Jean-Louis Bourque. Du presque-pays au pays

Jean-Louis Bourque
Du presque-pays au pays, Aix-en-Provence, Les Éditions Persée, 2017, 178 pages

Jean-Louis Bourque retrace le cheminement de sa pensée politique en l’associant à celui de l’évolution du Québec. Comme dans son précédent ouvrage (Demain la République), il plaide pour l’indépendance, mais il le fait plus sur le plan des valeurs que sur celui des institutions et des structures de pouvoir. Ayant lui-même affronté à deux reprises le risque de disparaître, suite à des maladies graves, il transpose sa résilience personnelle à celle de son pays. Il voit l’histoire du Québec comme une longue résistance à la disparition. Il pense que la perspective de ne plus être affecte autant l’individu que la collectivité. Cette métaphore existentielle n’est pas toutefois sans poser problème, car le collectif ne se pense pas par lui-même, il se représente à travers une série de médiations que jouent les intellectuels, les médias et la classe politique. Les ressources de l’illusion sont presque infinies dans cet univers de la représentation collective ce qui est beaucoup moins vrai pour l’individu qui sait qu’il ne peut échapper à la finitude et qui peut compenser par l’idée de la résurrection dans l’au-delà. Il n’y a pas d’au-delà pour les peuples.

Bourque situe sa réflexion dans le cadre de la mondialisation dont il rappelle les poncifs. Pour les petits peuples écrit-il, « les fruits de la mondialisation sont amers » (p. 69), car celle-ci par sa logique marchande uniformise les cultures ce qui devrait rendre la souveraineté encore plus indispensable à ses yeux. Mais dès lors comment la réaliser si les effets de la mondialisation sont d’atrophier les différences nationales ? Il en appelle à la résistance, mais sur quelle base construire un modèle différent qui suscite l’adhésion des masses qui sont engluées dans l’idéologie de la consommation et du néo-libéralisme ? Vaste défi intellectuel qu’il ne relève pas sur le plan stratégique, mais qu’il aborde sur le plan des valeurs en préconisant l’humanisme, la générosité, l’ouverture et le dialogue

Il met ses espoirs dans la société civile qu’il espère voir s’engager dans l’alternative du développement durable et de l’économie circulaire à l’instar du Forum social mondial. Il invoque deux raisons fortes pour justifier cet espoir : l’une matérielle, l’absence d’exploitation des ressources pétrolières au Québec, et l’autre, spirituelle, en misant curieusement sur notre atavisme catholique que pourrait réactualiser le pape François qui prêche une éthique environnementale. La démarche intellectuelle de Jean-Louis Bourque est fortement inspirée par la théologie de la libération et il compte sur le pape François pour secouer les consciences du monde. Il cite à profusion les encycliques de ce pape rénovateur.

Les chapitres portant sur les aspects constitutionnels sont moins originaux ou plus classiques et reprennent la description des entraves que pose la constitution canadienne aux progrès du Québec qui sont archiconnus. Bourque plaide pour un modèle républicain et adhère au projet d’assemblée constituante pour faire participer le peuple à l’élaboration de cette constitution d’un Québec indépendant. Il se permet quelques incursions dans l’actualité en dénonçant le démantèlement des relations internationales du Québec acquises de haute lutte contre le gouvernement fédéral. Il accuse le gouvernement Couillard d’être responsable de ce ratatinement du Québec sur la scène internationale lui qui a aboli un quart des postes dans les délégations et qui a amputé de 30 % le budget de l’OFQJ.

Le livre manque un peu d’unité, car après ces détours par la politique québécoise, l’auteur nous ramène à la mondialisation qu’il avait abondamment traitée auparavant, puis il revient à la realpolitik des élections fédérales de 2015 en présentant les leaders des principaux partis, ce qui est quelque peu déroutant. Dans les derniers chapitres, l’auteur joue à saute-mouton en commentant l’actualité récente et en passant de la COP 21, au projet Énergie est, aux problèmes de leadership du Parti québécois, etc.

En terminant, soulignons quelques bizarreries qui n’enlèvent rien à la qualité de l’écriture. L’auteur ne suit pas la règle du français qui impose des majuscules aux substantifs collectifs comme Québécois et autres. Il ne faut pas non plus se fier à l’index qui foisonne d’erreurs de pages. Mais c’est la faute de l’éditeur. Dernière curiosité, l’illustration choisie pour la page couverture est une carte du Québec en langue espagnole, clin d’œil de l’auteur sans doute à l’Amérique latine qu’il a beaucoup fréquentée désirant ainsi affirmer notre appartenance à la latinité. C’est un hommage aussi aux peuples latino-américains qui ont grandement influencé son humanisme et sa vision du monde fondée sur le partage et le dialogue.

Denis Monière

 

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