Ce que nous avons oublié

Lettre aux collègues et aux étudiants de l’université

Dans le contexte de la mobilisation formidable des étudiants du Québec contre la hausse décrétée des droits de scolarité, il semble que le débat sur le financement de l’université soit enfin amorcé, pour la première fois depuis des décennies de transformations radicales, inaperçues de l’extérieur. Cette mobilisation étudiante est certainement historique. J’aime croire que les étudiants ne reviendront pas indemnes dans leurs classes, que déjà ils ont changé ; et je souhaite que ce changement issu de l’affirmation d’une révolte contre toutes les atteintes qui sont faites depuis des années au sens même du lien social et de l’éducation, se déploie et s’approfondisse bien au-delà de cette grève générale.

J’ai donc, le 19 mars dernier, accepté l’invitation du MAPS (Mouvance associative pour le partage des savoirs) à donner une conférence, dans le cadre de « l’université populaire », au bar L’Absynthe de la rue Saint-Denis. Je reprends ici mon propos et le développe de manière à lui donner une portée et une clarté plus grandes.

Je salue pour commencer le livre d’Éric Martin et de Maxime Ouellet[1], et celui de Normand Baillargeon[2], publiés tous deux en 2011 dans l’expectative de la grève étudiante annoncée, qui nous aident, d’une part, à déconstruire les mythes du soi-disant sous financement de l’université, et, d’autre part, à reconnaître le rôle joué, dans ce théâtre de la dérive, par les acteurs de premier plan que sont les professeurs, et par effet de conséquence, les étudiants. La réflexion ne fait que commencer. Il faudra, je suppose, du « temps pour comprendre » ; comprendre ce que nous sommes en train de perdre et ce que nous avons oublié. L’humilité et la patience nous seront nécessaires.