Québec solidaire, le 1er octobre. Un succès démérité?

* Ph. D., cadre retraité de l’éducation, militant du Parti québécois

J’habite la circonscription de Saint-François, dont les trois quarts des électeurs se retrouvent dans les limites de la ville de Sherbrooke. Lors des élections du 1er octobre 2018, la candidate du Parti québécois est arrivée quatrième (PQ, 16 %). Elle s’est retrouvée assez loin derrière la candidate de la Coalition avenir Québec (CAQ, 35 %), celui du Parti libéral du Québec (PLQ, 23 %) et celui de Québec solidaire (QS, 23%). Elle a été chanceuse d’avoir atteint le 15 % nécessaire au remboursement d’une partie de ses dépenses électorales. Si sa défaite a semblé si triste autant à ses partisans qu’à elle, ils ont pourtant des motifs de se réconforter. Le résultat n’aurait peut-être pas été le même si tous les partis avaient joué franc jeu durant cette campagne électorale. Or, il s’en trouve un parmi eux, Québec solidaire, qui ne l’a pas fait.

Québec solidaire a fait le soir du 1er octobre une autre victime que le Parti québécois. Une victime collatérale ne s’y attendant pas, le Parti libéral du Québec ! Tant qu’il affaiblissait le Parti québécois, le Parti libéral a traité presque avec déférence Québec solidaire – il fallait entendre en juin 2017 Philippe Couillard n’avoir que de bons mots à l’endroit de Gabriel Nadeau-Dubois faisant son entrée à l’Assemblée nationale1. Aujourd’hui, le PLQ n’a probablement plus le cœur à prodiguer de pareilles flatteries : dans Saint-François par exemple, le PLQ et QS ont obtenu pratiquement autant de votes ; dans la circonscription voisine de Sherbrooke, QS a été élu en devançant le PLQ de plusieurs milliers de votes ; dans une quarantaine d’autres circonscriptions, QS a obtenu plus de votes que le PLQ. On peut parier que Québec solidaire se retrouvera dorénavant dans la mire du Parti libéral qui ne devrait pas faire dans la dentelle.

D’une certaine manière, une campagne électorale s’apparente à une campagne publicitaire. Bien sûr, ce n’est pas la même chose : il s’agit dans le premier cas d’obtenir de ses concitoyens assez de votes pour occuper une fonction publique en leur nom, dans le second de leur vendre un produit ou un service. Puisqu’ils sont tous les deux des sortes de discours, la persuasion et la séduction y jouent un rôle similaire. La Loi sur la protection du consommateur règlemente la publicité. « Un message publicitaire contenant des renseignements faux, trompeurs ou passant sous silence un fait important est illégal », selon l’Office de la protection du consommateur. En campagne électorale, il n’y a malheureusement pas de droit analogue qui permette de se prémunir contre un parti propageant des renseignements faux, trompeurs ou passant sous silence un fait important. Est-ce à dire qu’un parti politique disposerait en campagne électorale de plus de latitude éthique qu’un épicier annonçant ses produits ? Il me semble qu’autant les médias, les partis et les simples citoyens devraient en campagne électorale se faire un devoir de protéger la démocratie, nommément dénoncer tout parti remplaçant la persuasion par la manipulation et la séduction par la ruse.

Au début de la campagne électorale, les sondages accordaient autour de 8 % à Québec solidaire2. Au dépouillement, il en récoltait 16 %. On peut bien admettre qu’au cours des quatre dernières années, le parti a fait des efforts d’enracinement, par le biais notamment d’un maillage avec le mouvement communautaire3 – il constitue un terreau fertile et, selon ce qui s’observe, la pénétration a été une réussite à Sherbrooke. Si de tels efforts n’ont pas nui, ils n’expliquent pas le doublement en un mois de l’adhésion populaire ! Quelle a donc été la recette du « succès » de Québec solidaire durant cette campagne électorale ? À n’en pas douter, le mot « succès » est prématuré. QS est en effet loin du pouvoir et on peut même penser que, mieux il sera connu, plus ses chances d’y accéder diminueront. Peu importe. Quelle a donc été cette recette ? Lors de son porte-à-porte électoral, la candidate du Parti québécois dans la circonscription de Saint-François a été stupéfaite d’entendre plusieurs électeurs lui dire qu’elle était bien gentille, mais qu’ils hésitaient plutôt entre la CAQ et QS. Comment pouvaient-ils mettre en balance deux partis aussi différents, le premier plutôt de droite et le second franchement de gauche ? Ce phénomène n’est pas étranger à la stratégie de QS à « faire peuple ».

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Avant d’aborder cette stratégie, je voudrais évoquer les relations entre le Parti québécois et la gauche québécoise, plus particulièrement avec Québec solidaire bien que toute la gauche ne se reconnaît pas forcément en ce parti. Fondé il y a 50 ans, le Parti québécois a été dès le départ une coalition qui, autour de l’idée d’indépendance, rassemblait des gens de tout horizon. Il a été au pouvoir au total près d’une vingtaine d’années : de 1976 à 1985, de 1994 à 2003, de 2012 à 2014. Tout parti politique se dote de grandes orientations sociales et économiques. Quelles sont celles du PQ ? Il a toujours prétendu se situer au centre gauche de l’échelle droite-gauche, se qualifiant lui-même de social-démocrate ou progressiste.

René Lévesque, dont le parti qu’il a fondé se reconnaissait « un préjugé favorable à l’égard des travailleurs4 », a été porté au pouvoir en 1976 et s’est alors lancé dans une série de réformes qui marquent encore le Québec : loi 101, loi sur le financement des partis politiques, sur la protection du territoire agricole, création de l’Assurance automobile, du ministère de l’Environnement… Il connut aussi l’échec du référendum de 1980, puis le rapatriement unilatéral de la constitution par le gouvernement de Pierre-Elliott Trudeau.

En 1982, le gouvernement Lévesque se retrouva devant une situation économique précaire : récession, taux de chômage de 15 %, taux hypothécaires de 18 à 20 %5… Le premier ministre a cherché à obtenir la collaboration des employés du secteur public afin de redresser les finances publiques. N’y parvenant pas, il a décrété leurs conditions de travail incluant une réduction de salaire de 20 % durant trois mois. En janvier 1983, ils étaient 30 000 à manifester devant l’Assemblée nationale : on a brûlé René Lévesque en effigie et on l’a traité de « boucher de New Carlisle ». Le gouvernement s’est entendu avec les infirmières, mais les enseignants ont défié la loi. Lévesque a fait adopter en février la loi 111, nommée par les syndicats « loi matraque », qui prévoyait des sanctions très dures pour assurer le retour au travail6. L’épisode, qui remonte à 35 ans, fait partie de la mémoire de groupes de gauche qui se la rappellent à tout propos, s’abstenant de replacer les décisions prises dans leur contexte économique7. Ils oublient aussi de mentionner que le gouvernement Lévesque, qu’il faudrait juger sur l’ensemble de son œuvre, a adopté en 1977 des dispositions anti-briseurs de grève, a créé en 1979 la Commission de la santé et de la sécurité au travail, en 1980 la Commission des normes du travail et en 1983 a adopté la loi établissant le Fonds des travailleurs de la FTQ.

Si le gouvernement du PQ a réussi à se sortir de la crise économique du milieu des années 1980, il a perdu le pouvoir qu’il ne récupérera qu’en 1994 avec Jacques Parizeau. Ce dernier, qui organisa le référendum de 1995, démissionna après l’avoir perdu par seulement quelques dizaines de milliers de votes. Lui succédèrent alors Lucien Bouchard et Bernard Landry, ce dernier perdant le pouvoir en 2003. La gauche, qui l’a toujours perçu comme le diable en personne, a associé Lucien Bouchard au néolibéralisme en raison de la décision prise sous son gouvernement de réduire le poids de la dette, passée de 1,2 % du PIB en 1971 à 4,8 % en 1995 – il faut lire à ce propos un texte de l’économiste Pierre Fortin rétablissant les faits et lavant la réputation de Bouchard8. Durant ces années, les manifestations des groupes de gauche se déroulaient comme de raison au cri de « Parti québécois, parti bourgeois », peu à peu transformé en « Parti québécois, parti néolibéral » dont la rime n’avait pas la même richesse.

Le soir du 9 avril 2001, Paul Cliche, le militant emblématique de la gauche, dansait une gigue en pleine rue de Montréal. Celui qui réussira à fédérer les diverses tendances jusque-là fragmentées de la gauche du Québec et sera en 2006 l’un des fondateurs de Québec solidaire était devenu fou de joie : c’est qu’en se présentant dans la circonscription de Mercier comme indépendantiste de gauche, il avait provoqué la défaite du candidat péquiste et permis la victoire de la candidate libérale9... L’événement, tout anecdotique qu’il paraisse, présageait de la volonté constante de Québec solidaire d’en découdre avec le Parti québécois et de lui ravir autant sa clientèle progressiste que ses circonscriptions. C’est le même type d’euphorie qu’on a observé chez les sympathisants de Québec solidaire chaque fois que le PQ mordait la poussière, notamment à l’Olympia le 7 avril 2014 quand fut confirmée la défaite de Pauline Marois qui avait permis au PQ de reprendre le pouvoir en 201210.

Il faut se souvenir des déclarations outrées et fort peu inclusives de Françoise David, alors porte-parole de QS, apprenant au printemps 2014 que Pierre-Karl Péladeau allait se présenter comme candidat du PQ. « Jamais, jamais un député solidaire ne s’assoira à côté de Pierre-Karl Péladeau du côté des banquettes de députés. Jamais. […] Vraiment, il faut se ressaisir tout le monde, au Québec. Il faut savoir où sont les progressistes », devait-elle poursuivre, en concluant que son parti était le « seul parti progressiste au Québec11 ». Les relations entre le Parti québécois et Québec solidaire auront en définitive toujours été tendues. Auraient-elles pu l’être autrement, le second s’étant en bonne partie créé tout autant en réaction que sur la même assise que le premier ?

Un autre sujet de discorde se sera entretemps immiscé dans le lourd contentieux, celui de la question identitaire qu’on pourrait circonscrire, bien qu’elle comporte d’autres volets, à celui de la laïcité. Au sein de la gauche, autant en Europe qu’au Québec, il n’y a pas unanimité à propos de la laïcité. Les porte-parole de Québec solidaire par exemple ont été plutôt enclins à considérer la question comme une diversion, craignant sans doute les affrontements au sein de leur parti que susciterait une prise de position en un sens ou l’autre. Qu’importe, le parti n’en reste pas moins traversé par un courant non négligeable pour qui la Charte des valeurs présentée par le gouvernement Marois démontrait la xénophobie et le racisme du PQ, voire de tous ses militants. « Valeurs péquistes, valeurs racistes », c’était ce que des opposants à la Charte scandaient en manifestant en 2013. À son congrès de mai 2017, Québec solidaire était appelé à se prononcer sur un pacte électoral avec le Parti québécois.

Dalila Awada12, qui s’était fait connaître par son opposition à la Charte, fit une déclaration fracassante : « Pour les communautés racisées au Québec, l’ennemi est double. Il s’incarne à la fois dans le néolibéralisme et dans le racisme. Le Parti québécois, aujourd’hui, porte en lui ces deux bêtes13. » Cette déclaration, paraît-il, aurait été plus modérée que bien d’autres14. Largement médiatisée, elle fut un choc pour le Parti québécois forcé de réaliser sur cette question comme sur d’autres, sans doute un peu tard, qu’il avait cherché à s’allier avec un parti qui méprisait tout ce qu’il représentait et voulait simplement sa perte.

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À la lumière de ce survol, il faut se poser la question : le Parti québécois a-t-il usurpé le titre de « social-démocrate » ? Je serais mauvais juge pour y répondre. Je vais plutôt me fier à Rodney Haddow, professeur de sciences politiques de l’Université de Toronto et qu’on n’accusera pas de parti-pris. En 2015, il publia Comparing Quebec and Ontario : Political Economy and Public Policy at the Turn of the Millennium, qui fit un certain bruit auprès des spécialistes. Chiffres à l’appui, il démontrait qu’à l’égard des transferts sociaux et de la réduction des inégalités et de la pauvreté, le Québec représentait une exception au Canada15. En comparaison avec l’Ontario, les taxes et impôts y étaient plus élevés, mais les avantages et les services que le Québec allouait à sa population, notamment aux familles avec enfants, étaient beaucoup plus généreux. Tout cela l’amenait à parler du Québec comme d’une société plus égalitaire et à le rapprocher des pays scandinaves. Apparemment, ce serait sous les gouvernements de Lucien Bouchard et de Bernard Landry que la réduction des inégalités et de la pauvreté a pris au Québec un tournant décisif en dépit de l’objectif qu’ils s’étaient donné de réduire le déficit. Alors que les autres provinces répliquaient à la réduction des transferts sociaux fédéraux en affaiblissant leurs programmes sociaux16, les gouvernements péquistes faisaient le contraire et se lançaient dans des mesures sociales structurantes – tels l’assurance médicament, le réseau des CPE, l’assurance parentale – qui réduisaient les inégalités et la pauvreté. Il faut d’ailleurs remarquer que le gouvernement de Pauline Marois, minoritaire en 2012 et défait en 2014 en grande partie dans les deux cas à cause de Québec solidaire, projetait un autre programme social majeur, l’assurance autonomie, piloté par notre député dans Saint-François, le docteur Réjean Hébert, et qui aurait constitué une façon de faire face au vieillissement de la population17.

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Si un slogan électoral n’a pas à lui seul un impact majeur sur l’issue d’une élection, il attire l’attention sur le message qu’un parti veut envoyer. Aux élections de 2014, le slogan de Québec solidaire était « Je vote avec ma tête18 », associé au cérébral, à l’argumentatif. En 2018, il devenait « Populaires », qu’on associerait plus spontanément à l’affectif, à l’émotion. Mais dans quel sens au juste faut-il comprendre le mot « populaires » ? Celui-ci possède en effet deux significations : 1) « qui concerne ou qui émane du peuple » (p. ex. : la volonté populaire, une demande populaire) ; 2) « qui plaît à la population, au grand public, qui a du succès » (p. ex. : un garçon ou une fille populaire, une chanson populaire)19.

Si on se fie à la déclaration au Devoir de Manon Massé lors de son dévoilement, le slogan était pensé pour faire référence à l’idée de peuple, donc au premier sens de « populaires ».

Le parti politique Québec solidaire veut être « populaire » en misant sur sa proximité avec le peuple pour convaincre les Québécois de voter pour lui aux élections d’octobre. « Être populaire, c’est être du bord des gens », a fait valoir fièrement la porte-parole solidaire, Manon Massé. QS dit avoir été inspiré par l’histoire du parti pour choisir ce premier slogan de campagne. « Populaire, c’est un retour à l’essentiel. C’est pour ça que Québec solidaire a été créé, pour donner une voix au peuple », a souligné Mme Massé20.

Au Journal de Montréal, la porte-parole avait dit à peu près la même chose.

« Je n’ai jamais aimé les slogans, mais celui-là, je l’ai tatoué sur le cœur. “Populaire”, c’est un retour à l’essentiel. [...] “Populaire”, c’est aussi à l’image de nos idées, qui répondent aux vrais problèmes des gens », a expliqué la candidate au poste de première ministre Manon Massé. « Plus que jamais, notre mouvement transcende les étiquettes. Notre mouvement appartient à tous les Québécois et à toutes les Québécoises qui veulent que ça change pour vrai », a ajouté la candidate21.

Sur sa page Facebook, le parti confirmait :

Nous sommes un mouvement populaire. Populaire, parce que Québec solidaire fonde toute son action sur les besoins réels de la population. Populaire, parce que nos idées sont pareilles à celles d’un grand nombre de québécois. es. QS ose dire que ce que le peuple veut est réalisable22.

Je me permets de citer des passages d’un article intitulé « Populaires », rallier la classe populaire pour un changement véritable, paru dans le journal alternatif électronique Presse-toi à gauche. Son auteur, Bernard Rioux, est militant de Québec solidaire et écrit régulièrement sur le site dont il est l’un des fondateurs. Même s’il se dit indépendant, Presse-toi à gauche entretient un lien de proximité important avec Québec solidaire. Le site considère même QS comme un de ses collaborateurs : les textes, articles et communiqués de presse – on peut en consulter plusieurs centaines sur le site – sont publiés tels quels, avec simplement comme nom d’auteur « Québec solidaire ». L’article a paru au lendemain du dévoilement du slogan « Populaires » et son auteur ne laissait pas de doute sur sa signification.

Dans le Québec d’aujourd’hui les vrais décideurs, c’est la poignée de multinationales, de grands entrepreneurs et de banquiers qui ont la main haute sur l’économie et sur les gouvernements. En faisant de son slogan de campagne le terme « populaires », Québec solidaire vise donc à se définir comme le parti du peuple, comme un parti populaire. Il pose ainsi la nécessité de rompre avec les vieilles idées et avec des partis qui sont au service de la minorité possédante. Prendre le parti de la majorité populaire, c’est travailler à défendre la justice sociale et le bien commun de la majorité de la population. Prendre le parti de la majorité populaire, c’est dans les batailles de tous les jours, construire des contre-pouvoirs afin de renverser la domination de l’actuelle minorité possédante […] Le combat de Québec solidaire, c’est celui de la classe populaire qui forme la vaste majorité de la population, qui refuse la politique de la minorité possédante et les partis politiques à son service qui nous préparent la détérioration de nos conditions d’existence… Voter Québec solidaire, c’est affirmer notre autonomie politique face aux partis liés par mille liens à la classe dominante. C’est jeter les bases d’un changement véritable23.

La prose de Rioux, dans laquelle on reconnaîtra une certaine propension au complotisme, contient des éléments généralement associés au populisme. Le slogan « Populaires » annonçait-il un passage de Québec solidaire au populisme ? Thierry Giasson, professeur de communication politique à l’Université Laval et que le Quotidien consultait à l’occasion du dévoilement des slogans des divers partis, voyait déjà ce danger dans celui de Québec solidaire : « Il y a un risque de dérapage, parce que certains adversaires taxent déjà Québec solidaire d’être des populistes de gauche24 ».

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Québec solidaire, populiste ? Populiste de gauche ? Durant la dernière campagne électorale, assez peu de commentateurs politiques ont « taxé » Québec solidaire de populiste. Richard Martineau et Mathieu Bock-Côté, tous deux chroniqueurs au Journal de Montréal, doivent être parmi les seuls à l’avoir fait explicitement, et seulement dans les derniers jours de la campagne électorale25. Martineau a parlé dans sa chronique de Manon Massé comme de la « populiste en chef » et l’a associée à Réal Caouette26. Au réseau LCN, il a fait le même type de commentaire et s’est permis d’en faire une imitation27. Quant à lui, Bock-Côté a assimilé Québec solidaire aux populistes européens : « on vote QS comme on a longtemps voté pour les populistes en Europe : pour s’opposer au monde tel qu’il ne va pas et envoyer un signal de mécontentement28 ». C’est vrai que le populisme n’a jamais été très présent au Québec de manière caractérisée depuis justement l’époque de Réal Caouette. L’élection surprise à Ottawa des 26 députés créditistes remonte à 1962, il y a donc 55 ans ! (Richard Martineau est né en 1961... Il ne devait pas lui-même trop se souvenir de Réal Caouette.)

Le mot populisme s’applique à divers courants ou mouvements partageant un même désir de faire appel au peuple. En principe, la chose n’est pas inappropriée – on connaît la phrase d’Abraham Lincoln pour qui la démocratie est « le gouvernement du peuple, par le peuple, pour le peuple » – si le mot n’avait pas comme fonction précise de dépeindre un comportement extrême, celui de la manipulation du peuple. Au cours des dernières années, le concept de populisme a fait l’objet de nombreuses publications en raison d’une éclosion populiste dans plusieurs pays d’Europe. Certes, populisme et populiste sont des mots galvaudés, pouvant servir d’argument pour faire taire un adversaire, d’injure ou de grossière simplification – en avril, la revue anglaise The Economist donnait la CAQ comme exemple de populisme au Canada, une affirmation sans fondement pour nombre de spécialistes29.

La première fois que le mot populisme a été utilisé remonterait à la seconde partie du XIXe siècle à propos d’un mouvement de jeunes intellectuels russes : partis en croisade alphabétiser les paysans russes, ils voulaient étudier leur organisation sociale et économique s’imaginant qu’ils pourraient la transposer à toute la Russie. Le mouvement, qui échoua lamentablement, n’en contribua pas moins au développement du marxisme russe (le frère de Lénine, dont l’exécution aurait été à l’origine de sa radicalisation, en était un adepte). Le mot fut ensuite repris pour décrire des paysans américains de la fin du XIXe siècle s’étant regroupés pour s’opposer aux banques et aux compagnies de chemins de fer. Au début du XXe siècle, il désigna de petits commerçants et paysans du Sud américain organisés en bandes, d’où dériva le Ku Klux Klan. Le mot eut par la suite une carrière aussi longue que prospère, laquelle ne paraît pas terminée. On l’associa tour à tour à l’Allemagne nazie, au maccarthysme américain, à un grand nombre de gouvernements d’Amérique du sud, puis plus récemment à plusieurs pays d’Europe, à Trump aux États-Unis, etc.

Le Petit Robert, précisant qu’il est souvent péjoratif, définit le populisme comme un « discours politique qui s’adresse aux classes populaires, fondé sur la critique du système et de ses représentants, des élites30 ». Le philosophe français André Comte-Sponville est plus précis et parle du populisme comme d’une forme de démagogie – c’est-à-dire de manipulation de la population – possédant trois traits spécifiques : prétendre parler au nom du peuple, s’opposer aux élites, privilégier les passions (l’indignation, la haine, la colère…) à la raison31.

Québec solidaire n’est pas en mesure de nier qu’il ait eu recours au populisme lors de la dernière campagne électorale. Au contraire, il y a eu recours de façon intentionnelle. Le populisme de gauche, puisqu’il s’agit de la version à gauche du populisme, est pratiqué depuis plusieurs années par des mouvements de gauche européens pour qui ce serait la seule façon de conquérir le pouvoir. Les idées de Podemos en Espagne, de Syriza en Grèce, de la France insoumise en France – des partis qui recourent tous au populisme dans leurs stratégies – sont assez voisines de celles de Québec solidaire. En matière de populisme, ils ont leurs théoriciens, Ernesto Laclau, maintenant décédé, et la philosophe belge Chantal Mouffe qui a écrit plusieurs ouvrages avec lui et est encore active. Le fondement idéologique des populistes de gauche repose sur l’idée de remplacer, pour combattre le néolibéralisme, la lutte des classes marxiste par la rivalité entre le peuple et les élites, ou entre les pauvres et les riches, de manière à imposer, selon les mots de Chantal Mouffe, une « représentation conflictuelle du monde, avec des camps opposés auxquels les gens puissent s’identifier32 ».

Un personnage comme Jean-Luc Mélenchon33, le président de la France insoumise, se reconnaît ouvertement comme populiste dans une entrevue à L’Express en 2010 : « Je n’ai plus du tout envie de me défendre de l’accusation de populisme. C’est le dégoût des élites – méritent-elles mieux ? […] J’en appelle à l’énergie du plus grand nombre contre la suffisance des privilégiés. Populiste, moi ? J’assume34 ! » Cela ne veut pas dire cependant qu’il y ait unanimité autour du populisme au sein de toute la gauche européenne : certains accusent les populistes, même s’ils sont dans les mêmes camps, de jouer avec le feu et récusent toute forme de démagogie35.

Gabriel Nadeau-Dubois, dont je ne doute pas qu’il connaisse les ouvrages de Laclau et de Mouffe, annonçait le 9 mars 2017 son arrivée dans l’arène politique sous la bannière de Québec solidaire. Voilà ce qu’en racontait La Presse :

Cinq ans après la grève étudiante qui l’a fait connaitre, le jeune homme de 26 ans veut être porte-parole de la formation politique et candidat aux prochaines élections partielles dans la circonscription de Gouin. Il a dit vouloir « sortir du pouvoir la classe politique qui nous gouverne depuis 30 ans », car elle « a trahi le Québec ». « Cette classe politique a choisi de nous diviser selon notre origine, notre religion, notre région [...] pour gagner des élections », a-t-il continué. « Elle a toujours choisi ses amis – les grandes entreprises, les firmes d’ingénieurs, les lobbys des médecins – au lieu du peuple du Québec. Qu’elle soit au pouvoir ou non, qu’elle soit rouge ou bleue, elle a toujours fait les mêmes choix36. »

C’était à plus d’un an de l’élection, mais déjà Nadeau-Dubois utilisait, apparemment de façon parfaitement consciente, les trois ingrédients du populisme qui allaient marquer la campagne électorale de QS : parler au nom du peuple (de « nous diviser »), s’opposer aux élites (« la classe politique qui nous gouverne depuis 30 ans »), soulever l’indignation (elle « a trahi le Québec »).

Manon Massé a écrit le 8 mars dernier, à l’occasion de la Journée internationale des femmes et à quelques mois des élections, une lettre dont le côté excessif en a surpris plusieurs :

Depuis 30 ans, c’est la même clique qui se passe la rondelle du pouvoir. Depuis 30 ans, cette clique est majoritairement masculine. Et ces messieurs ne sont jamais trop pressés d’améliorer le sort collectif des femmes du Québec. Des chefs comme Philippe Couillard, François Legault et Jean-François Lisée font partie de cette clique depuis trop longtemps pour réussir à nous faire croire qu’ils s’engagent envers nous à d’autres moments qu’en campagne électorale. Et puis, disons-le, les plus grands gains pour la cause des femmes depuis 30 ans, ce sont les Pauline et les Louise qui nous les ont donnés, avec les CPE à tarifs réduits, l’équité salariale, le régime québécois d’assurance parentale… On est toujours mieux servi par soi-même, dit-on.

Les membres de ce boy’s club abonné au pouvoir, ce sont eux qui laissent les infirmières s’épuiser et se tuer à la tâche, pour des peanuts. Ce sont eux qui donnent des milliards aux médecins spécialistes et qui refusent d’empêcher les hauts dirigeants d’entreprises financées par l’État de se voter des hausses de salaire faramineuses. Ce sont eux qui essaient de camoufler leurs scandales sexuels tout en refusant de débloquer des budgets adéquats pour lutter contre les violences sexuelles. Ce sont eux qui sabrent les services publics et qui laissent les femmes les remplacer. Ce sont eux qui laissent nos écoles moisir et nos enfants dîner dans les couloirs.

Le temps est arrivé où nous avons choisi d’arrêter de supporter la situation. Le couvercle a sauté. Le mouvement #MoiAussi en est un exemple flagrant, tout comme les ras-le-bol des professionnelles du système de santé dans les dernières semaines. Infirmières, enseignantes, préposées, ambulancières, travailleuses sociales, comédiennes ; partout, les femmes se lèvent et refusent d’en laisser passer davantage37.

Voilà à nouveau la même recette : parler au nom du peuple (« nous avons choisi d’arrêter », « les femmes se lèvent »), s’opposer aux élites (cette « même clique »), exacerber les tensions (« le couvercle est sauté »).

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Connu pour ses travaux en analyse du discours, le linguiste français Patrick Charaudeau fait remarquer que le populisme n’est rien d’autre qu’un discours. C’est ainsi qu’afin de l’étudier, il s’est mis à la lecture des discours de grands leaders qualifiés par l’historiographie de populistes. Cela lui a permis de mettre en lumière plusieurs traits communs à ce type de discours qu’il a consignés dans un article, souvent cité par les spécialistes38. On verra que bon nombre de ces traits ont coloré le discours tenu par Québec solidaire en vue de l’élection du 1er octobre dernier.

Au départ, Charaudeau souligne trois spécificités du discours populiste par rapport au discours politique habituel.

A) La première spécificité, c’est que le populisme se manifeste toujours en réaction à une situation de crise sociale. Sans cette crise, il ne pourrait y avoir de populisme. La crise peut être économique, identitaire, morale, etc. Quelle est donc celle qu’a identifiée Québec solidaire ? Le choix semble s’être porté sur une crise de type moral qu’on pourrait résumer par la « trahison de la classe politique ». Dès le 27 février, dans un communiqué du parti annonçant sa candidature au poste de première ministre, Manon Massé y faisait référence :

Le système en place sert la classe politique et économique d’abord et avant tout. Ça suffit ! Je refuse de me résigner au déclin tranquille du Québec. Je refuse qu’on laisse notre avenir entre les mains de gens qui l’ont déjà trop compromis. Nous avons besoin d’un électrochoc et je propose aux Québécoises et aux Québécois d’être cet électrochoc39.

La trahison de la classe politique – thème qui a été abordé durant la campagne électorale par Québec solidaire, mais assez curieusement par aucun autre parti – est un classique de Québec solidaire. Parfaitement cohérente avec cette « représentation conflictuelle du monde » préconisée par Chantal Mouffe, la trahison de la classe politique a fait depuis longtemps, si ce n’est depuis sa fondation, le pain et le beurre de Québec solidaire40. Gabriel Nadeau-Dubois s’en indignait en 2017 lors de son arrivée au parti, Manon Massé faisait de même dans sa lettre au Devoir du 8 mars 2018 et le site du parti claironnait que « le Québec est gouverné par une classe politique qui sert ses propres intérêts41 ». Le sujet pouvait donc devenir la toile de fond de la campagne de Québec solidaire. Premièrement, il donnait l’occasion de préciser le rôle de Québec solidaire. « Le 1er octobre, le Québec doit choisir entre la vieille classe politique et un mouvement politique différent et populaire ». (Manon Massé lors du lancement de sa campagne42) « La vieille classe politique préfère le statu quo face aux entreprises minières. Seul Québec solidaire s’engage à changer les choses. Québec solidaire va stopper le vol de nos ressources en exigeant une hausse des redevances à 5 % de la valeur brute. Nous prévoyons aller chercher 250 millions $ additionnels avec cette augmentation des redevances minières. » (Message Facebook de Québec solidaire43) « Québec solidaire veut mettre fin à la culture de l’opacité qui règne au sein de la vieille classe politique. » (Communiqué de presse du parti44) Deuxièmement, la trahison de la classe politique constituait une explication passe-partout à nombre de problèmes. L’école privée ? Un « intouchable de la vieille classe politique ». (Gabriel Nadeau-Dubois45) Les changements climatiques ? « […] les bilans des 30 dernières années en environnement, ils se résument en 4 mots : trop peu, trop tard » (Manon Massé46). « En jouant à l’autruche, les vieux partis font un pari dangereux. Dangereux pour notre environnement, dangereux pour notre économie, dangereux pour notre mode de vie » (Manon Massé47).

B) La deuxième spécificité qu’observe Charaudeau dans le discours populiste, c’est la présence d’un chef charismatique. Ce serait une constante à laquelle n’échappe pas ce type de discours. Ce chef construit son image en fonction de sa propre société, promet une rupture avec le passé, la fin de la corruption et une remise du pouvoir au peuple. Québec solidaire n’a pas à proprement parler de chef, mais deux porte-parole. Il diffuse certainement une doxa dont font évidemment partie la rupture avec le passé (« un parti du XXIe siècle »), la fin de la corruption (« mettre fin à la culture de l’opacité qui règne au sein de la vieille classe politique ») et la remise du pouvoir au peuple (« donner une voix au peuple »).

Manon Massé n’en aura pas moins été, durant la campagne électorale, le genre de chef nécessaire au populisme, celle choisie pour devenir première ministre. C’est donc à son sujet qu’on cherchera à savoir s’il s’agit bien du chef « charismatique » espéré. Il serait bien inutile au préalable de vérifier si elle s’engage à rompre avec le passé, à mettre fin à la corruption, à remettre le pouvoir au peuple. Son orthodoxie en la matière ne saurait soulever aucun doute. Il faut la citer alors qu’elle acceptait sa mise en candidature comme première ministre :

Je vais être la première ministre de tout le monde. Une première ministre qui défend des idées différentes, des idées qui vont changer la vie du monde pour vrai. Je ne laisserai jamais tomber personne. Je n’ai pas de compte à rendre aux notables et aux puissants. Mes amis ne fréquentent pas les clubs privés du quartier des affaires. Vous pouvez compter sur moi : je ne laisserai personne derrière48.

(« Ne laisser personne derrière » est une expression fétiche de Manon Massé, de Québec solidaire et de nombreux mouvements œuvrant dans la défense des droits ou la solidarité internationale. On la retrouve en anglais sous le sigle LNOB, leaving no one behind, où elle sert à désigner certains programmes.)

En février dernier, Gabriel Nadeau-Dubois, après avoir annoncé sa décision de ne pas se présenter au poste de premier ministre, déclarait que c’est « d’abord pour des raisons politiques que j’ai décidé d’appuyer la candidature de Manon [Massé] ». Pour des raisons politiques ? On peut penser plus simplement que le parti évaluait que cette dernière était plus qualifiée d’être ce chef charismatique que lui. Il enchaînait en expliquant qu’elle était « authentique », ce qu’on comprend comme devant être une personne naturelle, sans artifice, ne se cachant pas derrière une façade :

L’actualité récente nous a montré que les Québécois et Québécoises ont envie de figures politiques authentiques, qui rompent avec l’image traditionnelle des politiciens. Manon est l’incarnation même de l’authenticité en politique. C’est ce dont Québec solidaire a besoin49.

Charaudeau note que l’image que se construit le chef charismatique dépend de la société dans laquelle il vit. C’est sans doute vrai que l’authenticité est appréciée au Québec. C’est aussi le cas de l’harmonie, tout le monde sachant qu’on n’aime pas au Québec la « chicane » – pourquoi Manon Massé, au premier débat, se tenait à l’écart de ce qu’elle voyait comme « un combat de coqs50 ». Par ailleurs, c’est aussi une personne rassurante, que tout le monde comprend :

Manon Massé reconnaît que son ton et ses propos rassurants contribuent peut-être à la remontée de Québec solidaire dans cette campagne électorale. « Les gens me disent souvent : “Toi, Manon, quand tu parles, on te comprend.” Pour moi, c’est la raison pour laquelle les gens me font confiance, ils me comprennent51. »

Qu’elle soit devenue ce chef charismatique dont avait besoin Québec solidaire pour véhiculer son discours populiste, on n’en doutera donc pas. Et on en doutera encore moins après avoir lu ce que disait d’elle Lysiane Gagnon de La Presse, au lendemain du dernier débat des chefs :

La gagnante du débat de jeudi ? Manon Massé, assurément. Avec son naturel désarmant, son sourire bienveillant, sa personnalité attachante et cette petite lueur espiègle qui illuminait son regard, elle crevait l’écran. C’était la seule qui parlait au « vrai monde », la seule qui semblait incarner la sincérité, au-delà des calculs partisans. À propos de l’absurde polémique sur la possibilité de nourrir une famille de trois avec 75 $ par semaine, elle s’écrie : « C’est vrai ! Il y a même des gens qui doivent faire le marché avec moins que ça ! », donnant ainsi raison au chef libéral qu’on accusait d’être « déconnecté » pour avoir dit que c’était « très difficile », mais faisable. La co-porte-parole de Québec solidaire (QS) a d’autres raisons de se féliciter. Non seulement elle s’est superbement tirée de l’épreuve, seule néophyte devant trois politiciens professionnels, mais elle est la seule à pouvoir faire rêver le peuple à peu de frais, puisqu’elle ne sera vraisemblablement jamais obligée de rendre des comptes sur ses promesses somptueuses et ses engagements irréalistes52.

C) La troisième spécificité qu’observe Charaudeau est l’absence sur le plan idéologique d’homogénéité du populisme. Il note des variations importantes et une diversité de positionnements très grande. Il existe des populismes de type autoritaire, d’autres de type fascisant, des populismes de corruption, d’autres anti-américains, des populismes socialistes, d’autres capitalistes… La conséquence est, selon lui, qu’il faut être très prudent si l’on veut catégoriser le populisme. (Certains auteurs appliquent au mot populisme l’expression familière américaine I know it when I see it – « Rien qu’à voir, on voit bien » –, voulant indiquer par là qu’il n’est pas nécessaire de complètement définir le populisme pour le reconnaître et bien inutile de vouloir le traduire en concepts.)

* * *

Dans la perspective d’être utilisé comme outil d’analyse, Charaudeau propose par la suite tout un questionnement visant à mettre en lumière les caractéristiques d’un discours populiste. Il fait remarquer que, comme tout discours, le discours populiste doit réussir à capter le public auquel il se destine. Mais à la différence du discours politique usuel, celui des populistes se situe dans la zone des excès plutôt que dans celle de la raison. J’ai choisi parmi les nombreuses questions proposées certaines d’entre elles. Elles m’ont permis de classer toute une série de propos qui, dans le cadre de la dernière campagne électorale, ont été tenus par le camp de Québec solidaire et qui sont assimilables à des caractéristiques, souvent classiques, du discours populiste.

Le populiste doit rendre la population réceptive à son propos, et donc dans un état de forte insatisfaction. Il le fait au moyen du ressentiment, de la victimisation.

  • L’impôt des pauvres qui paye l’école des riches : c’est fini (affiche de Québec solidaire)53.
  • Dans le Québec du monde ordinaire, sur le plancher des vaches, un million de travailleurs et travailleuses gagnent encore moins de 15 $ l’heure. Ils ne sont jamais mentionnés dans les discours du premier ministre, mais ils forment la colonne vertébrale de notre économie. Ils ne sont pas milliardaires comme M. Bouchard, M. Rossi et M. Aldo Bensadoun, mais si ces dirigeants sont milliardaires, c’est grâce au monde ordinaire qui travaille fort. (Manon Massé)54
  • Pendant trop longtemps, la vieille classe politique a dit au peuple : ce que vous voulez, ça coûte trop cher. Mais en même temps, ils n’hésitent pas deux secondes avant de signer un chèque en blanc aux multinationales, aux minières, aux pétrolières, aux médecins spécialistes (Manon Massé)55.
  • M. Couillard, la dette qui est là, le 200 milliards $ de dette qui est là, ce n’est pas nous autres qui a fait ça [...]Je ne sais pas pourquoi vous capotez [...] Vous allez tous nous endetter. Arrêtez de dire au peuple que c’est nous autres (Manon Massé)56.

    Le populiste désigne généralement de manière floue la source du mal. Il parle souvent de lobby, de classe politique, d’élite, ce qui suggère l’existence de complots ou de castes qui se reproduisent. Une fois le bouc émissaire identifié, il s’oppose à la source du mal comme la solution à envisager.

  • Depuis trop longtemps, le Québec est gouverné par une classe politique qui sert ses propres intérêts. Dans ce paysage qui ne change pas, Québec solidaire propose une voie différente (site de Québec solidaire)57.
  • Il faut choisir entre la vieille classe politique et un mouvement différent et populaire (Manon Massé)58.
  • [Antoine Robitaille du Journal de Montréal rapporte une entrevue donnée en février 2018 par Manon Massé, au moment où a été annoncée sa candidature au poste de première ministre.] Manon Massé soulignait avec un quasi-dégoût la fortune des trois autres chefs – Couillard, Lisée, Legault –, le fait qu’ils ont été propriétaires de « maisons dans les mêmes quartiers » ; ou encore les origines petites-bourgeoises d’un d’entre eux. Elle sembla dire que cela les disqualifie, déconnectés qu’ils sont des « gens » ; autrement dit du « vrai monde ». J’écris « elle sembla dire ». Car ce qu’elle soutenait au fond est que depuis toujours, les castes de privilégiés se reproduisent et s’échangent le pouvoir. Ils gouvernent en ignorant les pauvres, les sans-voix, les déshérités (Antoine Robitaille)59.
  • Avec cette proposition forte, Québec solidaire veut mettre fin à la culture de l’opacité qui règne au sein de la vieille classe politique. Entre le PLQ, usé par 15 ans de pouvoir et de corruption, et la CAQ, dont plusieurs candidats sont visés depuis le début de la campagne par des allégations de pratiques douteuses, Québec solidaire est le seul parti à n’avoir jamais été entaché par un scandale de corruption ou d’éthique. (Communiqué de Québec solidaire)60
  • Le populiste doit, comme dans tout discours politique usuel, proposer un projet de société idéale. Il cherche donc à mettre de l’avant les valeurs auxquelles il adhère. Un des moyens qu’il emploie souvent aussi est de retrouver des racines de filiation et d’hérédité avec le monde idéal que le peuple a connu.
  • Notre logo modernisé reflète l’humain au cœur du projet de société porté par Québec solidaire. Au centre de nos préoccupations se trouvent les perdants du système, ces millions de Québécoises et de Québécois qui rêvent d’une politique à échelle humaine (Communiqué de Québec solidaire)61.
  • Nous sommes un mouvement populaire. Populaire parce que Québec solidaire fonde toute son action sur les besoins réels de la population. Populaire, parce que nos idées sont pareilles à celles d’un grand nombre de Québécois et de Québécoises. Québec solidaire ose dire que ce que le peuple veut est réalisable (Site de Québec solidaire)62.
  • « Les gens veulent des élu.e.s différents qui vont travailler pour leurs intérêts et non pour ceux des élites économiques. », estime la porte-parole du parti Manon Massé (Communiqué de Québec solidaire)63.
  • « La plus grande preuve que le vent est en train de tourner, c’est le tourbillon d’attaques de la part de nos adversaires. La vieille classe politique sort l’artillerie lourde : les attaques, les épouvantails, les menaces, “le marxisme”. M. Lisée, souvenez-vous : vous nous reprochez aujourd’hui la même chose qu’on reprochait hier au Parti québécois de René Lévesque. Je prends ça comme un compliment, parce que moi, je me souviens », a rappelé Manon Massé (Communiqué de Québec solidaire)64.
  • « La seule façon que je connais de confronter la crise du climat, le plus grand défi de notre siècle, c’est de retrouver l’ambition qui a fait du peuple québécois quelque chose comme un grand peuple. Si on est arrivé jusque-là, c’est parce que ceux et celles qui nous ont précédés ont eu le courage de changer le Québec à une autre époque. Aujourd’hui, la population est prête à le changer à nouveau. Le 1er octobre, au moment de voter, rappelez-vous que l’espoir gagne toujours contre la peur », a lancé la candidate solidaire au poste de première ministre (Communiqué de Québec solidaire)65.
  • « Les bâtisseurs du système d’éducation nous ont légué un projet de société, pas un poste budgétaire à couper comme les autres. Québec solidaire va renouer avec l’esprit de la Révolution tranquille et faire des prochaines cohortes la génération la plus éduquée du Québec », a-t-il [Gabriel Nadeau-Dubois] ajouté (Communiqué de Québec solidaire)66.
  • « Québec solidaire serait le véritable héritier de René Lévesque », selon Manon Massé (Huffingtonpost)67.
  • « Ce qu’il faut, c’est repartir de la base, mettre au pouvoir un mouvement politique différent, formés de gens différents », a martelé M. Nadeau-Dubois. « Je veux profiter de mon passage dans la région du chef du parti libéral pour lancer un message aux Québécois et aux Québécoises : si vous êtes tannés des scandales de corruption, du copinage libéral et des retours d’ascenseurs, Québec solidaire est votre parti. Un gouvernement solidaire sera avant tout un gouvernement honnête et transparent », a-t-il conclu (Communiqué de Québec solidaire)68.
  • Mon peuple est un peuple fier, un peuple qui a fait de grandes choses, et aujourd’hui – parce que les vieux partis nous maintiennent dans une vision d’économie de colonnes de chiffres –, notre peuple n’a plus d’espace pour désirer mieux, pour souhaiter mieux, pour rêver mieux. […] Et oui, dans les années 60 et 70, notre peuple a rêvé mieux. Et je pense qu’on est encore capables de rêver mieux (Manon Massé)69.

Le populiste fait croire que tout est possible et que le miracle du changement est réalisable, souvent sans douleur puisque les chaînes seront alors tombées.

  • « Je veux être claire avec le peuple québécois : vous faites déjà votre juste part. Notre cadre financier ne prévoit donc aucune hausse d’impôts pour les contribuables qui gagnent moins de 95 000 $ par année. Les contribuables qui gagnent moins de 80 000 $ par année auront même droit à des légères baisses d’impôts. C’est sans compter les milliers de dollars par année qu’on va remettre dans les poches des gens qui travaillent fort en baissant leurs factures de l’école et du dentiste », a-t-elle souligné (Communiqué de Québec solidaire)70.
  • [Antoine Robitaille du Journal de Montréal rapporte une demande le coût de la nationalisation du REM proposée par QS.] Les journalistes, dont moi, ont voulu savoir ce que cette nationalisation du REM […] impliquerait […]. Un malaise a alors saisi les gens debout derrière le lutrin : « On l’a déjà chiffré. Mais je n’ai pas le chiffre maintenant », a candidement répondu la candidate dans Mercier, Ruba Ghazal. « Écoutez, dans le détail, là... euh, je regarde pour voir si notre spécialiste est là... », a enchaîné Manon Massé en cherchant dans le personnel de QS présent. Personne n’avait la réponse. En fin de matinée, QS disait au Devoir que le coût serait de 6 milliards. […] Je n’irais pas aussi loin que l’ex-chroniqueur et maintenant candidat dans Rosemont, Vincent Marissal, qui écrivait dans La Presse du 22 novembre 2008 : « Le problème, comme toujours, avec QS, c’est que son programme politique est construit sur les fondations instables de la pensée magique » (Antoine Robitaille)71.
  • Parce que l’avenir n’appartient pas à l’argent ; L’avenir n’appartient pas aux sondages ; L’avenir n’appartient pas aux vieux partis politiques ; L’avenir appartient au peuple. N’oubliez jamais ça. Quand le peuple se remet à marcher ensemble, tout devient possible (page Facebook de Manon Massé)72.
  • [L’impôt des particuliers au Québec a rapporté en 2017 un total de 29 milliards, mais les…] Promesses de QS après trois semaines de campagne : 24,8 milliards de dollars (Journal de Québec)73.
  • Le parti écarte les hausses d’impôt, tout en se disant prêt à faire un déficit, car la priorité pour Manon Massé n’est pas « d’équilibrer des colonnes de chiffres » (La Tribune)74.
  • Ce qu’il y a d’extraordinaire, avec le service public, c’est que les gens ne paient pas (Manon Massé)75.

Le populiste, en particulier son leader, fait partie du peuple. Il dispose d’un éthos d’authenticité.

  • Québec solidaire fera campagne du côté du peuple (Manon Massé)76.
  • Depuis quatre ans, on a fait nos devoirs. On a dit aux gens : « Regardez ce parti-là, il est pour vous, pour répondre à vos besoins et à vos aspirations » (Manon Massé)77.
  • Manon Massé a tourné en ridicule la proposition du chef péquiste, Jean-François Lisée, de baisser de 60 % les tarifs du transport en commun en dehors des heures de pointe. « Moi, j’ai ma carte mensuelle. Comment je vais faire pour savoir quand c’est moins cher ? Ma carte, je la paie au complet. Comment tout ça est gérable ? C’est peut-être que ça témoigne que M. Lisée ne prend pas le métro très souvent », s’est moquée la porte-parole de Québec solidaire (QS), qui est de passage à Québec, jeudi après-midi » (Journal de Québec)78.
  • [Antoine Robitaille du Journal de Montréal rapporte une entrevue donnée en février dernier par Manon Massé, au moment où a été annoncée sa candidature au poste de première ministre.] Hier, en entrevue au 98,5, elle a insisté sur le fait qu’elle vient d’une « famille de la classe ouvrière ». « Dans mon carnet d’adresses, il n’y a pas beaucoup de chefs d’entreprise, de firmes d’avocats, etc. Moi, j’ai passé ma vie avec les gens, aux côtés des gens. » (Antoine Robitaille)79
  • [Louis Corneillier du Devoir cite et commente l’autobiographie Parler vrai de Manon Massé publiée à quelques mois des élections.] « Je viens défier ce qu’on attend d’une femme, même homosexuelle, qui fait de la politique », écrit Manon Massé dans Parler vrai (Écosociété, 2018). « Je porte mon trousseau de clés à la ceinture, des blousons de cuir, quand la norme est au tailleur. » Identité de genre, mais aussi de classe, la classe populaire, dans un monde qui tend à mettre tout le monde dans le même panier de la « classe moyenne ». Si on a beaucoup parlé, dans les médias, de la « différence » de la députée solidaire quant à son identité sexuelle, à son genre, on a moins insisté sur son identification aux classes populaires. […] « Aujourd’hui, écrit Manon Massé en évoquant la cérémonie de son assermentation du 2 mai 2014, j’ai voulu faire entrer le monde ordinaire par la grande porte de l’Assemblée nationale : la maison du peuple. » Pagnol avait sa Manon des sources ; le Québec, aujourd’hui, a sa Manon du peuple (Le Devoir)80.
  • Nous sommes un mouvement populaire. Populaire parce que Québec solidaire fonde toute son action sur les besoins réels de la population. Populaire, parce que nos idées sont pareilles à celles d’un grand nombre de Québécois et de Québécoises. Québec solidaire ose dire que ce que le peuple veut est réalisable (Site de Québec solidaire)81.
  • [Gilles Duceppe] s’attaque au monde ordinaire lorsqu’il s’en prend à elle […] Les attaques ne me touchent pas, mais je suis triste pour les gens. (Manon Massé)82

    Le populiste, en particulier son leader, dispose d’un éthos de puissance. Il peut parfois même être vengeur et ressortir le classique « faisons payer les riches ». Il n’est pas au service d’une ambition personnelle, mais au service du peuple.

  • Il n’y a pas de calculatrice magique chez nous, juste du courage (Manon Massé)83.
  • […] un gouvernement de Québec solidaire appliquera les mesures prévues à son programme, qu’elles soient compatibles ou non avec le cadre constitutionnel canadien. (Gabriel Nadeau-Dubois)84
  • J’ai des nouvelles pour les chouchous de la vieille classe politique. Les entreprises pharmaceutiques, les minières, les multinationales du web et les gens les plus privilégiés du Québec, comme les médecins spécialistes, doivent à leur tour commencer à redonner à la société québécoise (Manon Massé)85.
  • Il y a longtemps, j’ai pris un engagement qui a guidé tout mon parcours : prendre soin du monde, peu importent les circonstances. Cet engagement est le plus important de ma vie. C’est donc avec un immense sens de la responsabilité que je demande aujourd’hui aux membres de Québec solidaire de me désigner comme celle qui mènera notre mouvement à la victoire le 1er octobre prochain (Manon Massé)86.

* * *

Le populisme n’est pas anodin, ni une stratégie électorale parmi d’autres. Il est manipulation du peuple. Il arrange la réalité. Il obtient une adhésion aveugle. Il devient d’autant dangereux que les médias sociaux se révèlent pour lui un extraordinaire canal de diffusion dans l’espace public, particulièrement auprès des jeunes qui reconnaissent souvent ne trouver leur information qu’à travers eux. Québec solidaire en sait quelque chose, lui qui les utilise de façon très efficace. L’exemple de la France peut nous donner une idée de l’impact que le populisme peut avoir auprès d’une population, même si la situation y est bien différente de la nôtre. Au premier tour des présidentielles françaises de 2017, Marine Le Pen a obtenu 21,3 % des suffrages, Jean-Luc Mélenchon 19,6 %. Au total, ces deux populistes, la première de droite et le second de gauche, ont obtenu 40,9 % du suffrage. Dans la tranche des électeurs de 18 à 35 ans, 25,7 % auraient voté pour Le Pen et 24,6 % pour Mélenchon : un sur deux87 ! On ne sera pas surpris alors d’apprendre qu’au moment du 1er tour des présidentielles françaises, 1,36 million de Français suivaient Le Pen sur Twitter, 1,05 million suivaient Mélenchon, beaucoup plus que les autres candidats – Macron n’était suivi que par 600 000 personnes88

Pour l’Europe entière, une des conséquences de la montée des partis populistes est l’effondrement de la social-démocratie. Le sort qui a été réservé au Parti québécois le 1er octobre dernier, plusieurs partis basés sur la même idée d’un compromis entre capitalisme et existence d’un État régulateur l’ont connu en Europe au cours des dernières années. Est-ce la fin de tous ces partis ? Au moins en Europe, les partis ont plus tendance à révéler franchement leur nature.

La grande majorité des militants de Québec solidaire méritent de l’estime. Ce ne sont pas contre eux qu’il faut s’élever. En plus de s’élever contre les méthodes électorales qu’utilisent ses dirigeants, il faut s’élever contre les idées qui constituent la philosophie de base de ce parti et qu’une bonne partie des sympathisants ignorent. Il faut appeler un chat un chat. Québec solidaire est un parti d’extrême gauche. Durant la campagne électorale, il a habilement utilisé comme référence non pas son programme politique, mais sa plateforme qui ne constitue qu’un engagement limité dans le temps. Les grandes orientations de Québec solidaire sont énoncées dans son programme politique que les gens devraient prendre la peine de lire. Le succès de Québec durant la dernière campagne électorale n’aurait pas été le même si ce programme avait été connu.

Dans une entrevue en anglais à CBC, Manon Massé n’avait pas refusé qu’on lui accole l’étiquette de marxiste. Par la suite, elle s’est défendue en plaidant sa mauvaise maîtrise de l’anglais. Il faut pourtant lire un article paru le 26 septembre sur Huffpost, avec pour titre Québec solidaire refuse les étiquettes de « marxiste » pour le parti. En voici quelques passages :

[…] devant la Chambre de commerce du Montréal métropolitain, devant les 200 convives, et en français, elle n’avait pas repoussé, ni même nuancé, l’étiquette de « révolutionnaire socialiste » que lui avait accolée le président de la Chambre, Michel Leblanc. « Révolutionnaire certes », avait-elle répondu, avant d’ajouter que le parti était prêt à socialiser plusieurs activités économiques pour créer plus d’égalité, d’équité. Reste que les questions des journalistes à Mme Massé sur ce sujet ont visiblement déplu à certains militants dans la salle. « Hostie qu’ils sont gossants », a-t-on pu entendre quand un journaliste expliquait qu’il revenait à la charge parce que les étiquettes politiques avaient tout de même un sens en sciences politiques. Mme Massé a elle-même rigolé à quelques occasions avant de répondre aux questions à ce sujet. « Moi, je ne connais pas de marxistes qui infiltrent notre parti. Aïe ! On est plus de 20 000 membres », a-t-elle lancé à une autre occasion89.

Curieux. Il faut jeter un coup d’œil au site Presse-toi à gauche par lequel semblent passer les réflexions des penseurs du parti, et un examen attentif permettra vite de tomber sur quelques marxistes. Il semble bien qu’on puisse à la fois être populiste et cachotier, peut-être aussi un peu menteur. Remarquez que Manon Massé s’échappe parfois et dit le fond de sa pensée : « Nous ne voulons pas nous faire élire pour gouverner, mais pour changer les règles du jeu90 ». Voilà ce qui est clair : elle l’aurait répété à Fabien Deglise du Devoir.

Quoi faire maintenant ? Premièrement, il faut comprendre le phénomène du populisme et apprendre à le déconstruire. Le politologue allemand Jan-Werner Müller, dans son ouvrage Qu’est-ce que le populisme ?, paru chez Gallimard, parle du populisme comme d’une menace pour la démocratie. Il signale que le populisme se méfie des partis et lui préfère des mouvements : justement, Gabriel Nadeau-Dubois veut que Québec solidaire devienne un mouvement91 et il a l’habitude d’en parler comme d’un mouvement plutôt d’un parti. C’est qu’en général, le populisme n’aime pas les oppositions légitimes, puisqu’il est le seul à prétendre parler au nom du peuple. On se dit inclusif, mais à la première occasion on est exclusif. Deuxièmement, il faut cesser de banaliser Québec solidaire et se mettre à l’étude de son programme.

 

 

 


1 Marco Bélair-Cirino, « Nadeau-Dubois refuse d’être utilisé par Couillard », Le Devoir, 9 juin 2017.

2 « Sondage Léger/Le Journal : la CAQ vers le pouvoir », Journal de Montréal, 29 septembre 2018.

3 À ce propos, il est intéressant de lire les réflexions de William Champigny-Fortier, candidat malheureux pour Québec solidaire dans Arthabaska le 1er octobre dernier, qui insiste pour considérer le mouvement populaire de sa région comme une caisse de résonnance pour son parti : « L’émergence d’une gauche centricoise ? », Huffpost, 18 octobre 2018. Sur l’importance des mouvements populaires et sociaux dans la création de Québec solidaire, voir l’article de Philippe Boudreau, « Cinq ans de Québec solidaire : un grand pas en avant », no 38, À babord, février-mars 2011.

4 J. Bauter (1977). « L’attitude des syndicats », Études internationales, 8 (2), 307-319.

5 https://www150.statcan.gc.ca/n1/daily-quotidien/170609/g-a001-fra.htm https://www150.statcan.gc.ca/n1/daily-quotidien/171012/cg-b003-fra.htm

6 https://www.lapresse.ca/debats/le-cercle-la-presse/actualites/201206/07/48-481-les-lois-speciales.php

7 Pour un échantillon de ce que l’extrême gauche peut penser du PQ, voir : https://www.clac-montreal.net/crosseurs_PQ#PQ_1.

8 Pierre Fortin, « Sauvetage du Québec : la vraie histoire », L’Actualité, 26 décembre 2016.

9 Paul Cliche, Un militant qui n’a jamais lâché : chronique de la gauche politique des années 1950 à aujourd’hui, Éditions Varia, 2018. Voir aussi : « “Un militant qui n’a jamais lâché” : un produit singulier de l’histoire politique », Le Devoir, 7 avril 2018 et « À propos de l’histoire de Québec solidaire et de la gauche progressiste », L’aut’journal, 24 avril 2018.

10 Steve E. Fortin, « La mesure du succès électoral de Québec solidaire se fera à sa capacité d’affaiblir le PQ », Journal de Montréal, 1er avril 2018 et « Québec solidaire les deux pieds dans le marais... », Huffpost, 10 novembre 2016.

11 Mélanie Loisel, « Françoise David : “Jamais un député solidaire ne s’assoira à côté de Pierre Karl Péladeau” », Le Devoir, 9 mars 2014

12 Curieusement, le procès-verbal de ce congrès fait état de sa présence comme observatrice : https://api-wp.quebecsolidaire.net/wp-content/uploads/2017/08/pv-congres_2017-05-19_20_21_22_pour-adoption.pdf

13 Voir : Marc Laviolette et Pierre Dubuc, « Une insulte inacceptable aux 90 000 membres du PQ », L’aut’journal, 15 juin 2017. L’accusation de racisme n’est cependant pas reprise ni par Gabriel Nadeau-Dubois, ni par Manon Massé : « Pour Manon Massé, “le Parti québécois n’est pas raciste” », Le Devoir, 30 mai 2017 et « Lisée somme Québec solidaire de se dissocier des accusations de “racisme” contre le PQ », Ici Radio-Canada, 30 mai 2017.

14 « The Parti Québécois is on the brink of extinction », Globe and Mail, 1er juin 2017.

15 Le politicologue André Noël se sert de l’ouvrage de Haddow pour dénoncer les coupes planifiées dès le début de son mandat par le gouvernement Couillard, l’accusant de « revoir le modèle québécois, sans l’annoncer » sur le site de l’IRPP le 4 mai 2015 : http://policyoptions.irpp.org/magazines/is-it-the-best-of-times-or-the-worst/revoir-le-modele-sans-lannoncer/

16 Vaillancourt, Y. (1997). « La reconfiguration des paiements de transferts fédéraux : quelques enjeux pour le Québec », Nouvelles pratiques sociales, 10 (2), 1997, 1-10.

17 Olivier Jacques, « Le modèle québécois peut-il survivre à une chute du PQ ? », Options politiques, 13 septembre 2017.

18 http://www.bibliotheque.assnat.qc.ca/guides/fr/3748-programmes-et-slogans-politiques

19 Selon le Robert historique, le second sens s’est répandu en français sous l’influence de l’anglais popular à la fin du XVIIIe siècle.

20 « Québec solidaire veut être “populaire” », Le Devoir, 21 août 2018.

21 « Québec solidaire veut présenter des idées “populaires” », Journal de Montréal, 20 août 2018.

22 https://www.facebook.com/Quebecsolidaire/photos/a.480715049217/10157019106694218/?type=1&theater

23 http://www.pressegauche.org/Populaires-rallier-la-classe-populaire-pour-un-changement-veritable. L’article a aussi paru sur le site de la France insoumise : http://reflexions-echanges-insoumis.org/la-campagne-de-quebec-solidaire/

24 Patricia Cloutier, « Les slogans qui tiennent en un mot ont la cote », Le Soleil, 22 août 2018.

25 J’ai vu quelques blogs qui documentent le rapprochement qu’ils font entre populisme et Québec solidaire (par exemple : https://eabeauregard.com/2018/09/19/quebec-solidaire-populisme/).

26 Richard Martineau, « La populiste en chef », Journal de Montréal, 27 septembre 2018.

27 https://www.tvanouvelles.ca/2018/09/27/manon-massse-youre-no-rene-levesque

28 Mathieu Bock-Côté, « QS: un parti populiste de gauche », Journal de Montréal, 29 septembre 2018.

29 Vincent Larin, « Legault associé au populisme par une prestigieuse revue », Journal de Montréal, 22 avril 2018.

30 Le Petit Larousse donne une définition du populisme que beaucoup de spécialistes critiquent car pouvant autant s’appliquer à des comportements tout à fait acceptables : « attitude politique consistant à se réclamer du peuple, de ses aspirations profondes, de sa défense contre les divers torts que lui sont faits ».

31 http://andrecomte-sponville.monsite-orange.fr/page-582c891ef1469.html

32 David Doucet et Mathieu Dejean, « Portrait de Chantal Mouffe, la philosophe qui inspire Hamon et Mélenchon », Les Inrockuptibles, 24 janvier 2017.

33 Jean-Luc Mélenchon est venu au Québec pour la première fois en avril 2016, rencontrant alors Gabriel Nadeau-Dubois, mais aussi des membres de Québec solidaire, « nos camarades et amis », dont il dit le plus grand bien sur son blog : https://melenchon.fr/2016/04/23/chroniques-quebecoises/. Il devait revenir en novembre 2017 au congrès de Québec solidaire, mais a annulé à la dernière minute son voyage en raison d’engagements en France. Mélenchon a récemment été l’objet en France de perquisitions dans le cadre d’enquête sur ses dépenses électorales et sur des emplois présumés fictifs au Parlement européen.

34 « Mélenchon : “Populiste, moi ? J’assume !” », L’Express, 16 septembre 2010.

35 Voir par exemple : « Le populisme fleurit là où on masque la lutte des classes. Entretien avec Guillaume Roubaud-Quashie », Le vent se lève, 13 octobre 2017.

36 Lia Lévesque, « Gabriel Nadeau-Dubois se joint à Québec solidaire », Presse canadienne, 9 mars 2017.

37 Manon Massé, « Féministe, puisqu’il le faut encore », Le Devoir, 8 mars 2018.

38 Patrick Charaudeau, « Réflexions pour l’analyse du discours populiste », Mots. Les langages du politique, 97/2011, p. 101-116.

39 http://www.pressegauche.org/Manon-Masse-candidate-au-poste-de-premiere-ministre-du-Quebec

40 Voir par exemple : « Pamphlet pour un parti populaire : Une colère juste, des espoirs permis disponible », Presse-toi à gauche, 31 mai 2016.

41 https://projet.quebecsolidaire.net/

42 « Lancement de campagne de Québec solidaire : “Il faut choisir entre la vieille classe politique et un mouvement différent et populaire” - Manon Massé » », Presse-toi à gauche, 23 août 2018.

43 https://www.facebook.com/Quebecsolidaire/posts/la-vieille-classe-politique-pr%C3%A9f%C3%A8re-le-statu-quo-face-aux-entreprises-mini%C3%A8res-s/10157116786134218/

44 « Transparence et lutte à la corruption – Québec solidaire mettra de l’ordre dans les mœurs politiques au Québec », Presse-toi à gauche, 17 septembre 2018.

45 « Québec solidaire va mettre fin au financement public des écoles privées : “Subventionner l’école privée, c’est laisser les régions derrière” – Gabriel Nadeau-Dubois », Presse-toi à gauche, 1er septembre 2018.

46 https://quebecsolidaire.net/nouvelle/conseil-national-de-quebec-solidaire-manon-masse-premiere-ministre-dun-gouvernement-solidaire-et-vert

47 https://quebecsolidaire.net/nouvelle/les-autres-partis-affirment-sans-rire-que-construire-plus-dautoroutes-va-regler-les-problemes-de-congestion-a-montreal-et-a-quebec-ils-suivent-la-vieille-strategie-electorale-la-poli

48 « Conseil national de Québec solidaire : Manon Massé, première ministre d’un gouvernement solidaire et vert », Presse-toi à gauche, 12 mai 2018.

49 « Manon Massé candidate au poste de première ministre du Québec », Presse-toi à gauche, 27 février 2018.

50 https://ici.radio-canada.ca/nouvelle/1123773/grand-debat-chefs-manon-masse-combat-coqs

51 Gilbert Lavoie, « Manon Massé : la voix rassurante de la révolution solidaire », La Tribune, 28 septembre 2018.

52 Lysiane Gagnon, « La vraie nature de Québec solidaire », La Presse, 22 septembre 2018.

53 Alain Tremblay, agent officiel de Québec solidaire.

54 « Salaire maximum pour les hauts dirigeants – Québec solidaire veut en finir avec l’indécence corporative », Presse-toi à gauche, 19 septembre 2018.

55 https://ici.radio-canada.ca/nouvelle/1120263/augmentation-revenus-etat-quebec-solidaire-impots

56 https://www.tvanouvelles.ca/2018/09/20/arretez-de-dire-au-peuple-que-cest-nous-autres---manon-masse

57 https://projet.quebecsolidaire.net/

58 « Lancement de campagne de Québec solidaire… », op.cit.

59 Antoine Robitaille, « Le western de Manon », Journal de Montréal, 27 février 2018.

60 « Transparence et lutte à la corruption – Québec solidaire mettra de l’ordre dans les mœurs politiques au Québec », Presse-toi à gauche, 17 septembre 2018.

61 « Québec solidaire dévoile sa nouvelle identité visuelle », Presse-toi à gauche, 28 janvier 2018.

62 https://projet.quebecsolidaire.net/

63 https://quebecsolidaire.net/nouvelle/la-tournee-la-plus-degelee-de-lete-manon-masse-et-gabriel-nadeau-dubois-a-sherbrooke

64 « “Je me souviens d’un peuple qui ne s’est pas laissé gagner par la peur” – Manon Massé », Presse-toi à gauche, 26 septembre 2018.

65Ibid.

66 « Québec solidaire s’engage à instaurer la gratuité scolaire du CPE au doctorat – Avec Manon Massé, fini les factures de la rentrée », Presse-toi à gauche, 26 août 2018.

67 « Québec solidaire serait le véritable héritier de René Lévesque, selon Manon Massé », Huffpost, 28 septembre 2018.

68 « Transparence et lutte à la corruption… », ibid.

69 Philippe Teisceira-Lessard, « QS veut faire vibrer la fibre nostalgique des boomers », La Presse, 26 septembre 2018.

70 « Québec solidaire dévoile comment il compte financer ses engagements : “Il n’y a pas de calculatrice magique chez nous, juste du courage” – Manon Massé », Presse-toi à gauche, 28 août 2018.

71 Antoine Robitaille, « QS ou l’art de mal pelleter des nuages », op. cit

72 https://www.facebook.com/QS.ManonMasse/posts/1855625907854685

73 Geneviève Lajoie, Patrick Bellerose, Marc-André Gagnon et Charles Lecavalier, « Plus de 45 G$ de promesses depuis le début de la campagne », Journal de Montréal, 13 septembre 2018.

74 Caroline Plante, « Manon Massé : lutter pour le droit de penser différemment en 2018 », Presse canadienne, 26 août 2018.

75 Richard Martineau, « Une femme de “cœur” », Journal de Montréal, 22 septembre 2018.

76 « Lancement de campagne – Québec solidaire fera campagne du côté du peuple », Presse-toi à gauche, 22 août 2018.

77 Gilbert Lavoie, « Manon Massé : la voix rassurante… », op. cit.

78 Taïeb Moalla, « “M. Lisée ne prend pas le métro très souvent”, rigole Manon Massé », Journal de Montréal, 27 septembre 2018.

79 Antoine Robitaille, « Le western de Manon », op. cit.

80 Louis Cornellier, « Manon du peuple », Le Devoir, 9 juin 2018

81 https://projet.quebecsolidaire.net/

82 « En s’attaquant à elle, Gilles Duceppe s’en prend au monde ordinaire, réplique Manon Massé », Presse canadienne, 27 septembre 2018.

83 « Québec solidaire dévoile comment il compte… », ibid.

84 Frédéric Bérard, « QS et le refus de l’État de droit », Huffpost, 26 septembre 2018.

85 https://ici.radio-canada.ca/nouvelle/1120263/augmentation-revenus-etat-quebec-solidaire-impots

86 « Manon Massé candidate… », ibid.

87 Tristan Quinault-Maupoil, « Les jeunes plébiscitent Le Pen et Mélenchon, les cadres votent Macron », Le Figaro, 24 avril 2017.

88 https://www.zonebourse.com/actualite-bourse/Economie-Les-dangers-du-populisme--24178595/

89 Lia Lévesque, « Québec solidaire refuse les étiquettes de “marxiste” pour le parti », Presse canadienne, 26 septembre 2018.

90 Fabien Deglise, « Le parler vrai de Manon Massé », Le Devoir, 24 mai 2018.

91 Patrick Bellerose, « Québec solidaire doit devenir un mouvement, croit Gabriel Nadeau-Dubois », Journal de Montréal, 21 mai 2017..

 

 

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