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Les élections montréalaises et l’illustration d’un cycle politique inédit

Comme souvent, la dernière campagne montréalaise a débuté sur fond de désintérêt poli, d’autant que la réélection de Denis Coderre semblait évidente. Comme un symbole de cette désaffection, depuis le retrait définitif de Louise Harel en 2013, la sphère péquiste s’était illustrée par un désengagement significatif de l’arène locale. En outre, en extrayant peu à peu Montréal de l’analyse nationaliste, de nombreux militants se sont massivement désinvestis du terrain. On dit que certains en étaient arrivés à considérer que l’élection opposerait les deux faces d’une même pièce. Or, cela serait une affirmation simpliste, car la dernière campagne fournit, a posteriori, des éléments prospectifs riches. Notamment, la cartographie des résultats de cette élection atteste d’une concentration originale des suffrages qui tranche avec le clivage peu ou prou est-ouest des scrutins précédents, au profit d’une répartition nord-sud. De ce chambardement électoral, nous faisons l’hypothèse que Montréal est le théâtre d’un cycle politique nouveau, qui se nourrit de la crise de la représentation populaire et qui s’étend à toutes les démocraties.

En d’autres termes, la singularité du vote du 5 novembre 2017 exige davantage d’essayer d’en comprendre les raisons, plutôt que d’en décrire futilement la répartition. Ainsi, puisque Montréal n’est pas une enclave territoriale, il convient de questionner ce qui a permis à une chalengeuse, Valérie Plante, de déjouer les pronostics et de s’imposer face à l’une des personnalités les mieux établies de la politique canadienne contemporaine.

On verra ainsi que, malgré des réalisations notables de la part l’administration Coderre, une certaine pratique omnipotente du pouvoir a été significativement rejetée par les électeurs de Montréal. Aussi, la « drôle de campagne » que nous avons connue témoigne notamment d’une incompréhension des mutations médiatiques auxquelles nous assistons : dans ce contexte et face à un adversaire contrôlant, la campagne menée par Valérie Plante et son équipe a pris à contrepied certains codes traditionnels. Finalement, en réinjectant le sens du collectif dans le discours politique, Projet Montréal est en mesure de « remettre à niveau » la métropole québécoise, en l’ouvrant aux plus hauts standards internationaux.

1. L’administration Coderre : quatre années de mandat pour un bilan contrasté

Un mandat marqué par un salutaire renouvellement

Un trait tiré sur les années Tremblay

Au premier chef, si l’on souhaite analyser le résultat de la dernière élection montréalaise, il faut reconnaître que Denis Coderre n’a pas perdu parce qu’il était perçu comme un mauvais maire. Certes, plusieurs bévues ont été commises par son administration – nous y reviendrons plus tard –, mais il est difficile de nier l’habileté avec laquelle ce dernier a réussi à mettre un frein à l’esprit de copinage et à la corruption ayant caractérisé la politique montréalaise sous l’égide du maire Gérald Tremblay.

Il n’est pas inutile de rappeler que la précédente administration avait été vertement critiquée quant à l’éthique. En effet, le mandat de Gérald Tremblay avait été secoué durant plusieurs années par des allégations de corruption et de collusion, allégations qui furent confirmées par la commission Charbonneau. Dans son rapport, la commission indique qu’un stratagème d’élection « clé en main » existait entre un petit groupe de firmes de génie et le parti du maire Tremblay. Ce système de corruption et de collusion politique s’était concrétisé par le gonflement artificiel de la valeur des contrats de construction attribués par la Ville et par le versement d’une partie de cette augmentation aux caisses du parti au pouvoir (1). Cette succession d’événements déplorables conduisit aux démissions des maires Gérald Tremblay et Michael Applebaum, l’équipe de transition menée par Laurent Blanchard concluant le mandat 2009-2013.

Ce contexte particulier permet d’expliquer la raison pour laquelle la lutte contre la corruption se trouvait à être la priorité des Montréalais lors de la campagne électorale de 2013 (2) et fût le centre du discours de tous les candidats à la mairie (3). C’est ainsi que, Denis Coderre, le futur maire promit de créer un poste d’inspecteur général, inspiré notamment du Department of investigation de la ville de New York. Dans le but de réduire la corruption, l’inspecteur général serait indépendant du pouvoir politique et aurait les prérogatives pour enquêter sur tous les projets (4).

Peu de temps après son élection, Denis Coderre respectait cette promesse en mettant en place le Bureau de l’inspecteur général (BIG) et en faisant pression sur l’Assemblée nationale du Québec pour qu’elle accorde certains pouvoirs à ce nouveau poste. Ledit inspecteur général supervise aujourd’hui les processus d’attribution et d’exécution des contrats de la Ville de Montréal et des personnes morales lui étant liées (5). Le rôle officiel de ce dernier est de favoriser l’intégrité et le respect des dispositions légales relatives à la passation ou à la mise en œuvre des contrats en offrant des formations aux élus, en formulant des recommandations au conseil et en surveillant ce genre de processus (6). Par ailleurs, l’inspecteur général a ainsi le pouvoir d’annuler ou de suspendre des ententes contractuelles en cas d’irrégularité dans les procédures de passation (7). Plus simplement, le BIG est une sorte de « police des contrats » (8) combattant les abus de corruption et de collusion à Montréal. À peine quelques années plus tard, il est évident que les résultats du BIG sont plutôt satisfaisants. En effet, ce dernier a permis de prendre connaissance de la présence du crime organisé, de collusion ou de manœuvre frauduleuse dans les secteurs du remorquage de véhicule, de la construction et du déneigement.

S’il faut rendre à César ce qui appartient à César, reconnaissons que la mise en place de cette institution par Denis Coderre nous semble être l’une des plus grandes réussites de ce dernier. Et, même si certaines améliorations pourraient toujours être apportées en ce qui concerne l’éthique à l’image de la rotation des hauts fonctionnaires, il reste que l’administration Coderre a réduit de façon drastique la perception de corruption et de collusion à Montréal. En quelque sorte, il est possible d’affirmer que la volonté de rétablissement du lien de confiance entre le citoyen et la Ville est probablement le legs le plus important que laissera l’administration Coderre à la métropole québécoise.

Remettre Montréal « sur la map »

En outre, Denis Coderre a été sans contredit un « maire voyageur ». Lors de son mandat, ce dernier a été particulièrement actif pour faire la promotion de sa ville sur la scène internationale en multipliant les missions aux quatre coins du globe. S’il est possible de faire remarquer que ce type de déplacement est assez commun pour le maire d’une métropole, il n’en demeure pas moins que Denis Coderre se distingue de ses prédécesseurs par l’énergie qu’il consacre à faire la publicité de Montréal lors de ces voyages. Quoique discutable sur la forme, en effet, la stratégie affichée de ce dernier était d’effectuer une sorte de « diplomatie urbaine » visant à recréer des liens à l’international. L’ex-attaché de presse du maire résumait ainsi les caractéristiques de cette approche diplomatique : il s’agissait de favoriser les relations de Montréal avec d’autres villes, de prendre position sur divers enjeux urbains, sociaux et environnementaux et, enfin, d’encourager la capacité d’action des municipalités sur ces thèmes (9). En plus des diverses visites de rapprochement, Denis Coderre a particulièrement œuvré pour que Montréal regagne une voix audible sur la scène internationale. En effet, lors de sa mandature, ce dernier a été notamment en mesure d’obtenir une place pour la métropole québécoise au sein du C40 Cities Climate Leadership Group, une organisation internationale qui vise à lutter contre le dérèglement climatique, ainsi que de Metropolis, une association qui rassemble plus de 100 villes à l’international, soit deux importantes associations de grandes métropoles. Ce travail du maire sortant lui a d’ailleurs permis d’accéder à la présidence de ce dernier regroupement et d’attirer plusieurs sommets internationaux à Montréal.

Néanmoins, malgré ces quelques bons coups, la mandature 2013-2017 s’est aussi dénotée par une pratique du pouvoir qui illustre l’autre versant du volontarisme de Denis Coderre.

Denis Coderre, l’homme fort

En fait, Denis Coderre s’est illustré, sur la scène municipale par une pratique centralisatrice et parfois jugée autoritaire, notamment quant à sa volonté de contrôle des médias.

La tentation de la centralisation

Tout au long de la mandature, l’administration Coderre a fortement tenté de faire pression sur le gouvernement libéral de Philippe Couillard pour remettre à plat la répartition des compétences municipales. Fin 2015, l’administration Coderre sollicitait Québec afin d’arracher certains pouvoirs aux arrondissements et de revenir sur le projet de loi 33 de 2003, qui avait alors fortement décentralisé la métropole. Parmi les demandes formulées, on citera le retrait des pouvoirs des arrondissements en matière de ressources humaines, de création des services et d’en nommer les directeurs, d’acquisition d’immeubles et d’approvisionnement ou d’adoption de règlements d’emprunt. Ce n’est qu’en septembre 2017 que l’Assemblée nationale a finalement adopté le Projet de loi 121 (10) dit « Loi augmentant l’autonomie et les pouvoirs de la Ville de Montréal, métropole du Québec ». Si le statut de Métropole a certes été adopté, le gouvernement n’a pas cédé aux demandes de réaménagement des pouvoirs entre Montréal et ses arrondissements. Tout au plus, le projet de loi a réduit de 25k m2 à 15 k m2, la superficie au-delà̀ de laquelle le conseil municipal est autorisé à réaliser un projet en dépit d’un règlement d’arrondissement existant. Malgré ce camouflet parlementaire, l’administration Coderre a tout de même pu mobiliser à son avantage la Charte de la Ville pour limiter les capacités d’intervention des quartiers montréalais.

En fait, au commencement de la campagne de 2017, d’aucuns évoquaient la grande probabilité, pour Denis Coderre, d’obtenir une large majorité d’au moins 43 sièges sur les 65 que compte le Conseil municipal. Plus que la symbolique d’une réélection facile, ce cap de deux tiers des sièges aurait permis d’aller encore plus loin que durant le mandat 2013-2017. En effet, la Charte de la Ville de Montréal (11) fait en sorte que certaines nominations (et, en creux, les destitutions) sont adoptées aux deux tiers des votes au sein du Conseil, singulièrement quant à l’inspecteur général. Surtout, l’article 85.5 de la Charte permet à la Ville de récupérer des pouvoirs des arrondissements. En théorie, cette pratique est limitée à une durée de deux ans, mais celle-ci peut être allongée advenant un vote au deux tiers. À plus forte raison, cette même Charte peut être modifiée par un règlement adopté par un vote aux deux tiers, selon l’article 86.1.

En attendant cette hypothétique majorité des deux tiers, l’administration Coderre a entendu tirer parti de cet article 85.5 afin de mettre sur pied la réforme du financement des arrondissements en 2014, puis renouvelé en 2016. Après une douzaine d’années de psychodrames, justifiés ou non, il n’était plus question d’évoquer les fusions municipales. Par contre, la ville-centre invoquait le fait que l’attribution des crédits aux arrondissements était toujours réalisée selon « une base historique non uniforme, dont la composition demeurait incomprise pour la plupart des intervenants » (12). En effet, jusque-là, les budgets des arrondissements étaient établis en fonction des choix opérés par les anciennes villes. Applicable au 1er janvier 2015, cette réforme visait à revoir deux volets : tout d’abord, les responsabilités de la ville-centre et des arrondissements (la collecte des déchets, le recyclage, le stationnement et déneigement allait passer en tout ou partie sous le contrôle de la ville-centre) et, ensuite, les paramètres déterminant comment l’enveloppe de la ville-centre d’environ 1 G$ serait désormais répartie entre les 19 arrondissements. Tandis que plusieurs arrondissements périphériques allaient sortir vainqueurs de ce rebrassage administratif (LaSalle : +21,68 % ; Pierrefonds-Roxboro : +11,10 % ; Rivière-des-Prairies–Pointe-aux-Trembles : +10,20 %), plusieurs arrondissements centraux allaient très lourdement en payer le prix (Outremont : -19,34 % ; Ville-Marie : -13,67 % ; Plateau-Mont-Royal : -12,68 % ; Sud-Ouest : -10,83 %). L’approche technocratique qui a présidé à cette réforme favorisait notamment le kilométrage linéaire de trottoirs, ne tenait guère compte de la densité de territoire. En bref, cette réforme s’est avérée être l’occasion de créer une première brèche au sein du Conseil municipal. Aussi, malgré la dimension technique du sujet et derrière le message d’équité du maire, la réforme fut-elle un premier symbole de la volonté de mettre au pas les laboratoires de politiques publiques que pouvaient constituer les arrondissements, en totale contradiction avec l’héritage localiste du fait municipal québécois.

Denis Coderre et les journalistes

Aussi habile sur le terrain que rompu aux techniques de la communication publique, Denis Coderre, qualifié parfois de « Kid Coderre, » s’était bâti, avec les années, une image en appelant à une indulgence amusée. Tout au plus, son ton familier pouvait agacer. Mais, sur le plan des relations avec les médias, la mandature 2013-2017 fut l’occasion de découvrir une autre facette de l’omniprésent maire de Montréal. On apprit alors à connaître un Denis Coderre qui, ne se contentant pas de contrôler son message, cherchait aussi à avoir la main mise sur les médias.

Fin 2016, le chroniqueur du quotidien La Presse, Patrick Lagacé, affirmait que le maire de Montréal aurait demandé au SPVM de l’espionner. Peu de temps, le chroniqueur avait enquêté sur un potentiel banal constat d’infraction de Denis Coderre, alors qu’il était encore député fédéral. Malgré les dénégations du maire, un document obtenu par le quotidien allait plus tard révéler que c’est une attachée politique de l’édile qui avait fourni au SPVM le numéro de cellulaire du journaliste Patrick Lagacé, en vue de l’espionner.

Aussi, cette appétence pour le contrôle s’est traduite par une limitation draconienne de la liberté de parole des fonctionnaires municipaux. Le cas le plus emblématique fut le blâme à l’égard de Michel Labrecque, conservateur du Jardin botanique, pour avoir critiqué le projet de regroupement administratif du Jardin avec le Biodôme, l’Insectarium, ainsi que le Planétarium.

Finalement, en pleine campagne électorale, le journaliste Thomas Gerbet a publié un article dévastateur qui revenait sur quatre années d’« intimidation », de « réprimandes » et de « pressions » (13) : « toi, je vais veiller à l’évolution de ta carrière », aurait-il notamment asséné à un jeune journaliste en 2016. Ce genre de commentaires ne venait pas seulement du maire, mais aussi de ses proches conseillers. En outre, la personnification de la politique montréalaise autour de Denis Coderre a fait disparaître des écrans radars le reste de son équipe d’élus au point que plusieurs laissaient entendre que, même au sein du caucus et derrière les portes closes, la dissidence n’était guère permise. L’amplification de cette stratégie durant la campagne électorale de 2017 constituera, on le verra, une des nombreuses erreurs stratégiques.

En miroir, une gesticulation néo-populiste

Il est en effet difficile de caractériser correctement cette bête politique présente dans le paysage politique depuis 25 ans : la très grande plasticité idéologique du personnage rend complexe sa catégorisation.

Or, la politique montréalaise comprend une forte tradition populiste qui a évolué avec le temps. Belley suggère ainsi que la politique municipale contemporaine se caractériserait par une conception néo-populiste (14) qui s’exprime sous quatre critères : le conservatisme sur le plan financier ; le libéralisme socioculturel et notamment l’ouverture aux groupes ethniques, religieux, etc. ; un style populiste, singulièrement par la préférence accordée aux contacts directs avec les citoyens et la méfiance à l’égard des groupes traditionnels, tels que les syndicats ; finalement, la préférence pour des politiques de gestion qui s’inspirent du privé.

Cette modélisation d’un courant politique protéiforme permet de comprendre assez efficacement la conception de l’action publique défendue par ce politicien unique qu’est Denis Coderre. Ainsi, le conservatisme financier caractérise assez bien diverses réformes menées entre 2013 et 2017, comme on l’a notamment dans vu dans les rapports avec les arrondissements. De même, le goût de Denis Coderre pour les médias sociaux et son aversion pour le travail des médias a amplifié le style populiste. Aussi, la campagne de 2013 avait très bien illustré sa proximité avec les communautés ethniques et religieuses. Enfin, la gestion inspirée du privé aura permis à l’administration Coderre de régler, certes dans la douleur, la question des pensions aux SPVM et chez les pompiers de Montréal. D’ailleurs, cette même inspiration aura orienté la conduite du 375e de Montréal, rapprochant davantage l’anniversaire de l’événementiel que de la politique publique culturelle.

375e : l’as dans la manche devient une épine dans le pied

Au cœur du plan coderrien, le 375e anniversaire de la fondation de Montréal constituait un jalon important du dispositif de conservation de l’Hôtel de Ville. Très tôt dans la mandature, 2017 a été perçue comme une opportunité : le « hasard » ne pouvait mieux faire coïncider une année électorale avec une année de réjouissances collectives. Pourtant, jusque-là, il ne s’agissait pas d’un événement particulièrement relevé par la classe politique. Certes, depuis longtemps, Richard Bergeron, alors à la tête de Projet Montréal, proposait déjà l’inauguration d’une première ligne de tramway de 37,5 km à l’occasion de ce 375e anniversaire.

C’est dans la première année de la mandature 2013-2017 que Montréal a lancé les opérations. À l’image de Régis Labeaume et « son » 400e de Québec, Denis Coderre pourrait donc compter sur « son » grand raout qui lui assurerait la visibilité requise à quelques mois des élections.

À quoi devait-on s’attendre ? Au-delà des festivités annoncées, grâce aux nombreux contacts provinciaux et fédéraux sur lesquels l’administration disait pouvoir compter, l’équipe Coderre annonçait l’offre de « legs » aux générations montréalaises futures. Une formule grandiloquente qui n’a pas longtemps résisté à un examen des faits un tant soit peu minutieux : en effet, en si peu de temps, comment pouvait-on compter sur des réalisations qui seraient à la hauteur de ces enflures verbales ? Tandis que les lignes de communication vantaient des projets qui seraient à la hauteur de l’Expo 67, dont on célébrait aussi les 50 ans, cet anniversaire ne pouvait être qu’esbroufe. Même comparé au 350e de Montréal, qui avait vu naître le musée Pointe-à-Callière et le Bidôme, ou au 400e de Québec, avec sa splendide promenade Samuel-de-Champlain, il aurait été difficile de faire bonne figure avec seulement trois années de planification. Surtout, les innombrables retards ainsi qu’une planification déficiente et opérée à la hâte auront créé le sentiment d’un projet mal coordonné.

En pratique, l’illumination du pont Jacques-Cartier, la promenade Fleuve-Montagne et le recouvrement de l’autoroute Ville-Marie seront peut-être les seuls legs identifiables de façon pérenne de l’année 2017. Mais, sans compter toutes les autres « menues dépenses » telles que l’installation des bancs de granit sur le Mont-Royal pour 3,5 M$, il restera difficile de ne pas rester dubitatif vis-à-vis de ces héritages.

D’abord, l’illumination du pont Jacques-Cartier, quoique peu polarisante, a tout de même suscité la grogne. Lors du spectacle du 17 mai 2017, d’aucuns avaient apprécié la beauté de cette réalisation qui présente enfin une signature esthétique sur le fleuve Saint-Laurent plus élégante que ce que La Ronde avait à nous offrir jusque-là. Néanmoins, les 40 M$ investis dans ce projet ont fait sourciller et les policiers du SPVM n’ont pas manqué de souligner ce montant : lors du spectacle inaugural de mai, près de 3 000 policiers avaient manifesté dans les rues de la métropole afin de dénoncer la réforme de leur régime de retraite et l’absence de contrat de travail depuis décembre 2014. Comme un présage de la débâcle qui allait s’annoncer, l’ampleur du mouvement social avait forcé le maire à demander la tenue d’une reprise du spectacle dans les semaines suivantes.

Par ailleurs, la promenade Fleuve-Montagne devait, nous disait-on, être à Montréal ce que le High Line est à la ville de New York. Las, les exagérations des éléments de langage du maire ne pouvaient que décevoir. En dollars canadiens constants, la construction du High Line de « la grosse pomme » a coûté 73 M$ du kilomètre, contre 14 M$ du kilomètre de la promenade montréalaise. Évidemment, on ne peut comparer l’incomparable : l’écart de prix est tel (le projet new-yorkais a coûté cinq fois plus cher !) qu’utiliser ce genre de superlatifs ne pouvait que mener à la déception, surtout que la livraison était assez éloignée des annonces d’origine. Ainsi, l’avenue McGill College qui devait être piétonnisée de chacun de ses bords, ne l’a été que d’un seul. Enfin, même si le montant est assez modeste toute proportion gardée, il illustre la dérive des coûts du 375e. Présenté initialement pour un total de 31 M$, puis budgété à 42 M$, il en aura finalement coûté 55 M$ aux contribuables, soit une hausse de 77 % par rapport aux premières estimations. Parmi les dépassements divers, la reconstruction des trottoirs de la rue McTavish a ainsi coûté quatre fois plus cher que ce qui était prévu.

En définitive, le recouvrement de l’autoroute Ville-Marie, inauguré à la hâte avec une année de retard, a suscité le scepticisme : si la dimension piétonnière n’était pas finalisée, l’aménagement très « minéral » n’incite guère à la rencontre. La nomination de Richard Bergeron, nouvellement dans le giron de l’équipe Coderre en tant que responsable du centre-ville, laissait pourtant espérer de meilleurs résultats. Au coût de 100 M$, dont les deux tiers provenaient du ministère des Transports du Québec, la réalisation ne convainc guère.

Au chapitre des événements, on a assisté à la multiplication d’activités d’inspiration bien peu montréalaises. Car quelle fut la place effective de l’histoire lors des fêtes du 375e ? Un nombre important de projets déposés par des institutions reconnues ont été rejetés par le comité organisateur du 375e. Dès mai 2016, Jean-François Nadeau du Devoir (15) soulignait les inquiétudes du milieu devant ce manque d’intérêt. Tout cela fut peine perdue et l’on dut se contenter d’activités étonnamment désincarnées de toute connotation patrimoniale.

Certes, les Géants qui se sont baladés dans le centre-ville du 19 au 21 mai ont attiré les foules : les Montréalais ont indéniablement été émerveillés par le gigantisme placide des marionnettes articulées de la compagnie Royal Deluxe… de Nantes (France). Que dire encore de la présentation (d’ailleurs très critiquée) de la version opéra du grand album-film The Wall des Britanniques de Pink Floyd ou de l’installation du cinéaste français Michel Gondry ? Fêter pour fêter, peu importe le sens (ou l’absence de sens) de la célébration, c’est aussi ce que l’on pouvait retenir de l’entêtement à vouloir tenir le rodéo, certes coorganisé par l’équipe du festival de Saint-Tite, mais qui ne correspond à aucune tradition historique ou culturelle de la région de Montréal, en plus de constituer une activité à l’éthique douteuse.

L’organisation de la première compétition de Formule E à Montréal aura finalement été le symbole de l’aveuglement : jusqu’au dernier moment de la campagne, Denis Coderre et son équipe affirmeront que la première édition de Formule E à Montréal avait été un succès, tout en gardant un silence obstiné sur le bilan réel de l’activité. À quelques jours du scrutin, face à l’insistance des médias et de l’équipe de Valérie Plante, Denis Coderre lèvera le voile sur les chiffres : sur un total de 45 000 billets émis, près de la moitié ont été donnés aux fournisseurs et aux résidents du secteur. Au final, la Ville de Montréal y aura englouti 24 M$, dont un tiers pour la production de murets en béton. Il faut ajouter à cela la marge de crédit de 10 M$ accordée par la Ville de Montréal à l’organisme Montréal c’est électrique, ainsi qu’un million et demi investi par le gouvernement du Québec dans le cadre de programmes divers.

En définitive, le coût total du 375e a été estimé à 1 023 524 138 $ par Radio-Canada (16), une somme faramineuse si on la confronte aux quelques 500 M$ qui auraient été dépensés, selon le Globe and Mail, par le gouvernement canadien pour le 150e anniversaire de la Confédération (17). Bien sûr, toutes les comparaisons sont forcément boiteuses, car incomplètes, mais quelques rapprochements permettent néanmoins de jauger l’importance des montants énumérés. Si tant est que l’on accepte que certaines opérations dussent avoir été structurantes pour la métropole, on soulignera le manque chronique de financement à l’égard de nos équipements. À titre d’exemple, comme le métro de Montréal reste probablement l’un des plus puissants héritages de l’Expo 67 pour le développement de la ville, on peut dès lors imaginer le type d’investissements massifs qui auraient pu être opérés avec le même montant. Notamment, considérant les 213 M$ déjà engagés d’ici 2022 pour équiper 14 stations de métro supplémentaires (soit 15 M$ par station), on aurait pu doter toutes les stations restantes au coût de 562 M$, soit un peu plus de la moitié des festivités du 375e. En matière de ligne de métro, l’exercice est plus complexe, car une bataille de chiffre fait rage : les premières estimations de prolongement de la ligne bleue situaient le montant à 1,5 G$, mais elles ont été depuis rehaussées à 3,7 G$. Ce montant pourrait davantage se rapprocher de 1 G$ en mobilisant la technologie déjà adoptée pour le Grand Paris express. Quoi qu’il en soit, on comprend aisément que les choix qui ont été effectués relèvent d’une conception singulière de l’action publique.

En maintenant Gilbert Rozon à la tête de La Société des célébrations du 375e anniversaire de Montréal, Denis Coderre a fait un choix politique où le développement individuel et collectif se limitait à une conception étriquée du divertissement de masse. Face à la « juste-pour-riration » de Montréal dont ce 375e a été l’apogée, la venue d’une alternative politique prétendant projeter l’intérêt général montréalais dans l’avenir ne pouvait que trancher.

2. La « drôle de campagne »

À l’image de la « drôle de guerre » qui s’est étendu de septembre 1939 mai 1940, ce conflit sans réel combat, la campagne montréalaise 2017 revêt un quelque chose de campagne sans réelle campagne. Ce que nous appelons ici, une « drôle de campagne », c’est surtout la très grande passivité du camp de Denis Coderre : la grande force médiatique et organisationnelle dont ce dernier disposait n’aura finalement jamais été mobilisée à son plein potentiel. À l’opposé, la jeune et dynamique équipe de Valérie Plante aura su imposer sa marque, sans grand éclat, mais avec un sérieux admirable.

La fable communicationnelle du lièvre et de la tortue

Au cours des deux mois de campagne, du 4 septembre au 5 novembre 2017, la base de données Eureka.cc a permis d’identifier 3085 publications (Tableau 1) évoquant Denis Coderre ou l’Équipe Coderre dans les médias montréalais. Sur celles-ci, 63 % avaient un ton positif contre 31 % négatif (6 % de neutres). Durant la même période, la base recensait 1960 publications mentionnant Valérie Plante ou Projet Montréal. La répartition de la tonalité de ces articles était, somme toute, équivalente.

A priori, on ne peut donc pas établir que Valérie Plante ou Denis Coderre ont bénéficié d’une image particulièrement avantageuse pour l’un et défavorable pour l’autre, dans les médias. Tout au plus, on relèvera que les médias montréalais de langue anglaise adoptaient une tonalité plus négative que ceux de leurs confrères francophones.

Par contre, il reste que Denis a profité d’une couverture médiatique plus importante (+36 %) que sa principale adversaire. Selon cette compilation, on affirme donc que Denis Coderre a obtenu 62 % du poids média de la campagne contre 38 % pour Valérie Plante. Cela est cohérent avec les chiffres d’Influence Communication pour qui ce poids était relativement équivalent à la veille du scrutin (68 % contre 32 %) (18).

Sauf que, la quantité ne faisant pas la qualité, il était souhaitable d’affiner ces résultats en étudiant plus en détail le contenu de ces articles. S’il était impossible de compulser chacun d’entre eux, on s’est concentré sur les trois principaux quotidiens francophones, de la première semaine de septembre à la veille de l’élection. Dans ces trois titres, on a relevé 329 articles qui mentionnaient soit Denis Coderre ou Équipe Coderre, soit Valérie ou Projet Montréal dans leur introduction (76 dans Le Devoir, 73 dans le Journal de Montréal et 180 dans La Presse). En traitant ces données dans le logiciel IRaMuTeQ, on peut alors faire ressortir des tendances plus fines.

Dans les deux nuages de mots ci-dessous (Figure 1), on a identifié les 100 premiers noms qui étaient mentionnés dans les articles parlant de Denis Coderre ou de son équipe (à gauche) et de Valérie Plante et de son parti (à droite).

On observe ainsi que les articles qui évoquaient Denis Coderre mettaient plus l’accent sur son statut de maire de la Ville de Montréal ; son équipe est très peu présente dans les textes. À l’inverse, il ressort de cela que le parti Projet Montréal en tant que groupe apparaît plus nettement. On pourrait poser l’hypothèse que Valérie Plante et Projet Montréal étaient plutôt présentés comme les adversaires conjoints d’un Denis Coderre esseulé.

Aussi, par des analyses de proximité (figure 2), on peut constater quelques indications sur le champ lexical associé à l’un ou l’autre des candidats. Dans le cas de Denis Coderre, le vocabulaire employé est essentiellement relié à son statut de maire (travail, métropole, arrondissement, politique, ville, etc.) et au champ de l’administration publique (taxe, compte, loi, administration, conseil). Quant à Valérie Plante, on y aperçoit les thématiques du transport ou du logement.

Surtout, on constate effectivement que la question des billets de Formule électrique a constitué un boulet pour Denis Coderre. Si l’on retranche tous les termes de nature politico-administrative, la Formule E arrive en tête de peloton des mots les plus fréquents des articles, particulièrement dans la dernière semaine du scrutin là où l’attention serait la plus forte et où les dégâts seraient les plus manifestes. Si l’on a beaucoup glosé sur le projet de « ligne rose » de Valérie Plante, il reste que celui-ci a été mentionné deux fois moins souvent.

Réputé habile communicateur, Denis Coderre était aussi reconnu depuis la fin des années 2000 comme étant un des politiciens canadiens les plus aguerris quant à l’usage des médias sociaux. Particulièrement présent sur Twitter et, dans une moindre mesure, sur Facebook, plusieurs considéraient que son omniprésence numérique avait été un atout de taille lorsqu’il s’était lancé en politique montréalaise il y a cinq ans.

Or, l’usage des médias sociaux au cours de la dernière campagne a attesté d’un revirement significatif. Appuyée par la firme Upperkut, par ailleurs partenaire régulière du Parti québécois depuis plus de 10 ans, la présence de Valérie Plante a été largement remarquée sur Twitter. On peut ainsi constater, sur la base d’une extraction de plus de 2600 tweets publiés entre début septembre et le jour du vote (Figure 2), que Valérie Plante, bien plus que son rival, se trouvait à la principale jonction des conversations étiquetées avec les mots-clics #PolMtl ou #Mtl2017.

Sur le Web, les métriques offertes par l’outil Google Trend montrent que Valérie Plante a suscité relativement moins de curiosité de la part des internautes sur l’incontournable moteur de recherche de la multinationale de Mountain View. Toujours dans cette même période de septembre à début novembre, « Valérie Plante » est une expression moins recherchée que « Denis Coderre ». En fait, nous n’observons que trois exceptions notables à cette tendance : lors de l’annonce d’un référendum sur la construction d’un nouveau stade de baseball par Valérie Plante (le 27 septembre) ; au moment du dévoilement plus précis du projet de la « ligne rose » de métro et la bataille de chiffres sur les coûts qui s’en est suivie (les 10 et 11 octobre) ; finalement, le lendemain de la diffusion de l’émission Tout le monde en parle (le 16 octobre), seul moment de réel débat grand public de la campagne. En fait, ce ne sont que les 24 et 25 octobre (après la publication de sondages très favorables) que l’intérêt pour Valérie va apparaître sur le Web, celle-ci faisant désormais jeu égal avec son concurrent. Par contre, on doit noter que, en nombre de recherches cumulées, Valérie Plante et Projet Montréal dépassent assez fortement Denis Coderre et son équipe. Encore une fois, on peut suggérer que Valérie Plante était davantage perçue comme une joueuse d’équipe vis-à-vis de l’hyperpersonnification de la campagne de l’édile sortant, cette dernière ayant littéralement effacé l’entourage du candidat.

Au regard de cela, on peut affirmer que Valérie Plante a su « surfer » avantageusement sur un écosystème médiatique qui, sans lui être favorable, ne semble pas l’avoir particulièrement bousculée. Elle et ses stratèges ont efficacement communiqué aux Montréalais le contenu des propositions du parti en utilisant l’ensemble des ressources à leur disposition, y compris au travers des pancartes. Au-delà de leur esthétique, ces outils promotionnels parfois jugés surannés ont été habilement employés par Projet Montréal qui en a fait des vecteurs d’idées : à côté, les pancartes très conformistes de l’Équipe Denis Coderre paraissaient bien fades. Surtout, malgré le slogan personnifié, mais pince-sans-rire, « Valérie Plante, l’homme de la situation », on a constaté une forte reconnaissance de Projet Montréal en tant que joueur à part de la dernière campagne, tandis que l’Équipe Denis Coderre restait sur banc.

Dans les médias sociaux, le parti a été soutenu par une myriade d’activistes rediffusant les messages proposés par celui-ci. Cela a permis de constituer un relais extrêmement puissant et mobilisé, malgré le fait que, deux mois après l’élection, Valérie Plante continue d’avoir 10 fois moins de « suiveurs » sur Twitter que son ancien rival.

Du côté des médias traditionnels ensuite, qu’il s’agisse de la presse ou de la radiotélévision, l’équipe de Projet Montréal a bénéficié d’un poids média plutôt modeste. Mais, tandis que le peu de temps accordé à Projet Montréal était employé à mettre de l’avant les thématiques de campagne, Denis Coderre s’enferrait dans un quasi-mutisme incompréhensible : au-delà du bilan et du 375e, les éléments de langage étaient rares. Mécaniquement, cette carence a créé de l’espace pour la polémique. En pratique, tandis que Valérie Plante, en contrôle de son message, profitait des quelques occasions médiatiques pour parler de transport, de logement, etc., Denis Coderre s’obstinait à évoquer son mandat finissant. Cette non-campagne n’allait pas tarder à devenir son talon d’Achille.

La (non-)campagne de Denis Coderre

La défaite de Projet Montréal, en 2013, avait très tôt scellé le sort de Richard Bergeron, l’ex-chef de l’opposition. Après trois courses infructueuses à la mairie, ce dernier avait annoncé son retrait progressif de la tête du parti. Son engagement au Comité exécutif de la Ville puis son ralliement, en bonne et due forme, à l’Équipe Denis Coderre ont ensuite ouvert la voie à d’autres défections dans le parti d’opposition. Deux conseillers de Rosemont–La-Petite-Patrie, Marc-André Gadoury et Érika Duchesne ont ainsi suivi les traces de leur ancien chef. Du côté de la quasi défunte Coalition Montréal, la résurgence sous respirateur artificiel de l’ex-Vision Montréal de Louise Harel, l’évolution n’était guère plus enthousiasmante : avec un caucus de six élus en 2013, seul l’indéboulonnable Marvin Rotrand, élu depuis 1982, siégeait toujours sous cette bannière. Certes, Benoît Dorais avait rejoint Projet Montréal, mais, surtout, Russell Copeman, Réal Ménard et Elsie Lefebvre avaient rallié Denis Coderre. Ayant obtenu la majorité au Conseil municipal par le jeu de ces glissements d’un parti à l’autre, le maire Coderre pouvait compter sur une dynamique encourageante.

Pour une figure du libéralisme canadien depuis les années 1990, certains ralliements semblaient naturels. Russell Copeman, député libéral à l’Assemblée nationale entre 1994 et 2008, en est un bon exemple. Il en va tout autrement de l’association de plusieurs personnalités identifiées au mouvement indépendantiste. Au fil des derniers mois de sa mandature, le maire Coderre avait réussi à attirer les conseillers Réal Ménard et Elsie Lefebvre. Le premier avait été élu sans discontinuité sous la bannière du Bloc québécois de 1993 à 2009. La seconde avait représenté le Parti québécois à l’Assemblée nationale de 2004 à 2007. Il faut ajouter à cela plusieurs candidats identifiables au mouvement indépendantiste, dont Hadrien Parizeau (le petit-fils de 27 ans du premier ministre Parizeau), Scott McKay (député PQ du 2008 à 2014), Lorraine Pagé (présidente de la CSQ de 1988 à 1999), voire l’ex-humoriste radio Marc-Antoine Audette. Et c’est sans compter l’aide de quelques soutiens, dont un ancien organisateur de premier plan d’Alexandre Cloutier dans ses courses à la chefferie du PQ.

Par-delà ces quelques visages indépendantistes, l’équipe de candidats de Denis Coderre en 2017 s’était ouverte à diverses personnalités jugées plus ou moins critiques de l’administration. La jeune trentenaire Cathy Wong fût sans doute l’exemple le plus probant : présidente du Conseil des Montréalaises, très engagée dans le milieu communautaire (elle fût chroniqueuse à la radio CIBL, agente de développement jeunesse pour les YMCA du Québec et elle présida le Jeune Conseil de Montréal ainsi que le Forum jeunesse de l’île de Montréal), elle était aussi l’une des nouvelles figures du quotidien Le Devoir, où elle intervenait depuis plusieurs mois à titre de chroniqueuse. Un peu plus tôt dans la campagne, l’Équipe Denis Coderre avait de plus convaincu Linda Gauthier de se joindre à elle. Présidente du Regroupement des activistes pour l’inclusion au Québec (RAPLIQ) et réputée pour son engagement en faveur de l’accessibilité universelle des infrastructures, elle s’était montrée très critique vis-à-vis de l’administration montréalaise. Rappelons qu’en 2015, le RAPLIQ avait intenté un recours contre la Société de transport de Montréal (STM) et la Ville de Montréal.

Indéniablement, la dynamique de rassemblement semblait profiter à l’équipe sortante, tandis que Projet Montréal peinait à présenter des candidatures médiatiques. Aussi, devant ce tableau très positif en matière de ralliements, les stratèges du candidat Coderre avaient-ils le loisir de mettre sur pied une stratégie qui viserait, à tout le moins, à maintenir l’écart avec sa concurrente directe. En bref, jusqu’au lancement de la campagne officielle, dans la deuxième moitié de septembre, la machine électorale « coderrienne » semblait invincible… pour peu qu’elle ne se grippe pas. Or, dans une campagne électorale que l’on présentait comme un face-à-face inéquitable, Denis Coderre ne pouvait guère tirer parti d’une quelconque division de l’électorat, comme cela avait été le cas quatre années plus tôt.

Bien qu’on ne puisse affirmer qu’il y ait eu absence de stratégie du côté de l’équipe sortante, il est indéniable que, si stratégie il y a eu, elle fût insuffisamment réactive devant l’évolution des événements. En effet, tout au long de la campagne, quatre sondages ont permis de jauger de l’évolution rapide de la situation. Tandis que Valérie Plante et Projet Montréal stagnaient sous les 30 % (29 % à la mi-juin, selon le Léger ; 25 % à la mi-septembre d’après Mainstreet), l’avance de Denis Coderre et de son équipe fondait comme neige au soleil reculant de 43 % à 30 %. Dans le sprint final de la campagne, les derniers sondages allaient confirmer la tendance en annonçant l’égalité (Léger), voire l’inversion des courbes (CROP). En définitive, entre le Léger de juin et le CROP d’octobre, le camp de Projet Montréal a gagné 2,5 points par mois, tandis que l’Équipe Denis Coderre en a perdu 1,5 par mois. En fait, malgré le climat de confiance des premières semaines, plusieurs indicateurs auraient donc dû alerter les organisateurs du clan Coderre. Pratiquement, il n’en fut rien, car ce n’est que dans la seconde quinzaine d’octobre que l’équipe Coderre passait finalement l’attaque.

À la suite du dernier CROP qui avertissait par ailleurs que Denis Coderre était perçu comme « arrogant » par plus de la moitié des personnes interrogées (contre 1/6 pour Valérie Plante), le maire sortant a bien tenté de corriger cette impression en prétendant qu’il s’agissait plutôt de détermination. Il est alors apparu davantage serein devant les journalistes, laissant le travail ingrat à ses coéquipiers jusque-là peu visibles. Or, les charges de ces derniers furent telles qu’elles traduisirent davantage la perte de contrôle que la reprise en main du message. À trois jours du scrutin, une improbable sortie publique rassemblait notamment les transfuges de Coalition Montréal, Russell Copeman et Réal Ménard, et de Projet Montréal, Richard Bergeron, Érika Duchesne et Marc-André Gadoury : au cœur de ce point de presse, la « déroute possible des finances » de la Ville advenant l’élection de Valérie Plante et, par-dessus tout, l’accusation proférée par Richard Bergeron contre le parti Projet Montréal qui serait devenu « radical » et « d’extrême gauche » (19). Sauf preuve du contraire, Projet Montréal n’ayant rien à voir avec le radicalisme de l’ultragauche, ces éléments de langage étaient si excessifs qu’ils ne pouvaient que susciter la risée ou la consternation.

L’absence de coups politiques majeurs de Denis Coderre et de son équipe témoigne-t-elle d’un excès de confiance ? Sans tomber dans une analyse psychologisante qui serait aussi fastidieuse que hasardeuse, des éléments tangibles nous portent à le croire. Pendant ce temps, contre toute attente, menant une campagne patiente, rigoureuse et positive, Valérie Plante a su capitaliser sur le bilan nuancé de Denis Coderre tout en projetant Montréal vers l’avenir.

Valérie Plante, la candidate mésestimée

Élue contre toute attente à la tête de Projet Montréal à la fin de 2016 face au rigoureux Guillaume Lavoie, Valérie Plante s’est montrée inébranlable durant l’année préélectorale. Certes, le projet de « ligne rose » de métro a été largement présenté comme un facteur de succès, mais il serait toutefois erroné de limiter sa victoire à cela. En effet, la candidate du parti d’opposition a démontré une forte cohérence programmatique.

La capacité à bâtir sur le bilan de Denis Coderre

En fait, la stratégie électorale et de communication de la cheffe de Projet Montréal s’est en partie construite en opposition à la personnalité et au bilan de Denis Coderre ; une opposition, certes, mais qui n’était pas pour autant exclusivement négative. Il est possible d’affirmer que l’objectif des messages de Valérie Plante était de se démarquer par contraste vis-à-vis de son opposant, notamment grâce aux slogans employés sur les affiches mettant en vedette la candidate. D’abord, « L’homme de la situation. Valérie Plante. Mairesse de Montréal. » a marqué l’imaginaire de cette campagne électorale. Comme le soulignait la politologue Julie Dufort (20), cet audacieux choix aura eu le mérite d’attirer l’attention par son ambiguïté et de situer l’enjeu de la présence des femmes en politique au sein du débat public. Il permit aussi de projeter l’image d’une candidate forte, déterminée et à même de prendre une place ayant historiquement été réservée aux hommes.

De plus, les slogans « Moins de “tweets”. Plus d’action. » et « Moins d’égo. Plus d’action. » ont-ils tenté de souligner à gros traits certaines caractéristiques attribuées à Denis Coderre, tout en mettant en relief la différence entre la formation politique d’un seul homme et l’idée de collectivité portée par Projet Montréal. En outre, il est possible d’interpréter le message « Pas de squelettes. Pas de cassette. » comme étant une tentative de tirer parti des critiques relatives à l’inexpérience de la candidate et de son équipe. En d’autres termes, le fait de ne pas être une politicienne de carrière lui donnait l’avantage de n’avoir rien à cacher et mettait de l’avant son supposé franc parlé. En somme, les messages véhiculés par les affiches de Valérie Plante n’avaient pas tant pour objectif d’attaquer Denis Coderre, que de présenter la candidate Plante comme une alternative aussi valable que différente du maire sortant.

Valérie Plante a de plus été très efficace pour s’imposer dans les thématiques de l’Équipe Coderre. En effet, le maire sortant se positionnait dans la continuité de son précédent mandat en répétant que Montréal ne pouvait recommencer à zéro. L’électeur était invité à choisir le candidat Coderre, car c’est lui qui avait ramené l’intégrité à l’Hôtel de Ville, qui avait obtenu le statut de métropole et qui avait mis la table pour de grands projets comme le Réseau électrique métropolitain (REM) ou le prolongement de la ligne bleue. Toutefois, un passif, aussi reluisant soit-il, ne fait pas un projet. Pour cette raison, des propositions audacieuses telles que la «ligne rose» ont rendu bien pâle l’argumentaire de Denis Coderre.

Finalement, Valérie Plante a réussi à construire efficacement sa campagne en continuant à jouer un rôle « d’opposition » contre son adversaire. Plante ne se contenta pas de critiquer le bilan de l’administration Coderre : elle s’en servit comme point d’appui pour diffuser ses propositions, à l’image de ses nombreux commentaires sur la gestion des chantiers routiers. Ces dernières avaient comme but de mettre le maire sortant sur la sellette en le forçant à défendre son travail, malgré la grande insatisfaction des Montréalais sur cet enjeu (21), tout en offrant une occasion de présenter ses propres idées, dans le cas présent, celle de la création d’une brigade des chantiers. Cette stratégie a aussi été employée par Valérie Plante pour s’attaquer à la gestion de la Formule E. Après avoir appris qu’au moins 45 % des billets pour l’événement avaient été distribués gratuitement, la candidate a rapidement critiqué le manque de transparence et de jugement de la part de l’administration Coderre. Le fiasco de cet événement a aussi permis à Valérie Plante de réitérer sa vision de Montréal, soit celle d’une ville faisant de la qualité de vie de ses citoyens une de ses principales priorités.

En somme, c’est en projetant une image contrastant avec celle du maire sortant, en s’appropriant les thématiques de ce dernier et en se servant du bilan de l’administration Coderre pour mettre de l’avant sa vision de Montréal que Valérie Plante s’est imposée dans cette lutte électorale.

La «ligne rose » et le retour du collectif

Ce projet ayant structuré le discours et les idées de la future mairesse lors de la dernière période électorale n’est pas nouveau, car il prolonge la vision de Projet Montréal, soit celle de « penser la ville en fonction de ceux qui l’habitent » (22) et de prioriser le collectif.

Il reste que la « ligne rose » n’est pas le seul grand projet de transport en commun envisagé dans la région montréalaise. Le REM qui est quasiment à l’étape de la mise en chantier était perçu comme un projet « visionnaire » pour Montréal selon Denis Coderre, voire comme le plus important des cinquante dernières années (23). Certes, le projet est ambitieux et vise à construire un réseau de transport automatisé reliant la Rive-Sud, le centre-ville de Montréal, l’aéroport Pierre-Elliott–Trudeau, l’ouest de l’île et la Rive-Nord (24). Il s’agit sans aucun doute d’un énorme projet, mais qui comporte de sérieuses lacunes. Une des problématiques avec le REM se trouve dans le déséquilibre dans le développement du transport collectif entre l’est et l’ouest de l’île de Montréal. En effet, la population de l’est de Montréal, francophone et moins fortunée, est à la fois plus élevée et moins bien desservie par le transport collectif, que celle de l’ouest, anglophone et privilégiée. Aussi, la construction du REM ne ferait-elle qu’accentuer ce déséquilibre entre ces deux régions de l’île. De plus, le REM sera probablement plus utile pour les gens vivant à l’extérieur de Montréal et constituera un énième incitatif à l’étalement urbain. En effet, très peu de citoyens de la ville de Montréal en bénéficieront directement… à l’exception de ceux qui se rendront à l’aéroport Trudeau.

À l’opposé, le projet de « ligne rose » de Projet Montréal adresse justement une réponse aux derniers éléments soulevés. Cette ligne de métro cherche à améliorer le transport collectif dans l’est de la ville et à donner aux Montréalais un projet bien à eux. Malgré tout, cette entreprise est parsemée d’embûches. Ces obstacles, Valérie Plante les connaît. La mairesse affirmait déjà en campagne électorale que la « ligne rose » était plus une proposition qu’un engagement, une sorte de vision de ce vers quoi le transport collectif montréalais devrait tendre.

Or, malgré ces atermoiements, cette ligne a su faire rêver, autant par son ambition que par l’engouement qu’elle a suscité. En suggérant de sortir de l’immobilisme envers les grands projets, la « ligne rose » est une sorte de manifestation de la possibilité d’un retour du collectif pour la communauté montréalaise. Elle constitue une espérance pour la réaffirmation de la quête de l’intérêt général dans la sphère politique.

Comment peut-on entrevoir la gouvernance de Valérie Plante ?

À la suite de son élection en 2013, Denis Coderre avait montré une certaine ouverture dans l’attribution des différentes postes au sein du Comité exécutif de la Ville en offrant deux sièges à des élus de Coalition Montréal et en octroyant des fonctions sur certains comités à plusieurs conseillers indépendants. Cependant, il n’avait pas voulu offrir de responsabilités particulières aux élus de Projet Montréal. Au demeurant, la quasi-totalité des collaborations entre le parti du maire et les autres élus avaient été réservée à ceux ayant une proximité idéologique avec Denis Coderre.

De son côté, Valérie Plante propose une vision renouvelée des dynamiques relationnelles avec les élus. La mairesse s’est montrée ouverte dans la distribution des postes du conseil municipal. En effet, cette dernière a suggéré la présidence du Conseil municipal à une élue de l’opposition, une première dans l’histoire de Montréal. Par ailleurs, Valérie Plante a manifesté son désir de collaboration avec les autres partis en offrant la présidence de conseils et commissions à des élus de l’opposition. De fait, Valérie Plante semble vouloir transcender les lignes partisanes, probablement dans le but de présenter une administration apaisée et en rupture avec celles de ses prédécesseurs. Cela dit, il reste que cette singulière situation permet de se questionner sur la possibilité du manque d’expérience au sein de son équipe.

Une des divergences majeures entre Denis Coderre et Valérie Plante se situera peut-être au niveau de la répartition des pouvoirs entre la ville-centre et les arrondissements. Pour le maire sortant, un centre fort était synonyme d’une ville forte. Son mandat a d’ailleurs été marqué par une perte de certaines sphères de compétences pour les arrondissements. On peut s’attendre à une attitude sensiblement différente de la part de Valérie Plante. En effet, cette dernière s’est mainte fois prononcée en défaveur des visées centralisatrices de l’ancien maire. En campagne électorale, la mairesse avait déclaré vouloir réviser la précédente réforme portant sur le financement des arrondissements dans le but d’équilibrer la répartition des ressources pécuniaires entre ces derniers. Par ailleurs, Valérie Plante a réitéré à de multiples reprises qu’elle n’avait pas l’intention de « plateauiser » l’île de Montréal. Du reste, la mairesse préservera-t-elle ce respect de l’indépendance des arrondissements ou tentera-t-elle de tirer parti des efforts de recentralisation pour tenter d’aiguiller certaines pratiques locales ?

*

Contrairement à ce que certains bien-pensants du système médiatique (les mêmes qui avaient apporté leur soutien à Denis Coderre dans leurs éditoriaux) ont tenté d’expliquer au lendemain de l’élection, les résultats de cette dernière ne pouvaient être prévisibles. Par contre, nous croyons que cela s’inscrit dans la séquence politique ouverte au début des années 2010 et qui est encore mal comprise. Pour cela, nous adoptons le vocable de « dégagisme », notamment popularisé dans le Printemps arabe de 2011 et théorisé plus récemment en France par Jean-Luc Mélenchon, qui vise à faire tomber les tenants d’un ordre institutionnel traditionnel, qualifié parfois d’establishment politique. Plusieurs en ont été les victimes, permettant ainsi à des figures perçues comme en dehors du système, à tort ou à raison, d’émerger contre toute attente. Hillary Clinton, Bernie Sanders, Donald Trump, Jack Layton, Justin Trudeau ou Emmanuel Macron, mais aussi Pauline Marois et Denis Coderre, sont autant de sujets victorieux ou défaits de cette vague de grande labilité électorale. Bien sûr, tous ne sont pas interchangeables, mais leurs parcours sont le produit des soubresauts d’un même phénomène de crise démocratique dont on tarde à sortir.

Dans ses Cahiers de prison, Gramsci n’enseignait-il pas que la crise survient lorsque « l’ancien meurt et que le nouveau ne peut pas naître » et que « pendant cet interrègne on observe les phénomènes morbides les plus variés » ? Pendant des années, la classe politique s’est montrée dangereusement monolithique : or, on constate aujourd’hui des campagnes plus imprévisibles qu’autrefois. Celles-ci permettent des glissements qui laissent à penser que le renouveau est à portée de main. Sans négliger la nuisibilité de mouvements réactionnaires qui pullulent à travers le monde, la force du dégagisme réhabilite néanmoins l’idée que la participation citoyenne reste le vecteur de changement par excellence. Tandis que, durant des années, on a collectivement déploré l’apathie et le cynisme grandissant, la victoire de Valérie Plante et la défaite de Denis Coderre illustrent la capacité du grand nombre à bousculer les convenances politiques. Selon nous, la défaite du conformisme politique et la victoire de l’audace d’agir doivent être le principal enseignement de cette élection.

Certes, les défis qui attendent la nouvelle mairesse de Montréal sont énormes. Et, dans une période de crise, les espoirs placés dans la candidature de Valérie Plante n’en sont que plus fragiles. Il reste que, bénéficiant de l’élan retrouvé par Denis Coderre, la nouvelle administration aura la responsabilité de permettre à Montréal de renouer avec son destin de métropole dynamique et ambitieuse. En orientant les politiques publiques vers des projets collectifs et structurants tels que le transport, le logement et l’environnement, Montréal est en mesure de redevenir le moteur d’une société québécoise imaginative, ouverte et solidaire.

 


Bibliographie

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