Un manifeste raciste et antiféministe

Texte écrit en réaction au Manifeste pour un Québec pluraliste.

Commençons par une question. Les professeurs ont l’habitude des questions. Comment expliquer que les signataires de ce manifeste soient si ouverts aux religions des minorités alors que la très grande majorité d’entre eux n’aurait jamais signé ce manifeste s’il avait eu pour but de défendre la soutane, le Pape et les cornettes de nos bonnes sœurs ? J’estime qu’ils ont la diversité pas mal sélective et que cela manque d’un brin d’ouverture. Vous ne trouvez pas ?

Après tout, pourquoi dire oui aux imams et aux rabbins et bouder notre bon cardinal Ouellet ? Les religions ne cherchent-elles pas toutes à soumettre les corps et les esprits ? Et ne sont-elles pas toutes sexistes et homophobes ? Vous vous imaginez quoi en défendant la religion des autres ? Que vous défendez l’envers de la nôtre, l’envers du catholicisme ? Que vous avez souscrit pour la contraception, l’avortement, la liberté sexuelle et le mariage gai ? Et que nous devrions avoir tous ces symboles à cœur de jour sous les yeux dans nos écoles, nos ministères et nos hôpitaux ? Non, mais il doit bien pourtant y en avoir quelques éclairés parmi vous ? C’est effarant. Au nombre que vous êtes, on a l’impression que vous avez pétitionné pour la survie des bélugas au Saguenay.

Ce manifeste pour un Québec pluraliste est tout sauf une défense de la diversité parce qu’il n’a pas été écrit pour défendre la croix, la kippa, le turban ou le kirpan pas plus que pour défendre les Vietnamiens, les Haïtiens, les Mexicains et les Italiens. Il a été écrit pour défendre le voile, point à la ligne. Ce manifeste n’est rien d’autre qu’une défense du voile islamique. C’est simple, pas de voile, pas de manifeste, ni de laïcité ouverte !

Bien sûr, on fait comme si on défendait tous les autres signes religieux pour noyer les poissons que nous sommes, mais ces intellectuels savent pertinemment que l’offensive vient du voile et que l’on n’a rien à craindre des cornettes de nos bonnes sœurs depuis Vatican II. C’est somme toute, une question de conjoncture politique reliée à la montée de l’islamisme partout dans le monde. Voilà d’ailleurs pourquoi le seul signe religieux ostentatoire à être débarqué en groupe à l’assemblée de la Fédération des femmes du Québec en mai dernier a été le voile, le voile et encore le voile.

L’impensé du voile

La perspective laïque a le vilain défaut de mettre le voile sur le même pied que tous les autres signes religieux, nous empêchant ainsi d’aborder de front son caractère éminemment sexiste qui n’a pas son équivalent chez les autres signes religieux. C’est la raison pour laquelle il ne faut pas réduire le voile exclusivement à sa dimension religieuse parce qu’en plus d’être l’étendard le plus éclatant de l’islam politique, il est révélateur d’une incroyable violence à l’égard des femmes. Celle d’un marquage humiliant et discriminatoire en fonction de leur sexe symbolisant leur infériorité juridique, politique et sociale, de même qu’une soumission au mari à qui revient l’autorité parentale. Doctorat ou pas ! Et que des femmes le portent par choix ou non, ne change en rien son extraordinaire charge symbolique.

Le voile comme prolongement du harem

Depuis toujours, le patriarcat s’est fondé sur la domination du corps des femmes et un contrôle sévère de leur sexualité. Ainsi, le voile n’est pas un signe de pudeur qui viendrait contrebalancer l’hypersexualisation des filles, mais bien le symbole d’un ordre sexuel patriarcal dans lequel les femmes ne disposent pas de leur corps, pas plus que de leur sexualité.

Il faut savoir qu’une femme musulmane ne peut épouser un non-musulman, ce qui n’est pas le cas des hommes musulmans. En clair, cela signifie que le corps des femmes est réduit à la procréation, qu’il appartient à la communauté des hommes musulmans et qu’il est leur propriété. C’est la raison pour laquelle le voile qui soustrait le corps des femmes au regard des étrangers est imposé aux femmes et aux fillettes que l’on réserve pour le harem musulman, où la polygamie est permise pour l’homme et la lapidation réservée à l’adultère féminin. Le culte de la virginité, la réfection d’hymens, les mariages arrangés par les hommes et les crimes d’honneur ne sont ici que les multiples facettes de l’instrumentalisation du corps des femmes et de leur incapacité à disposer d’elle-même.

Le voile islamique a pour principale fonction d’instaurer une ségrégation sexuelle à l’extérieur du foyer familial et d’assurer ainsi l’enfermement des femmes musulmanes à l’intérieur de leur communauté. Ce refus de la mixité dans l’espace public, que l’on interprète à tort comme une exigence religieuse, n’est que le reflet d’une violence barbare que les islamistes exercent sur le corps des femmes.

Un manifeste antiféministe

Il est pour le moins étonnant qu’autant d’intellectuels feignent l’ignorance quant au sexisme du voile. Ce refus délibéré de le penser dénote un incroyable manque de sensibilité au féminisme qui depuis toujours clame que pour émanciper les femmes, il faut avant tout libérer leur corps. Libérer leur corps des maternités obligées, mais aussi libérer leur désir affectif et sexuel pour qu’elles cessent d’être ces « biens » que les hommes s’échangent entre eux. Parce qu’une femme, voyez-vous, n’est pas une poule que l’on peut offrir à son cousin !

Ce refus obstiné de considérer le sexisme du voile révèle également une surprenante amnésie quant aux luttes et aux victoires féministes qui ont jalonné l’histoire du Québec depuis la Révolution tranquille, pourfendant nos traditions et notre religion, animées qu’elles étaient par une ardente soif de liberté et d’égalité. Qu’êtes-vous donc devenus, très chers professeurs ? Comment pouvez-vous aujourd’hui ignorer cela en abandonnant ces femmes musulmanes à leurs traditions et prétendre être en phase avec l’histoire du Québec ? Comment pouvez-vous ignorer votre propre histoire et reprocher en même temps à cette majorité francophone de vouloir la préserver ?

Le racisme des bien-pensants

Ce respect et cette reconnaissance de la différence dont vous vous enorgueillissez tant constituent un grave revers au féminisme et à l’universalisme des droits des femmes de même qu’un ignoble affront à toutes ces femmes musulmanes d’ici et d’ailleurs sur qui vous faites portez tout le poids de traditions sexistes.

L’exotisme oriental des mille et une nuits, si séduisant soit-il, ne devrait pas vous faire oublier que le voile islamique n’est en rien comparable à un plat de couscous. D'ailleurs, les femmes iraniennes comprennent très bien cela.

Votre supposée ouverture traduit un refus de considérer l’autre comme votre semblable, un refus d’exiger pour l’autre les droits que vous exigez pour vous-mêmes.

Parce que dans le fond, tant que ce voile ne sera imposé qu’aux femmes et qu’aux filles musulmanes, tous ces signataires demeureront très ouverts. Et que cela s’estompe dans une bien triste indifférence, pourvu que l’on puisse continuer à prendre l’apéro en paix !

Pour une charte de la laïcité

Dans le but de préserver la neutralité de nos institutions et services publics, notre collectif propose une charte de la laïcité dans laquelle le port de signes religieux serait interdit pour les employés de l’État. Nous proposons également que l’État interdise aux élèves des écoles publiques primaires et secondaires tout port de signes religieux ostentatoires afin de protéger les jeunes filles musulmanes de la stigmatisation de leur sexe parce que rien ne les prédestine plus que les autres jeunes Québécoises à devoir cacher dès leur enfance leurs bras, leurs jambes et leurs cheveux. Parce qu’après tout, on ne naît pas femme musulmane.

Décembre 2017

Éditorial - Au seuil d’un autre commencement

2017decembre250Conférence prononcée à l’occasion du
Gala du centenaire de L’Action nationale
au cabaret Lion d’Or
27 octobre 2017
Version vidéo -

Je suis heureux de partager avec vous cette soirée, ce moment de célébration. C’est un privilège rare qui m’est donné et je vous en suis très reconnaissant. Je voudrais profiter de l’occasion pour revenir un tant soit peu, sur le chemin parcouru. Et pour tenter d’ouvrir quelques pistes pour le proche avenir, en sachant qu’il faudra revenir plus d’une fois sur le sujet.

Je vous invite à aborder les prochaines années avec confiance et détermination. Il faut penser notre combat dans le temps long. Et le faire en sachant que nous sommes redevables à tous ceux et celles qui, avant nous, ont mené les batailles qui ont permis à notre peuple de se rendre là où nous sommes. Encore et toujours au seuil de notre naissance, certes. Mais encore et toujours tenaces et opiniâtres, avec le même idéal chevillé au corps, le même goût de liberté, le dur désir de durer.

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La voie rapide du Programme de l’expérience québécoise

L'auteur a été conseiller au ministère de l’Immigration, de la Diversité et de l’Inclusion pendant 23 ans, à la retraite depuis deux ans. Le présent article est extrait d'un ouvrage en préparation chez L'Action nationale Éditeur.

Le Québec compte au sein de sa population des migrants étrangers qui y résident de façon temporaire, détenteurs d’un permis de séjour temporaire délivré par le gouvernement fédéral et d’un Certificat d’acceptation du Québec (CAQ). Il s’agit de travailleurs étrangers actifs sur le marché du travail québécois et d’étudiants étrangers inscrits dans nos institutions d’enseignement. Le ministère de l’Immigration, de la Diversité et de l’Inclusion (MIDI) souhaite en retenir le plus grand nombre possible au Québec afin qu’ils s’y établissent de façon durable. En tant que candidats éventuels à la sélection québécoise, ces personnes jouissent d’un avantage important par rapport aux candidats à l’immigration économique qui sont encore dans leur pays d’origine : ils vivent déjà au Québec depuis quelques années et participent à la vie québécoise. D’où l’intérêt pour le Québec de stimuler leur recrutement comme immigrants permanents. C’est dans cette perspective qu’a été mis sur pied en 2010 le Programme de l’expérience québécoise (PEQ).

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Le démantèlement de la nation (chronique 17)

La période couverte s’étend du 21 septembre au 29 novembre 2017.

Au référendum de 1995, le OUI a perdu par 27 145 voix, car l’écart entre le oui et le non fut de 54 288 voix seulement. Des études ont alors montré que si les milieux moins favorisés s’étaient rangés derrière le OUI, c’est parce que l’État québécois leur semblait mieux en mesure que celui d’Ottawa, qui avait déjà entrepris de vastes compressions dans ses programmes sociaux, de mener la lutte contre la pauvreté et d’offrir un filet social de qualité.

Mais après le référendum, balayant une telle analyse du revers de la main, le premier ministre Lucien Bouchard s’est employé à dissocier question nationale et engagement de l’État québécois dans la société. Il a fait sienne la lutte contre le déficit. Les compressions ont commencé en santé, en éducation, dans les programmes sociaux et ailleurs. Ce premier ministre prétendait qu’en atteignant le déficit zéro et la réduction de la dette, les Québécois seraient à l’avenir plus libres de leurs choix. C’était vraiment mal lire la réalité. Celle-ci, à l’époque, n’était plus l’insécurité économique ; c’était tout simplement que 60 % de OUI parmi les Québécois de langue française n’avaient pas suffi à l’emporter contre 95 % de NON parmi les non-francophones.

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Bilan de l’année du centenaire

Le conseil d’administration de la Ligue a voulu souligner avec éclat le centième anniversaire de la revue qui fut fondée en janvier 1917. L’objectif principal de cette année de commémoration était de faire connaître la revue afin d’élargir son lectorat. Nous avons voulu célébrer tous les artisans de la revue qui depuis un siècle, mois après mois, ont assuré la production et la diffusion d’analyses pertinentes et éclairantes de notre destin national.

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Chroniques catalanes

L'auteur remercie Consol Perarnau qui l’a guidé dans la connaissance de la Catalogne.

Ces chroniques portent sur le processus d’autodétermination du peuple catalan qui s’est concrétisé par la tenue d’un référendum le 1er octobre dernier. Je me suis rendu à Barcelone du 24 septembre au 2 octobre comme participant à la délégation québécoise organisée par le Réseau Québec-monde. J’avais aussi obtenu l’accréditation de la Generalitat pour agir comme observateur international et surveiller le déroulement du vote. Ces chroniques forment en quelque sorte un journal de bord de ce voyage où se mêlent récit de vie et analyse politique. Ce journal relate au jour le jour les rencontres avec les principaux acteurs du mouvement indépendantiste catalan. Il compare aussi à l’occasion l’évolution du mouvement indépendantiste québécois et celui du mouvement catalan. 

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