Sauver le soldat Drouin…

…et la doctrine de la fausse symétrie entre les minorités linguistiques

Quelques dizaines de députés du PLC, anglophones comme francophones, se sont subitement bousculés au portillon de la section canadienne de l’Assemblée parlementaire de la francophonie (APF) pour voler au secours du député franco-ontarien Francis Drouin, qui pourra ainsi conserver son poste de président de l’APF.

Les oppositions à la Chambre des communes avaient demandé sa démission à cause des propos vulgaires qu’il avait tenus à l’endroit de deux témoins qui, devant le Comité des langues officielles, avaient « osé » soutenir qu’une partie des francophones et des allophones qui effectuent des études supérieures dans des établissements anglophones du Québec s’anglicisent.

En agissant ainsi, M. Drouin a montré qu’il estime justifiée la fausse symétrie entre minorités canadiennes françaises et acadiennes d’une part et, d’autre part, la minorité anglophone du Québec. En d’autres termes, il a nié l’existence d’une certaine assimilation à l’anglais (bien sûr faible pour l’instant) au Québec même.

Véritable tremblement de terre politique, c’est la naissance de la nation québécoise qui a amené le gouvernement fédéral à s’intéresser activement à la question des langues minoritaires (où était-il au moment de l’adoption de Règlement 17 en Ontario ?). La majorité francophone du Québec se constituait en nation, son assemblée législative provinciale était remplacée par une Assemblée nationale, ses frontières provinciales se transformaient en frontières nationales, etc.

La minorité anglophone, d’abord tête de pont glorieuse de l’avancée des Britanniques en Amérique du Nord, se transformait, symboliquement, en corps expéditionnaire menacé d’encerclement. Son poids politique diminuait, ses privilèges institutionnels, notamment dans les domaines linguistique et éducatif, risquaient d’être égratignés ; dans ce dernier cas, les 200 modifications affaiblissant la Loi 101, résultant de contestations judiciaires financées en bonne partie par le gouvernement fédéral, lui ont permis de limiter les dégâts.

D’une pierre deux coups. En effet, en plus de se donner le droit de protéger les institutions anglophones du Québec, le gouvernement fédéral creusait encore davantage le fossé qui, fatalement, s’était créé autour du Québec : ce dernier devenait un adversaire des Acadiens et des minorités canadiennes-françaises, car il se trouvait obligé, stratégiquement, de s’opposer à une trop grande dévolution de droits et de fonds aux minorités linguistiques francophones, sachant que sa puissante minorité anglophone, pourtant déjà privilégiée, en profiterait aussi.

Jugeant n’avoir d’autre choix que d’accepter le système de la fausse symétrie entre minorités linguistiques pour que soient maintenus le financement et la protection des institutions franco-ontariennes, le soldat Drouin est monté au front pour essayer d’empêcher que soit exposé au grand jour le pouvoir d’assimilation des institutions anglophones du Québec, en refusant d’examiner les données, notamment fédérales, présentées par les témoins Lacroix et Bourdon sur le sujet.

Il a bien compris la doctrine fédérale de la symétrie entre les minorités linguistiques selon laquelle toutes les minorités linguistiques ont besoin de protection et que, par conséquent, il est logiquement et philosophiquement impossible que l’une d’entre elles dispose d’un quelconque pouvoir d’assimilation.

Quelques dizaines de députés du PLC, anglophones comme francophones, se sont subitement bousculés au portillon de la section canadienne de l’Assemblée parlementaire de la francophonie (APF) pour voler au secours du député franco-ontarien Francis Drouin, qui pourra ainsi conserver son poste de président de l’APF

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