Henri Bourassa - discours

Gilles Laporte explique l'intérêt des enregistrements d'Henri Bourassa à Qub radio avec Antoine Robitaille. Écoute du ballado.

Jean-Philippe Warren. Ils voulaient changer le monde

Jean-Philippe Warren
Ils voulaient changer le monde, VLB éditeur, 2007, 256 pages.

Les maoïstes et les communistes ont développé le regard en surplomb jusqu’à rendre toutes formes d’engagement synonyme de ce même regard. Ces militants ont causé des torts importants. Le militantisme, son apport collectif, reste marqué par la forte empreinte de ces années.

Pouvait-on, dans les années soixante-dix, contester le maoïsme par la connaissance des faits ? Des essais du sinologue Simon Leys ont été publiés en 1971 et 1976, respectivement, Les Habits neufs du président Mao et Ombres chinoises. Jean-Philippe Warren s’interroge : « comment être communiste après les goulags ? » La question apparaissant en conclusion, son analyse n’est pas entamée. Une discussion majeure, centrale, obligatoire s’impose quand on sait que Mao fut responsable d’au moins soixante-dix millions de morts. Les victimes des « lendemains qui chantent », de l’idéologie « du grand soir » sont innombrables. Par respect pour elles, il importe de parler moins haut et moins fort que ne le fait l’auteur à propos de la générosité et de l’idéalisme des militants québécois et canadiens.

Warren signale le nom de Jeannine Verdès-Leroux, dont le livre, La foi des vaincus, a paru en 2005. Paru la même année, l’essai de Frédérique Matonti, Intellectuels communistes, qui étudie l’obéissance chez les plus instruits, n’est pas mentionné. L’obéissance, comme concept, cause, conséquence des discours et des actes n’est pas davantage abordée. Ces livres français, signés par des femmes, mènent des enquêtes systématiques auprès d’anciens militants et prennent position.

L’auteur ne prend position à aucun moment. Ce refus crée une ambiguïté continuelle, une difficulté de lecture. Comment perçoit-il son objet d’investigation, d’études, d’analyse ? Le malaise dérive l’énonciation. D’où parlez-vous demandent les études idéologiques, la sémiotique et les théories du langage ? La réponse tient de l’engagement personnel devant lequel les démissions intellectuelles sont fréquentes. Plusieurs propositions créent un malaise en regard de l’interprétation. Les mêmes propositions sont énoncées positivement et négativement. Ce qui est admis est réfuté plus loin, ce qui est admiré est honni et ce qui est honni est admiré.

Le caractère dogmatique du mouvement est reconnu. Les militants sont manipulés et contrôlés par les dirigeants, ils acceptent une servitude volontaire dans une organisation totalitaire qui pratique un double discours. Les expressions négatives foisonnent. Elles se suivent appelant une prise de position qui discrédite les maoïstes.

Le livre comporte d’une somme de détails vérifiables et invérifiables autour d’un grand nombre de groupes éphémères qui ont précédé les grandes organisations. À titre d’exemple, « Créé en mars 1968, par quelques militants déçus du RIN, dont Andrée Ferretti, le Comité Indépendance-Socialisme (CIS) flirte lui aussi avec le marxisme-léninisme, avant de se scinder quelques mois plus tard à la suite d’une querelle idéologique interne. » J’ai interrogé Andrée Ferretti qui affirme ne pas avoir participé au Comité Indépendance-Socialisme.

En lutte ! et le PCO (parti communiste ouvrier), les principaux groupes marxistes-léninistes maoïstes, ont une fondation, un développement et une fin, dont l’histoire est racontée.

La narration événementielle est amplement dépréciative. L’énonciation comprend des réserves sérieuses, des blâmes bien nommés pour découvrir ultimement la véritable signification et la valeur ces années.

Comment lire la condamnation suivante ? « L’aveuglement du marxisme-léninisme est moins provoqué par l’enténébrement de la pensée que par, en quelque sorte, son illumination. » Le noir devient la lumière, la lumière devient le noir.

Le non est le oui et le oui est le non. Le mouvement est discrédité, puis louangé. L’auteur finit par adorer ce qu’il a brûlé ?

L’essayiste met de l’avant une seule affirmation et prévient qu’il n’acceptera pas d’être contredit. Les militants ont repris la marche des croyants, ils sont la relève des catholiques. Il avance des objections possibles à l’idée principale qu’il défend. Et il les précède.

Warren choisit avec l’argumentaire religieux une analyse psychosociologique du militantisme. Les maoïstes et les autres communistes dénonçaient la psychologie et la psychanalyse comme des sciences bourgeoises. Ils niaient que les ouvriers puissent avoir des problèmes psychiques. Dans le contexte des discours communistes, avoir recours à une science bourgeoise mérite une discussion qui n’a pas lieu.

L’auteur approche la situation propre au Québec. Les militants québécois ont des antécédents catholiques. Qu’en est-il des précédents religieux des autres maoïstes canadiens puisque le mouvement existe à travers le pays ? Il précise la religion comme seule différence et il fait du Québec un espace politique exclusif, exceptionnel, hors du monde. Une thèse semblable demeure indémontrable.

Le maoïsme québécois a pris naissance plusieurs années après le maoïsme français et il a cessé après la fin du mouvement français. Le retard québécois n’est pas analysé.

D’où l’auteur parle-t-il quand il écrit : « Faire fi de tout cela, accepter de balayer l’expérience du ML-isme, n’est-ce pas se couper d’une tradition d’engagement et d’une tradition de pensée ? Dissoudre sans bilan le ML-isme, n’est-ce pas anesthésier notre sensibilité aux drames humains ? » Quelle est la tradition d’engagement ? Surtout quelle est cette tradition de pensée? Une rhétorique semblable fait appel au pathos. Le lyrisme méconnu du marxisme-léninisme contamine le discours de l’essayiste.

L’auteur annule les doutes qu’il a soulevés. Il contribue, tout comme les maoïstes, à détruire la langue en versant dans le pathos et le lyrisme. Jean-Philippe Warren, en donneur de leçon, est complaisant à l’égard des crimes de masse, comme l’ont été les maoïstes.

L’émotion suspend la pensée. « Au-delà du désenchantement les anciens militants doivent-ils porter leur passé comme un stigmate ? Plus loin : « Faut-il jeter la pierre à ceux qui ont erré dans leur recherche d’un monde meilleur quand nous sommes si nombreux à nous croire purs de tolérer quotidiennement la pire ? » L’interpellation des lecteurs, absente de l’histoire des maoïstes, vient en conclusion.

France Théoret
Écrivaine

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