Mon père

Au nom de toute la famille, je veux d’abord remercier les gens du Québec et des autres nations qui par milliers nous ont témoigné au cours des derniers jours leur sympathie, leur affection et leur respect pour papa et son œuvre. Nous en avons tous été très touchés. Vous nous avez apporté beaucoup de réconfort et papa en aurait été profondément heureux.

On nous demande souvent ce que c’est que d’être un enfant de Bernard Landry. Pas banal, c’est sûr. Enfants, papa nous racontait des histoires, nous emmenait au camping Solaire et en vacances en Gaspésie comme les autres papas, mais jamais vraiment comme tous les autres papas.

Petites, peu de mes amies chantaient avec moi « El pueblo unido jamas sera vincido », le peuple uni jamais ne sera vaincu. Et j’étais déjà adulte lorsque j’ai appris que les vraies paroles de la chanson Nicola et Bart n’étaient pas « Maintenant Riel et Chénier/ vous vivez au fond de nos cœurs » ! Peu d’amies aussi avaient un papa qui roulait en Citroën DS empestant les Gitanes en chantant du Brassens à tue-tête, des reliquats de son séjour en France.

Puis, il y a eu 1976. On se voyait moins bien sûr, mais nous les enfants avons vécu des moments exceptionnels. Il nous emmenait partout. Des assemblées de cuisine, des réunions de militants, des débats avec des adversaires (papa disait qu’en politique, il n’y a pas d’ennemis, seulement des adversaires), des repas animés avec des esprits brillants, aucune porte ne nous était fermée. Il tenait à ce que nous soyons instruits et éduqués. Il nous a exposés à sa grande culture, à son amour du français et de la civilisation qui le porte, au respect de son prochain, à son combat sans répit pour ses idéaux, à une manière d’être citoyen.

Vous imaginez ce que c’est que d’être un ado au restaurant avec son père qui fait une scène pour se faire servir en français ? Ado, c’est très dur, mais c’est formateur. On apprend que parfois pour changer les choses, il faut monter au front. Il faut savoir mener des batailles même quand ce n’est pas populaire. Il a d’ailleurs eu le courage de redéfinir avec ses collègues du Parti québécois la notion même de ce qu’est une famille. Leur refonte du Code civil a permis à ma sœur Julie d’être reconnue comme la mère des deux enfants qu’elle a eus avec sa compagne.

Papa était un homme rigoureux avec tout ce que ça implique. Comme ce soir où ma sœur, mon frère et moi étions dans la jeune vingtaine et où il nous avait vertement engueulés au souper du dimanche (et avait même quitté la table) quand il a su que nous n’étions pas allés voter aux élections scolaires. Chez les Landry, les attentes étaient toujours hautes.

Puis Verchères. Là où est née sa « grand-paternité ». Avec le baptême de Camille à l’été 1987, ma mère et mon père ont ouvert leur maison grande comme leur cœur. Avec chaque nouvel enfant, Papa rajoutait une place pour dormir. Et le grand-papa chantait des chansons, préparait des feux de foyer, se laissait maquiller, organisait des feux d’artifice. « Bonne nuit, Princes et Princesses de la Lièvre et du Saint-Laurent ». Voilà comment mon père quittait ses petits-enfants, en leur rappelant leurs racines, avant de les envoyer dormir. Papa nous aimait réunis. Avec cette maison, il a permis à la famille élargie de nouer des liens qui ne se briseront jamais. Puis, à table, il y eut des chaises vides. Nous avons souffert ensemble. Mais les repas ont repris. Les vives conversations aussi. Les événements de chacun, les débats sur l’actualité, les souvenirs de jeunesse, les anecdotes de Saint-Jacques, les blagues où il aimait se mettre en scène. Et autour de la table, de nouveaux visages, chacun ajoutant sa couleur, son histoire, son avenir tissé dans le nôtre. Nous avons vraiment été choyés avec nos rapportés.

Papa était très fier de notre famille métissée serrée qui représente ce que le Québec devient.

Papa était également très fier d’avoir eu la chance d’être accompagné par 3 femmes exceptionnelles, sa mère Thérèse, Lorraine notre mère et notre chère Chantal. Elles SONT toutes les 3 certainement une des sources de sa grandeur.

Lors de notre dernier souper de famille, il a porté un toast : « Levons notre verre à la famille et à la patrie, il n’y a rien de plus important. » Au cœur de sa vie, ces deux thèmes : la patrie et la famille. Et quand on y pense, il ne s’agit au fond que d’un seul. Il avait la profonde conviction que la patrie et la famille rassemblent toutes deux des gens qui partagent une histoire, des valeurs et qui chaque jour décident de la nouvelle page du livre qu’ils écrivent ensemble. Pour lui, à quelque échelle que ce soit, les forts doivent protéger les faibles et soutenir l’atteinte de leur autonomie. À quelque échelle que ce soit, il faut faire face ensemble aux épreuves, aux échecs et à l’adversité. À quelque échelle que ce soit, il faut vivre ensemble les départs qui nous attristent et les arrivées qui nous renforcent.

Notre père est éternel et vivra toujours dans les gestes, les décisions, les combats et les bonheurs de Chantal, Julie, Caroline, Philippe, Josée, Pascale, Maxime, Camille, Gabrielle, Marguerite, Clémentine, Elsie, Jules, Robin, Médéric, Matéo, Flavie, Sacha, Nouveau Bébé qui arrivera dans 2 mois et tous leurs descendants.

En terminant, plus que tous les hommages, ce qui le rendrait heureux serait que vous tous, à votre manière, continuiez son combat pour un Québec plus juste, plus fort, plus libre. q

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