2018juinseptembreANNONCEWEB

La dictature de l’investisseur-roi

Le libre-échange est une idéologie qui prétend ne pas en être une, une politique qui se camoufle sous un apparat apolitique. Plus que le seul pouvoir hégémonique des grandes entreprises, le libre-échange est aussi le règne de l’expert. L’espace de décision politique se retrouve confiné à un périmètre de moins en moins étendu, les gouvernants étant alors tenus de gérer et d’administrer à l’intérieur d’un cadre prédéfini, et pouvant aller dans une seule direction1. Le culte de l’expertise fait appel à une prétention scientifique en guise d’argument d’autorité, justifiant son congé d’une participation au débat démocratique. Nous assistons là au divorce, et même à l’affrontement, entre le savant et le politique2. Nos sociétés seraient à diriger par le calcul rationnel, comme si la gouvernance pouvait être une science exacte, et comme si l’avenir des collectivités pouvait être déterminé par des robots et des algorithmes. La culture du secret le plus total dans laquelle se déroulent les négociations autour des traités de libre-échange est un syndrome éloquent de cette expertocratie cherchant au maximum à ce que les experts discutent entre eux et que le débat politique n’interfère pas avec la cour des grandes certitudes. Les discussions sur le libre-échange ne traitent plus du « pourquoi », l’affaire étant classée, mais uniquement du « comment ». La classe politique est si unanime – les déclarations intempestives contre ceux qui affichent leur scepticisme nous l’indiquent – qu’elle est toute vouée à remettre, clés en main, une partie de ses responsabilités à des techniciens sans mandat démocratique.

De Gaulle et l’esprit de résistance

Écrivain. Administrateur de la Fondation Charles de Gaulle
Allocution d’ouverture du colloque « Vive le Québec libre »

Il existe un lien indissoluble entre résistance et vie, la vie étant ce qui résiste à la mort. La mort d’une cellule, d’un ensemble, d’une culture, d’une civilisation, d’une langue, d’un sentiment… surgit quand s’effondre toute forme de résistance. C’est dire si évoquer « l’esprit de résistance » engage loin, particulièrement au Québec. Que seriez-vous devenus sans votre acharnement à résister à la disparition de votre identité, de votre être, alors que de l’autre côté de l’Atlantique nous faisions preuve d’une lamentable légèreté ?

La leçon d’Hubert Aquin

À l’occasion du quarantième anniversaire de la disparition d’Hubert Aquin, j’ai pensé lui rendre hommage en rappelant aux nouvelles générations l’existence d’un corpus d’analyses éclairantes sur les raisons fondamentales qui expliquent les hauts et les bas du mouvement indépendantiste. On a intérêt, en ces temps de désarroi, à revisiter l’histoire intellectuelle de l’indépendantisme et à remettre au jour ce qui a été oublié ou perdu de vue. Ces contributions intellectuelles peuvent nous permettre de comprendre pourquoi les Québécois refusent toujours leur liberté et comment fonctionnent les mécanismes qui entravent la prise de conscience de l’intérêt national.

Maxime Blanchard. Le Québec n'existe pas

Maxime Blanchard
Le Québec n’existe pas, Montréal, Varia, coll. Proses de combat, 2017, 246 pages

Ma vie d’indépendantiste est, depuis quelques années, un crescendo de colère et d’exaspération. J’assiste avec mes compagnons de combat à la désintégration interminable de notre mouvement politique, à la dislocation de notre peuple et à l’affaissement pur et simple des élites politiques qui devraient mener publiquement et politiquement nos batailles. J’ai l’impression que tout, depuis Lionel Groulx jusqu’au décès de Jacques Parizeau, a été dit. Nous avons expliqué nos motivations, avons plus d’une fois détaillé nos intentions. Nous avons été deux fois au front dans l’espoir de réaliser notre projet. La seconde fois aurait dû être la bonne. Nous avions à notre tête un véritable chef d’État, quelqu’un qui ne se laissait effrayer ni par Standard & Poors, ni par les bravades puériles de Jean Chrétien et de son équipe. Malgré cela, nous n’avons pas gagné. 

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Couche-Tard ou l’audace de réussir et Jean-Guy Desjardins, le phénix de la finance

Guy Gendron
Couche-Tard ou l’audace de réussir : le parcours d’Alain Bouchard, l’entrepreneur qui a osé inventer sa vie, Montréal, Les Éditions de l’Homme, 2016, 322 pages

Jacqueline Cardinal
Jean-Guy Desjardins, le phénix de la finance : une biographie, Montréal, Chaire de leadership Pierre-Péladeau, HEC Montréal et Québec, Presses de l’Université du Québec, 2017, 203 pages

Jean-Guy Desjardins et Alain Bouchard sont des bâtisseurs d’entreprises d’une envergure exceptionnelle. Peu connu du grand public, le premier s’est lancé à l’âge de 58 ans dans la construction, pierre par pierre, d’un géant québécois de la gestion de capitaux du nom de Fiera Capital. Le nom d’Alain Bouchard nous est plus familier à cause de sa forte présence médiatique et de la proximité de son entreprise, Alimentation Couche-Tard, multinationale et l’une des plus grandes chaînes de dépanneurs au monde.

Les biographes de ces personnages auraient pu en faire des héros de carton-pâte. Ils ont évité ce piège en situant suffisamment bien les choix et les actions de leurs personnages à l’intérieur des cadres de la société qui les a produits. Voyons cela de plus près.

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Charte canadienne et droits linguistiques : pour en finir avec les mythes

Note critique
L'auteur est avocat, doctorant en droit à l’Université de Sherbrooke et à l’Université de Bordeaux et boursier FRQSC

Frédéric Bérard
Charte canadienne et droits linguistiques : pour en finir avec les mythes, Montréal, Presses de l’Université de Montréal, 2017, 375 pages

Me Frédéric Bérard tente ici un grand coup. Selon lui, tous les constitutionnalistes du Québec ou presque, appuyés par une certaine élite nationaliste, auraient, au moment du rapatriement, mal anticipé les conséquences de l’entrée en vigueur de la Charte canadienne. Et ce groupe, qui selon Bérard domine sans partage la vie intellectuelle québécoise, aurait ensuite élevé ses hypothèses au rang de « mythe », pour enfin s’enfoncer, année après année, depuis 35 ans, dans « un univers constitutionnel parallèle, fondé sur une trame narrative fictive ». Dans les circonstances, il va sans dire, quelqu’un devait se lever pour rétablir les faits.

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Kenza Bennis. Les monologues du voile

Kenza Bennis
Les monologues du voile, Éd. Robert Laffont, Paris, 2017, 181 pages

Le port du voile… Ce monstre sacré ! Il demande beaucoup trop en échange de l’édification de sa mythologie personnelle. La médicastre ne lui refuse rien. Bourreau, voyeuse, complice ou mystificatrice ? Qui est Kenza Bennis et pourquoi se dévoile-t-elle ? À ces questions, je ne peux répondre que par sa profession : journaliste indépendante ! Femme musulmane, madame Bennis a lancé récemment – et ce à l’ombre des grands intellectuels – un essai qui me semble camouflé derrière une étude empirique. Il nous est livré sous forme de monologues qui sont « inspiré[s] » des confidences d’une ou de plusieurs femmes (p. 19). 

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André Duchesne. La traversée du Colbert

André Duchesne
La traversée du Colbert, Montréal, Boréal, 2017, 312 pages

Les commémorations de grands événements sont l’occasion de faire l’état des connaissances et de profiter du regain d’intérêt qu’ils suscitent pour effectuer de nouvelles recherches qui, à plus grande distance temporelle, permettent d’aller au fond des choses. Le 50e anniversaire de la visite du général de Gaulle agit en ce sens comme détonateur d’un renouveau de l’analyse historique. L’Action nationale a déjà publié dans son numéro de juin les principaux textes présentés lors du colloque organisé les 26 et 27 mai dernier à la SSJB.

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Éditorial - Les premières leçons

2017novembre250Le Québec n’est pas la Catalogne, c’est une évidence qu’il faut rappeler. Par respect pour nos deux peuples et nos deux pays, certes. Mais par sagesse politique également. En effet, les adversaires et les détracteurs de notre quête ne manqueront pas de faire des amalgames – quel mot galvaudé ! – qui viseront à utiliser les travers et revers de l’un pour discréditer les forces de l’autre. Il y a donc lieu de pratiquer une vigilance critique essentielle. C’est ce qui motive ce premier dossier.

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Le droit des peuples autochtones et l’indépendance du Québec

L'auteur est avocat constitutionnaliste

En septembre-octobre 2017, des déclarations lourdes de conséquences ont été effectuées par des hommes politiques relativement aux droits autochtones et au territoire du Québec. Le premier ministre du Québec, Philippe Couillard, a déclaré qu’advenant l’indépendance du Québec, les nations autochtones pourraient invoquer leur droit à l’autodétermination pour obtenir la partition de la moitié du Québec. Un député de Québec solidaire, Gabriel Nadeau-Dubois, a affirmé que les nations autochtones pourraient quitter le Québec. Le programme de son parti indique qu’il faudrait remplacer la notion d’intégrité territoriale du Québec par une autre, non précisée, qui laisserait s’exercer le droit à l’autodétermination des Autochtones. Et l’entente de principe en vue de la fusion entre Québec solidaire et Option nationale reconnaît la souveraineté autochtone. Enfin, le maire de Montréal, Denis Coderre, est d’avis que le territoire de Montréal est un territoire mohawk non cédé.

Ces déclarations laissent perplexe une grande partie de la population du Québec et créent de la confusion. 

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