Bulgarie. Les Patriotes unis aux rênes du pouvoir

Petia Gueorguieva est docteure en science politique de l’Université libre de Bruxelles et enseigne à la filière francophone du département de sciences politiques de la Nouvelle université bulgare en Bulgarie.

Il faut rappeler que les partis de la droite radicale populiste, ultranationaliste et xénophobe ont été renforcés par les crises multiples de l’Union européenne depuis 2008, et particulièrement par la crise liée à l’afflux de réfugiés fuyant la guerre en Syrie. La mondialisation et l’affaiblissement de la souveraineté des États nationaux, qui transfèrent certaines de leurs compétences aux institutions européennes, sont aussi des facteurs de crainte de perte d’identité, de disparition de traditions et de cultures locales et renforcent les sentiments d’insécurité. Nous adoptons ici la définition de la droite radicale populiste de Cas Mudde (2007) dont les traits sont : le nativisme, selon lequel l’État se fonde sur sa nation et sur les membres de la communauté qui sont nés sur le territoire national, les autres étant perçus comme menace à la nation ; l’autoritarisme lié à un leader autoritaire, à l’intolérance envers le pluralisme et aux revendications d’une société de la « Loi » et de l’« Ordre » avec acceptation de la violence ; le populisme comme position idéologique qui propose une vision de la société divisée entre « le peuple pur » et « les élites corrompues1 ». 

Le manque de perspectives et le sentiment d’exclusion sociale dans les pays d’Europe centrale ont ouvert la boite de Pandore de nationalismes et de populismes de types différents. Les États nations dans cette partie de l’Union européenne sont apparus plus tard sur la scène géopolitique et sont marqués par la construction de la nation basée sur le sol, l’ethnicité et la langue et non pas sur la citoyenneté et, par conséquent, par la présence de forces nationalistes pendant toutes les périodes historiques – avant, pendant et après les régimes communistes2.

En Bulgarie, ces partis sont présents depuis plus de dix ans dans l’enceinte parlementaire avec, notamment, l’entrée en scène de la coalition extrême Ataka en 2005. La présente analyse va essayer de présenter ces partis et le contexte qui assure leurs succès. L’objectif est de faire la lumière sur la coalition Patriotes unis composée de trois forces de la droite radicale populiste : Ataka, l’Organisation interne révolutionnaire macédonienne-Mouvement national bulgare (VMRO-BND) et le Front national du salut de la Bulgarie (NFSB). Cette coalition électorale, créée en 2016, devint la troisième force parlementaire après les élections législatives anticipées du 26 mars 2017, et fut partie prenante de la coalition dans le troisième gouvernement du parti dominant Citoyens pour le développement européen de la Bulgarie (GERB). Ces partis franchirent alors un pas important vers leur « normalisation » dans la vie politique et gagnèrent de l’influence dans le processus de prise de décision3. Antilibérale, anticommuniste, xénophobe, misogyne, antisémite, anti-islam, national populiste et eurosceptique, ils furent institutionnalisés grâce à la permissivité et l’acceptation des principaux partis politiques.

Le parti Citoyens pour le développement européen de la Bulgarie (GERB), apparu en 2006, forma tous ses gouvernements (2009-2013 ; 2014-2017 et de mai 2017 à nos jours) avec le soutien de ce type de partis. L’autre parti politique principal – le Parti socialiste bulgare (BSP), héritier de l’ancien Parti communiste bulgare, parti-État jusqu’en 1989 après une période d’européanisation et de social-démocratisation, s’ouvrit à la coopération avec ce type de formations. Qui plus est, le BSP entreprit une stratégie de deseuropéanisation et de coopération avec Ataka à partir de 2013. Il forma, entre 2013 et 2014, un gouvernement de coalition minoritaire avec le troisième parti du paysage politique – le Mouvement pour les droits et les libertés (DPS) représentant les Turcs bulgares4, grâce notamment au soutien du parti Ataka. En même temps, les idées national-populistes et xénophobes et les discours de haine envers l’autre furent propagés dans l’enceinte parlementaire, les médias, les réseaux sociaux et l’opinion publique. Sociologues, politistes et activistes des organisations non gouvernementales de défense des droits de la personne tirent la sonnette d’alarme depuis plusieurs années face aux phénomènes de « fascisation » de la société et aux programmes politiques ultraconservateurs qui seraient proches au néofascisme5. Cela s’inscrit dans un contexte de déstabilisation parlementaire et gouvernementale depuis 2013 et un bas niveau de confiance des citoyens dans les institutions démocratiques. La crise de confiance à l’endroit des institutions et acteurs clés de la démocratie en Europe centrale et orientale est significative puisque les études montrent un taux de 70 % de méfiance contre 30 % de confiance6. Les citoyens bulgares sont encore plus méfiants puisque plus de 85 % d’entre eux considèrent que la démocratie fonctionne mal7. L’Europe centrale et orientale se distingue par des taux élevés d’intolérance envers l’autre et envers les opinions politiques qui divergent des leurs8. L’islam et l’immigration sont perçus comme des menaces par 71 % des Bulgares9.

La Bulgarie est une République parlementaire avec un parlement monocaméral où sont élus 240 représentants du peuple pour un mandat de quatre ans. Le système électoral repose sur un scrutin proportionnel de listes partisanes et un seuil parlementaire de 4 % est appliqué. Le système de partis n’est pas consolidé et se caractérise par des scissions, recompositions d’alliances, émergences et disparitions rapides de formations politiques. Dans leur majorité, les nouveaux partis sont centrés autour d’un leader, sans identité idéologique claire, sans organisation développée ni assises sociales et l’entrée des hommes d’affaires en politique les rapproche du modèle de « business party », élaboré par Silvio Berlusconi avec Forza Italia10. Le principal parti bulgare depuis 2009, le GERB, est aussi fortement personnalisé par son leader et premier ministre Boyko Borisov et s’inscrit dans le modèle des populismes centristes qui apparaissent en Europe centrale11. Il a procédé à la division et à la cooptation de petits partis de droite ou de droite radicale populiste. Les études sur l’inclusion de la droite radicale populiste dans les majorités législatives ou gouvernementales mettent en avant leur « dédiabolisation » et leur acceptation comme partenaires de coalition pour aider les partis principaux de droite à former une majorité parlementaire12. Il peut s’agir aussi de la radicalisation des partis traditionnels qui adoptent des idées de la droite radicale populiste à des fins électoralistes13. La composition d’un gouvernement de coalition avec les Patriotes unis rappelle la stratégie de Silvio Berlusconi depuis 1994 de créer des coalitions avec l’Alliance nationale (organisation héritière du parti néofasciste Mouvement national italien) et la Ligue du Nord14. De telles coalitions ont été formées aussi en Slovaquie entre 2006 et 2010 et depuis 2016 ; en Pologne de 2005 à 2007 et en Autriche au niveau fédéral. Interviennent aussi des stratégies électoralistes des partis principaux qui s’affaiblissent et cherchent des alliés.

Contexte social

La Bulgarie est le pays le plus pauvre de l’Union européenne. Selon l’Eurostat, 40,1 % de la population est touchée par la pauvreté ou l’exclusion sociale15. Des disparités économiques séparent quelques grands centres, comme la capitale Sofia et la ville de Plovdiv, des villes moyennes et petites ainsi que des régions rurales qui sont touchées par le chômage, le manque de perspectives, la dépopulation due à la migration interne ou à l’émigration économique. Le pays souffre d’une crise démographique sévère et du vieillissement de la population. Les groupes sociaux les plus fragilisés sont la minorité rom, les personnes qui n’ont pas fait d’études, les personnes retraitées. Il faut aussi noter le problème de la corruption politique qui nourrit les attentes d’un homme providentiel fort qui mettrait de l’ordre et punirait les élites corrompues. La nostalgie du régime communiste se nourrit de cette situation défavorable. Elle peut être envers un système socialiste qui assurait un minimum de services sociaux, d’éducation et de santé publique pour le plus grand nombre, mais elle se décline aussi dans les frustrations de personnes qui, tout en jouissant d’un bon niveau de vie, ont perdu certains privilèges de leur statut sous le régime communiste.

Les électeurs des Patriotes unis

Les électeurs des Patriotes unis aux élections législatives de mars 2017 ne sont pas les plus démunis ni les « perdants » des transformations libérales de l’économie. Au contraire, comme nous allons le montrer, ce sont les plus démunis qui sont pris pour cibles et boucs émissaires par la droite radicale populiste. Les électeurs de Patriotes unis sont en majorité des hommes (51,7 %), ils sont surreprésentés dans la tranche d’âge de 31 à 60 ans (54,9 %) alors que 32,5 % de leurs électeurs sont âgés de plus de 60 ans16. Ils sont éduqués : 40 % ont obtenu des diplômes universitaires et 52,8 % des diplômes d’études secondaires. Ils habitent les villes moyennes et petites et les régions rurales. Ils sont à 98 % des Bulgares ethniques, actifs sur le marché du travail à 56,6 % et pensionnés à 28,8 %. Le profil des électeurs de Patriotes unis est proche de celui des électeurs des deux grands partis le GERB et le BSP, mais c’est surtout dans l’électorat du GERB qu’ils puisent.

Ataka, VMRO-BND et FNSB

Le parti Ataka est parmi les partis qui attirèrent l’attention des analyses de la droite radicale populiste en Europe centrale et orientale. Cette formation personnalisée est connue par son leader Volen Siderov, ancien journaliste et auteur de plusieurs ouvrages à caractère antisémite, xénophobe, antilibéral, contre les élites politiques établies. Représenté pour la première fois au parlement en 2005 comme une coalition Ataka, il est dès lors présent dans toutes les assemblées nationales. Dans ses programmes, Ataka fait preuve de flexibilité thématique sur un socle de nationalisme xénophobe. Le parti s’attaque aux « menaces » à la nation : les Turcs bulgares, les Roms, les élites politiques, l’Occident, l’Union européenne, ainsi que les Bulgares qui ont été formés à l’Université d’Europe centrale (Central European University), l’OTAN, les États-Unis d’Amérique (qui paierait des traitres bulgares à travers la fondation « Amérique pour la Bulgarie »), les citoyens qui ont des convictions libérales. Le parti défend l’annexion de la Crimée par la Russie en 2014 et se donne une caution morale en jouant avec les questions de justice sociale réservée aux « vrais Bulgares ». Le programme du parti de 2005 met de l’avant le caractère monolithe de la nation et de l’État bulgares ; il est pour l’interdiction des partis ethniques et « séparatistes » et contre la pauvreté ; il prône le protectionnisme et le souverainisme. Plus tard17, les positions racistes et anti-Rom prédominent : propositions de destruction des « ghettos tziganes », abolition des aides sociales pour les Roms – profiteurs ; création de groupes armés bénévoles contre « les attaques des Tziganes » et interdiction des partis ethniques. Enfin « Le plan de Siderov » de 201318 vire vers l’anti-globalisme et l’anti-UE.

Front national pour le salut de la Bulgarie NFSB

Le NFSB est fondé à Bourgas par Valeri Simeonov le 17 mai 2011 après qu’il eut quitté Ataka. Certains observateurs affirment qu’il fut l’éminence grise de la constitution d’Ataka en 2005 et son vrai leader19. Très vite, le NFSB devient la deuxième force politique de la ville de Bourgas. Simeonov se présente comme un homme d’affaires, ingénieur, qui n’a pas d’expérience politique. Il est connu comme le propriétaire de la télévision privée Scat TV SARL qui diffuse depuis des années des programmes et des messages nationalistes. Il est aussi concerné par plusieurs allégations de corruption venant de l’opposition parlementaire. Les statuts du parti montrent une organisation dominée par son leader. Le parti se présente comme « une organisation qui rassemble les Bulgares nationalement responsables, convaincus et assemblés à l’idée de sauver et unir la Bulgarie, de son bien-être et qui posent ses intérêts au-dessus de tout20 ».

Les objectifs du parti, très proches de ceux d’Ataka, sont un mélange conservateur de nativisme, de souverainisme, de fondamentalisme religieux du culte chrétien orthodoxe et de promesses sociales pour les Bulgares de souche. La priorité est donnée à « l’unité territoriale de la République de Bulgarie », à « l’affirmation d’une Bulgarie indépendante, inséparable et forte », à « une nation forte, unie et indépendante », à une « protection de la vie, de la santé, des biens et des droits de tous les citoyens bulgares ainsi que l’amélioration de leur niveau de vie comprenant la spiritualité traditionnelle, l’éducation, l’emploi et le bien-être ». Il avance des propositions de changement de la Constitution bulgare au nom des « intérêts nationaux », de soutien et de promotion du culte chrétien orthodoxe (la religion bulgare traditionnelle et l’affirmation des valeurs et des mœurs chrétiennes), d’interdiction de partis basés sur des principes ethniques et religieux et d’interdiction de privilèges sur base ethnique et religieuse, de limitation du droit de vote aux personnes ayant prouvé une bonne maîtrise orale et écrite de la langue bulgare.

Une vague de protestation explose au début de 2013 en raison des factures d’électricité. Le premier gouvernement du parti Citoyens pour le développement européen de la Bulgarie (GERB) démissionne le 20 février. Après les élections anticipées du 12 mai 2013 (voit tableau 1), une coalition minoritaire est formée du BSP et du DPS grâce au soutien d’Ataka. Le NFSB apparait comme première force extraparlementaire. Ce gouvernement démissionne en 2014 et de nouvelles élections anticipées ont lieu le 5 octobre 2014 dans la foulée d’une nouvelle vague de protestations qui secoue le pays en 2013-2014. Le NFSB s’y trouva renforcé par ses positions anticorruption, anti-establishment et anti-Ataka et par la coalition Front patriotique électorale qu’il créa avec l’Organisation interne révolutionnaire macédonienne – Mouvement national bulgare.

Tableau 1. Résultats des élections parlementaires anticipées du 12 mai 201321

Parti/coalition

% des votes

Voix

Sièges

GERB

30,53 %

1 081 605

97

Coalition pour la Bulgarie

26,6 %

942 541

84

Mouvement des droits et des libertés (DPS)

11,3 %

400 466

36

Ataka

7,29 %

258 481

23

NFSB

3,7 %

131 169

 

VMRO – BND

1,88 %

66 803

 

RZS

1,67 %

59 145

 

Organisation interne révolutionnaire macédonienne – Mouvement national bulgare

L’Organisation interne révolutionnaire macédonienne – Mouvement national bulgare (VMRO-BND) se revendique comme le successeur d’une organisation historique. C’est aussi le plus ancien des trois partis de « Patriotes unis ». Il est associé aux différentes coalitions de la droite démocratique anticommuniste. Il a un poids électoral modeste. À l’occasion des élections législatives anticipées de 2014, il adhère à la coalition Front patriotique (NFSB et VMRO-BND) au nom de « la défense des intérêts de notre patrie la Mère Bulgarie et du Grand peuple bulgare22 ». Aux élections anticipées du 5 octobre 2014 (voir tableau 2), le Front patriotique obtient 7,28 % des voix et Ataka 4,52 %. La nouvelle coalition gouvernementale, composée du GERB, de la coalition des partis de droite Bloc réformiste et la jeune formation politique Alternative pour la renaissance bulgare (ABV) n’a pas de majorité parlementaire. Cette dernière est assurée par la coalition Front patriotique qui n’a pas de ministres, mais joue son potentiel de chantage sur le gouvernement.

Les « Patriotes » entre confits et alliances

Les rivalités entre Ataka et le NFSB virent le jour dès l’apparition de ce dernier. Les deux organisations se disputèrent la notion de « vrais patriotes » entre 2013 et 2016, mais il y a eut aussi des litiges liés à des questions de ressources et de propriété. Le FNSB accusait Ataka de faire la promotion des intérêts de la Russie. Ataka cherchait de son côté à délégitimer le président du FNSB pour ses « affaires scandaleuses » et son manque d’intégrité et l’accusait de diviser le vote patriote « œuvrant pour les ennemis du nationalisme23 ». Une approche électoraliste pragmatique mit fin aux rivalités. Les trois acteurs de la droite radicale populiste s’orientèrent vers des alliances qui leur permirent de devenir un facteur politique « incontournable24 ».

Tableau 2. Résultats des élections anticipées du 5 octobre 201425

Parti/coalition

% Votes

Voix

Sièges/240

GERB

32,67 %

1 072 491

84

BSP Bulgarie de gauche

15,4 %

505 527

39

DPS

14,84 %

487 134

38

Bloc réformiste

8,89 %

291 806

23

Front patriotique (NFSB et VMRO-BND)

7,28 %

239 101

19

Bulgarie sans censure

5,69 %

186 938

15

Ataka

4,52 %

148 262

11

ABV

4,15 %

136 223

11

La nouvelle coalition Patriotes unis rassemblant les trois partis (Ataka, Organisation révolutionnaire intérieure macédonienne [VMRO-BND] et Front national pour le salut de la Bulgarie [NFSB]) émerge pour l’élection présidentielle de novembre 2016 afin de soutenir la candidature du leader du VMRO, Krassimir Karakatchanov. À la veille des élections anticipées de mars 2017, les deux grands partis, le GERB et les socialistes du BSP, sont enclins à former une coalition gouvernementale avec les Patriotes unis. Actuellement, en tant que partenaires du GERB dans la présente coalition, les Patriotes unis disposent de deux vice-premiers ministres : le leader du NFSB Valeri Simeonov et le leader du VMRO Krassimir Karakatchanov qui occupe aussi le poste de ministre de la Défense. Ils ont obtenu le ministère de l’Environnement avec le ministre Neno Dimov, un climatosceptique ultraconservateur, et le ministère de l’Économie. Pour certains journalistes bulgares, l’entrée de la droite radicale populiste au gouvernement est une « honte » :

Ils (les patriotes) se moquent de la Shoah, agressent des femmes âgées (…) avant de devenir députés, ministres, vice-premiers ministres, les nationalistes participèrent à des agressions violentes, crevaisons de pneus sur l’autoroute (Siderov, 2006), incendie d’un tapis de prière, entrée par effraction à la mosquée, violence sur un musulman pendant la prière (Siderov, 2011), entrée par la violence dans un bâtiment académique… (Siderov, 2015), obstructions physiques du droit de vote, blocage de la frontière avec la Turquie… (Karakatchanov et Simeonov, 2017) Et où les conduit tout cela ? Au lieu d’aller en prison, ils sont au Conseil des ministres26.

Au gouvernement…

Selon l’accord de coalition signé par le GERB et les Patriotes unis, le gouvernement ne peut pas démissionner sans l’accord de chacune des parties. Le partenaire junior de la coalition exploite son potentiel de chantage sur le parti GERB. L’accès au gouvernement des trois partis de la droite radicale populiste aurait pu insuffler une modération à leurs discours, positions et comportement. La réalité démontre le contraire. Une décision gouvernementale, prise sous la pression des Patriotes unis, permettant la construction dans la montagne de Pirin, territoire naturel protégé, révéla leurs liens avec des intérêts financiers particuliers et déclencha un nouveau cycle protestataire contre la corruption politique « SavePirin ». La Bulgarie assume la présidence tournante du Conseil de l’UE entre janvier et juin 2018. Les vices-ministres et ministres des Patriotes unis, par leurs actions et déclarations, ternissent l’image européenne et démocratique du pays et soulèvent des questions à l’intérieur et à l’étranger sur les seuils de tolérance démocratique envers l’intolérance et le style autoritaire en démocratie. Le FNSB et Valeri Simeonov eurent un comportement et des propos lourds d’incivisme et très durs vis-à-vis de la députée européenne et présidente du groupe des Verts au Parlement, Ska Keller, qui avait rejoint les protestataires à Sofia27. Le vice-premier ministre et leader du VMRO-BND Karatatchanov lança une campagne de « fausses nouvelles » pour empêcher le gouvernement de ratifier la Convention du Conseil de l’Europe sur la prévention et la lutte contre la violence à l’égard des femmes et la violence domestique28. Lui et son parti attisèrent l’homophobie et la haine misogyne dans des discours discriminatoires relevant d’un fondamentalisme religieux d’une intensité peu commune. La ratification fut bloquée.

Pour conclure, des fissures et des points litigieux au sein de la coalition Patriotes unis deviennent visibles. Les conflits sont causés par une concurrence d’influence, l’accès aux médias, le poids politique et les listes communes aux prochaines élections. Cependant les arguments pragmatiques et l’accès aux ressources politiques et matérielles, aux postes et acquis pourraient prendre le dessus sur les querelles entre les leaders et maintenir la coalition. Alliés ou séparés, ces partis se sont trouvé une place durable dans la vie politique bulgare jusqu’à maintenant compte tenue de la coopération que leur offrent les partis principaux démocratiques, il est probable que la droite radicale populiste perdure. D’autant plus que cette niche – gagnante électoralement se remplit de nouveaux partis prétendant porter le patriotisme aux urnes.

Tableau 3. Résultats des partis Ataka, NFSB et VMRO-BND aux élections législatives anticipées du 5 octobre 2014 et du 26 mars 201729

Parti/coalition

% de voix obtenues (2017)

Nombre de sièges/240 en 2017

% de voix obtenues (2014)

Nombre de sièges/240 en 2014

GERB

33,54 %

95

32,67 %

84

Coalition BSP pour la Bulgarie

27,93 %

80

15,4 %

39

Patriotes unis (FNSB, VMRO, Ataka)

9,31 %

27

Ataka : 4,52 %

Front patriotique : 27,28 %

11

19

DPS

9,24 %

26

14,84 %

38

Volya (Volonté)

4,26 %

12

   

 
 
 

1 Cas Mudde, Populist radical Right Parties in Europe, Cambridge, Cambridge University Press, 2007, p. 11-31.

2 Voir Roger Burbaker, Nationalism reformed. Nationhood and the national question in the New Europe, Cambridge, Cambridge University Press, 1996, 2003; Valery Bunce, «The National Idea: the Legacies and Post-Communist Pathways in Eastern Europe», in East European Politics and Studies, vol. 19, no 3, American Coincil of Learned Societies, 2005, p. 406-442.

3 Petia Gueorguieva, « La “normalisation” de la droite radicale populiste en Bulgarie après 2009 », in Benjamin Biard (dir.) L’État face à ses transformations, Louvain-La-Neuve Academia-L’Harmattan, Collection Science politique, No 22, 2018, p. 259-278

4 La minorité turque représente environ 10 % de la population bulgare. Elle fut l’objet des processus de discriminations à la fin du régime communiste dans la seconde moitié des années 1980 quand environ 300 000 Turcs bulgares furent contraints de quitter la Bulgarie pour la Turquie. Le parti Mouvement pour les droits et les libertés apparut lors de la transition démocratique à la fin de 1989 et au début de 1990.

5 Voir par ex. l’analyse d’Antony Todorov : « Radicalen conservatisam ili nov fascism? » (Conservatisme radical ou néofascisme ?), le 10 octobre 2017 ; https://antoniytodorov.wordpress.com ; les analyses du site www. marginalia.bg, actif dans la défense des droits humains et les opinions du Comité de Helsinki bulgare www.bghelsinki.org

6 Corinne Deloy, « Fragiles démocraties a l’Est », in Dominique Reynié (dir) Ou va la démocratie ? Une enquête internationale de la Fondation pour innovation politique, Paris, Plon, 2017, p. 135-140, p. 139

7 Op. cit, p, 141.

8 Op. cit., p. 139.

9 Idem, p. 140.

10 John Hopkin and Caterina Paolucci,«The Busienss Firm Model of Party Organzation: Cases from Spain and Italy», European Journal of Political Research, 1999, 35, p. 307-339.

11 Vlastimil Havlík et Vít Hloušek « Dr Jekyll and Mr Hyde: The Story of the Populist Public Affairs Party in the Czech Republic», 2014, Perspectives on European Politics and Society, 15:4, 552-570, DOI: 10.1080/15705854.2014.945254

12 Sarah De Lange, S., « From pariah to power broker », in P. Delwit et P. Poirier (eds.), The extreme right parties and power in Europe, Bruxelles, Éditions de l’Université de Bruxelles, 2007, p. 21-39.

13 Piero Ignazi, « Le Front national et les autres », in P. Delwit (ed.), Le Front national. Mutations de l’extrême droite française, Bruxelles, Éditions de l’Université de Bruxelles, 2012, p. 37-55.

14 Mark Donovan « Berlusconi‘s impact and legacy: political parties and the party system», Modern Italy, 2015, 20:1, 11-24, DOI: 10.1080/13532944.2014.985582P. 13

15 Eurostat, Europe 2020 indicatorspoverty and social exclusion, http://ec.europa.eu/eurostat/statistics-explained/index.php/Europe_2020_indicators_-_poverty_and_social_exclusion

16 Données de « Gallup International », « Galup predstavia profilite na glasopodavatelite », Izbori 2017, Nova Televizia, le 27 mars 2017, https//nova.bg

17 Ataka, le 14 septembre 2012, no 1738, p. 24.

18 « Planut Siderov, Nov Put za Bulgaria, 2013 » (Le Plan de Siderov – une voie nouvelle pour la Bulgarie, 2013), p. 6-7, http://ataka.bg/Programa_ATAKA_PLAN.pdf.

19 Stela Nikolova, « 6000 voix arrêtèrent la sensation Scat », Standart, le 15 mai 2013,

http://light.standartnews.com/balgariya-politika/6000_glasa_spryaha_senzatsiyata_skat-188506.html

20 Ustav na politicheska partia «Natzionalen Front za Spasenie na Bulgaria», http://www.nfsb.bg/public/documents/ustav_2017_edition.pdf

22 « Patriotichen Front NFSB I VMRO. Politicheska programa 2014 » (Front patriotique NFSB et VMRO. Programme politique 2014).

23 Documentaire « Scandalnite dalaveri na Valeri Simeonov »

http://www.alfa.bg/

24 Petia Gueorguieva, op.cit.

26 Tatiana Vaksberg « Tozi sram, naretchen “Obedineni Patrioti” (“Cette honte, appelée Patriotes unis” »), le 30 mai 2017, Deutsche Welle en bulgare, http://www.dw.com/bg

27 Voir « Bulgarian Vice Prime Minister wants to expulse Ska Keller out of Bulgaria ! », le 9 février 2018, http://www.skakeller.de/en/topics/europe/bulgarian-vice-prime-minister-wants-to-expulse-ska-keller-out-of-bulgaria.html

28 Voir Krasen Nikolov « Bulgarian nationalists rock the cabinet, fearing “third sex” legitimization », le 5 janvier 2018, http://bulgarianpresidency.eu/bulgarian-nationalists-rock-cabinet-fearing-third-sex-legitimisation/

 

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