Éditorial - Hauteur de vue requise

2019fevrier250La lune de miel est terminée. Les premières salves sont lancées : Trudeau qui rejette la proposition de la déclaration d’impôt unique, Leblanc qui finasse sur la question des seuils d’immigration. Trudeau, encore, qui persiffle sur la laïcité, Rodriguez qui laisse tomber son masque et les civilités pour nous servir le mépris du Québec français. Cela ira en s’accélérant et le signal en a été donné à la sortie du caucus de la CAQ : le tir groupé sur les déclarations de François Legault au sujet de cette chose aussi mal définie que l’islamophobie aura donné un avant-goût de ce qui l’attend lorsque son gouvernement déposera le projet de loi sur la laïcité. À Radio-Canada et dans de nombreuses officines du cartel médiatique, les chantres du multiculturalisme ont de plus en plus de mal à cacher leur jupon ; la nébuleuse diversitaire s’agite, publie, appelle à la censure, l’intolérance vertueuse s’affiche et se répand. La politique québécoise restera aussi fermement tenue coincée entre le consentement à la « normalisation » minoritaire et l’humiliation. C’est entre ces deux pôles – et entre eux seulement – que l’ordre canadian est déterminé à contenir le Québec.

Les sources du conflit entre la Catalogne et l’Espagne

* L'auteur est ingénieur industriel, professeur retraité de l’Université Polytechnique de Catalogne.

Comment expliquer à des lecteurs étrangers ce qui se passe en Catalogne ? Pour faire comprendre au public québécois les événements qui se sont déroulés en Catalogne ces dernières années, je débuterai par une comparaison que l’ancien président de la Generalitat, Jordi Pujol, utilisait dans le passé. Il assimilait le rapport entre la Catalogne et l’Espagne aux relations entre la Lituanie et la Russie. Si je devais transposer cette relation à celle entre le Québec et le Canada, je devrais toutefois spécifier que l’Espagne a plus d’affinités avec la Russie qu’avec le Canada.

L’Espagne est un État, c’est-à-dire, une structure de pouvoir, qui s’est constituée au Moyen Âge et qui n’a pas beaucoup évolué. Même si cela peut paraître étonnant on comprend mieux l’Espagne si on pense à un État féodal plutôt qu’à un État démocratique. Ce pays est dominé par des intérêts de castes incapables de créer de la richesse, mais qui ont un incessant besoin de ressources financières pour réaliser des dépenses somptuaires afin de soutenir un statut d’hidalgo, mot qui signifie : fils de quelqu’un. Cet argent a été extorqué successivement aux Arabes, aux Juifs et ensuite à l’Amérique latine. Aujourd’hui, il ne reste à l’Espagne que la Catalogne à exploiter qui avec 8 % du territoire et 15 % de la population, représente le 20 % du PIB et entre 25 et 30 % des exportations. Pour cette raison, la Catalogne est la poule aux œufs d’or de l’Espagne, ce qui explique qu’elle doit assumer un déficit fiscal qui varie entre 8 et 12 % de son PIB annuel.

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BREXIT: Entre l’arbre et l’Écosse

* Chercheur postdoctoral, ÉNAP. Cet article a été rédigé et soumis à la toute fin du mois de janvier 2019, alors que Theresa May repartait en négociations avec l’UE.

Le 15 janvier dernier, les députés du Parlement britannique à Londres ont massivement rejeté l’Accord transitoire négocié avec Bruxelles par le gouvernement de Theresa May, plongeant le Royaume-Uni (R.-U.) encore un peu plus profondément dans la crise politique et constitutionnelle qui a jusqu’ici caractérisé le processus de sortie de l’Union européenne (UE), depuis le vote référendaire de juin 2016. À 432 voix contre 202 en défaveur de cet Accord, il s’agit de la plus grande défaite en Chambre de l’histoire britannique moderne, qui aura évidemment été suivie du dépôt immédiat (et, disons-le, passablement opportuniste et cynique) d’une motion de censure par l’opposition travailliste que dirige Jeremy Corbyn. Theresa May et son gouvernement, minoritaire, mais soutenu par une alliance avec les députés unionistes nord-irlandais, y ont survécu de justesse le 16 janvier, mais ces deux votes auront tour à tour confirmé la division qui règne à la fois au Parti conservateur britannique ainsi qu’au Parlement plus généralement.

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Éléments de réflexion pour une repolitisation du Canada français

* François-Olivier Dorais est historien et professeur à Université du Québec à Chicoutimi, Jean-François Laniel est sociologue et professeur à Université Laval.

Qui eut cru, il y a à peine quelques mois de cela, que l’Ontario français se trouverait propulsé au cœur de l’actualité politique et médiatique québécoise, que les coupes du gouvernement ontarien dans les institutions de l’Ontario français et la mobilisation de la communauté franco-ontarienne seraient suivies et commentées jour après jour, semaine après semaine, par La Presse comme par le Journal de Montréal, par le Parti libéral du Québec comme par Québec solidaire ? Que le premier ministre François Legault, à l’aube du premier mandat autonomiste caquiste à la tête de l’État québécois, semoncerait son vis-à-vis ontarien en lui rappelant que les Franco-Ontariens ne constituent pas une minorité ethnique et linguistique parmi les autres au Canada, à l’instar de la diaspora chinoise à qui le premier ministre Doug Ford les comparait, mais bien les membres de l’un des « peuples fondateurs » du pays ? Que l’Assemblée nationale du Québec, dans une rare unanimité dont elle a le secret, déciderait de hisser le drapeau vert et blanc de l’Ontario français à l’une de ses tours, et que cette motion à la mémoire longue, dénonçant une « nouvelle atteinte aux droits d’une communauté francophone en situation minoritaire au Canada1 », serait présentée par le parti politique dont le chef charismatique parlait naguère des « dead ducks » hors Québec ? Qui eut cru, bref, il y a à peine quelques mois de cela, que les ressorts du Canada français demeuraient si tendus ?

Réussir l’indépendance

Pour beaucoup d’entre nous, la dernière campagne électorale prit la forme d’une petite apocalypse politique. Jamais on n’avait si peu parlé du Québec et de ses intérêts les plus élevés en contexte d’élection, jamais on n’avait élevé avec tant d’ostentation l’Ontario comme ultime étalon auquel se mesurer. L’esprit du colonisé a refait surface comme jamais, et pas un seul instant le chef présumé des troupes souverainistes assis aux commandes du Parti québécois n’a offert au peuple d’ici de sortir de cette abominable et humiliante mascarade.

Le 1er octobre, pour l’indépendance, rien n’est arrivé. Nous savions depuis longtemps qu’il allait en être ainsi. Faibles consolations : le Parti libéral a été violemment congédié par le Québec français et un parti en apparence sensible à des questions longtemps interdites, mais qui préoccupent néanmoins les gens d’ici, est entré à Québec. Malgré cela, malgré que ce réveil électoral du Québec français soit fondamentalement réjouissant, nous pouvons et nous devons nous demander : est-il cohérent, est-il même possible de se tenir debout pour la nation en ne parlant de l’État que de manière administrative et en rejetant totalement l’idée de sortir du régime canadien auquel nous sommes pourtant soumis ?

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La vassalisation du Québec

La question des rapports entre le gouvernement fédéral et le gouvernement québécois en ce qui concerne la juridiction en matière d’immigration est une problématique complexe, mais, globalement, selon la constitution canadienne ce champ relève d’abord du fédéral. Pourtant, le Québec, au cours des dernières décennies, est allé chercher de nouveaux pouvoirs. L’entente Canada-Québec (accord Gagnon-Tremblay–McDougall) signée en 1991 et qui prolonge l’accord Cullen-Couture de 1978, concède au Québec le droit, à l’étranger et au Canada, de choisir les immigrants réguliers qui veulent venir ici. Le Québec est aussi responsable de leur intégration linguistique et socio-économique. En outre, le Québec peut faire connaître au fédéral, ses intentions de plafonner ou d’augmenter le seuil annuel souhaitable d’immigration. Cependant, la question des demandeurs d’asile relève exclusivement du fédéral.

L’arrivée massive de migrants clandestins n’a pas été l’occasion pour le gouvernement Couillard d’exiger une nouvelle répartition des pouvoirs entre le fédéral et le provincial dans la problématique des demandeurs d’asile. Au contraire, ce gouvernement s’est cantonné dans un rôle minimal en tant que simple province du Canada en oubliant volontairement qu’il représente une nation et qu’il a le devoir de la protéger. Les différentes actions du gouvernement Couillard, entre 2016 et 2018, nous éclairent sur sa vision du fédéralisme canadien. Le premier ministre accepte que sa province soit soumise à la concentration et la centralisation des pouvoirs à Ottawa. Il n’y a aucune volonté d’obtenir de nouveaux pouvoirs dans ce champ de juridiction.

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Québec solidaire, le 1er octobre. Un succès démérité?

* Ph. D., cadre retraité de l’éducation, militant du Parti québécois

J’habite la circonscription de Saint-François, dont les trois quarts des électeurs se retrouvent dans les limites de la ville de Sherbrooke. Lors des élections du 1er octobre 2018, la candidate du Parti québécois est arrivée quatrième (PQ, 16 %). Elle s’est retrouvée assez loin derrière la candidate de la Coalition avenir Québec (CAQ, 35 %), celui du Parti libéral du Québec (PLQ, 23 %) et celui de Québec solidaire (QS, 23%). Elle a été chanceuse d’avoir atteint le 15 % nécessaire au remboursement d’une partie de ses dépenses électorales. Si sa défaite a semblé si triste autant à ses partisans qu’à elle, ils ont pourtant des motifs de se réconforter. Le résultat n’aurait peut-être pas été le même si tous les partis avaient joué franc jeu durant cette campagne électorale. Or, il s’en trouve un parmi eux, Québec solidaire, qui ne l’a pas fait.

Québec solidaire a fait le soir du 1er octobre une autre victime que le Parti québécois. Une victime collatérale ne s’y attendant pas, le Parti libéral du Québec ! Tant qu’il affaiblissait le Parti québécois, le Parti libéral a traité presque avec déférence Québec solidaire – il fallait entendre en juin 2017 Philippe Couillard n’avoir que de bons mots à l’endroit de Gabriel Nadeau-Dubois faisant son entrée à l’Assemblée nationale1. Aujourd’hui, le PLQ n’a probablement plus le cœur à prodiguer de pareilles flatteries : dans Saint-François par exemple, le PLQ et QS ont obtenu pratiquement autant de votes ; dans la circonscription voisine de Sherbrooke, QS a été élu en devançant le PLQ de plusieurs milliers de votes ; dans une quarantaine d’autres circonscriptions, QS a obtenu plus de votes que le PLQ. On peut parier que Québec solidaire se retrouvera dorénavant dans la mire du Parti libéral qui ne devrait pas faire dans la dentelle.

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Michael Poplyansky. Le Parti acadien et la quête d’un paradis perdu

Michael Poplyansky
Le Parti acadien et la quête d’un paradis perdu
Québec, Septentrion, 2018, 175 pages

Il n’y a, en Acadie, qu’une seule maison d’édition professionnelle se spécialisant en livres pour adultes et elle publie surtout de la poésie : les Éditions Perce-Neige. Dans ce contexte, il est essentiel, pour la vie intellectuelle acadienne, que les maisons québécoises fassent une place aux livres sur l’Acadie. Avec sa collection « Acadie », Septentrion s’acquitte admirablement bien de cette responsabilité et contribue positivement aux relations Québec-Acadie.

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Carles Puigdemont. La crise catalane

Carles Puigdemont
La crise catalane
Paris, Racine, 2018, 191 pages

De son exil à Bruxelles, le président de la Catalogne continue la lutte pour l’indépendance et la libération des prisonniers politiques. Dans ce livre, il raconte comment il a vécu personnellement les péripéties de son combat et il explique en particulier les raisons qui ont motivé les décisions qui ont conduit le Parlement catalan à faire une déclaration unilatérale d’indépendance, le 27 octobre 2017. Il est forcé de reconnaître que sa démarche d’émancipation a été entravée par les élites politiques européennes qui ont préféré ignorer les bruits de bottes au lieu d’intervenir pour faire respecter les droits de l’homme et la démocratie. Par ce livre, il s’adresse surtout aux citoyens européens qu’il veut convaincre du bien-fondé de la lutte du peuple catalan, celui-ci ayant toujours adhéré aux valeurs démocratiques qui devraient caractériser le projet européen.

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