Carnets de campagne II

La paix, la solidarité, la coopération ne sont possibles qu’entre des peuples et des pays sachant qui ils sont.

Václav Havel

Dans ces carnets de (à la, en) campagne, je prends mes aises, mes distances, avec l’actualité brûlante ou glaçante. Je ne réagis pas au jour le jour, mais à la petite semaine, en pleine liberté de choix. Je m’intéresse aux clichés, aux idéologies, à travers les médias, la langue, le non-dit du discours, les acteurs (avec ou sans texte) des événements en cours. Je résiste.

La vraie campagne (ou ce qu’il en reste)

Le Québec contemporain, urbanisé, confond la campagne (champs cultivés, petites routes, clochers…) avec la forêt, la montagne, les bords de mer. Au-delà de la triple couronne de Montréal, entre les autoroutes, les panneaux, les poteaux, les pylones, on perçoit encore çà et là quelques belles granges, des vaches en noir et blanc ou en couleurs, des ruisseaux non harnachés, des arbres centenaires. Tiraillée entre la grosse industrie agricole et les minuscules productions biologiques, écologiques, la nouvelle campagne cherche sa vocation, son paysage. Il a fallu des siècles pour construire Neuville, Cap-Santé, Saint-Antoine-de-Tilly ou Lotbinière. Combien faudra-t-il d’années à Rabaska pour défigurer et contaminer l’île d’Orléans ?

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Le Rwanda passe à l'anglais

Il a été bien mûri, ce pied de nez, et, surtout, appuyé par des gens bien placés : décréter à la toute veille du Sommet de la Francophonie de Québec d’octobre 2008 que le pays adoptait l’anglais pour l’éducation, depuis la pré-maternelle jusqu’à l’université, et pour l’administration publique. Et vlan ! D’un trait de plume, d’une déclaration de président, le Rwanda tourne le dos à une langue qui lui a servi depuis près de 100 ans. Tous les messages nécessaires étaient présents dans les quelques paroles prononcées par le président Kagame du Rwanda : a) le français ne convient pas aux affaires, aux sciences et aux mathématiques, b) seuls trois pays d’Europe le parlent et c) les pays voisins du Rwanda, hormis la République démocratique du Congo, ont l’anglais comme langue officielle. Pour Kagame, ni le Québec où se tenait le Sommet de la Francophonie, ni même les autres pays de l’Afrique francophone – pas moins de 18 pays – n’ont d’importance.

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Les mots qui nous gouvernent. Le discours des premiers ministres québécois : 1960-2005

Dominique Labbé et Denis Monière
Les mots qui nous gouvernent. Le discours des premiers ministres québécois : 1960-2005, Monière-Wollank Éditeurs, 2008, 249 pages

« Le style, c’est l’homme », disait Flaubert. Dans son Dictionnaire critique de la globalisation, Jacques B. Gélinas parle des « mots du pouvoir et du pouvoir des mots ». L’ouvrage des politologues Dominique Labbé et Denis Monière présente une analyse scientifique du choix des « mots du pouvoir » dans le discours des premiers ministres québécois depuis la Révolution tranquille. De cette analyse rigoureuse ressortent des indications précises sur le style et sur le choix des stratégies de communication de chacun des locuteurs, et sur l’évolution des thématiques qui scandent l’histoire du Québec.

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Retour sur Mai 68 avec Jean-Pierre Le Goff

Auteur de plusieurs ouvrages concernant l’école, (La barbarie douce, La Découverte, 1999) la démocratie (La démocratie post-totalitaire, La Découverte, 2002) ou le management (Les illusions du management. Pour le retour du bon sens, La Découverte, 1996), Jean-Pierre Le Goff a aussi publié un ouvrage très remarqué sur Mai 68 (Mai 68 : l’héritage impossible, La Découverte, 1998). Son travail porte sur tous les problèmes traversant les sociétés contemporaines et questionne la déliquescence des institutions sociales qui assuraient traditionnellement une certaine transmission de l’héritage culturel et institutionnel à partir duquel une société s’aperçoit et peut se projeter.

C’est avec une grande générosité qu’il a accepté de répondre aux questions de Mathieu Bock-Côté.

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Option Louisiane

« Notre État français, nous l’aurons !»
Lionel Groulx
«Faire du Québec un État aussi français que l’Ontario est anglais»
Camille Laurin

«On pourra faire de l'enseignement en anglais sur les mathématiques, l'histoire ou la géographie», dixit madame Pauline Marois (Le Devoir, 17 novembre 2008). Alors que la situation est critique pour l’avenir du français à Montréal, comme le montrent de plus en plus de démographes et d’études, le Parti québécois n’a rien de mieux à proposer que de faire de tous les Québécois de «parfaits bilingues». Projet aux forts accents trudeauistes, certes. Mais en pratique, de deux choses l’une : soit il est farfelu, parce que son application est irréaliste, soit il est radicalement assimilateur, advenant qu’il s’applique avec efficacité.

Comment en est-on arrivé là ? Comment un parti qui est né en défendant Option Québec en arrive-t-il à nous proposer une sorte d’Option Louisiane, c’est-à-dire la voie de la bilinguisation intégrale des habitants de «la province» et donc l’assimilation à terme?

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Le Québec et le Groenland

Avocat, l'auteur a été co-président de la Commission d’étude sur l’autonomie gouvernementale du Nunavik (1999-2001)

Le 25 novembre 2008, le Groenland a tenu un référendum qui était la dernière étape vers l’indépendance. Plus de 75 % des électeurs ont voté en faveur d’une autonomie accrue et d’un partage des revenus des ressources naturelles avec la puissance coloniale, le Danemark. Il est à prévoir qu’un nouvel État souverain apparaîtra d’ici quelques années dans le voisinage du Québec. Dans un reportage récent sur le Groenland, une personnalité politique de l’île a résumé la situation en déclarant en français à un journaliste du quotidien Le Monde : « Vive le Québec libre ! »

Ces événements risquent d’avoir d’ici quelques années des conséquences sérieuses sur le Québec, y compris sur son territoire.

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Éditorial - Lettre ouverte au docteur Gaétan Barrette

Monsieur,

Je ne vous le cacherai pas, je vous écris en désespoir de cause. De tous les responsables de corps constitués qui ont eu à se prononcer sur le dossier du CHUM, vous êtes un des rares chez qui je vois encore luire une parcelle de courage et d’intégrité intellectuelle. Je m’adresse à vous parce que je pense que vos interventions ont jusqu’ici témoigné des qualités indispensables aux devoirs afférents à la fonction que vous occupez. Je pense cependant que vous n’allez pas au bout de vos raisonnements et je vous invite ici à vous tenir droit dans la logique et la responsabilité qui s’en dégagent avec clarté.

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Rosaire Morin, tel que je l'ai connu

Rosaire Morin nous a quittés le 14 avril 1999. Il y a précisément dix ans de ce triste jour en ce printemps 2009. Celui qui fut, entre autres, Chancelier de l’Ordre Jacques-Cartier, fut aussi sans nul doute possible, l’un des plus grands Patriotes de sa génération. Seule la publication d’une biographie substantielle rendra vraiment justice à l’exceptionnelle œuvre d’éducation nationale qui fut celle de ce fils de Saint-Honoré dans le Témiscouata, né en 1922. D’ici là, voici quelques fragments des impressions que j’ai ressenties au fil des années en côtoyant au quotidien ce géant du mouvement québécois.

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Énergie éolienne et développement régional

Le marché est un grand serviteur, mais un très mauvais maître.
(Rafael Correa, président de l’Équateur)
Prix André-Laurendeau 2009

Quel type de développement régional doit-on poursuivre ? Comment l’assurer, et en faveur de qui ?

Ce sont là des questions complexes. Pour les traiter, je compte les aborder ici sous l’angle écologique, conjuguant économie, politique et éthique. Cette perspective influence à présent nombre de politiques publiques. L’approche écologique change radicalement la façon d’envisager notre mode de vie, qu’on parle modèles de développement ou habitudes de consommation.

Cette problématique porteuse ratisse par conséquent très large, un atout indispensable pour affronter les graves questions qui plombent actuellement l’horizon. L’on songe évidemment au réchauffement climatique qui mobilisera les énergies au cours des prochaines décennies, mais qui n’est pas propre aux régions.

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Champlain et le Saint‑Laurent: un fleuve et un pays

Le Saint-Laurent est sans contredit l’un des grands symboles évocateurs de la persévérance du Québec. Il en est à la fois l’épine dorsale et la poutre maîtresse. Les Amérindiens, les premiers à l’apprivoiser et à vivre dans son intimité, disaient de lui qu’il était le « chemin qui marche ». En 1985, M. René Lévesque avait décrété le Saint-Laurent « ressource nationale prioritaire ». En réalité, le grand fleuve est plus qu’une ressource, il est le fleuve de notre mémoire et de notre identité.

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Décembre 2017

Éditorial - Au seuil d’un autre commencement

2017decembre250Conférence prononcée à l’occasion du
Gala du centenaire de L’Action nationale
au cabaret Lion d’Or
27 octobre 2017
Version vidéo -

Je suis heureux de partager avec vous cette soirée, ce moment de célébration. C’est un privilège rare qui m’est donné et je vous en suis très reconnaissant. Je voudrais profiter de l’occasion pour revenir un tant soit peu, sur le chemin parcouru. Et pour tenter d’ouvrir quelques pistes pour le proche avenir, en sachant qu’il faudra revenir plus d’une fois sur le sujet.

Je vous invite à aborder les prochaines années avec confiance et détermination. Il faut penser notre combat dans le temps long. Et le faire en sachant que nous sommes redevables à tous ceux et celles qui, avant nous, ont mené les batailles qui ont permis à notre peuple de se rendre là où nous sommes. Encore et toujours au seuil de notre naissance, certes. Mais encore et toujours tenaces et opiniâtres, avec le même idéal chevillé au corps, le même goût de liberté, le dur désir de durer.

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La voie rapide du Programme de l’expérience québécoise

L'auteur a été conseiller au ministère de l’Immigration, de la Diversité et de l’Inclusion pendant 23 ans, à la retraite depuis deux ans. Le présent article est extrait d'un ouvrage en préparation chez L'Action nationale Éditeur.

Le Québec compte au sein de sa population des migrants étrangers qui y résident de façon temporaire, détenteurs d’un permis de séjour temporaire délivré par le gouvernement fédéral et d’un Certificat d’acceptation du Québec (CAQ). Il s’agit de travailleurs étrangers actifs sur le marché du travail québécois et d’étudiants étrangers inscrits dans nos institutions d’enseignement. Le ministère de l’Immigration, de la Diversité et de l’Inclusion (MIDI) souhaite en retenir le plus grand nombre possible au Québec afin qu’ils s’y établissent de façon durable. En tant que candidats éventuels à la sélection québécoise, ces personnes jouissent d’un avantage important par rapport aux candidats à l’immigration économique qui sont encore dans leur pays d’origine : ils vivent déjà au Québec depuis quelques années et participent à la vie québécoise. D’où l’intérêt pour le Québec de stimuler leur recrutement comme immigrants permanents. C’est dans cette perspective qu’a été mis sur pied en 2010 le Programme de l’expérience québécoise (PEQ).

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Le démantèlement de la nation (chronique 17)

La période couverte s’étend du 21 septembre au 29 novembre 2017.

Au référendum de 1995, le OUI a perdu par 27 145 voix, car l’écart entre le oui et le non fut de 54 288 voix seulement. Des études ont alors montré que si les milieux moins favorisés s’étaient rangés derrière le OUI, c’est parce que l’État québécois leur semblait mieux en mesure que celui d’Ottawa, qui avait déjà entrepris de vastes compressions dans ses programmes sociaux, de mener la lutte contre la pauvreté et d’offrir un filet social de qualité.

Mais après le référendum, balayant une telle analyse du revers de la main, le premier ministre Lucien Bouchard s’est employé à dissocier question nationale et engagement de l’État québécois dans la société. Il a fait sienne la lutte contre le déficit. Les compressions ont commencé en santé, en éducation, dans les programmes sociaux et ailleurs. Ce premier ministre prétendait qu’en atteignant le déficit zéro et la réduction de la dette, les Québécois seraient à l’avenir plus libres de leurs choix. C’était vraiment mal lire la réalité. Celle-ci, à l’époque, n’était plus l’insécurité économique ; c’était tout simplement que 60 % de OUI parmi les Québécois de langue française n’avaient pas suffi à l’emporter contre 95 % de NON parmi les non-francophones.

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Bilan de l’année du centenaire

Le conseil d’administration de la Ligue a voulu souligner avec éclat le centième anniversaire de la revue qui fut fondée en janvier 1917. L’objectif principal de cette année de commémoration était de faire connaître la revue afin d’élargir son lectorat. Nous avons voulu célébrer tous les artisans de la revue qui depuis un siècle, mois après mois, ont assuré la production et la diffusion d’analyses pertinentes et éclairantes de notre destin national.

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Chroniques catalanes

L'auteur remercie Consol Perarnau qui l’a guidé dans la connaissance de la Catalogne.

Ces chroniques portent sur le processus d’autodétermination du peuple catalan qui s’est concrétisé par la tenue d’un référendum le 1er octobre dernier. Je me suis rendu à Barcelone du 24 septembre au 2 octobre comme participant à la délégation québécoise organisée par le Réseau Québec-monde. J’avais aussi obtenu l’accréditation de la Generalitat pour agir comme observateur international et surveiller le déroulement du vote. Ces chroniques forment en quelque sorte un journal de bord de ce voyage où se mêlent récit de vie et analyse politique. Ce journal relate au jour le jour les rencontres avec les principaux acteurs du mouvement indépendantiste catalan. Il compare aussi à l’occasion l’évolution du mouvement indépendantiste québécois et celui du mouvement catalan. 

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