Carnets de campagne

L’auteur est professeur émérite de littérature à l’Université de Montréal où il a fait carrière. Il est l’auteur d’essais critiques, de plusieurs anthologies et d’une histoire de la littérature québécoise.

Le titre de cette chronique a une double connotation. Mes notes sont datées et situées (près du fleuve, au Centre-du-Québec), elles sont aussi engagées, militantes au sens large du terme. Je m’intéresse ici aux petits faits vrais, souvent invraisemblables, de l’actualité sociale, culturelle et surtout (indissociablement) politique.

Haine de soi : le Plateau et les plateaux

Le Plateau-Mont-Royal a remplacé Outremont comme repoussoir, forteresse du snobisme, aux yeux du bon peuple. À défaut de grands bourgeois, on s’attaque aux petits; à défaut de vrais libéraux, on s’en prend aux faux péquistes; à défaut d’industriels, on se moque des artistes ou prétendus tels.

Westmount et le West Island échappent aux regards, donc à la critique. Le Plateau et les quartiers adjacents sont une cible privilégiée des provinciaux et autres visiteurs occasionnels, à travers de multiples petits écrans. Le Plateau revu et déformé par la télévision et les humoristes (c’est la même chose). Le Plateau sans Gérald Godin, Miron, Michel Tremblay, le Matou d’Yves Beauchemin. Le Plateau, cœur francophone de Montréal, où les minorités ethniques s’assimilent naturellement, contrairement à Parc-Extension, Saint-Michel, Montréal-Nord, Rivière-des-Prairies, Saint-Léonard… Tout à coup Montréal finirait par ressembler au Plateau-Mont-Royal ! Ce serait terrible pour DDO (Dollard-des-Ormeaux), NDG, TMR, etc.