Québec cherche Québécois pour relation à long terme

Tania Longpré. Québec cherche Québécois pour relation à long terme : comprendre les enjeux de l’immigration, Montréal, Stanké, 2013, 199 pages

Avec un titre accrocheur et une trame narrative personnalisée, ce livre traite d’une question controversée et vitale pour l’avenir du Québec. Comment réussir l’intégration des nouveaux arrivants ? Son auteur qui a de profondes racines italiennes peut en parler en connaissance de cause puisqu’elle est un modèle d’intégration réussie et que sa vie professionnelle est consacrée à l’enseignement du français aux immigrants.

Devant le succès de l’intégration de ma famille maternelle à leur nouvelle société, j’ai décidé d’agir concrètement après des immigrants. La langue étant le premier outil de l’intégration, j’ai choisi de devenir enseignante de francisation (p. 14).

C’est à la lumière de ses expériences personnelles qu’elle analyse les obstacles à l’intégration des immigrants et qu’elle propose des solutions. Les réflexions de Tania Longpré sont enracinées dans le terreau de ses relations concrètes et personnelles avec le monde réel des immigrants ce qui nous préserve des slogans réducteurs qui affectent trop souvent les débats sur l’immigration.

Son raisonnement repose sur quelques prémisses.

  1. L’intégration est une nécessité pour le bien-être des immigrants et pour la cohésion de leur société d’accueil ;
  2. L’intégration ne passe pas seulement par la connaissance fonctionnelle d’une langue, mais aussi par la maîtrise des référents culturels de la société d’accueil ;
  3. Tant que le Québec ne maîtrisera pas la politique de l’immigration, l’acquisition de l’identité québécoise restera problématique pour les immigrants ;
  4. Une politique d’intégration réussie implique des investissements importants et suppose en conséquence d’ajuster le niveau de l’immigration aux ressources financières mise au service de leur intégration ;
  5. C’est la capacité d’intégration qui doit déterminer la capacité d’accueil des immigrants.

Tout le livre est une démonstration convaincante de la pertinence de ces positions qui sont fondées sur une multitude d’exemples tirés de l’expérience de l’auteur dans ses cours de francisation des adultes.

L’auteur soutient qu’il ne faut pas seulement apprendre aux immigrants à parler français, mais encore faut-il aussi leur apprendre à devenir Québécois. Elle critique l’approche actuelle du gouvernement québécois qui dans ses programmes de francisation ne donne pas de place à la formation à la culture qui est pourtant la porte d’entrée dans la société et qui permet de participer activement à la vie collective. Ces programmes sont aussi sous-financés, car ils ne couvrent pas la totalité du parcours. Les immigrants n’ont pas les ressources et le temps pour améliorer leur connaissance du français. Tania Longpré préconise que la francisation soit gratuite pour tous. Actuellement, le Québec ne finance que la moitié de l’apprentissage.

Pour alléger le processus de l’intégration, l’auteur propose que la connaissance du français soit exigée avant l’arrivée au Québec comme cela se pratique en France, en Allemagne, en Australie, au Royaume-Uni qui exigent que tous les immigrants connaissent la langue de leur pays d’accueil. (p. 33) 87 % des immigrants investisseurs ne connaissent pas le français à leur arrivée ; c’est aussi le cas de 50 % de ceux qui viennent dans le cadre du regroupement familial. La connaissance du français n’est pas nécessaire pour venir au Québec, elle donne seulement plus de points dans la grille de sélection. Il n’y a d’ailleurs aucun test pour évaluer sérieusement le niveau de français même lorsqu’il existe.

L’auteur s’attaque à la politique du multiculturalisme et des accommodements raisonnables. « C’est à l’immigrant de vouloir s’intégrer et de faire le nécessaire pour y arriver. Toutefois, c’est notre rôle de lui fournir tous les outils et la motivation nécessaire pour y parvenir… C’est aux gens à s’intégrer à la société et non l’inverse » (p. 45 et 48). Elle dénonce la mentalité de la non-intégration qui est suscitée par les accommodements dits raisonnables qui encouragent les immigrants à rester repliés sur eux dans leur communauté plutôt que de les inviter à se joindre à nous et à partager les valeurs communes de la société. « L’aplatventrisme culturel à outrance au nom du multiculturalisme ne donne qu’un résultat : la ghettoïsation des immigrants, favorisant l’isolement des communautés ethniques et l’exclusion sociale » (p. 59).

Voilà un livre pertinent, stimulant et décomplexé qui s’appuie sur des faits réels et non sur des mythes pour montrer les inconséquences d’une absence de politique d’intégration et surtout pour décrire les absurdités de notre laisser-faire en matière culturelle. Dans son dernier chapitre, l’auteur aborde la vraie question. Une société politiquement minoritaire, qui est incertaine de son destin, qui refuse d’affirmer son identité peut-elle inspirer la confiance et le respect nécessaires pour être attirante et générer le vouloir-vivre ensemble ? La double identité engendre un conflit de loyauté et peut difficilement inciter les immigrants à s’intégrer à une minorité linguistique. Tant que le Québec restera une province au sein du Canada, l’intégration des immigrants sera problématique. En immigration comme sur le plan linguistique et bien d’autres enjeux, le Québec province est condamné au destin de Sisyphe.

Denis Monière

Décembre 2017

Éditorial - Au seuil d’un autre commencement

2017decembre250Conférence prononcée à l’occasion du
Gala du centenaire de L’Action nationale
au cabaret Lion d’Or
27 octobre 2017
Version vidéo -

Je suis heureux de partager avec vous cette soirée, ce moment de célébration. C’est un privilège rare qui m’est donné et je vous en suis très reconnaissant. Je voudrais profiter de l’occasion pour revenir un tant soit peu, sur le chemin parcouru. Et pour tenter d’ouvrir quelques pistes pour le proche avenir, en sachant qu’il faudra revenir plus d’une fois sur le sujet.

Je vous invite à aborder les prochaines années avec confiance et détermination. Il faut penser notre combat dans le temps long. Et le faire en sachant que nous sommes redevables à tous ceux et celles qui, avant nous, ont mené les batailles qui ont permis à notre peuple de se rendre là où nous sommes. Encore et toujours au seuil de notre naissance, certes. Mais encore et toujours tenaces et opiniâtres, avec le même idéal chevillé au corps, le même goût de liberté, le dur désir de durer.

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La voie rapide du Programme de l’expérience québécoise

L'auteur a été conseiller au ministère de l’Immigration, de la Diversité et de l’Inclusion pendant 23 ans, à la retraite depuis deux ans. Le présent article est extrait d'un ouvrage en préparation chez L'Action nationale Éditeur.

Le Québec compte au sein de sa population des migrants étrangers qui y résident de façon temporaire, détenteurs d’un permis de séjour temporaire délivré par le gouvernement fédéral et d’un Certificat d’acceptation du Québec (CAQ). Il s’agit de travailleurs étrangers actifs sur le marché du travail québécois et d’étudiants étrangers inscrits dans nos institutions d’enseignement. Le ministère de l’Immigration, de la Diversité et de l’Inclusion (MIDI) souhaite en retenir le plus grand nombre possible au Québec afin qu’ils s’y établissent de façon durable. En tant que candidats éventuels à la sélection québécoise, ces personnes jouissent d’un avantage important par rapport aux candidats à l’immigration économique qui sont encore dans leur pays d’origine : ils vivent déjà au Québec depuis quelques années et participent à la vie québécoise. D’où l’intérêt pour le Québec de stimuler leur recrutement comme immigrants permanents. C’est dans cette perspective qu’a été mis sur pied en 2010 le Programme de l’expérience québécoise (PEQ).

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Le démantèlement de la nation (chronique 17)

La période couverte s’étend du 21 septembre au 29 novembre 2017.

Au référendum de 1995, le OUI a perdu par 27 145 voix, car l’écart entre le oui et le non fut de 54 288 voix seulement. Des études ont alors montré que si les milieux moins favorisés s’étaient rangés derrière le OUI, c’est parce que l’État québécois leur semblait mieux en mesure que celui d’Ottawa, qui avait déjà entrepris de vastes compressions dans ses programmes sociaux, de mener la lutte contre la pauvreté et d’offrir un filet social de qualité.

Mais après le référendum, balayant une telle analyse du revers de la main, le premier ministre Lucien Bouchard s’est employé à dissocier question nationale et engagement de l’État québécois dans la société. Il a fait sienne la lutte contre le déficit. Les compressions ont commencé en santé, en éducation, dans les programmes sociaux et ailleurs. Ce premier ministre prétendait qu’en atteignant le déficit zéro et la réduction de la dette, les Québécois seraient à l’avenir plus libres de leurs choix. C’était vraiment mal lire la réalité. Celle-ci, à l’époque, n’était plus l’insécurité économique ; c’était tout simplement que 60 % de OUI parmi les Québécois de langue française n’avaient pas suffi à l’emporter contre 95 % de NON parmi les non-francophones.

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Bilan de l’année du centenaire

Le conseil d’administration de la Ligue a voulu souligner avec éclat le centième anniversaire de la revue qui fut fondée en janvier 1917. L’objectif principal de cette année de commémoration était de faire connaître la revue afin d’élargir son lectorat. Nous avons voulu célébrer tous les artisans de la revue qui depuis un siècle, mois après mois, ont assuré la production et la diffusion d’analyses pertinentes et éclairantes de notre destin national.

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Chroniques catalanes

L'auteur remercie Consol Perarnau qui l’a guidé dans la connaissance de la Catalogne.

Ces chroniques portent sur le processus d’autodétermination du peuple catalan qui s’est concrétisé par la tenue d’un référendum le 1er octobre dernier. Je me suis rendu à Barcelone du 24 septembre au 2 octobre comme participant à la délégation québécoise organisée par le Réseau Québec-monde. J’avais aussi obtenu l’accréditation de la Generalitat pour agir comme observateur international et surveiller le déroulement du vote. Ces chroniques forment en quelque sorte un journal de bord de ce voyage où se mêlent récit de vie et analyse politique. Ce journal relate au jour le jour les rencontres avec les principaux acteurs du mouvement indépendantiste catalan. Il compare aussi à l’occasion l’évolution du mouvement indépendantiste québécois et celui du mouvement catalan. 

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