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De Gaulle se souvient de la dette de Louis XV

Pour percevoir ce que Charles de Gaulle a voulu faire en juillet 1967 au Québec, et jusqu’au discours demeuré fameux « Vive le Québec libre ! », sans doute convient-il de commencer par le commencement, c’est-à-dire s’interroger sur le « pourquoi ». Or, poser la question du « pourquoi », c’est d’abord s’interroger sur les raisons qui poussent le chef de l’État français à se rendre à l’invitation qui lui est faite de visiter l’Exposition universelle de Montréal de 1967.

Nul n’est mieux placé que Charles de Gaulle pour nous parler des motivations véritables de ce voyage. Lui-même s’est posé la question du sens de ce déplacement. Ainsi, le 11 septembre 1966, réagissant à l’invitation officielle d’Ottawa à visiter l’exposition universelle, il s’exclame : « Vous me voyez traverser l’Atlantique pour aller à la foire ? »

En effet, personne n’imagine le général de Gaulle traverser l’Atlantique pour aller « à la foire ». Personne, et surtout pas lui. Certains de ses détracteurs ont voulu voir dans cette posture l’expression d’un certain narcissisme, la mégalomanie d’un vieil homme abandonné à l’idée qu’il se faisait de lui-même… Nombreux sont ses adversaires qui ont analysé et dénoncé sa politique à la lumière de cette lecture des choses. Pourtant, cette vision « psychologique » et « égocentrée » ne correspond en rien à la façon dont Charles de Gaulle pense son action politique. Chez lui, la lecture du temps est d’abord et avant tout une lecture du temps long, en d’autres termes son action politique est une action historique, c’est-à-dire que c’est une action qui s’inscrit dans l’Histoire, une action au service de l’Histoire.

La meilleure preuve de cela nous est, ici encore, donnée par Charles de Gaulle lui-même. Lorsqu’il exprime les raisons véritables du voyage qu’il va finalement entreprendre au Québec, il ne fait pas mystère du sens qu’il entend lui donner :

J’ai reçu trois invitations : l’une du Maire de Montréal, Drapeau ; l’autre du Gouverneur Général Vanier ; la troisième du Premier ministre québécois, Johnson. Je n’aurais sûrement pas accepté les deux premières. Mais il est probable que j’accepterai la troisième. Dans ce cas-là, je n’irai pas au Québec pour faire du tourisme. Si j’y vais, ce sera pour faire de l’Histoire.

Faire l’Histoire, un vrai programme gaullien.

De Gaulle et le Québec : une approche par l’Histoire

C’est cette Histoire qu’il convoque lorsqu’il pense au Québec. Une Histoire qu’il connaît et qui, dans son esprit, fait partie intégrante du destin français. On a trop souvent oublié en effet que Charles de Gaulle, outre d’être un fin connaisseur de l’Histoire lui-même, est le fils d’un professeur d’histoire, enseignant au lycée jésuite Sainte-Geneviève, Henri de Gaulle. Le rôle de celui-ci sera déterminant dans l’enseignement du jeune Charles. Rien d’étonnant dès lors à ce que ce dernier découvre auprès de son père, et probablement dans la bibliothèque familiale, les traces de l’histoire du Canada français, de son peuplement, mais aussi de son abandon. Ce phénomène est encore renforcé par les circonstances : dans les années 1885-1900, de nombreuses publications françaises vont aborder la vie et le destin du marquis de Montcalm1. Des publications auxquelles de Gaulle, de par son milieu, aura évidemment accès.

Cet intérêt familial se retrouvera d’ailleurs aussi chez Philippe de Gaulle, le fils du général. Lorsqu’en 1938, le collège Stanislas où il est élève ouvre un établissement au Québec, lui et ses condisciples sont invités à disserter sur « Pourquoi, 200 ans après le traité de Paris, les Canadiens français demeurent attachés à la langue française ? » Philippe de Gaulle recevra le 1er prix ; preuve que chez les de Gaulle, la question du Québec est connue et maîtrisée. Preuve aussi que l’enseignement catholique français, dont sont issus les de Gaulle, a joué un rôle important dans la sensibilisation du futur chef d’État français au sort de cette communauté francophone de l’autre côté de l’Atlantique.

Ainsi, lorsqu’en en 1913 le sous-lieutenant Charles de Gaulle est amené à faire une conférence devant ses camarades du 33e Régiment d’infanterie sur la notion de patriotisme, il choisit d’éclairer ce concept à travers trois figures de l’Histoire de France qui forcent son admiration : Jeanne d’Arc évidemment, Bertrand du Guesclin, dont on sait qu’il fut l’un de ses héros d’enfance et… Montcalm.

Toujours au titre de cette approche initiale du destin québécois, un auteur a sans doute influencé la représentation de l’histoire du Canada français du futur chef de l’État : Jacques Bainville. On sait l’importance qu’a jouée cet écrivain dans les analyses historiques et géopolitiques du général de Gaulle. S’il serait abusif de parler de maître à penser pour le général de Gaulle, celui-ci représente au moins une source d’influence réelle.

Or, dans son Histoire de France, à l’occasion du chapitre sur « La Régence et Louis XV », l’historien expose avec intérêt et acuité les circonstances qui menèrent à la perte de la Nouvelle-France :

À la suite de la paix d’Utrecht, jamais le choix entre la terre et la mer, la mesure à garder entre des intérêts complexes afin de les concilier pour le bien du pays, n’avaient imposé plus de réflexion. Il se trouvait que, par l’initiative de Français entreprenants, qu’avaient approuvés successivement Henri IV, Richelieu, Colbert, nous avions jeté les bases d’un empire colonial qui devait exciter la jalousie de l’Angleterre, gêner son développement, autant que l’empire colonial espagnol. […]

La lutte s’était étendue aux colonies et nous nous défendions de notre mieux au Canada. […]

Trois ministres laborieux, Maurepas, Rouillé, Machault, avaient fait ce qu’ils avaient pu sans réussir à porter remède à notre infériorité navale. Cependant, avec une implacable volonté que personnifia le premier Pitt, le père du grand adversaire de Napoléon, les Anglais, après notre succès de Port-Mahon, redevinrent maîtres de la mer et purent s’emparer de nos colonies, avec lesquelles nos communications étaient coupées. Malgré une glorieuse résistance, Montcalm succomba au Canada, Lally-Tollendal aux Indes. […]

Au traité de Paris, cette leçon fut payée de notre domaine colonial presque entier. Le Canada, la rive gauche du Mississippi, le Sénégal sauf Gorée, l’Inde sauf les quelques comptoirs que nous y possédons encore : le prix de notre défaite était lourd.

Comme souvent chez Bainville, cette analyse historique se double d’une appréciation politique et stratégique. Ainsi, lorsqu’il aborde les « plus grands effets du traité de Paris », il évoque immédiatement « le renoncement aux colonies et à la mer ». Car, pour Bainville, la perte du Canada est une faute française : faute politique de nos dirigeants, faute aussi de l’opinion publique et de ses élites intellectuelles.

On entra ainsi, en 1741, dans une guerre continentale dont le premier effet fut de nous détourner de la guerre maritime. […]

Les revers de la guerre de Sept Ans allaient tomber sur un mauvais terrain, et cette double guerre contre l’Angleterre et la Prusse, si grave par ses conséquences, qui eût exigé un si grand effort de tous, fut à peine comprise. La littérature témoigne que la portée en échappait aux guides de l’opinion publique. L’état le plus général était tantôt l’indifférence, et tantôt le dénigrement. […]

Le public français prit légèrement la perte de nos colonies.

Et l’auteur, d’aller plus loin dans l’explication de ce désintérêt de l’opinion publique et des élites pour le devenir du Canada français :

Après le désastre de la Hougue, le public français s’était dégoûté des choses navales. Il se dégoûta des choses coloniales après la faillite « du Système de Law » fondé sur l’exploitation des richesses d’outre-mer, et cet état d’esprit, personne ne l’a mieux exprimé que Voltaire par son mot célèbre sur les arpents de neige du Canada.

La condamnation de ce mot terrible de Voltaire nous la retrouverons aussi chez Charles de Gaulle, preuve que, de par son milieu, de par son éducation, ses lectures, de par ses goûts propres aussi, le futur président de la République a été très tôt naturellement porté à nourrir une « certaine idée du Canada français ».

De Gaulle et le Québec : une lecture historique

Dès lors, la lecture du passé va être chez Charles de Gaulle le point de départ d’une mise en perspective historique du dossier québécois. Ainsi, lorsqu’il le rencontre en 1965, Paul Gérin-Lajoie, ministre de l’Éducation du Québec, notera :

Il [de Gaulle] écoute plus qu’il ne parle. La plupart de ses paroles situent les problèmes dans une perspective historique.

Présente depuis toujours dans l’esprit et dans le verbe du général, celle-ci va peu à peu s’affirmer, s’affermir, se développer au point de constituer non seulement un tout cohérent, mais au-delà, la base d’une dynamique à l’occasion de la visite de 1967.

Pour percevoir ce mouvement, il faut revenir aux premières heures de l’entrée sur la scène historique du général de Gaulle. Dès le 1er août 1940, il enregistre au micro de la BBC un message diffusé sur les ondes de Radio-Canada à l’adresse des Français du Canada. Dès ce message, il place l’Histoire et le passé comme élément central et pérenne des relations présentes entre les Français d’Europe et ceux du Canada :

Je n’éprouve aucun embarras à vous parler, car je veux vous parler de la France et je sais que personne au monde ne peut comprendre la chose française mieux que les Canadiens français. […]

Puisque, par vous, un rameau de la vieille souche française est devenu un arbre magnifique, la France, après ses grandes douleurs, la France, après la grande victoire, saura vouloir et saura croire !

Ne nous y trompons pas, ce retour perpétuel au passé n’est pas une nostalgie ou un élément de langage, c’est véritablement pour De Gaulle une donnée réelle, car héritée de l’Histoire, or la politique consiste justement pour lui à prendre les réalités telles qu’elles sont, c’est-à-dire dans toute leur dimension historique. À ses yeux, le Canada français est un fait français qu’il faut prendre tel qu’il est, c’est-à-dire qui désire le rester. Cette primauté de l’Histoire dans l’approche gaullienne du Québec, de Gaulle y fait encore référence dans ses Mémoires de Guerre, revenant sur son voyage de juillet 1944, il écrit :

D’abord, rendant visite à la ville de Québec, je m’y sens comme submergé par une vague de fierté française, bientôt recouverte par celle d’une douleur inconsolée, toutes les deux venues du loin de l’Histoire.

De façon plus explicite encore, à l’occasion d’un nouveau déplacement au Canada après son retour au pouvoir, il déclare le 19 avril 1960 :

La première voix que j’y entends c’est celle de l’Histoire. Toujours la France se fera l’honneur d’avoir apporté sur votre sol, il y a plus de quatre siècles, tout à la fois les germes du progrès civilisateur et le souffle de la spiritualité chrétienne.

Tout est ici posé : la primauté de l’Histoire, le rôle de la France dans l’Histoire d’un Canada né il y a 400 ans, la marche en avant d’une civilisation, l’importance du christianisme.

Cette conception des choses, Charles de Gaulle va la développer en 1967. À chacune de ses prises de parole, il ne va avoir de cesse de rappeler que ce qui lie le Québec et la France c’est d’abord et avant tout une Histoire. Ainsi dès le 23 juillet, sur le parvis de l’Hôtel de Ville de Québec il s’exclame :

Nous sommes liés de part et d’autre de l’Atlantique par un passé aussi grand que possible et que nous n’oublierons jamais.

À l’occasion des nombreux arrêts qu’il fait le lendemain sur le Chemin du Roy, les différentes allocutions des élus locaux rappelleront à leur tour l’histoire partagée entre les deux communautés. Pourtant, chaque fois, de Gaulle prendra soin de marteler en réponse une idée essentielle pour lui : il ne s’agit pas seulement d’une histoire partagée, mais bien d’une histoire commune : l’Histoire de France.

À Sainte-Anne-de-la-Pérade, répondant au maire et au ministre-député, le chef de l’État français déclare :

Ils ont parlé de l’Histoire, ils ont parlé de votre histoire et votre histoire c’est la nôtre, en réalité, c’est l’Histoire de France.

Une affirmation reprise à Louiseville :

Monsieur le Maire a parlé d’abord d’Histoire et nous savons tous que notre histoire c’est l’Histoire de France.

Mais c’est dans le discours prononcé au château Frontenac que le chef de l’État français a développé avec le plus de précisions sa conviction profonde que, de par l’Histoire, les Français du Canada sont un peuple viscéralement et essentiellement français :

En dépit du temps, des distances, des vicissitudes de l’Histoire, un morceau de notre peuple est installé, enraciné, rassemblé ici. Oui, un morceau de notre peuple, par le sang qui coule dans ses veines, par la langue qui est la sienne, par la religion qu’il pratique, par l’esprit, les mots, les gestes, les noms, les coutumes, le comportement, de ses familles, de ses hommes, de ses femmes, de ses enfants, enfin par la conscience profonde qu’il a de sa propre communauté. Après qu’eut été arrachée de ce sol, voici 204 années, la souveraineté inconsolable de la France, soixante mille Français y restèrent. Ils sont maintenant plus de 6 millions. Ce fut, sur place, un miracle de fécondité, de volonté et de fidélité. C’est pour tous les Français, où qu’ils soient, une preuve exemplaire de ce dont peut être capable leur puissante vitalité.

L’importance des mots qui sont prononcés est d’une clarté évidente : le Peuple auquel il parle appartient à la communauté des peuples français, car il est de par son Histoire intrinsèquement un peuple français. Le 26 juillet encore, à l’occasion de son ultime intervention au Québec, répondant au maire de Montréal, il rappelle le Québec est une entité française, car elle a été fondée par la France :

Le passé : oui, c’est bien ici que Jacques Cartier est venu il y a 432 ans pour planter sur le mont Royal, où vous m’avez conduit tout à l’heure, le drapeau du « vieux pays ». C’est bien ici que Maisonneuve fonda la ville Marie. C’est bien ici que de vaillants Français et Françaises qui étaient nos ancêtres, et notamment la glorieuse Jeanne Mance, ont su défendre la cité assiégée pendant vingt ans par des tribus redoutables. C’est ici que gouvernèrent Champlain et ses successeurs. C’est ici qu’il y a un peu plus de deux siècles, au cœur de votre ville, à Sainte-Hélène, malgré les promesses de Montcalm, Lévis et ses soldats livrèrent leur dernier combat dans le dernier bastion contre les conquérants anglais.

À l’occasion du communiqué du conseil des ministres du 31 juillet, il résume cette idée en une formule faisant apparaitre explicitement le concept de « communauté française » :

Elle (la France) a fondé le Canada, qu’elle l’a seule, pendant deux siècles et demi, administré, peuplé, mis en valeur […] elle y constate l’existence et l’ardente personnalité d’une communauté française comprenant six millions et demi d’habitants.

Évidemment, cette conception du Canada français correspond chez De Gaulle à une lecture de l’histoire du Canada qui s’oppose frontalement à celle que développe le gouvernement fédéral d’Ottawa. Ce dernier tente d’ailleurs de profiter de l’Exposition universelle de Montréal pour imposer son idée de l’histoire du Canada en en faisant le « centenaire du Canada ».

Or, dans l’esprit du général de Gaulle, pour la France, et au regard de son Histoire, le Canada ne peut être né en 1867. Cette volonté lui apparaît comme une réécriture de l’Histoire par les Anglo-saxons et une négation de l’apport de la France dans la fondation du Canada :

Le centenaire du Canada, c’est comme si on voulait fêter en 1989 le bicentenaire de la France ! Le Canada a été fondé il y a plus de quatre cent vingt ans, quand Jacques Cartier en a pris possession au nom de François Ier. Après notre défaite en 1759, il y a eu un siècle d’asservissement et, depuis 1867, une subordination institutionnelle. Nous n’allons pas commémorer cette malheureuse date de l’Histoire !

Une dette française

Pour autant, il serait faux de croire que de Gaulle ne tire de cette analyse historique que des titres de gloire pour la France et le rôle qui fut le sien. Chez De Gaulle la grandeur est d’abord et avant tout quelque chose qui oblige, qui engage, qui porte en elle des devoirs. Ainsi, en décembre 1966, toujours au sujet de la volonté du gouvernement fédéral de confondre la commémoration de l’institution de la fédération canadienne avec la fondation du Canada, de Gaulle écrit-il en marge d’un télégramme de l’ambassadeur de France à Ottawa :

Nous n’avons à féliciter ni les Canadiens ni nous-mêmes, de la création d’un État fondé sur notre défaite d’autrefois et sur l’intégration d’une partie du peuple français dans un ensemble britannique. Au demeurant, cet ensemble est devenu bien précaire.

On notera ainsi que Charles de Gaulle, s’il n’entend pas féliciter Ottawa, ce que l’on peut aisément comprendre, rajoute « ni nous-mêmes ». On aurait tort de ne pas accorder suffisamment d’attention à ce « ni nous-mêmes » : celui-ci renferme une grande part de la lecture que se fait Charles de Gaulle de l’histoire du Canada français et de ses liens avec la France.

De Gaulle, comme l’avait analysé Bainville, sait que la France a manqué de constance au Québec. Ainsi confit-il, durant la traversée qui le mène au Canada, à son gendre Alain de Boissieu :

Je compte frapper un grand coup. Ca bardera, mais il le faut. C’est la dernière occasion de réparer la lâcheté de la France.

Cette conception, qui prend dans sa bouche la force d’un impérieux devoir, n’est pas chez lui qu’un vague sentiment, elle est avant tout l’expression de connaissances historiques précises. Il considère que la France a, depuis Louis XV, une dette vis-à-vis des Français du Canada. Ainsi, n’hésite-t-il pas à se faire juge de l’Histoire :

Louis XV avait bien les moyens d’envoyer d’autres troupes après la mort de Montcalm, pour permettre à Lévis de l’emporter sur les Anglais. Il a eu la légèreté de céder à la dérision de la Cour, qui se moquait comme Voltaire de « quelques arpents de neige vers le Canada. » Il a abandonné nos soixante mille colons à leur sort. C’est une action peu honorable. Il fallait l’effacer.

Et le 29 juillet à l’Élysée, il exprime à Peyrefitte cette même préoccupation :

Il y a deux siècles que la France a contracté une dette envers les Français au Canada. Ce que j’ai essayé de leur donner, c’est confiance.

Redonner confiance en la France, c’est en effet tout le sens de ce voyage. Chaque mot, mais aussi chaque symbole, semble être une réponse à la dette historique de la France. Ainsi, si le choix d’une traversée de l’Atlantique en bateau s’explique par la volonté du chef de l’État de ne pas atterrir à Ottawa afin de débuter et de concentrer sa visite sur le Québec – symbole déjà très fort –, le choix de ce mode de transport s’apparente aussi à un pèlerinage. Comme ceux qui ont fondé le Canada, comme ce rameau de France parti vers le Nouveau Monde… De Gaulle met ses pas dans ceux de Cartier, Champlain et Montcalm.

Le symbole toujours, lorsque le Colbert, navire portant le nom d’un des principaux grands hommes de l’Histoire de France qui permit le développement de la Nouvelle-France, débarque le 23 juillet 1967 dans l’anse au Foulon ; là même où le général Wolfe avait débarqué le 13 septembre 1759 pour battre Montcalm et ainsi conquérir le Québec ! Pour cette occasion, le général de Gaulle a revêtu sa tenue de Général de Brigade : certes, les renforts de Louis XV auront mis près de 208 ans à venir, mais ce 23 juillet 1967 ils sont enfin arrivés. En agissant ainsi, de Gaulle entend renouer le fil de l’Histoire.

Renouer le fil de l’Histoire aussi, lorsqu’il choisit de rallier Québec à Montréal via le Chemin du Roy qui n’est certes par la voie la plus courte, mais dont la symbolique est forte de par son nom, de par le fait qu’elle ait été construite sous Louis XV grâce à la corvée du Roy par le grand-voyer de la Nouvelle-France. Cette symbolique-là compte chez De Gaulle, elle est de nature à marquer les esprits, à rattraper les années perdues… quitte à verser dans la légende comme il le fera, non sans humour, à l’occasion de la conférence de presse du 27 novembre 1967 :

De Québec jusqu’à Montréal, sur les 250 km de la route longeant le Saint-Laurent et que les Français canadiens appellent le « Chemin du Roy » parce que, jadis, pendant des générations, leurs pères avaient espéré qu’un jour un chef de l’État français viendrait à la parcourir, des millions et des millions d’hommes, de femmes, d’enfants, s’étaient rassemblés pour crier passionnément : « Vive la France ! ».

Dans l’avion qui le ramène de Montréal à Paris, alors que le petit monde politico-médiatique ne cesse de se scandaliser des quatre mots fameux lancés par le général de Gaulle au balcon de l’Hôtel de Ville de Montréal le 24 juillet 1967, le chef de l’État français interroge ceux qui l’ont accompagné afin de recueillir leur ressenti sur ce déplacement décidément très spécial. Le mot viendra de Jean-Daniel Jurgensen, Directeur des Amériques au Quai d’Orsay : « Mon Général vous avez payé la dette de Louis XV ».

Cette phrase, que si peu de Français auraient compris s’ils l’avaient entendue, cette phrase que bien des dirigeants auraient jugée excessivement emphatique s’ils avaient assisté à la conversation, de Gaulle la fait sienne immédiatement tant elle résume à merveille ce que vient de faire de Gaulle, cet ultime déplacement au Québec.

Plus encore, chez De Gaulle, cette volonté de renouer le cours de l’Histoire s’accompagne, outre ses prises de position à la fois symboliques et politiques, d’une volonté de réconciliation. On sait combien l’idée de réconciliation est importante pour lui : s’il connait, aime et réfléchit l’Histoire, il n’est jamais l’homme des rancœurs et des rancunes passées. Lorsque cela est nécessaire, de Gaulle sait aussi raconter l’Histoire qui aurait dû être si elle n’avait pas été détournée par « les fautes des Français, non le génie de la Patrie » comme il l’écrira en ouverture de ses Mémoires de Guerre. N’a-t-il pas, dans un autre contexte, réussi à asseoir la France à la table des puissances vainqueurs de la Seconde Guerre mondiale malgré la défaite de 1940 et la collaboration du Gouvernement de Vichy ?

Or, Charles de Gaulle sait que, si l’abandon des Français du Canada par Paris n’est pas à l’honneur de la France, l’oubli pendant tant de temps du destin de ce morceau de la communauté française par la métropole est une faute autrement plus grave. Aussi va-t-il chercher à expliquer cette inaction de la France par les circonstances qu’elle a dû traverser :

La France, absorbée qu’elle était par de multiples guerres continentales et par de nombreuses crises politiques, se désintéressait de ses enfants abandonnés et n’entretenait avec eux que des rapports insignifiants.

Ce constat d’un abandon des Français du Canada à leur sort, André Malraux le fait aussi. Lui qui sait que la Métropole a oublié depuis deux siècles le Québec et que rares sont les Français qui se préoccupent alors du devenir de celui-ci, voit dans le général de Gaulle une exception plus que l’expression d’une préoccupation populaire retrouvée. Il n’en cache rien à Georges-Émile Lapalme, ministre des Affaires culturelles du Québec, à l’occasion d’un de leurs entretiens en 1960 :

Ce serait absolument faux de dire que nous avons toujours pensé à vous, que nous avons toujours reconnu ce que vous avez fait, que nous vous avons toujours suivis des yeux. La vérité est que nous vous avons totalement oubliés et que nous ne nous sommes jamais occupés de vous. Aujourd’hui il se trouve qu’un homme de génie, le général de Gaulle vient d’entrevoir une réalité et un potentiel2.

Pourtant, à contre-pied de cette affirmation, de Gaulle ne veut pas que le sort du Québec soit le fait – la lubie auraient dit certains de ses détracteurs – d’un seul homme. Il ne se contente pas de racheter la dette de Louis XV, il va plus loin, quitte à réécrire la réalité. Pour lui, si les circonstances ont détourné la métropole du Nouveau-Monde, les Français, eux n’ont jamais cessé de penser aux Français du Canada :

Vous êtes le Québec ! Vous êtes les Canadiens français ! Il n’y a pas de temps écoulé qui ait pu effacer du cœur de notre peuple la nostalgie de ceux de ses enfants qu’il avait laissés là-bas voici tantôt deux cents ans. 

« Je me souviens ! » C’est la devise du Québec. En le voyant en votre personne, la France en dit autant.

Une résistance française

Cette affirmation d’une permanence de la cause québécoise dans le cœur et dans la mémoire des Français est certes très illusoire, mais elle correspond aussi chez Charles de Gaulle à l’expression d’une réalité. En effet, pour lui, si les Français ont parfois oublié le sort du Québec, la France, elle, ne peut l’avoir ignoré, car, répète-t-il, la cause du Québec est une cause française.

C’est ce qu’il faut retenir de la réponse que fait finalement Charles de Gaulle à Robert Bordaz et Pierre-Louis Mallen à cette question qui nous occupe tant « pourquoi aller à Montréal ? » :

Nous n’irons pas fêter à Montréal, en 1967, le centenaire de la Confédération canadienne, comme le voudraient les Anglais du Canada et les fédéraux. Si nous y allons, ce sera pour fêter deux cents ans de fidélité des Canadiens français à la France.

Alain Peyrefitte verra dans cette formule une interprétation toute partiale :

Il a l’art de retourner les situations : en 1763, ce ne sont pas pour lui deux cents ans de lâchage français de ce côté-ci de l’Atlantique qui commencent, mais deux cents ans d’affirmation française en Amérique du Nord.

Pourtant, la pensée que traduit le général de Gaulle en annonçant sa volonté de « fêter deux cents ans de fidélité des Canadiens français à la France » est sans doute la plus juste expression de ce qui anime de Gaulle. Le maintien de l’identité française en Amérique du Nord par les Français du Canada est un fait qu’il convient de prendre en compte et qu’il veut exposer à la face du monde.

Pour lui cette fidélité, par sa durée, par son intensité, par ce qu’elle porte en elle et l’écho qu’elle est au passé représente une donnée tout à fait exceptionnelle.

En vérité, ce que le peuple français a commencé de faire au Canada quand, il y a quatre siècles et demi, Jacques Cartier y abordait au nom du roi François 1er ; ce que ce peuple y a poursuivi sous l’impulsion de Champlain, gouverneur nommé par Henri IV, et de ceux qui vinrent après lui ; ce qui y fut maintenu depuis lors avec une persévérance inouïe par une fraction française grandissante.

Cet extrait permet de percevoir ce qu’est, dans l’esprit gaullien, la fidélité des Français du Canada à la France : c’est un héritage historique à l’égard duquel la France a contracté une dette, mais c’est aussi une réalité présente et vivace à laquelle la France se doit de faire écho.

Dès avril 1960, il parle d’une « pensée française qui dure ». Le 23 octobre 1963, il poursuit :

Le Canada français, il faut le prendre comme il est, c’est-à-dire pour une réalité qui veut rester française.

Le 23 juillet 1967, à l’Hôtel de Ville de Québec, il ne dit pas autre chose :

Tout se simplifie parce que vous êtes restés constants, fidèles depuis longtemps, mais sans défaillance. Cette fidélité, cette constance, aujourd’hui, elles refleurissent !

On aurait tort de minimiser ce que signifie, pour lui, cette notion de fidélité : c’est la survivance même de la communauté québécoise qui dépend de la vivacité et de la pérennité de cette fidélité à l’Histoire et à l’identité. Lors du discours prononcé au château Frontenac, de Gaulle insiste sur cette notion :

Une autre donnée de la situation où vous, Français canadiens, vous trouvez par rapport à vous-mêmes et par rapport aux autres, tient à ceci que votre résolution de survivre en tant qu’inébranlable et compacte collectivité, après avoir longtemps revêtu le caractère d’une sorte de résistance passive opposée à tout ce qui risquait de compromettre votre cohésion, a pris maintenant une vigueur active en devenant l’ambition de vous saisir de tous les moyens d’affranchissement et de développement que l’époque moderne offre à un peuple fort et entreprenant.

Le mot résistance n’est évidemment pas neutre. En témoigne l’incompréhension de nombreuses personnes face aux quatre mots demeurés fameux « Vive le Québec libre » prononcés à l’Hôtel de Ville de Montréal le 24 juillet. De même, lorsque Charles de Gaulle parle peu avant, dans le même discours, d’une « atmosphère comparable à celle de la Libération », certains feindront de voir là une comparaison avec l’occupation allemande en France, on dénoncera le parallèle fait par l’Homme du 18 juin avec le nazisme…

Évidemment, il n’en est rien. En réalité, c’est à bon escient que de Gaulle fait allusion au mot de résistance ; non de résistance face à tel ou tel régime politique évidemment, mais une résistance plus intérieure, plus intime, une résistance pour la survie de ce que l’on est, de ce que l’on entend ne pas cesser d’être.

Le Canada français meurt s’il se rend. Il vivra s’il refuse de se rendre.

Par ces mots, l’Homme du 18 juin témoigne de sa conviction profonde que le Canada français est une cause qui ne peut cesser de lutter pour elle-même, qui ne peut pas douter d’elle-même, sans risquer de disparaître. Son combat est un combat pour sa survie, pour le maintien de ce qu’il est face à ceux qui tentent de le nier, de l’occulter et donc de le faire disparaître… c’est à ce titre qu’il est une résistance.

C’est ce qu’il explique au conseil des ministres du 31 juillet 1967. Revenant sur l’Histoire et témoignant de ce qu’il a vu, il justifie son discours de Montréal par la volonté de résistance rencontrée au Canada :

Le général de Gaulle a constaté l’immense ferveur française manifestée partout à son passage. Il a noté, chez les Français canadiens, la conviction unanime qu’après le siècle d’oppression qui suivit pour eux la conquête anglaise, un second siècle écoulé sous le système défini par « l’Acte de l’Amérique du Nord britannique » de 1867, ne leur avait pas assuré, dans leur propre pays, la liberté, l’égalité et la fraternité.

Ayant exposé tour à tour que les Canadiens français sont de par l’Histoire une partie du peuple français, qu’ils ont par leur résistance témoigné de leur volonté de demeurer ce qu’ils sont, comment la France de Charles de Gaulle aurait-elle pu ne pas être de leur côté au rendez-vous de l’Histoire ? C’est ainsi que le président de la République conclut ses propos sur le Québec à l’occasion de la conférence de presse du 27 novembre 1967 :

Pour eux, surtout pour eux, la France doit être la France.

Ainsi, la dette française de Louis XV au Québec est pour lui autant la dette de l’abandon d’alors, qu’une dette morale à l’égard d’un Peuple qui, par ce qu’il est au fond de lui-même et au regard de l’Histoire, incarne une résistance française jamais démentie. Pour preuve, le 26 juillet, il déclare au maire de Montréal :

On aurait pu croire que, ce passé ayant été marqué d’une telle douleur, Montréal aurait perdu son âme française dans le doute et dans l’effacement. Miracle ! Il n’en a rien été.

Le mot miracle, simple expression de langage, n’est pourtant pas neutre. Cette idée de fidélité d’un Peuple, d’affirmation de soi par une résistance, se retrouve en effet dans un élément qui joue un rôle aussi important que l’Histoire dans le logiciel gaullien, dans un élément dont l’attachement lui est presque aussi naturel que celui qui le lie à la France : la religion catholique. Incontestablement, son éducation n’a pu que le familiariser avec le rôle essentiel de la religion catholique dans l’identité des Français du Canada, avec cette détermination à demeurer fidèles à leur Église.

C’est au général Catroux que Charles de Gaulle exprimera le lien intime qui existe dans son esprit entre résistance dans l’Histoire, foi et fidélité à la France :

Je suis touché par l’entreprise d’un homme qui confond dans le même geste sa foi de chrétien et son amour pour la France.

Cet homme, comment douter que de Gaulle le retrouve dans l’âme du Québec au point de faire de la religion une composante presque aussi importante que la langue française et les origines ? Ainsi, après s’être inquiété de la défaite électorale du premier ministre Jean Lesage et de la victoire de Daniel Johnson, un homme au nom si anglais, le président français pourra déclarer, rassuré : « Daniel Johnson, dont le père est irlandais et catholique, est tout à fait Canadien français ».

Cette résistance canadienne faite d’un mélange d’attachement à l’Histoire, de fidélité à la France et d’une âme catholique ne peut que parler à l’idéal gaullien. Cela, nul ne l’aura sans doute mieux résumé que monseigneur Maurice Roy, archevêque de Québec et primat du Canada, qui salue à travers le chef de l’État français « l’héritage de foi, de fidélité et de courage du peuple français dont nous sommes tous sortis ». Le parallèle que fit l’archevêque, à l’occasion de son discours du 23 juillet, entre la fidélité des Français du Canada et le rôle historique qu’avait pu jouer le général de Gaulle ne fut pas neutre dans l’esprit de celui-ci, en témoigne sa réponse :

Laissez-moi vous dire qu’il n’y a rien qui peut être plus émouvant pour celui qui vous parle, que le rapprochement que vous venez de faire entre cette volonté française qui a été manifestée ici d’une manière si pénible et en même temps si magnifique pendant tant de temps, au milieu de tant de difficultés, au prix de tant de mérites et grâce à tant d’effort : entre cette œuvre française-là et celle qui a consisté à rassembler les premiers éléments de la résistance aux pires moments de la vie de notre patrie. Il n’y a rien aussi qui soit plus réconfortant, car cela indique que pour nous Français, où que nous soyons, à quelque époque que nous soyons, pour peu que nous le voulions, nous pouvons survivre, nous pouvons même donner l’exemple et rien ne le montre mieux que ce que je vois et ce que je sais du Québec. Ici, en effet, entre Français que vous êtes et voulant le rester, comme vous le dites si bien, Éminence, ici vous donnez l’exemple – vous donnez l’exemple d’abord d’une personnalité bien affirmée, d’une cohésion certaine, d’une grande capacité populaire, car c’est cela qui frappe chez vous. Ce que vous valez vous vient de la base et c’est sur cette base sur laquelle vous vous êtes construits, que s’élève maintenant votre Église. Et de même que l’Église a été essentielle dans le maintien de cette personnalité dont je vous parle, de même joue-t-elle un rôle capital aujourd’hui pour former l’élite dont vous avez besoin et qui se crée.

Ce lien, de Gaulle va tenir à l’illustrer par un acte fort et rare dans l’histoire de la pratique gaulliste de la diplomatie : le jour même de son arrivée, de Gaulle choisit de communier à la basilique Sainte-Anne-de-Beaupré ; un haut lieu du catholicisme québécois marqué par le souvenir des marins bretons et la dévotion à Sainte-Anne patronne du Québec. C’est la seconde fois seulement que le président de la République communie en public à l’occasion d’une cérémonie officielle, c’est la première fois qu’il le fait volontairement. En 1966 à Leningrad, il avait été placé devant le fait accompli. Au contraire, en choisissant de se présenter à genoux devant le recteur de la basilique ainsi que devant l’archevêque de Québec, de Gaulle fait une démarche volontaire appelée à faire sens. De Gaulle choisit un acte fort3. Ainsi, entend-il témoigner de cette part de catholicisme qu’il y a dans l’identité des Français du Canada, de cette fidélité partagée, de ce souvenir aussi des premiers missionnaires qui ont travaillé à fonder cette terre, lui apportant les rameaux de la civilisation française. 

Plus que l’Histoire, c’est donc l’histoire toujours présente, c’est-à-dire la Mémoire que de Gaulle convoque au Québec. Cette mémoire qui, depuis saint Augustin, n’appartient pas au passé, mais au présent du passé. C’est donc à un Québec immuable que de Gaulle s’adresse : le Québec présent du passé vivace dans son identité, le Québec présent du présent dans son réveil et sa révolution tranquille ; le Québec présent de l’avenir dans la liberté et l’affranchissement que laissent à espérer les élites en formation auxquelles il se réfère souvent. Cette vision d’une « chose française » qui a été, est et a vocation à être, vision toute gaullienne qui embrasse les concepts de pérennité, de résistance et de liberté ; « les choses étant ce qu’elles sont, la France étant la France et Fécamp un port de pêche qui entend bien le rester » pour reprendre une expression chère au général de Gaulle ; qui pouvait alors la comprendre ?

Sans doute pas Georges Pompidou qui s’exclamera goguenard après le discours de Montréal : « On va se faire engueuler ! ». Exclamation à la fois étonnante de la part d’un premier ministre, mais aussi terriblement révélatrice de la relative incompréhension d’une classe politique et diplomatique hermétique au sens profond et à la lecture historique. Si, si peu de ses contemporains perçurent l’aspect profondément et totalement gaullien de ces événements, c’est que beaucoup ne comprenaient pas que, chez De Gaulle, le choix de l’Histoire n’est pas une posture politique, mais le commandement de l’essentiel. Cette idée, c’est André Malraux qui l’avait déjà résumée avec justesse dans un discours prononcé deux ans auparavant pour la présidentielle de 1965. L’auteur de La condition humaine était alors revenu sur un autre déplacement du général de Gaulle, celui réalisé à Mexico en 1964 – à l’occasion duquel le chef de l’État avait prononcé un discours non moins fameux « Marchamos la mano en la mano » –. Il avait alors évoqué cet « instituteur de Puebla » qui était venu à Mexico pour entendre le général de Gaulle et qui n’y serait pas allé pour un autre homme politique français « car il s’agissait de significations historiques et que pour l’Histoire conquérir la Liberté ne se conjugue pas au conditionnel ».

Dans l’avion qui le ramène, en guise de conclusion à son périple, de Gaulle ne dit pas autre chose :

Il y a le […] pauvre homme de Gaulle et puis il y a le de Gaulle dont on attend l’Histoire… qu’importe si l’homme de Gaulle va prendre des coups. Le devoir, vous m’entendez, le devoir du de Gaulle qui va mourir bientôt, c’était de prononcer cette phrase. Je n’aurais pas été de Gaulle si je ne l’avais pas fait.

De Gaulle à Montréal, c’est l’Histoire parlant de liberté. 

 

 

 

 


1 Le grand vaincu – Dernière campagne du marquis de Montcalm au Canada, Henri Cauvain, 1883 – Montcalm, Eugène Guénin, Challamel, 1898 – Le marquis de Montcalm et les dernières années de la colonie française au Canada (1756-1760), Félix Martin, 1888 – Montcalm devant la postérité : étude historique, Edmond Falgairolle, 1886 – Montcalm et le Canada français : essai historique, Charles de Bonnechose, 1877. Enfin la Revue des deux mondes publie en 1879 un article de Tibulle Hamon intitulé « Un héros de la guerre de Sept Ans : le marquis Louis de Montcalm ».

2 Propos rapportés par Louise Beaudoin dans « France-Québec : les retrouvailles – Quarante ans d’action politique côte à côte » paru dans Le Figaro du 30 octobre 2001.

3 Il ne réitérera un tel acte que deux fois : en Pologne le 10 septembre suivant, témoignant du rôle historique et fondateur du catholicisme dans l’identité et la résistance polonaise ; le 27 octobre 1968 à Saint-Louis des Français d’Istanbul, rappelant la mission de protecteur des chrétiens d’Orient que tient la France depuis 1535.

 
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