Recherche par auteur

Pierre Vadeboncoeur, la pensée jeune

Pierre Vadeboncoeur m’avait accordé un long entretien le 24 mars 2009. Je lui envoyai ensuite ces pages qui tracent un panorama de son œuvre. Un peu embarrassé par l’admiration qu’il y lisait, il me répondit : « Je réglerais mon propre compte en ramenant tout à trois ou quatre points, histoire de faire disparaître l’impression d’une œuvre vaste et cette image d’un monde... »

Il est mort le 11 février 2010. Je n’ai rien voulu changer à ce que j’avais écrit de lui : ses livres lumineux, l’homme droit et libre qu’il fut demeurent avec nous.

Cet article a paru d'abord dans la revue Nuit blanche.

Depuis les années 1950, Pierre Vadeboncoeur a imprimé au Québec une marque décisive sur la pensée sociale et politique. Tout en demeurant attentif aux grands problèmes de notre époque, il s’est tourné peu à peu vers la réflexion sur l’art, la littérature et l’expérience intérieure. S’il a publié près de 30 ouvrages, il estime avoir encore à dire et à écrire. En cet homme bientôt nonagénaire d’une modestie extrême se noue la précieuse alliance de la conscience exigeante et de la sensibilité vibrante.

Lire la suite

Un emportement pour la liberté nourri de conscience historique

À Ernest Duhaime, autre figure de liberté

Depuis La ligne du risque que j’ai lu il y a quelque quarante ans et lors de la lecture de la Dernière et la première heure et de Génocide en douce, j’ai constamment eu l’impression que Pierre Vadeboncoeur savait par intuition ce que le travail historique m’apprenait « laborieusement ». Au fil des ans, j’ai compris qu’il avait mis des mots, qu’il avait donné des significations à des moments, à des phénomènes. Je connaissais certes « l’idéalisme », la propension à l’abstraction de la pensée canadienne-française, mais ce qu’il appelait « l’irréalisme » de notre culture suggérait une passerelle vers un goût nouveau pour le « réel », pour une modernité qui serait une mise à jour par rapport au temps de l’après-guerre. C’était une autre « intuition » de génie que d’opposer Groulx et Borduas en exergue à La ligne du risque. Tout – ou presque – était dit du changement qui s’opérait, de l’amont et de l’aval en pointillé. Ses intuitions furent, pour l’historien, de constants rappels au défi de ne jamais oublier la recherche impérative des significations.

Lire la suite

Témoin capital du Québec moderne et de la modernité

Le départ de Pierre Vadeboncoeur constitue une perte incalculable pour le Québec actuel. Il est un écrivain unique qui a profondément marqué le Québec. Non pas que ses ouvrages aient remporté des succès de librairie. Ses livres se vendaient peu. Ils n’étaient pas très présents sur la place publique. Je parierais que la très grande majorité de nos hommes publics, des enseignants, des étudiants ne l’avaient à peu près pas lu. C’est par l’intermédiaire d’un petit groupe de lecteurs fervents qu’il rejoignait le grand public et a exercé sur le Québec une influence importante.

Lire la suite

Les cendres, le feu

Je l’ai beaucoup lu. Je l’ai écouté aussi. Il va de soi que je n’ai pas tout lu, ni tout écouté. Mais Pierre Vadeboncœur était vite devenu pour moi, à force de le lire et de l’entendre, un des rares hommes à qui j’ai songé et à qui je songe encore souvent à l’heure de la réflexion. Je me demande ce qu’il penserait de tel ou tel problème, lui qui avait un jugement si sûr, un véritable aplomb en toutes choses. Depuis des années, je le prends ainsi volontiers à témoin de ma propre vie. J’oserais même dire qu’il représente pour moi une sorte de maître, même si je n’ai, paradoxalement, jamais voulu en avoir.

Lire la suite

Lettre à Marie

Il parlait de vous comme d’une sainte, ou d’une fée… L’évoquer, lui rendre hommage, aussi, est-ce passer par vous, par votre intercession en quelque sorte. N’êtes-vous pas la destinataire discrète, presque invisible autant qu’ineffable de ce grand poème en prose et trois volets qu’il intitula L’Absence (1985), Essai sur une pensée heureuse (1989) et le Bonheur excessif (1992) ? Il me redisait, la dernière fois que je le vis (mai 2007), combien il passait d’heures chaque jour avec vous à rire de tout et de rien, à vous amuser, comme des enfants, comme des p‘tits fous, selon ses propres mots… On l’entend alors encore se prendre de rire, de ce rire si franc et un peu atténué et sifflant de qui n’a qu’un poumon.

Lire la suite

Pur essai

J’ai fait la connaissance de Pierre Vadeboncoeur en 1972. J’avais vingt-cinq ans, et j’avais lu la plupart de ses livres, pour lesquels j’éprouvais la plus grande admiration (en particulier La ligne du risque, bien sûr, mais aussi – sinon davantage encore – Un amour libre et La dernière heure et la première, publiés quelques années auparavant). C’est par André Major (qui le connaissait depuis longtemps) que le rapprochement s’est fait, et que j’ai pu lire, en manuscrit, le nouvel ouvrage que Vadeboncoeur venait d’achever, Indépendances. Par la suite, j’ai écrit quelques textes sur lui et j’ai été, brièvement, son éditeur. Pratiquement jusqu’à sa mort, nous n’avons jamais cessé de correspondre, de nous parler au téléphone, de nous voir de temps à autre, de discuter de ses manuscrits (qu’il me faisait lire) et, surtout, de laisser croître entre nous une amitié à la fois indéfectible et, comment dire, résolument dialectique, dans la mesure où nos « positions » respectives, tout en se distinguant, voire en s’opposant de plus en plus avec les années, n’empêchaient nullement, favorisaient même la poursuite entre nous d’un véritable dialogue, comme seuls peuvent en entretenir deux êtres que leur sensibilité rapproche, qui partagent un certain nombre de valeurs communes (et entre eux indiscutables) mais qui savent, chacun pour soi, que l’autre vit dans un monde qui n’est pas le sien et qui acceptent sereinement qu’il en soit ainsi.

Lire la suite

Le pas de Vadeboncoeur

Il a un nom d’aventurier et son prénom évoque la solidité et la force. Pourtant, l’homme qui m’ouvre sa porte, en juin 2009, quelque temps avant son décès, est un être délicat, pas très grand. Il est souriant, d’une hospitalité irréprochable. J’entre chez lui. Nous nous présentons. Pierre Vadeboncoeur m’interroge sur ce que je fais dans la vie. Comme je suis enseignant, il me pose alors des questions sur les étudiants, sur les livres que je leur fais lire, leurs difficultés, leurs préoccupations, leurs engagements. Tout cela le ramène sur le sentier de ses propres souvenirs de jeunesse, ses promenades sur la rue Sherbrooke avec Pierre Trudeau, son grand ami d’alors, ses années de luttes syndicales, le Montréal de l’époque, les années sous Duplessis. Il me parle de ses luttes menées dans les années 1950 et des grands leaders syndicaux du moment, de leur éloquence qu’il admire, de celle de Jean Marchand. Il me montre des photos de Gérard Picard, avec qui il a travaillé dans ses premières années à la CSN (anciennement CTCC). Je n’ai qu’à l’écouter. L’après-midi que je passerai en sa compagnie me donnera la perspective qui me manque pour mieux comprendre l’essayiste que j’ai lu dans Gouverner ou disparaître ou Les deux royaumes, mais aussi une part du Québec, puisque Vadeboncoeur a traversé les grandes périodes de son histoire récente, en a été un acteur, en a été un penseur. Pendant un après-midi, j’ai l’impression nette qu’un témoin d’exception me parle, sans trop s’en rendre compte, d’une période que je ne connais, au fond, pas suffisamment.

Lire la suite

«Polissez-le sans cesse et le repolissez»

Pierre Vadeboncoeur écrivait tous les jours. Yvon Rivard le souligne dans son texte. « Quand je m’étonnais qu’il puisse écrire tous les matins, beau temps, mauvais temps, ce qu’il aura fait jusqu’à la fin, il me répondait, à son tour étonné par ma question : « Un écrivain, ça écrit ». Quand je lui demandais ce qu’il était en train d’écrire, sa réponse était toujours une variante de « je ne sais pas vraiment où je vais mais j’y vais ». Il se mettait à la remorque de sa pensée, en quelque sorte. Ce qui se traduisait par des manuscrits dans lesquels on peut constater le processus d’écriture et de recherche. En novembre dernier, il m’avait envoyé la première page d’un texte portant le titre : Quoi ? La liberté. Il l’avait accompagnée du mot suivant :

Lire la suite

Laïcité et neutralité: nature, finalités et conséquences

Premier de deux articles. Le second a paru dans le numéro d'octobre 2010

La problématique relative à la laïcité issue de la diversité culturelle ou religieuse au sein du Québec contemporain pluralise fait qu’on est confronté à une multiplicité de concepts dont la complexité est accrue par les liens de dépendance, de complémentarité, de contradiction ou d’opposition que ces concepts entretiennent et par ceux qu’on y voit à tort ou à raison. Il y est entre autres choses question de concepts aussi fondamentaux que ceux de neutralité, de liberté, d’égalité, de dignité ; et de concepts conséquents relatifs aux divers modes de gouvernance ou de gérance de la diversité culturelle ou religieuse dont le multiculturalisme, le communautarisme, le pluralisme, le chartrisme, l’interculturalisme et ce qu’on pourrait appeler l’intégrationnisme au sens large et positif de ce qui est « favorable à l’intégration politique » (Le Nouveau Petit Robert, 2009). Il y a donc là amplement matière à réflexion.

Lire la suite

Résistance et collaboration en pays conquis

Dans son livre La petite loterie (1997), le sociologue Stéphane Kelly caractérise l’évolution d’Étienne Parent, de Louis-Hippolyte Lafontaine et de Georges-Étienne Cartier, trois hommes politiques québécois du milieu du XIXe siècle, comme un passage de la résistance à la collaboration dans un pays conquis par les Britanniques. À notre connaissance, aucun ouvrage paru depuis cette époque n’a traité des comportements politiques au Québec sous l’angle de la collaboration ou de la résistance. Or, depuis des décennies, des chercheurs européens étudient de cette façon les comportements dans les pays occupés par les Allemands durant la Deuxième Guerre mondiale.

Lire la suite

Sous-catégories

Collections numériques (1917-2013)

action couv 1933Bibliothèque et Archives nationales du Québec a numérisé tous les numéros de L'Action française et de L'Action nationale depuis 1917.

Vous pouvez utilisez cet outil de recherche qui vous permettra — si vous cliquez sur « préciser la rechercher » — de ne chercher que dans L'Action nationale ou dans L'Action française.