50 ans des cégeps. Le retour du bilinguisme colonial?

Professeur de philosophie au cégep, ancien chargé de cours de sciences politiques (UQAM), auteur de Dans la classe, Liber, 2012.

Depuis la rentrée 2016, les médias affirment que de plus en plus d’étudiants francophones choisissent de poursuivre leurs études dans un cégep anglophone 1. Plusieurs cégeps francophones du Québec ont l’intention d’introduire l’anglais dans l’enseignement, afin de contrecarrer la perte de « clientèle » qu’ils subiraient à la faveur des cégeps anglophones. Certains, comme Bois-de-Boulogne2, fonctionnent par alliance avec des cégeps anglophones, alors que d’autres, le Cégep de Sainte-Foy3 et possiblement le Collège de Maisonneuve (c’est en discussion au moment d’écrire ces lignes), pensent introduire l’anglais dans l’enseignement de l’institution elle-même, que ce soit en changeant le statut du français dans l’institution (Sainte-Foy) ou en introduisant, pour certains programmes, une préparation à l’examen ministériel d’anglais, avec une spécialisation en anglais pour les disciplines concernées. Sont visés particulièrement les programmes en sciences de la nature, mais pas seulement : le Cégep de Saint-Laurent offre maintenant, outre un DEC bilingue en sciences de la nature, un DEC en sciences humaines dont une partie se fait en anglais, en lien avec le collège Vanier4.

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La répression légalisée contre la souveraineté du peuple catalan

Professeur, ancien député et ministre, membre fondateur des OUI Québec.

De retour de Catalogne depuis le référendum du 1er octobre, j’ai suivi avec passion l’évolution de la lutte pour la démocratie qui se joue entre le gouvernement indépendantiste catalan et le gouvernement espagnol. Au moment d’écrire ces lignes, le Parlement catalan vient de déclarer l’indépendance et la mise en route du processus constituant la République de Catalogne. La riposte ne s’est pas fait attendre, le Sénat espagnol, sous la recommandation du gouvernement Rajoy, a autorisé celui-ci à mettre en œuvre l’article 155 de la Constitution qui lui permet de destituer le président catalan, de suspendre l’autonomie catalane, et de dissoudre le parlement de la région. Une procédure judiciaire a même été enclenchée contre le président catalan Carles Puigdemont pour « rébellion » par laquelle il risque un maximum de 30 ans de prison.

Dénouer l’impasse hispano-catalane dans la paix

On savait depuis fort longtemps que le projet national visant l’autonomie complète de la Catalogne était un pari risqué. Voilà que les Catalans ont répondu OUI à une question référendaire très claire, « Voulez-vous que la Catalogne devienne un état indépendant », un oui à 91 %, mais avec une participation de seulement 43 % des électeurs, principalement en raison des interventions dissuasives excessives, pour ne pas dire criminelles, du gouvernement de Madrid.

On savait que, même si toute la population avait répondu un OUI massif à la question référendaire, on savait que cela ne se ferait pas sans difficulté, compte tenu de l’opposition farouche et intransigeante du gouvernement central espagnol qui a déclaré et répété deux fois plutôt qu’une que ce référendum était illégal et qu’il n’en reconnaîtrait pas le résultat.

 

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Contrer l’indépendantisme catalan : les trois phases de la réaction espagnole

Le 6 septembre 2017, le gouvernement catalan annonçait après des mois de préparation que se tiendrait un référendum sur l’indépendance de la Catalogne le 1er octobre de la même année. Depuis, un conflit ouvert oppose la coalition indépendantiste au pouvoir à Barcelone, menée par le président Carles Puigdemont du Parti démocratique de Catalogne (PdeCAT), au gouvernement espagnol commandé par Mariano Rajoy du Parti populaire (PP). Cette crise politique marque l’aboutissement d’une décennie marquée par une vive montée des tensions entre les Catalans, désireux d’obtenir davantage de pouvoirs économiques et de reconnaissance symbolique, et une Espagne qui leur a systématiquement refusé toute concession.

 

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Joseph Gagné. Inconquis : deux retraites françaises vers la Louisiane après 1760

Joseph Gagné
Inconquis : deux retraites françaises vers la Louisiane après 1760, Québec, Septentrion, 2016, 258 pages

Issu d’un mémoire de maîtrise en histoire déposé à l’Université Laval, ce livre a bénéficié de l’appui d’un grand éditeur qui lui a donné, par son titre, une coloration qu’il n’avait pas à l’origine. La quatrième de couverture précise que « c’est tout un pan oublié de l’histoire de la Conquête qui est raconté, celui d’hommes qui ont refusé d’être conquis ». Présenté sous cet angle, Inconquis décevra ses lecteurs, car l’auteur du mémoire avait une autre idée en tête que celle-là.

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Jacques Fournier. S’engager : pourquoi, comment?

Jacques Fournier
S’engager : pourquoi, comment ? Matériaux de réflexion pour mes petits-enfants, Saint-Joseph-du-Lac, M éditeur, 2017, 160 pages

Jacques Fournier a été organisateur communautaire dans un CLSC de Longueuil pendant vingt-cinq ans tout en étant animateur de la revue Interaction communautaire. Loin de son bureau d’intervenant, il a aussi été un militant de tous les enjeux sociaux : partisan de la mouvance « Socialisme et indépendance », il s’est tenu loin des mouvements d’extrême gauche de l’époque de sa jeunesse dans les années 1970-1980.

Jacques Fournier a composé S’engager : pourquoi, comment ? pour fournir des matériaux de réflexion à ses cinq petits-enfants, d’où le style de toutes ses chroniques, empreint de simplicité et d’affection. Dans cet essai, il aborde sans trop d’organisation tous les thèmes qui ont nourri sa vie et sa carrière : militantisme et bénévolat, retraite active et citoyenne, simplicité volontaire, question nationale, enjeux sociaux, mais aussi la vie et la mort, la joie de vivre et la beauté. Plus qu’un livre, il s’agit d’un recueil et d’une mémoire. 

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Le démantèlement de la nation (chronique 17)

La période couverte s’étend du 21 septembre au 29 novembre 20171.

Au référendum de 1995, le OUI a perdu par 27 145 voix, car l’écart entre le oui et le non fut de 54 288 voix seulement. Des études ont alors montré que si les milieux moins favorisés s’étaient rangés derrière le OUI, c’est parce que l’État québécois leur semblait mieux en mesure que celui d’Ottawa, qui avait déjà entrepris de vastes compressions dans ses programmes sociaux, de mener la lutte contre la pauvreté et d’offrir un filet social de qualité2.

Mais après le référendum, balayant une telle analyse du revers de la main, le premier ministre Lucien Bouchard s’est employé à dissocier question nationale et engagement de l’État québécois dans la société. Il a fait sienne la lutte contre le déficit. Les compressions ont commencé en santé, en éducation, dans les programmes sociaux et ailleurs. Ce premier ministre prétendait qu’en atteignant le déficit zéro et la réduction de la dette, les Québécois seraient à l’avenir plus libres de leurs choix. C’était vraiment mal lire la réalité. Celle-ci, à l’époque, n’était plus l’insécurité économique ; c’était tout simplement que 60 % de OUI parmi les Québécois de langue française n’avaient pas suffi à l’emporter contre 95 % de NON parmi les non-francophones3.

Or, en rapetissant notre État, Lucien Bouchard laissait de la place à Ottawa. Ça s’est poursuivi depuis, avec encore plus de détermination, sous les gouvernements libéraux de Jean Charest puis de Philippe Couillard. La réduction de la capacité d’agir de notre État résulte de plusieurs facteurs parmi lesquels : des baisses d’impôts qui se traduisent en baisses de revenus, le refus de se servir des revenus hors impôts pour bonifier les budgets, ainsi que l’insuffisance globale des revenus par rapport aux missions, insuffisance due au déséquilibre fiscal contre lequel le gouvernement Couillard refuse de lutter. J’insisterai aujourd’hui surtout sur le deuxième facteur.

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Éditorial - Au seuil d’un autre commencement

2017decembre250Conférence prononcée à l’occasion du
Gala du centenaire de L’Action nationale
au cabaret Lion d’Or
27 octobre 2017
Version vidéo -

Je suis heureux de partager avec vous cette soirée, ce moment de célébration. C’est un privilège rare qui m’est donné et je vous en suis très reconnaissant. Je voudrais profiter de l’occasion pour revenir un tant soit peu, sur le chemin parcouru. Et pour tenter d’ouvrir quelques pistes pour le proche avenir, en sachant qu’il faudra revenir plus d’une fois sur le sujet.

Je vous invite à aborder les prochaines années avec confiance et détermination. Il faut penser notre combat dans le temps long. Et le faire en sachant que nous sommes redevables à tous ceux et celles qui, avant nous, ont mené les batailles qui ont permis à notre peuple de se rendre là où nous sommes. Encore et toujours au seuil de notre naissance, certes. Mais encore et toujours tenaces et opiniâtres, avec le même idéal chevillé au corps, le même goût de liberté, le dur désir de durer.

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La voie rapide du Programme de l’expérience québécoise

L'auteur a été conseiller au ministère de l’Immigration, de la Diversité et de l’Inclusion pendant 23 ans, à la retraite depuis deux ans. Le présent article est extrait d'un ouvrage en préparation chez L'Action nationale Éditeur.

Le Québec compte au sein de sa population des migrants étrangers qui y résident de façon temporaire, détenteurs d’un permis de séjour temporaire délivré par le gouvernement fédéral et d’un Certificat d’acceptation du Québec (CAQ). Il s’agit de travailleurs étrangers actifs sur le marché du travail québécois et d’étudiants étrangers inscrits dans nos institutions d’enseignement. Le ministère de l’Immigration, de la Diversité et de l’Inclusion (MIDI) souhaite en retenir le plus grand nombre possible au Québec afin qu’ils s’y établissent de façon durable. En tant que candidats éventuels à la sélection québécoise, ces personnes jouissent d’un avantage important par rapport aux candidats à l’immigration économique qui sont encore dans leur pays d’origine : ils vivent déjà au Québec depuis quelques années et participent à la vie québécoise. D’où l’intérêt pour le Québec de stimuler leur recrutement comme immigrants permanents. C’est dans cette perspective qu’a été mis sur pied en 2010 le Programme de l’expérience québécoise (PEQ).

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Bilan de l’année du centenaire

Le conseil d’administration de la Ligue a voulu souligner avec éclat le centième anniversaire de la revue qui fut fondée en janvier 1917. L’objectif principal de cette année de commémoration était de faire connaître la revue afin d’élargir son lectorat. Nous avons voulu célébrer tous les artisans de la revue qui depuis un siècle, mois après mois, ont assuré la production et la diffusion d’analyses pertinentes et éclairantes de notre destin national.

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Collections numériques (1917-2013)

action couv 1933Bibliothèque et Archives nationales du Québec a numérisé tous les numéros de L'Action française et de L'Action nationale depuis 1917.

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