Être Québécois, c’est quoi ?

À notre époque, il est de bon ton dans les milieux qui se disent progressistes de se définir comme citoyens du monde, enfin dégagés de tout lien d’appartenance à un peuple défini et identifiable. C’est même une mode bien diffusée par les médias convertis au multiculturalisme canadian d’afficher un mépris hautain pour tout ce qu’ils perçoivent comme « identitaire », d’y voir même une dangereuse déviation issue d’un passé suspect qui s’apparente à la xénophobie si ce n’est au racisme. Ce faisant, allergiques qu’ils sont à tout ce qui protège les particularités des peuples, ils semblent ignorer qu’ils deviennent des propagandistes de la mondialisation niveleuse de cultures et des agents du libéralisme débridé qui favorise l’accroissement des inégalités sociales et l’essor fulgurant des quelques potentats financiers : le 1 % qui possède 99 % de la richesse mondiale.

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Nationalismes et euroscepticisme au Royaume-Uni. Un microcosme européen

Ph.D., ÉNAP-Montréal

Le 22 septembre dernier, la première ministre britannique Theresa May livrait un deuxième grand discours sur le Brexit, plus d’un an après le référendum de juin 2016 et plusieurs mois après sa première allocution majeure sur le sujet, en janvier 2017. Officiellement, cette allocution de septembre visait à atténuer les tensions croissantes liées au piétinement des négociations avec l’Union européenne (UE) sur les modalités de sortie du Royaume-Uni (R.-U.), alors suspendues. Or, cet exposé s’est surtout voulu et révélé hautement symbolique : le gouvernement britannique et Theresa May choisiront en effet pour l’occasion la ville italienne de Florence, siège des « Archives historiques de l’UE », ex-haut-lieu du commerce et de la finance européens puis berceau de la Renaissance, tant italienne qu’occidentale. Entre les XIVe et XVIe siècles, Florence constituera en quelque sorte un microcosme de l’Europe en voie de développement. Aujourd’hui, c’est peut-être au R.-U. qu’il faudrait attribuer cette caractéristique.

Pologne. Droit et Justice, entre nationalisme et populisme

Politologue, professeure à l’Université de Wrocław (Pologne).

La Pologne, qui a fièrement intégré l’Union européenne en 2004 avec l’ambition d’être un fer de lance de l’Europe centrale, est depuis l’automne 2015 dirigée par le gouvernement du parti conservateur nationaliste Droit et Justice (PiS). Au cours des deux dernières années, l’image d’un élève modèle de l’intégration européenne s’est dégradée. Les bonnes relations avec une grande partie des pays européens, et plus récemment avec les États-Unis et Israël, se sont refroidies. Avec son discours anti-réfugiés puis sa politique populiste et nationaliste dans la foulée de la crise migratoire, le gouvernement polonais a démontré un manque de solidarité au sein de l’Union européenne.

Pays-Bas. Histoire et conséquences des succès récents de l’extrême droite

Ph. D. Sociologie, Université de Trèves

Aux Pays-Bas, la droite populiste est depuis 2006 représentée au parlement par le Parti pour la liberté (Partij voor de vrijheid–PVV). Cette formation politique est née du mécontentement de Geert Wilders à l’endroit de son ancien parti, le Parti populaire libéral et démocrate (Volkspartij voor Vrijheid en Democratie—VVD). Ces derniers, alors favorables à l’adhésion de la Turquie à l’Union européenne, poussent Wilders en 2004 à siéger comme indépendant. Le politicien dissident forme alors rapidement son propre parti, le Groupe Wilders (Groep Wilders), qu’il renommera le PVV pour les élections de 2006. Lors de ce scrutin, la formation politique fait élire neuf députés sur 150. Depuis cette première entrée au parlement, le parti de Wilders, sans jamais officiellement participer au gouvernement, a non seulement grandement influencé le débat politique néerlandais, mais a aussi contribué à façonner certains projets de loi, notamment ceux liés à l’immigration. Comment cette formation a-t-elle pu connaitre une ascension aussi fulgurante dans un pays qui, encore au début des années 90, était perçu par plusieurs (Bruquetas-Callejo et coll., 2011 : 3, Maas, 2010 : 227) comme l’un des seuls États européens à avoir appliqué des politiques publiques reflétant un engagement concret envers le multiculturalisme ?

Bulgarie. Les Patriotes unis aux rênes du pouvoir

Petia Gueorguieva est docteure en science politique de l’Université libre de Bruxelles et enseigne à la filière francophone du département de sciences politiques de la Nouvelle université bulgare en Bulgarie.

Il faut rappeler que les partis de la droite radicale populiste, ultranationaliste et xénophobe ont été renforcés par les crises multiples de l’Union européenne depuis 2008, et particulièrement par la crise liée à l’afflux de réfugiés fuyant la guerre en Syrie. La mondialisation et l’affaiblissement de la souveraineté des États nationaux, qui transfèrent certaines de leurs compétences aux institutions européennes, sont aussi des facteurs de crainte de perte d’identité, de disparition de traditions et de cultures locales et renforcent les sentiments d’insécurité. Nous adoptons ici la définition de la droite radicale populiste de Cas Mudde (2007) dont les traits sont : le nativisme, selon lequel l’État se fonde sur sa nation et sur les membres de la communauté qui sont nés sur le territoire national, les autres étant perçus comme menace à la nation ; l’autoritarisme lié à un leader autoritaire, à l’intolérance envers le pluralisme et aux revendications d’une société de la « Loi » et de l’« Ordre » avec acceptation de la violence ; le populisme comme position idéologique qui propose une vision de la société divisée entre « le peuple pur » et « les élites corrompues1 ». 

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Russie. Vladimir Poutine et le nationalisme russe

L’auteur est professeur de science politique à l’Université du Québec à Chicoutimi. Spécialiste de la politique russe, il a notamment publié Thérapie de choc et autoritarisme en Russie : la démocratie confisquée (L’Harmattan, 2000) et, sous sa direction, Capitalisme, néolibéralisme et mouvements sociaux en Russie (M Éditeur et Syllepse, 2015).

On ramène l’expression « Guerre froide » chaque fois qu’un conflit survient avec la Russie. En dépit d’une réalité passablement transformée, les lunettes de l’époque antérieure servent toujours de filtre pour comprendre la société russe. D’où les soupçons au sujet de sa volonté d’expansion en commençant par la reconquête de l’ancien territoire de l’URSS. D’où, également, l’idée que l’intervention de l’État dans l’économie constituerait une réminiscence de l’ancienne « économie administrée ». Pourtant, une simple remise en contexte permet de dissoudre une bonne part de ce « rébus enveloppé de mystère au sein d’une énigme », pour reprendre la célèbre formule de Churchill, et de comprendre que la Russie se comporte comme n’importe quel pays capitaliste « normal » cherchant à se faire une place dans le système international qui reflète son importance.

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Éditorial - De l’inconvénient d’avoir été une nation annexée

2018avril250Les malheurs du Bloc québécois font le bonheur et les moqueries des adversaires de l’indépendance. Ils font aussi la misère d’une large fraction des indépendantistes qui peinent à reconnaître dans le spectacle de l’implosion du caucus les motifs qui pourraient justifier de fournir matière à la mise en scène du meurtre sacrificiel de l’idée d’indépendance. Pulsion d’autodestruction, manque de discipline, conflits de personnalités et déficit de culture politique, toutes ces explications s’appliquent à l’une ou l’autre des facettes de ce conflit qui s’éternise. Mais aucune n’en éclaire le sens profond.

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Entrevue avec Éric Martin. Autour du livre Un pays en commun

1) Au bénéfice de nos lecteurs qui n’auraient pas encore pris connaissance de votre livre, pourriez-vous en résumer succinctement les grandes lignes et ce qui en a motivé l’écriture ?

C’est un livre que je destine d’abord à la jeunesse, par exemple à mes étudiants de collège, mais cela n’interdit évidemment pas aux moins jeunes de s’en saisir. Fernand Dumont disait que nous avions la fâcheuse habitude de nous penser avec « les habits des autres », c’est-à-dire à partir de théories importées de l’extérieur. Or, il existe une riche tradition de pensée québécoise qui, hélas, est peu, ou n’est pas transmise aujourd’hui. 

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Démantèlement. Bilan 1 : l’emprise de l’état fédéral

Texte mis à jour en date du 31 mars 2018 de conférences données à Trois-Rivières, Shawinigan, Québec, Rimouski et Montréal en 2016 et 2017. J’en ai conservé la forme orale. Sauf indication contraire, les dates inscrites entre parenthèses renvoient à l’édition papier du Devoir. Des détails sur certains des énoncés avancés ici peuvent être lus dans les diverses livraisons de ma chronique « Le démantèlement de la nation », publiée dans L’Action nationale depuis mai 2014.
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Rester dans le Canada est en train de faire mourir le Québec comme province et les Québécois comme nation. Il s’agit d’une mort lente, instillée par une succession ininterrompue de décisions politiques et de jugements des tribunaux. Dans le tourbillon du quotidien, à moins d’être directement touchés par l’une ou l’un d’eux, nous ne nous rendons pas forcément compte du sens du courant. Les indépendantistes doivent se charger de nouveau d’un grand travail d’éducation politique. C’est pourquoi j’ai entrepris une série de chroniques après l’élection québécoise de 2014. À la veille de celle de 2018, le temps est venu des bilans. Voyons d’abord comment a évolué la relation Ottawa/Québec au cours des quatre dernières années. Un second bilan montrera comment le gouvernement libéral de Philippe Couillard s’est lui aussi systématiquement attaqué à la capacité de l’État québécois.

Extrait en primeur. Despotisme sans frontières

Despotismesansfrontières250

Simon-Pierre Savard-Tremblay

Despotisme sans frontières. Les ravages du nouveau libre-échange

Montréal, VLB éditeur, 2018, 136 pages

Les systèmes politiques occidentaux sont en crise, et la contestation de la mondialisation a clairement dépassé le seul terrain de la rue. Loin d’être confinée à un mouvement marginal de manifestants chahutant les grands sommets, comme elle pouvait l’être au début du millénaire, elle s’incarne aujourd’hui comme un courant politique aux visées électorales. Le discours officiel, qui chante les louanges d’un libre-échange qui amènerait la paix et la prospérité à tous, est ébranlé dans ses certitudes. Les fissures se multiplient depuis quelques années.

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Collections numériques (1917-2013)

action couv 1933Bibliothèque et Archives nationales du Québec a numérisé tous les numéros de L'Action française et de L'Action nationale depuis 1917.

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