un concentré d’idées fort intéressantes actuellement en vogue au sein de cette gauche, mais cette fois appuyées par des témoignages de simples citoyens. Cela va de l’importance de l’économie sociale et de l’achat local à la réforme du mode de scrutin en passant par l’élargissement de la couverture de l’assurance maladie aux problèmes de santé mentale, la priorité à l’éducation, la critique de la montréalisation de l’information (à laquelle le livre contribue pourtant), la défense des CPE, la dénonciation des discriminations à l’encontre des immigrants, l’opposition aux oléoducs, la promotion des transports en commun, etc. 

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Mathieu Bock-Côté. Le nouveau régime

Mathieu Bock-Côté
Le nouveau régime. Essais sur les enjeux démocratiques actuels, Boréal, 2017, 320 pages

Le sociologue Mathieu Bock-Côté est un auteur prolifique. Quelques mois après la publication d’un ouvrage salué par la critique, Le multiculturalisme comme religion politique, il récidive en publiant Le nouveau régime. Essais sur les enjeux démocratiques actuels. Rassemblant différents essais parus ces derniers temps, il poursuit le combat de sa vie : la critique du multiculturalisme. Si, comme Bock-Côté l’avance, le multiculturalisme est la religion du XXIe siècle, il n’est pas exagéré de dire que le sociologue est à notre époque ce qu’Arthur Buies a été à la sienne. Les deux sont d’une ténacité et d’une énergie à toute épreuve. Mais le sociologue a réussi là où le « chroniqueur éternel » a échoué, soit à attirer l’attention du milieu intellectuel de la mère patrie.

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Raphaël Émond. La politique vue du haut de mes 12 ans

Raphaël Émond
La politique vue du haut de mes 12 ans, Chicoutimi, Éditions JCL, 220 pages

Il y a étrangement, dans certaines conceptions irrationnelles de la jouvence, une métaphore de la pureté. Il ne suffirait que d’ouvrir son cœur et ses oreilles à la candeur de l’enfant pour recevoir l’ablution complète décrottant le pire des impies de la boue tapissant son âme souillée. Une fois le baptême reçu on pourrait, dès lors, comprendre la profondeur proverbiale dérivée de la réflexion platonicienne : « La vérité sort de la bouche des enfants ». C’est la bonne nouvelle que la maison d’édition JCL, qui, Raphaël Émond, souhaite nous enfoncer dans le crâne, en cette rentrée littéraire de 2017 en publiant les réflexions du petit enfant-roi-philosophe.

 

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Yvan Lamonde. Un coin dans la mémoire

Yvan Lamonde
Un coin dans la mémoire, Montréal, Leméac Éditeur, 2017, 118 pages

Dans les premières pages de son essai Un coin dans la mémoire : l’hiver de notre mécontentement, l’historien Yvan Lamonde confesse son « attirance » pour la psychanalyse. Malgré ce penchant, il aura résisté longtemps aux sirènes de l’analyse des phénomènes historiques par la soi-disant « mentalité » d’un groupe donné. « Je suis le premier à détester la fausse explication d’une psychologie collective à cinq sous », nous confie-t-il. Ce n’est que maintenant, après quarante-cinq années passées à étudier l’histoire des idées au Québec, qu’il délaisse la neutralité et l’objectivité propres à sa profession pour convier le sujet québécois à s’allonger sur le divan. En 107 pages bien tassées, Lamonde s’« essaye », comme il le dit lui-même, à comprendre les multiples blocages qui affligent notre société. En chemin, il identifie leur origine : une profonde division au cœur même de la conscience politique du Québec.

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Le démantèlement de la nation (chronique 16)

La période couverte s’étend du 22 mai au 20 septembre 20171.

Le gouvernement fédéral régit désormais les matières qui concernent la vie interne du Québec, et celles qui sont liées à la sphère privée de nos vies. Il se plante ainsi dans les champs premiers des responsabilités de l’État provincial. Déjà, au XXe siècle, Ottawa avait commencé à assurer sa visibilité en envoyant les chèques de pensions de vieillesse, d’assurance-chômage et d’allocations familiales. Mais de nos jours, par empiétements successifs et grâce au déséquilibre fiscal, Ottawa peut offrir à chacun de nous, à un titre ou à un autre, une aide personnelle directe ou un crédit d’impôt. Vérifiez pour vous-mêmes. De plus, la plupart d’entre nous avons des activités susceptibles d’être régies par une norme fédérale. Ottawa a en outre des politiques, des programmes d’investissement et une règlementation pour toutes les catégories d’organisations : établissements publics provinciaux, entreprises, institutions culturelles, groupes communautaires, associations professionnelles. Avec la complicité de leurs dirigeants il faut le dire, nos grands outils économiques eux-mêmes, Hydro-Québec et la Caisse de dépôt, sont dans la mire de la nouvelle Banque de l’infrastructure du Canada. Chacun de nous et chacune de nos institutions sont aspirés dans le cadre politique de l’État unitaire canadien, gérés par des structures, des normes et des programmes conçus en fonction des priorités et des intérêts du Canada, et sur lesquels nous avons peu d’influence. Car il est là le revers : nous avons de moins en moins d’influence sur Ottawa. Et donc, nous avons de moins en moins de moyens de l’obliger à prendre en compte nos intérêts individuels et collectifs.

Bref, partout, l’État fédéral est en mesure de contourner, de neutraliser ou de réduire la portée de l’État québécois. Après soixante-dix ans de centralisation fédérale, celui-ci n’est plus que l’ombre de lui-même, il a été vidé de sa substance. Il n’est plus du tout capable de constituer le Québec en société cohérente ni les Québécois en nation. Il n’est plus capable d’orienter notre développement collectif en fonction de nos besoins ni de nos intérêts spécifiques. Ce qui désormais se donne à voir, c’est le processus d’élimination, par recouvrement fédéral, de l’ordre provincial de gouvernement. Le seul où nous sommes majoritaires.

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Éditorial - Coupables d'exister

2017octobre250

Les voix ne cessent de se multiplier, au moment d’écrire ces lignes, pour demander au gouvernement d’annuler la Commission sur le racisme et la discrimination systémiques. Rien, apparemment, ne paraît ébranler la volonté de Philippe Couillard d’en découdre avec les spectres qu’il dit vouloir débusquer dans les manifestations d’une identité qu’il ne se représente que repliée sur elle-même. Dérapages à la Commission des droits de la personne, cafouillage sur les modalités de déroulement des audiences, inquiétudes sur la sous-traitance à l’industrie de la repentance, soupçons d’électoralisme aussi malsain que cynique, rien n’y fait. La supériorité morale qu’il s’octroie et qu’il ne se gêne jamais d’infliger au bon peuple reste sa posture et dicte sa position.

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Bilinguisation: la brêche collégiale

Le « libre-choix » et la « prédominance » :
des bombes à fragmentation lancées au cœur des cégeps de langue française

C’est donc officiel.

Un court texte paru le 21 août sur le site web du Syndicat des professeur(e)s du Cégep de Sainte-Foy1 annonce que la direction a modifié en juin dernier la Politique sur l’emploi et la valorisation de la langue française. Spécifiquement, l’article 3.1 qui faisait du français la « langue d’enseignement » au collège a été abrogé et remplacé par un article qui fait du français la « langue prépondérante d’enseignement ».

Il est difficile d’exagérer l’importance de ce changement mineur en apparence.

Pour la première fois, un cégep public (le plus gros à Québec) abandonne – en partie pour le moment, mais le meilleur est sans doute à venir – le français comme langue d’enseignement à l’intérieur de ses murs. C’est un recul qu’il n’est pas exagéré de qualifier d’historique. On s’interroge à savoir si la direction actuelle du cégep mesure bien la gravité du geste qu’elle vient de poser.

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