Éditorial - Passer à autre chose, revenir au même

2018mars250Ainsi donc, s’il faut en croire une vérité de la paresse, les Québécois auraient tourné le dos à l’indépendance, en auraient fini avec une idée anachronique de la liberté. Ils seraient passés à autre chose. La formule aide les bonimenteurs à se donner bonne bouche. C’est bien connu, les esprits éclairés sont toujours ailleurs, à moins de n’être en avant… que pour se faire voir.

Il y a quelque chose de suspect dans le succès de la formule. De quelle autre chose parle-t-on ? Où se trouve donc le nouveau boulevard de la modernité où devraient déambuler les badauds de l’au-delà du politique, les promeneurs du postnational, les costumés de la diversité ? Où mène donc l’avenue de bien-pensance ? Dans les limbes !

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Le démantèlement de la nation (chronique 18)

La période couverte s’étend du 30 nov. 2017 au 2 mars 20181.

L’ampleur de la matière m’oblige pour cette fois à porter le regard seulement sur l’action/inaction du gouvernement Couillard. Le bilan du gouvernement fédéral sera dressé dans une prochaine chronique.

Réduire et discréditer l’État québécois

Ne rien demander, encore moins exiger, sur le plan constitutionnel

Politique d’affirmation nationale. Comme l’a dit le ministre Jean-Marc Fournier, cette politique se veut avant tout un « dialogue ». Elle a pour objectif « d’établir de plus nombreuses solidarités économiques, sociales et culturelles entre les citoyens du Québec et ceux de partout ailleurs au Canada et de mieux se connaître pour mieux se reconnaître ». Les médias du Canada anglais n’en ont pratiquement pas parlé (4 janv.). Le premier ministre Trudeau n’ouvrira pas la constitution sauf si « tout est à la veille de briser » dans la fédération (19 janv.), et ce n’est pas le monologue de Fournier qui risque de l’inquiéter.

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Être Québécois, c’est quoi ?

À notre époque, il est de bon ton dans les milieux qui se disent progressistes de se définir comme citoyens du monde, enfin dégagés de tout lien d’appartenance à un peuple défini et identifiable. C’est même une mode bien diffusée par les médias convertis au multiculturalisme canadian d’afficher un mépris hautain pour tout ce qu’ils perçoivent comme « identitaire », d’y voir même une dangereuse déviation issue d’un passé suspect qui s’apparente à la xénophobie si ce n’est au racisme. Ce faisant, allergiques qu’ils sont à tout ce qui protège les particularités des peuples, ils semblent ignorer qu’ils deviennent des propagandistes de la mondialisation niveleuse de cultures et des agents du libéralisme débridé qui favorise l’accroissement des inégalités sociales et l’essor fulgurant des quelques potentats financiers : le 1 % qui possède 99 % de la richesse mondiale.

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Nationalismes et euroscepticisme au Royaume-Uni. Un microcosme européen

Ph.D., ÉNAP-Montréal

Le 22 septembre dernier, la première ministre britannique Theresa May livrait un deuxième grand discours sur le Brexit, plus d’un an après le référendum de juin 2016 et plusieurs mois après sa première allocution majeure sur le sujet, en janvier 2017. Officiellement, cette allocution de septembre visait à atténuer les tensions croissantes liées au piétinement des négociations avec l’Union européenne (UE) sur les modalités de sortie du Royaume-Uni (R.-U.), alors suspendues. Or, cet exposé s’est surtout voulu et révélé hautement symbolique : le gouvernement britannique et Theresa May choisiront en effet pour l’occasion la ville italienne de Florence, siège des « Archives historiques de l’UE », ex-haut-lieu du commerce et de la finance européens puis berceau de la Renaissance, tant italienne qu’occidentale. Entre les XIVe et XVIe siècles, Florence constituera en quelque sorte un microcosme de l’Europe en voie de développement. Aujourd’hui, c’est peut-être au R.-U. qu’il faudrait attribuer cette caractéristique.

Pologne. Droit et Justice, entre nationalisme et populisme

Politologue, professeure à l’Université de Wrocław (Pologne).

La Pologne, qui a fièrement intégré l’Union européenne en 2004 avec l’ambition d’être un fer de lance de l’Europe centrale, est depuis l’automne 2015 dirigée par le gouvernement du parti conservateur nationaliste Droit et Justice (PiS). Au cours des deux dernières années, l’image d’un élève modèle de l’intégration européenne s’est dégradée. Les bonnes relations avec une grande partie des pays européens, et plus récemment avec les États-Unis et Israël, se sont refroidies. Avec son discours anti-réfugiés puis sa politique populiste et nationaliste dans la foulée de la crise migratoire, le gouvernement polonais a démontré un manque de solidarité au sein de l’Union européenne.

Pays-Bas. Histoire et conséquences des succès récents de l’extrême droite

Ph. D. Sociologie, Université de Trèves

Aux Pays-Bas, la droite populiste est depuis 2006 représentée au parlement par le Parti pour la liberté (Partij voor de vrijheid–PVV). Cette formation politique est née du mécontentement de Geert Wilders à l’endroit de son ancien parti, le Parti populaire libéral et démocrate (Volkspartij voor Vrijheid en Democratie—VVD). Ces derniers, alors favorables à l’adhésion de la Turquie à l’Union européenne, poussent Wilders en 2004 à siéger comme indépendant. Le politicien dissident forme alors rapidement son propre parti, le Groupe Wilders (Groep Wilders), qu’il renommera le PVV pour les élections de 2006. Lors de ce scrutin, la formation politique fait élire neuf députés sur 150. Depuis cette première entrée au parlement, le parti de Wilders, sans jamais officiellement participer au gouvernement, a non seulement grandement influencé le débat politique néerlandais, mais a aussi contribué à façonner certains projets de loi, notamment ceux liés à l’immigration. Comment cette formation a-t-elle pu connaitre une ascension aussi fulgurante dans un pays qui, encore au début des années 90, était perçu par plusieurs (Bruquetas-Callejo et coll., 2011 : 3, Maas, 2010 : 227) comme l’un des seuls États européens à avoir appliqué des politiques publiques reflétant un engagement concret envers le multiculturalisme ?

Bulgarie. Les Patriotes unis aux rênes du pouvoir

Petia Gueorguieva est docteure en science politique de l’Université libre de Bruxelles et enseigne à la filière francophone du département de sciences politiques de la Nouvelle université bulgare en Bulgarie.

Il faut rappeler que les partis de la droite radicale populiste, ultranationaliste et xénophobe ont été renforcés par les crises multiples de l’Union européenne depuis 2008, et particulièrement par la crise liée à l’afflux de réfugiés fuyant la guerre en Syrie. La mondialisation et l’affaiblissement de la souveraineté des États nationaux, qui transfèrent certaines de leurs compétences aux institutions européennes, sont aussi des facteurs de crainte de perte d’identité, de disparition de traditions et de cultures locales et renforcent les sentiments d’insécurité. Nous adoptons ici la définition de la droite radicale populiste de Cas Mudde (2007) dont les traits sont : le nativisme, selon lequel l’État se fonde sur sa nation et sur les membres de la communauté qui sont nés sur le territoire national, les autres étant perçus comme menace à la nation ; l’autoritarisme lié à un leader autoritaire, à l’intolérance envers le pluralisme et aux revendications d’une société de la « Loi » et de l’« Ordre » avec acceptation de la violence ; le populisme comme position idéologique qui propose une vision de la société divisée entre « le peuple pur » et « les élites corrompues1 ». 

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Russie. Vladimir Poutine et le nationalisme russe

L’auteur est professeur de science politique à l’Université du Québec à Chicoutimi. Spécialiste de la politique russe, il a notamment publié Thérapie de choc et autoritarisme en Russie : la démocratie confisquée (L’Harmattan, 2000) et, sous sa direction, Capitalisme, néolibéralisme et mouvements sociaux en Russie (M Éditeur et Syllepse, 2015).

On ramène l’expression « Guerre froide » chaque fois qu’un conflit survient avec la Russie. En dépit d’une réalité passablement transformée, les lunettes de l’époque antérieure servent toujours de filtre pour comprendre la société russe. D’où les soupçons au sujet de sa volonté d’expansion en commençant par la reconquête de l’ancien territoire de l’URSS. D’où, également, l’idée que l’intervention de l’État dans l’économie constituerait une réminiscence de l’ancienne « économie administrée ». Pourtant, une simple remise en contexte permet de dissoudre une bonne part de ce « rébus enveloppé de mystère au sein d’une énigme », pour reprendre la célèbre formule de Churchill, et de comprendre que la Russie se comporte comme n’importe quel pays capitaliste « normal » cherchant à se faire une place dans le système international qui reflète son importance.

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