Histoire politique et histoire nationale au Québec

Professeur, département d’histoire, UQAM

Ce qu’on appelle l’« histoire nationale » n’implique de soi aucune opposition à ce à quoi on a donné le nom d’« histoire sociale ». Sur le même plan, c’est plutôt par rapport au local et au mondial qu’elle peut être située dans sa spécificité  [1].

La Fondation Lionel-Groulx a récemment commandé et entériné une analyse de l’état de l’enseignement et de la recherche en « histoire nationale » dans les départements d’histoire des universités québécoises [2]. Comme l’affirme son directeur général, « pour la Fondation Lionel-Groulx, son conseil d’administration et son comité d’historiens, le débat sur la place réservée à notre histoire nationale dans nos institutions d’enseignement est un débat important et sérieux, qui mérite d’être mené avec rigueur et respect [3] ». Ce texte a suscité un débat virulent dans la presse écrite, débat auquel mes collègues professeurs dans les départements visés par ce document, ont pris une part relativement discrète et limitée [4]. Le format de la presse écrite se prête de toute façon très mal à une critique approfondie. Pourtant, ce document me semble révélateur d’une certaine attitude et d’un certain rapport à l’histoire qui se fait dans nos départements, attitude et rapport qui concernent au plus haut point la place de l’histoire nationale et de l’histoire politique dans le destin de la collectivité québécoise, et qui à mon sens méritent d’être dénoncés.

Retrouver le chemin de la souveraineté

Le désarroi est grand, le pessimisme est lourd à porter. Tous ressentent que quelque chose s’est abîmé au cours des derniers mois. Le rêve ? Mais lequel ? Tous, ou presque tous, diront que c’est le rêve d’un pays dont l’objet semble de plus en plus leur échapper. Chacun s’était laissé enfermer dans une logique étatiste au lieu de cultiver son appartenance à une société libre, seul ferment de démocratie et d’avenir. Le moment demande de revenir sur soi, de redevenir le sujet éclairé de nos actes. Le moment demande de s’interroger sur les représentations plus ou moins conscientes que nous avons de l’objectif poursuivi et des moyens privilégiés pour y parvenir. Le moment est celui d’une conscience réflexive critique de soi-même, celui d’un mouvement qui s’est perdu de vue.