La tête coupée de John A. Macdonald

Stephen Harper aime bien les anniversaires, mais il a ses préférences. Cela tombe bien puisqu’un gouvernement majoritaire a tout le loisir de choisir. Tout au long de l’année 2012, les conservateurs se sont franchement payé la traite en nous faisant à la fois le coup du jubilé de diamant d’Elizabeth II et celui du bicentenaire de la guerre de 1812. Ils ont grossièrement instrumentalisé ces deux commémorations pour saturer les Canadiens – et particulièrement les Québécois – de propagande d’unité nationale et de monarchisme britannique. Très cohérente, la campagne publicitaire fédérale à la télévision disait : « Il y a 200 ans, les États-Unis nous ont envahis. Mais nous avons défendu notre territoire, [anglophones, francophones et autochtones] côte à côte, et gagné la lutte pour le Canada. » Or puisque cette guerre opposa l’Angleterre aux États-Unis d’Amérique, indépendants depuis un quart de siècle, et que le Canada n’existera que 55 ans plus tard, qui donc ce « nous » désigne-t-il ? Nous, les loyaux sujets de Sa Majesté, bien sûr.

L’anniversaire exproprié

[…] on a tout simplement fait l’économie de l’Histoire. On se contentera d’un pur divertissement pour réunir des factions opposées à Québec et attirer des touristes du reste du Canada et du monde. À une époque où l’Histoire — source de honte et de gêne (sinon d’ennui) pour certains — a été jetée aux oubliettes, on pourra fermer les yeux et soupirer de soulagement. Mieux vaudra fêter les vedettes, les nombreux talents de Québec, les jeux de lumière… et le retour du parrainage fédéral.

H.V. Nelles1, dans L’Encyclopédie canadienne.

La préparation des fêtes de 2008 s’est amorcée en 1998, à l’instigation du maire Jean-Paul L’Allier. En 2000, la ville en confiait l’organisation à la Société du 400e anniversaire de Québec, un organisme autonome, sans but lucratif, financé par le gouvernement du Québec (40M$), le gouvernement du Canada (40M$) et la ville de Québec (5M$). Des revenus autonomes plus élevés que prévu (9M$) ont porté le budget total de la Société du 400e à 94M$, ce qui ne comprend pas les dépenses d’immobilisations des gouvernements.