Cégeps: le combat pour le français

Dans la conférence de presse qu’il a accordée pour annoncer le projet de loi 96, le premier ministre Legault a affirmé que l’application de la loi 101 au cégep était une mesure « extrémiste » comme si elle était proposée par de dangereux radicaux et il s’est empressé de dire que le PQ voulait interdire l’accès aux cégeps anglais aux francophones. En bon tacticien, Monsieur Legault a bien pris soin de camper son projet de loi entre la mollesse du PLQ et « l’extrémisme » du PQ. On aimerait pourtant qu’il soit un peu moins chef de parti et un peu plus premier ministre ; la gravité de la situation exige de lui autre chose que des calculs politiques.

Frédéric Lacroix. Un libre choix ? Cégeps anglais et étudiants internationaux

Frédéric Lacroix
Un libre choix ? Cégeps anglais et étudiants internationaux : détournement, anglicisation et fraude
Montréal, Mouvement Québec français, 2021, 174 pages

Un an après son essai percutant Pourquoi la loi 101 est un échec, celui qui figure désormais comme l’expert incontournable au Québec sur la question du déclin du français resurgit cet automne pour s’en prendre à une autre idée délétère qui s’impose depuis longtemps dans l’espace public. Cette idée, c’est qu’un jeune, au Québec, doit avoir le droit d’exercer son « libre choix » de la langue d’enseignement dans laquelle il souhaite étudier pour son parcours postsecondaire. Le Québec est ainsi l’un des très rares endroits du monde où tout citoyen peut recevoir un enseignement dans une langue autre que la langue officielle après avoir terminé son secondaire.

Les contorsions du PDG de la Fédération des cégeps sur la loi 101

M. Bernard Tremblay, le PDG de la Fédération des cégeps, vient de nous communiquer dans Le Devoir, édition du 16 avril 2021, sa position sur la crise de la langue et de la culture française au Québec. « Un débat fondamental » qui nécessite « une réaction vigoureuse ».

Éditorial – Il faut mettre Dawson en tutelle

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Il y a des limites à prendre les citoyens pour des valises. Cela fait des mois et des mois que ça dure. Les responsables du plus gros cégep du Québec disent n’importe quoi. Les contradictions ne se comptent plus. Les déclarations à la limite du mensonge officiel s’étalent à pleines pages et dégoulinent de bons sentiments pour mieux brouiller les repères factuels dès lors qu’il s’agit de s’adresser à un public francophone. En anglais, la rhétorique rhodésienne garde ses droits et ne s’en prive guère. Le double langage est une véritable vertu civique dans certains des cercles de l’establishment qui, depuis que le Canada est le Canada, traitent au Québec comme dans les bourgades de demeurés. Heureusement que le bassin des indigènes de service est inépuisable, cela permet de penser que la province regorge de « token » pour l’aider à ressembler à un pros Parti libéral du Canada.

Ça suffit !

Le français, langue infantile

Au Québec, le français est une langue pour les enfants. Ce n’est pas moi qui le dis, c’est le législateur québécois lui-même, soit l’Assemblée nationale du Québec par la bouche de ses lois, qui l’affirme. Pour s’en convaincre, il n’est que de lire la Charte de la langue française qui, depuis son adoption en 1977, dispose que « [l]’enseignement se donne en français dans les classes maternelles, dans les écoles primaires et secondaires1 » sous réserve des exceptions qui confèrent à certains parents la possibilité d’envoyer leurs enfants à l’école anglaise. Or, la Loi sur l’instruction publique, qui régit l’éducation publique au Québec de la maternelle au secondaire, prévoit que tout enfant doit, règle générale, fréquenter une école – publique ou privée – entre les âges de 6 à 16 ans2.

Déliquescence : regards sur l’état des cégeps au Québec

Parler d’éducation au Québec, revient à parler d’histoire et de culture. Parler des cégeps revient à parler d’un projet ancré dans une histoire et un temps qui nous paraît déjà si loin ; leurs naissances, pour les premiers, datant de 1967. Presque comme parler de révolution sexuelle alors que nous avons connu l’ère du sida. Dans mon cours d’épistémologie à l’Université de Montréal dans les années 2000, André-J Bélanger illustrait le concept de « path dependence1» par l’idée des cégeps. Quelque chose qui serait plus coûteux à détruire qu’à être entretenu.

La loi 101 au cégep. Une question de cohérence

Professeur de philosophie au Cégep de Maisonneuve. Version remaniée d’un texte paru au mois de juin 2020 sur le site internet de la revue Argument.

Au mois de juin dernier, la présidente de la Fédération des enseignantes et des enseignants de cégep (FEC-CSQ) réagissait à l’annonce d’un agrandissement du cégep Dawson prévu par la loi 61 (pour le moment suspendue) dans les pages du Journal de Montréal : ce projet, écrivait-elle, « n’est pas à favoriser ». Elle écartait cependant, d’un même mouvement, l’idée d’étendre la loi 101 au collégial : il y aurait en effet « d’autres pistes à explorer afin de préserver ce qu’il reste encore du fragile équilibre linguistique et de la coordination dans le réseau des cégeps1. »

Prévisions des effectifs au collégial. Un modèle trompeur

Le ministère de l’Éducation et de l’Enseignement supérieur (MEES) utilise un modèle de prévision des effectifs au collégial pour guider le développement futur du réseau. Ce modèle, qui ne tient pas compte de la dynamique linguistique qui se déploie actuellement au Québec et à Montréal en particulier, minimise le développement futur et la place grandissante qu’occupent et qu’occuperont les cégeps anglais au Québec.

Le confinement du français dans l’enseignement supérieur au Québec

En cette période dite de « déconfinement » incertain, où l’apparent retour à la vie normale après plusieurs mois de réclusion abat une après l’autre les barrières érigées contre la pandémie de la COVID-19, subsiste une réalité, typique de ce coin d’Amérique, qui risque de rester longtemps confinée : la langue. Cette chère langue française, proclamée officielle depuis la loi 22 de Robert Bourassa adoptée en 1974, interminablement l’objet des soins et des corrections du législateur et des tribunaux. Mais pourquoi donc, après tous les débats que la protection de cette langue a suscités au Québec, serait-elle « confinée » ? C’est que, lorsqu’on regarde le traitement que le législateur québécois lui réserve, il est bavard pour certaines choses, et soudainement muet pour d’autres, au point qu’elle devient invisible, comme ces enfants illégitimes que l’on cachait jadis dans les familles et dont on taisait l’existence par toutes sortes de simagrées et des soupirs profonds.

L’enseignement en ligne au cégep: solution à quel problème?

Le mal, c’est toujours la destruction de choses sensibles où il y a présence réelle du bien. Le mal est accompli par ceux qui n’ont pas connaissance de cette présence réelle. En ce sens il est vrai que nul n’est méchant volontairement. Les rapports de force donnent à l’absence le pouvoir de détruire la présence.
– Simone Weil, La pesanteur et la grâce

Préambule

La première chose que j’ai à dire à propos de la COVID19 et de ses conséquences sur l’enseignement de la philosophie collégiale, c’est que je n’ai rien à en dire. Ce qui se passe me dépasse, et me dépassent aussi les conséquences possibles des événements. Il me semble qu’il n’y a que peu de choses à faire dans les circonstances que nous vivons : agir, pour celles et ceux qui doivent le faire, et pleurer, pleurer sur les morts, sur le délaissement, pleurer sur l’accumulation exponentielle des tragédies, individuelles, sur notre tragédie collective qui montre, avec une violence indicible, ce qu’il en est des plus fragiles de notre société.