Une fin de semaine avec Rosaire Morin

En juin 1997, j'avais emmené Rosaire Morin pour une fin de semaine à mon chalet dans les Laurentides. J'avais noté dans mes carnets, qui seront publiés en avril aux Éditions du Québécois sous le titre Chronique d'un rendez-vous manqué, quelques moments de cette rencontre. Ce sont ces notes que je reproduis ici.

29 juin. Séjour au Lac Chaud, avec Rosaire Morin. Je le fais parler et prends des notes. Une véritable encyclopédie vivante. Un homme passionné, habité par le problème du Québec. Notre épargne sort du Québec dans une proportion incroyable et nous n'avons pas d'argent pour nous développer. Les politiciens ne sont pas à la hauteur de la situation. Ils ne pensent qu'à leurs intérêts. Ils ne sont pas conscients des vrais problèmes sociaux et politiques. Ils n'ont pas de plan, ils improvisent continuellement.

Et au Québec, nous recommençons toujours à zéro, en niant ce qui s'est fait précédemment. Il pense qu'on aurait dû procéder point par point dans la réforme de l'éducation. Pas tout jeter à terre pour recommencer à zéro. De même dans le domaine de la santé. Il dit que René Lévesque n'était pas indépendantiste. Que Bouchard est un opportuniste qui accepterait demain de remplacer Chrétien à la tête du Parti libéral et du Canada si on lui offrait le poste. Il se propose de publier de petites enquêtes sur la situation du français au Québec, sur l'envahissement du marché par l'extérieur, etc. Il pense à fonder un mouvement qui regrouperait les groupes nationalistes et le PQ. Il ne faut pas que l'indépendance apparaisse comme de la seule responsabilité du PQ. Il pense à fonder un hebdomadaire voué à l'indépendance.

Ce homme, qui est assez handicapé, qui a près de quatre-vingts ans, est plein de projets. Il faudrait enregistrer tous ses propos. Il est le directeur de la revue L'Action nationale. Il a déjà publié un important dossier sur ce qu'il appelle la déportation de l'argent en dehors du Québec, dans les fonds mutuels et les caisses de retraite. Il poursuit ses recherches malgré les menaces. Il travaille à une histoire de la revue qui fête ses quatre-vingts ans cette année. Il n'est pas seulement l'âme de la revue, mais son moteur. Il connaît beaucoup de gens qu'il sollicite pour une collaboration ou une aide financière.

Les travaux de Rosaire Morin sont très importants pour la société, pour le Québec. Mais il n'a pas l'argent nécessaire. Il quête partout où il peut, mais ne réussit pas à trouver ce dont il aurait besoin. Et la société a de l'argent pour toutes sortes de futilités, Et même, le travail qu'il fait devrait être fait par les universités, par les facultés d'économie. Ce sont elles qui sont payées, mais c'est lui qui s'acquitte de la besogne, qui fait le travail.

Collections numériques (1917-2013)

action couv 1933Bibliothèque et Archives nationales du Québec a numérisé tous les numéros de L'Action française et de L'Action nationale depuis 1917.

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