Septembre-Octobre 2015

Septembre-Octobre 2015

Vers un Royaume-Désuni ?

Histoire. Université de Sherbrooke

En 1977, Tom Nairn, politologue et historien, prédisait dans The Break-up of Britain l’éclatement inévitable du Royaume-Uni1. À l’époque, cette thèse fut accueillie avec beaucoup de scepticisme. Aujourd’hui, cependant, comme le souligne Keith Dixon « avec le recul, il est difficile de résister aux conclusions de Nairn2. » En effet, le Royaume-Uni, qui découle d’un long processus de conquête et d’intégration des différentes nations des îles britanniques au Royaume d’Angleterre, est maintenant confronté à un effritement du pouvoir central au profit de pouvoirs régionaux toujours à la recherche d’une autonomie de plus en plus grande.

Encadrées par les actes d’Union liant le Pays de Galles (1536), l’Écosse (1707) et l’Irlande (1801) à l’Angleterre, les relations centre/périphérie ont connu, au fil des siècles, une évolution contrastée dans les différentes régions constituant le Royaume-Uni. Ces relations, construites au gré du contexte historique et de la nature des traités scellant l’union des différents « royaumes », méritent une attention particulière, si nous voulons comprendre pourquoi elles sont en profonde mutation depuis le troisième quart du XXe siècle. L’Irlande, comme nous le verrons, fait figure d’exception. La guerre d’indépendance menée au lendemain de la Première Guerre mondiale et l’établissement de la République en 1949 rompirent tous les liens constitutionnels entre l’Irlande et le Royaume-Uni, à l’exception de certains comtés de l’Ulster en l’Irlande du Nord. Peuplés majoritairement par des protestants, ces comtés sont demeurés au sein du Royaume-Uni à la suite du traité de Londres signé le 6 décembre 19213.

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La jonction du discours radical tory montréalais avec l’impérialisme libéral anglais

Historien, auteur La «rebellion de 1837» à travers le prisme du Montreal Herald. PUL, 2015

Deux postulats de base de l’interprétation standard à propos de 1840

Pourquoi devrait-on s’intéresser au British North America Act de 1840 dont on souligne cette année le 175e anniversaire ? En dépit du fait qu’elle soit une mesure tâtonnante, expérimentale et dilatoire, l’union législative de 1840 du Haut et du Bas-Canada (l’Ontario et le Québec actuels) est fondamentale, car en plus d’instaurer le prototype d’union générale de toutes les colonies du British North America dont la confédération de 1867 sera la réalisation partielle, cette union visait à établir, dans l’optique même de Durham, son concepteur réputé d’après Immigration Canada1, quelque chose comme une nouvelle nationalité britannique en Amérique du Nord en mesure de résister à l’attraction puissante du voisin américain tout en matant les aspirations républicaines du parti patriote majoritaire. Cette interprétation grand public repose sur deux postulats : la croyance, d’une part, que la fusion de 1840 est sortie toute casquée de la tête de lord Durham lors de son passage en coup de vent en 1838 ; l’idée, d’autre part, qu’elle a été imposée unilatéralement par le parlement impérial à Londres comme mesure palliative aux insurrections populaires de 1837 et de 1838 en attendant le grand jour d’une union consensuelle de type fédéral que Durham, dans ses vues larges et éclairées, appelait de tous ses vœux2.

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