Le démantèlement de la nation (chronique 16)

La période couverte s’étend du 22 mai au 20 septembre 20171.

Le gouvernement fédéral régit désormais les matières qui concernent la vie interne du Québec, et celles qui sont liées à la sphère privée de nos vies. Il se plante ainsi dans les champs premiers des responsabilités de l’État provincial. Déjà, au XXe siècle, Ottawa avait commencé à assurer sa visibilité en envoyant les chèques de pensions de vieillesse, d’assurance-chômage et d’allocations familiales. Mais de nos jours, par empiétements successifs et grâce au déséquilibre fiscal, Ottawa peut offrir à chacun de nous, à un titre ou à un autre, une aide personnelle directe ou un crédit d’impôt. Vérifiez pour vous-mêmes. De plus, la plupart d’entre nous avons des activités susceptibles d’être régies par une norme fédérale. Ottawa a en outre des politiques, des programmes d’investissement et une règlementation pour toutes les catégories d’organisations : établissements publics provinciaux, entreprises, institutions culturelles, groupes communautaires, associations professionnelles. Avec la complicité de leurs dirigeants il faut le dire, nos grands outils économiques eux-mêmes, Hydro-Québec et la Caisse de dépôt, sont dans la mire de la nouvelle Banque de l’infrastructure du Canada. Chacun de nous et chacune de nos institutions sont aspirés dans le cadre politique de l’État unitaire canadien, gérés par des structures, des normes et des programmes conçus en fonction des priorités et des intérêts du Canada, et sur lesquels nous avons peu d’influence. Car il est là le revers : nous avons de moins en moins d’influence sur Ottawa. Et donc, nous avons de moins en moins de moyens de l’obliger à prendre en compte nos intérêts individuels et collectifs.

Bref, partout, l’État fédéral est en mesure de contourner, de neutraliser ou de réduire la portée de l’État québécois. Après soixante-dix ans de centralisation fédérale, celui-ci n’est plus que l’ombre de lui-même, il a été vidé de sa substance. Il n’est plus du tout capable de constituer le Québec en société cohérente ni les Québécois en nation. Il n’est plus capable d’orienter notre développement collectif en fonction de nos besoins ni de nos intérêts spécifiques. Ce qui désormais se donne à voir, c’est le processus d’élimination, par recouvrement fédéral, de l’ordre provincial de gouvernement. Le seul où nous sommes majoritaires.

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Éditorial - Coupables d'exister

2017octobre250

Les voix ne cessent de se multiplier, au moment d’écrire ces lignes, pour demander au gouvernement d’annuler la Commission sur le racisme et la discrimination systémiques. Rien, apparemment, ne paraît ébranler la volonté de Philippe Couillard d’en découdre avec les spectres qu’il dit vouloir débusquer dans les manifestations d’une identité qu’il ne se représente que repliée sur elle-même. Dérapages à la Commission des droits de la personne, cafouillage sur les modalités de déroulement des audiences, inquiétudes sur la sous-traitance à l’industrie de la repentance, soupçons d’électoralisme aussi malsain que cynique, rien n’y fait. La supériorité morale qu’il s’octroie et qu’il ne se gêne jamais d’infliger au bon peuple reste sa posture et dicte sa position.

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Bilinguisation: la brêche collégiale

Le « libre-choix » et la « prédominance » :
des bombes à fragmentation lancées au cœur des cégeps de langue française

C’est donc officiel.

Un court texte paru le 21 août sur le site web du Syndicat des professeur(e)s du Cégep de Sainte-Foy1 annonce que la direction a modifié en juin dernier la Politique sur l’emploi et la valorisation de la langue française. Spécifiquement, l’article 3.1 qui faisait du français la « langue d’enseignement » au collège a été abrogé et remplacé par un article qui fait du français la « langue prépondérante d’enseignement ».

Il est difficile d’exagérer l’importance de ce changement mineur en apparence.

Pour la première fois, un cégep public (le plus gros à Québec) abandonne – en partie pour le moment, mais le meilleur est sans doute à venir – le français comme langue d’enseignement à l’intérieur de ses murs. C’est un recul qu’il n’est pas exagéré de qualifier d’historique. On s’interroge à savoir si la direction actuelle du cégep mesure bien la gravité du geste qu’elle vient de poser.

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  • Simon-Pierre Savard-Tremblay
  • Numéros publiés en 2017
  • Octobre 2017

La dictature de l’investisseur-roi

Le libre-échange est une idéologie qui prétend ne pas en être une, une politique qui se camoufle sous un apparat apolitique. Plus que le seul pouvoir hégémonique des grandes entreprises, le libre-échange est aussi le règne de l’expert. L’espace de décision politique se retrouve confiné à un périmètre de moins en moins étendu, les gouvernants étant alors tenus de gérer et d’administrer à l’intérieur d’un cadre prédéfini, et pouvant aller dans une seule direction1. Le culte de l’expertise fait appel à une prétention scientifique en guise d’argument d’autorité, justifiant son congé d’une participation au débat démocratique. Nous assistons là au divorce, et même à l’affrontement, entre le savant et le politique2. Nos sociétés seraient à diriger par le calcul rationnel, comme si la gouvernance pouvait être une science exacte, et comme si l’avenir des collectivités pouvait être déterminé par des robots et des algorithmes. La culture du secret le plus total dans laquelle se déroulent les négociations autour des traités de libre-échange est un syndrome éloquent de cette expertocratie cherchant au maximum à ce que les experts discutent entre eux et que le débat politique n’interfère pas avec la cour des grandes certitudes. Les discussions sur le libre-échange ne traitent plus du « pourquoi », l’affaire étant classée, mais uniquement du « comment ». La classe politique est si unanime – les déclarations intempestives contre ceux qui affichent leur scepticisme nous l’indiquent – qu’elle est toute vouée à remettre, clés en main, une partie de ses responsabilités à des techniciens sans mandat démocratique.

  • Olivier Germain-Thomas
  • Numéros publiés en 2017
  • Octobre 2017

De Gaulle et l’esprit de résistance

Écrivain. Administrateur de la Fondation Charles de Gaulle
Allocution d’ouverture du colloque « Vive le Québec libre »

Il existe un lien indissoluble entre résistance et vie, la vie étant ce qui résiste à la mort. La mort d’une cellule, d’un ensemble, d’une culture, d’une civilisation, d’une langue, d’un sentiment… surgit quand s’effondre toute forme de résistance. C’est dire si évoquer « l’esprit de résistance » engage loin, particulièrement au Québec. Que seriez-vous devenus sans votre acharnement à résister à la disparition de votre identité, de votre être, alors que de l’autre côté de l’Atlantique nous faisions preuve d’une lamentable légèreté ?

La leçon d’Hubert Aquin

À l’occasion du quarantième anniversaire de la disparition d’Hubert Aquin, j’ai pensé lui rendre hommage en rappelant aux nouvelles générations l’existence d’un corpus d’analyses éclairantes sur les raisons fondamentales qui expliquent les hauts et les bas du mouvement indépendantiste. On a intérêt, en ces temps de désarroi, à revisiter l’histoire intellectuelle de l’indépendantisme et à remettre au jour ce qui a été oublié ou perdu de vue. Ces contributions intellectuelles peuvent nous permettre de comprendre pourquoi les Québécois refusent toujours leur liberté et comment fonctionnent les mécanismes qui entravent la prise de conscience de l’intérêt national.

Maxime Blanchard. Le Québec n'existe pas

Maxime Blanchard
Le Québec n’existe pas, Montréal, Varia, coll. Proses de combat, 2017, 246 pages

Ma vie d’indépendantiste est, depuis quelques années, un crescendo de colère et d’exaspération. J’assiste avec mes compagnons de combat à la désintégration interminable de notre mouvement politique, à la dislocation de notre peuple et à l’affaissement pur et simple des élites politiques qui devraient mener publiquement et politiquement nos batailles. J’ai l’impression que tout, depuis Lionel Groulx jusqu’au décès de Jacques Parizeau, a été dit. Nous avons expliqué nos motivations, avons plus d’une fois détaillé nos intentions. Nous avons été deux fois au front dans l’espoir de réaliser notre projet. La seconde fois aurait dû être la bonne. Nous avions à notre tête un véritable chef d’État, quelqu’un qui ne se laissait effrayer ni par Standard & Poors, ni par les bravades puériles de Jean Chrétien et de son équipe. Malgré cela, nous n’avons pas gagné. 

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Couche-Tard ou l’audace de réussir et Jean-Guy Desjardins, le phénix de la finance

Guy Gendron
Couche-Tard ou l’audace de réussir : le parcours d’Alain Bouchard, l’entrepreneur qui a osé inventer sa vie, Montréal, Les Éditions de l’Homme, 2016, 322 pages

Jacqueline Cardinal
Jean-Guy Desjardins, le phénix de la finance : une biographie, Montréal, Chaire de leadership Pierre-Péladeau, HEC Montréal et Québec, Presses de l’Université du Québec, 2017, 203 pages

Jean-Guy Desjardins et Alain Bouchard sont des bâtisseurs d’entreprises d’une envergure exceptionnelle. Peu connu du grand public, le premier s’est lancé à l’âge de 58 ans dans la construction, pierre par pierre, d’un géant québécois de la gestion de capitaux du nom de Fiera Capital. Le nom d’Alain Bouchard nous est plus familier à cause de sa forte présence médiatique et de la proximité de son entreprise, Alimentation Couche-Tard, multinationale et l’une des plus grandes chaînes de dépanneurs au monde.

Les biographes de ces personnages auraient pu en faire des héros de carton-pâte. Ils ont évité ce piège en situant suffisamment bien les choix et les actions de leurs personnages à l’intérieur des cadres de la société qui les a produits. Voyons cela de plus près.

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Charte canadienne et droits linguistiques : pour en finir avec les mythes

Note critique
L'auteur est avocat, doctorant en droit à l’Université de Sherbrooke et à l’Université de Bordeaux et boursier FRQSC

Frédéric Bérard
Charte canadienne et droits linguistiques : pour en finir avec les mythes, Montréal, Presses de l’Université de Montréal, 2017, 375 pages

Me Frédéric Bérard tente ici un grand coup. Selon lui, tous les constitutionnalistes du Québec ou presque, appuyés par une certaine élite nationaliste, auraient, au moment du rapatriement, mal anticipé les conséquences de l’entrée en vigueur de la Charte canadienne. Et ce groupe, qui selon Bérard domine sans partage la vie intellectuelle québécoise, aurait ensuite élevé ses hypothèses au rang de « mythe », pour enfin s’enfoncer, année après année, depuis 35 ans, dans « un univers constitutionnel parallèle, fondé sur une trame narrative fictive ». Dans les circonstances, il va sans dire, quelqu’un devait se lever pour rétablir les faits.

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Kenza Bennis. Les monologues du voile

Kenza Bennis
Les monologues du voile, Éd. Robert Laffont, Paris, 2017, 181 pages

Le port du voile… Ce monstre sacré ! Il demande beaucoup trop en échange de l’édification de sa mythologie personnelle. La médicastre ne lui refuse rien. Bourreau, voyeuse, complice ou mystificatrice ? Qui est Kenza Bennis et pourquoi se dévoile-t-elle ? À ces questions, je ne peux répondre que par sa profession : journaliste indépendante ! Femme musulmane, madame Bennis a lancé récemment – et ce à l’ombre des grands intellectuels – un essai qui me semble camouflé derrière une étude empirique. Il nous est livré sous forme de monologues qui sont « inspiré[s] » des confidences d’une ou de plusieurs femmes (p. 19). 

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