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Barcelone, une capitale sans État

* Université de Barcelone

Il est inutile de tenter de démontrer que la ville de Barcelone a joué un rôle décisif dans l’évolution historique de la Catalogne. Cela va de soi. La capitalité de Barcelone découle de son statut de ville charnière lors de sa formation territoriale médiévale, au-delà de son emplacement et de sa situation favorable soulignés par le géographe et historien Pierre Vilar dans l’un de ses premiers articles (Vilar, 1936). Qui plus est, Barcelone a constitué le principal moteur de la dynamique sociale, économique, culturelle et politique de la Catalogne. S’il est aisé d’analyser le rôle joué par cette ville dans le développement et le renforcement du nationalisme catalan, il est plus ardu de faire l’analyse inverse, soit de démontrer le rôle de ce nationalisme dans le développement et la formation de la ville en soi, bien que ces deux processus soient intimement liés. Cet article émet des hypothèses dans les deux sens.

L’économie de la Catalogne, une nation européenne

Il n’est pas ici question de présenter l’économie catalane d’un point de vue académique et systématique, mais plutôt de fournir une vue d’ensemble de ses principaux actifs et passifs. L’objectif de cet article est essentiellement de faire comprendre ce en quoi consiste l’économie de la Catalogne, non pas de l’expliquer avec des données et des chiffres. Pour ce faire, il importe d’abord de rappeler certains faits historiques.

Précédents historiques

L’économie catalane actuelle est étroitement liée à son histoire politique. Le professeur Jordi Nadal, sommité en la matière et doyen des historiens de l’économie catalane et espagnole, le clamait haut et fort le 20 mai 2010 à l’occasion d’un événement présidé par le roi Juan Carlos 1er d’Espagne à Sabadell, à 25 kilomètres de Barcelone. En 1714, a-t-il précisé, quand la Catalogne a perdu ses institutions publiques et ses libertés suite à une guerre contre les troupes castillanes et françaises dans le cadre d’une guerre d’envergure européenne, le peuple catalan a dû renoncer par la force à son gouvernement propre, ce qui l’a mené à se concentrer sur l’action économique. Le système gouvernemental de la dynastie espagnole sera dès lors centraliste et le pouvoir, concentré à Madrid. Il ne reconnaîtra plus les institutions non fondées sur le modèle castillan et, finalement, pour punir les rebelles catalans, ordonnera la fermeture de l’Université de Barcelone, qui ne renaîtra de ses cendres qu’en 1845.

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Éditorial - Une crise à bas bruit

2011octobre250 La métropole livrée au chaos, exposée aussi dangereusement à la médiocrité qu’à la mafia.

La métropole glissant dans le baragouin, rongée par l’anglicisation et la marginalisation de notre culture.

La métropole attendant l’asphyxie et l’effondrement des ponts.

La métropole et ses élites muettes, incapables de formuler ne serait-ce qu’une protestation.

La métropole soumise, tout entière suspendue au chantage odieux du gouvernement canadian qui joue du pont Champlain comme d’une trique pour mieux faire savoir qui décide quand ça compte.

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Pour une nouvelle alliance nationale

LL. B.Étudiant à la maîtrise en science politique à l’UQAM
Étudiant à l’École du Barreau du Québec 

Suite à la parution de mon dernier article (« Drainville l’abdicateur » dans le site Vigile) qui se voulait une critique, – plutôt dure je l’admets –, du concept de référendum d’initiative populaire comme amorce à une démarche de libération nationale, certains m’ont reproché de m’être borné à planter le député de Marie-Victorin sans proposer de plan de rechange ni envisager quelque solution viable à l’impasse politique et stratégique que connaît présentement le mouvement souverainiste.

Or, voici la « solution » que j’aimerais humblement soumettre à votre attention. Elle s’inspire en partie de l’accession à l’indépendance des États baltes et en particulier de la démarche lettone (la sécession de la république lettonne de l’URSS s’est produite le 8 novembre 1991). Elle vise une prise de possession de l’État dans la continuité du système britannique que nous connaissons, mais prépare la mise sur pied d’institutions et d’une forme de gouvernement bien à nous.

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Trudeau et ses mesures de guerre (extraits)

(extraits en primeur de l'ouvrage paru chez Septentrion)

Introduction

Dans le souvenir de ceux qui l’ont vécue, dans la narration qu’en ont faite les médias, la « crise d’octobre » apparaît comme une affaire de Canadiens français : d’un côté, les Jacques Lanctôt et autres frères Rose. De l’autre : Lucien Saulnier, Jean Drapeau, Jérôme Choquette, Robert Bourassa. Même à Ottawa, ce sont des Canadiens français, le « French Power » comme on dit là-bas : Trudeau, bien entendu, mais aussi Marchand, Pépin, Pelletier, Lalonde. Quelques avocats, Michel Côté, Robert Lemieux, Robert Demers. Quelques vedettes aussi, Pierre Vallières, Michel Chartrand, Claude Ryan. Bref, une affaire de Canadiens français. Suprême ironie : pour un peu, on croirait que le Québec s’est séparé du Canada.

Vision tronquée, s’il en est. Car il y avait, juste à côté, un Canada anglais avec ses réactions, son opinion, son gouvernement, son État, son armée. Si on le laisse de côté, on s’interdit de comprendre Octobre 1970.

C’est pour éviter cette erreur que ce livre est centré sur les Canadiens anglais. Ceux-ci ne sont pas moins que nous impliqués dans cette affaire. C’est le moindre service que l’on peut rendre à la vérité que de prendre connaissance de ce que plusieurs parmi eux ont à dire.

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Éditorial - Regarder loin, viser haut, trimer dur

2011novdec250L’ordre du monde vacille. Les puissances de l’argent se crispent avec la détermination du désespoir. Voilà longtemps que les choses n’étaient pas apparues aussi crûment : les nations se rebiffent, les peuples refusent de se soumettre à un ordre de paupérisation. Cela se préparait depuis longtemps, mais les convulsions désormais se font plus intenses, les secousses plus fortes. Les trois décennies de néolibéralisme débridé sont derrière nous. La bête n’est pas morte, mais elle est mortellement atteinte. Il ne faut pas se laisser abuser par la véhémence de ses réactions, un ordre s’épuise.

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Retrouver le chemin de la souveraineté

Le désarroi est grand, le pessimisme est lourd à porter. Tous ressentent que quelque chose s’est abîmé au cours des derniers mois. Le rêve ? Mais lequel ? Tous, ou presque tous, diront que c’est le rêve d’un pays dont l’objet semble de plus en plus leur échapper. Chacun s’était laissé enfermer dans une logique étatiste au lieu de cultiver son appartenance à une société libre, seul ferment de démocratie et d’avenir. Le moment demande de revenir sur soi, de redevenir le sujet éclairé de nos actes. Le moment demande de s’interroger sur les représentations plus ou moins conscientes que nous avons de l’objectif poursuivi et des moyens privilégiés pour y parvenir. Le moment est celui d’une conscience réflexive critique de soi-même, celui d’un mouvement qui s’est perdu de vue.

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Bilan… prospectif

Professeur honoraire, Faculté de droit, Université de Montréal

Gérard Chaliand, fin connaisseur des peuples émergeants, écrit dans ses mémoires, parlant du nationalisme québécois, qu’il lui manquait : « une élite éclairée et politiquement avisée et une population décidée à prendre des risques (La pointe du couteau, Robert Laffont, 2011, p. 318)».

Ce jugement a été porté avant la déconfiture électorale du Bloc, quelques mois après la triomphale célébration de son vingtième anniversaire et avant l’effondrement éthique du PQ pour de basses considérations électorales avérées au surplus sans fondement suite à l’élection du NPD dans la région de Québec.

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La restructuration politique au Québec et la question nationale

Depuis le début des années 2000, le Québec se trouve en pleine restructuration politique. Les partis traditionnels s’érodent, de nouveaux partis apparaissent, l’électorat devient plus imprévisible. Historiquement, le système politique québécois a été caractérisé par le bipartisme, qui se traduit par l’alternance de deux partis et des gouvernements majoritaires[1]. Le bipartisme a vu les libéraux affronter les conservateurs pendant plusieurs décennies, puis les libéraux et les unionistes, enfin, les libéraux et les péquistes. Les tiers partis réussissaient parfois à faire élire quelques députés, mais sans réellement menacer la majorité ministérielle.

Aujourd’hui, le système des partis présente un visage éclaté. De nouvelles organisations politiques ont fait leur apparition. Les deux partis jusqu’alors dominants font face à des tiers partis de plus en plus menaçants pour le monopole qu’ils exercent sur la vie politique depuis 1973. Cette situation s’explique tant par des facteurs sociaux communs à la plupart des pays capitalistes développés que par des facteurs propres à la situation québécoise et liés à la question nationale.

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Penser la politique spectrale I

Résumé – Cet article pose l’urgence d’une politique attentive aux fantômes qui affolent le peuple québécois dans l’écriture de son histoire. Il situe le retour de certains revenants pour montrer que les fantômes, sous différentes formes, sont parmi nous. Loin de la paranoïa, attentif aux faits, il montre que le Canada est une Haunted House coresponsable de politiques d’horreur et de peur qui nous oblige à envisager une spectropolitique à la hauteur de notre destin historique. Il est écrit en deux parties. S’il présente tout d’abord notre histoire à travers le prisme des revenants, cet article s’achève sur un point positif : le Québec doit former une jeune élite capable de rencontrer les fantômes, interpréter leur message afin de les affoler dans le but ultime de persuader le peuple de l’importance de sa liberté.

Dis-moi qui tu hantes, je te dirai qui tu es.
—Don Quichotte, Cervantès

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Collections numériques (1917-2013)

action couv 1933Bibliothèque et Archives nationales du Québec a numérisé tous les numéros de L'Action française et de L'Action nationale depuis 1917.

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